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 On ne choisit pas sa famille (Papy <3)

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Message#Sujet: On ne choisit pas sa famille (Papy <3)   Dim 5 Mar - 22:14

Le temps passait, mais Marius avait un peu le sentiment que tout ne s’arrangeait pas comme il le voulait. Du moins, il avait le sentiment que les choses n’avançaient pas exactement comme il le fallait, aussi rapidement qu’il ne le voudrait. Pourtant, le jeune homme avait vraiment à cœur d’épouser rapidement Cosette, afin qu’elle ne disparaisse pas de sa vie. C’était surement égoïste de sa part de le désirer autant, alors qu’il était en parallèle en train de se préparer à combattre auprès des amis de l’ABC, mais il n’avait pas l’intention de renoncer à ce qu’il voulait faire, quel que soit cette chose. Il avait envie de se battre auprès de ses amis, pour cette cause à laquelle il tenait, qu’il n’avait pas l’intention d’abandonner et qui était vraiment importante pour lui. Mais il tenait aussi à épouser Cosette, parce qu’il l’aimait à en crever et qu’il avait besoin d’elle, besoin qu’elle fasse partie de sa vie. Qu’elle soit son épouse donc, mais si son père l’emmenait loin, cela ne risquait pas d’arriver. Peut-être que Marius devrait quand même attendre que son combat auprès des amis de l’ABC soit terminé, qu’ils aient mené à bien cette révolution, pour revenir auprès de la jeune femme, mais il craignait trop de ne jamais la revoir. Alors, il tenait vraiment à tout faire. Même si cela n’était en rien facile.

Il devait être partout en même temps, ce n’était pas vraiment reposant. Et donc, ces derniers temps, le jeune étudiant avait un peu de mal à honorer ses responsabilités dans son travail, alors qu’il avait plus besoin que jamais d’argent. Ce jour-là, d’ailleurs, alors qu’il aurait normalement dû se concentrer sur des traductions, Marius se trouvait dans la rue en compagnie des Amis de l’ABC. Il était train d’ameuter la foule, afin d’avancer dans cette révolution qu’ils espéraient bien voir arriver prochainement. Il y avait tout le monde de présent, d’Enjolras évidemment, à Grantaire. Autant dire que l’assemblée était importante et ils avaient beaucoup de personne autour d’eux. En même temps, le choléra qui faisait présentement ravage dans les rues de Paris, échauffait un peu les esprits. Ce qui était justement ce que les Amis de l’ABC avaient besoin, même si Marius aurait quand même aimé que cette maladie ne vienne pas faire autant de ravage. Mais elle était la preuve qu’il était temps que les choses changent.

Marius était directement dans la foule, laissant son ami Enjolras sur l’estrade criant leur slogan. Le jeune homme était en train de distribuer des tracts, dans le but d’informer le plus de monde possible. Bon, il se doutait qu’une partie des personnes qui recevait les papiers ne savaient pas lire, mais une autre serait peut-être intéressé. De toute façon, ils devaient faire le plus de chose possible, dans le but de mener à bien leurs actions. Il y avait donc foule, Marius était bien entouré en cet instant au point de ne pas remarquer un visage familier non loin de lui. Ce ne fut que quand il le percuta, se retournant vers lui, qu’il reconnue son grand-père.

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Message#Sujet: Re: On ne choisit pas sa famille (Papy <3)   Lun 6 Mar - 23:43


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illenormand ne sortait plus que très rarement de chez lui, il n'avait pas la force de faire de ces sorties autres que celles qui ne lui servaient qu'à se dégourdir un peu les jambes dans le jardin de sa demeure. Sur ses vieux jours, il éprouvait de moins en moins l'envie de sortir ou de participer à la vie mondaine et sociale. A dire vrai, plus le temps passait, plus il se renfermait pour lui-même, et pour cause, outre son âge avancé, qui se rappelait à son bon souvenir dès qu'il en avait l'occasion, il ne trouvait simplement pas de bons prétextes à se réjouir de sa vie, voilà tout. Son petit-fils, son fils, même, tant il avait eu à coeur de veiller à son éducation et tant il avait pris soin de lui dès son plus jeune âge, lui manquait atrocement, à un point qu'il est bien difficile d'expliquer et plus encore d'imaginer. Il regrettait amèrement chaque jour qui le séparait de lui, et c'était bien loin de lui conférer plus de motivation à l'idée de sortir. Mais cette fois devait faire exception. Il avait rendez-vous avec son notaire, et il n'avait d'autre choix, par conséquent, que de se déplacer. Tout comme il n'eut d'autre choix que de descendre de son fiacre quand un attroupement l'empêcha purement et simplement de progresser plus avant. Le bureau notarial n'était qu'à deux pas de la bastille. Gillenormand se résolut donc à affronter la foule qui faisait obstruction à sa progression, et à la traverser en prenant le moins possible garde à ce qui se proclamait haut et fort.

Ses pauvres os étaient ballottés au milieu d'une jeune foule vigoureuse qui scandait d'absurdes slogans révolutionnaires qui suscitèrent aussitôt l'exaspération du vieil homme. Le monde allait de travers, c'était une évidence. Et ces jeunes qui s'égosillaient sans prendre conscience que le monde tel qu'il avait pu être sauvé de justesse après la révolution n'avaient pas la moindre idée de la chance qu'ils avaient de vivre dans une France gouvernée par un roi... Enfin, il n'avait guère l'intention de débattre avec ces individus, il voulait surtout s'éloigner le plus rapidement possible et reprendre sa route, mais alors qu'il peinait à s'extraire de la marée humaine, il fut légèrement bousculé par un jeune homme distribuant des tracts, et quand ce dernier se retourna pour poser son regard sur lui, Gillenormand sentit son pauvre coeur manquer un rebond.

-Marius...
Depuis le temps qu'il espérait le revoir. Il avait cent fois en esprit imaginé, d'ailleurs, la manière dont se passeraient leurs retrouvailles. Mais aucun de ces scénarios n'impliquaient une telle foule et un tel rôle pour son petit-fils. Gillenormand se sentait partagé entre l'affection et la déception, entre l'envie de le serrer dans ses bras et celle de le réprimander. La seconde possibilité prit le pas sur la première. Ainsi, c'est ce à quoi tu occupes ton temps, maintenant, ajouta-t-il en lui montrant bien à quel point ce constat l'accablait.



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Message#Sujet: Re: On ne choisit pas sa famille (Papy <3)   Ven 28 Avr - 15:35

Quand Marius avait percuté quelqu’un, en se retournant il n’avait pas du tout envisagé une seconde de se retrouver devant son grand-père. Depuis qu’il avait quitté la maison de ce dernier, il n’avait eu aucun contact avec lui. Et ça lui allait très bien comme ça. Pendant une fraction de seconde, cependant, le jeune homme se sentit quand même quelque peu perturbé de se retrouver en face de son grand-père, un peu comme s’il avait des regrets. Oh, il ne pouvait pas nier que son grand-père lui manquait quand même, ils avaient passé bien trop de temps ensemble pour qu’il puisse tourner la page comme ça comme si de rien n’était. Même si c’était sa décision, même s’il n’avait pas l’intention de revenir en arrière. Ce n’était pas parce qu’il avait eu une vie bien plus confortable avec son grand-père que le jeune homme avait l’intention de revenir en arrière, même s’il était sur le point d’épouser Cosette et que cette perspective devrait normalement le faire un peu réfléchir à tout cela. Parce qu’il souhaitait évidemment offrir le meilleur à sa fiancée (qui n’était pas vraiment encore sa fiancée… disons que tout était compliqué, puisque le père de la jeune femme n’était pas au courant et qu’il n’approuverait de toute façon pas leur union), il voulait lui donner la meilleure vie possible et que ce n’était pas quelque chose dont il était entièrement capable en cet instant précis. Parce qu’il vivait avec peu, parce qu’il se contentait de peu pour survivre. En même temps, la seule chose dont il avait besoin – à ses yeux – c’était l’amour de Cosette. Forcément, son futur mariage remettait un peu les choses en perspective, mais ça ne changeait rien à sa décision. Ça ne changeait rien au fait qu’avec son grand-père, ils ne se comprenaient plus.

Mais alors que ce dernier reprenait la parole, Marius ne put s’empêcher d’être déçu. Le fait qu’il soit partie de chez lui aurait pu avoir d’autres conséquences, avoir des répercutions agréables. Son grand-père aurait pu se rendre compte qu’il n’était pas quelqu’un d’idiot, qu’il était fort de des convictions, qu’il valait quelque chose. Marius aurait bien aimé entendre un autre discourt de la bouche de son grand-père. Des excuses peut-être ? Il ne savait pas trop, mais autre chose en tout cas c’était évident. Mais non, le vieil homme continuait dans ses reproches et encore ses reproches. Cela montrait bien qu’ils n’avaient plus rien à voir l’un avec l’autre.

« Je fais ce qui est juste. »
Dit-il alors d’un ton qui ne faisait pas preuve de beaucoup de clémence envers son grand-père. Mais ce dernier n’en avait pas fait non plus de son côté. « Je me bat pour ce que je crois, pour ce que je veux défendre. »

Lui dit-il alors plus sèchement encore, avant de tendre l’un des prospectus qu’il avait en main au vieil homme. Il savait qu’il ne lui ferait pas changer d’idée, mais en même temps il n’avait pas plus l’intention de changer d’idée de son côté.

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Message#Sujet: Re: On ne choisit pas sa famille (Papy <3)   Ven 28 Avr - 23:25


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illenormand regrettait, bien sûr, d'avoir répondu à une impulsion première et de n'avoir pas plutôt choisi la voie de la réconciliation. Mais voilà, c'était ainsi, en voyant son petit-fils qu'il avait élevé comme s'il était son enfant agir comme il avait si souvent reproché à son père de le faire, sa fierté et ses convictions avaient pris le pas sur tout le reste. En cela, on ne pouvait douter du fait que tous les deux partageaient le même sang, même s'ils avaient choisi des idéaux politiques différents, des voies contradictoires, ils étaient tous deux beaucoup trop bornés, et cela mettait à mal une affection pourtant sincère, du point de vue du vieillard, en tout cas, qui éprouvait toujours une tendresse certaine pour Marius, et qui était singulièrement affecté par son départ. Il aurait aimé savoir pardonner ou tout simplement faire une trêve, afin de profiter de pouvoir l'avoir là, face à lui, comme cela n'était pas arrivé depuis longtemps. Mais il ne pouvait rattraper les paroles qu'il avait prononcées... et d'ailleurs, l'envie s'en faisait moins sentir à mesure que, avec verve, Marius se confortait dans son combat qui, à Gillenormand, semblait perdu d'avance. Il aurait pu admirer sa force de conviction, peut-être, mais en définitive, ces convictions lui apparaissaient si vaines, si utopistes, qu'il ne savait cautionner l'attitude de son fils de coeur. Quand il déposa un tract entre ses mains, ce fut pour Gillenormand le geste de trop, le militantisme de son petit-fils entrait en parfaite discordance avec la vie qui avait toujours été la sienne, et à laquelle il ne voulait absolument rien changer (à quoi bon de toute manière ? Il était si âgé). Gillenormand considéra par conséquent le bout de papier avec mépris et finit par le rouler en boule sans aucune forme de respect, et non sans un certain agacement, en réalité. Comment en étaient-ils arrivés là, tous les deux ? Pour lui, c'était autant un mystère qu'un déchirement.

-Tu te donnes en spectacle, c'est tout ce que je vois,
répliqua-t-il, refusant donc d'entendre, de comprendre. Il aurait pu ajouter quelques mots plus violents encore, reprocher à son petit-fils de s'être éloigné à de si pathétiques fins, mais s'il avait déjà fort bien commencé son ouvrage, il choisit de ne pas mettre d'huile sur un feu qu'il avait de lui-même embrasé. Il aurait pu se contenter de rebrousser chemin, c'était sans doute la chose la plus sage à faire, même, mais il en fut dans l'incapacité la plus totale. Parce qu'il ignorait quand et dans quelles circonstances il allait revoir Marius, d'autant que le jeune homme s'engageait sur une pente dangereuse. Tu devrais... réfléchir, à tout ça, qui sait les conséquences que cela pourrait avoir sur toi. Des conséquences néfastes, c'est ce qu'il craignait. Est-ce que tu vis bien, au moins ? Est-ce que tu ne manques de rien ?


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Message#Sujet: Re: On ne choisit pas sa famille (Papy <3)   Ven 23 Juin - 13:07

Marius ne put s’empêcher de se sentir blesser quand il vit son grand-père rouler en boule le prospectus qu’il venait de lui tendre. Oh, il savait bien que l’homme ne changerait pas d’avis. En fait, il n’imaginait pas une seule seconde lui faire changer d’avis d’ailleurs. Parce que de son côté, il n’avait aucunement l’intention de changer d’avis non plus, de changer de voix. Il l’avait fait une fois, il n’y avait pas de retour en arrière. Parce que le chemin qu’il avait pris avait été celui qu’il avait choisi, pas celui qu’on lui avait demandé de prendre. Même si, en un sens, il l’avait choisi à cause de son père, mais Marius ne voyait pas les choses de cette manière. Il avait fait un choix, il suivait la cause qu’il avait décidé de défendre et il ne reculerait pas. Tout en sachant que son grand-père, celui qui l’avait élevé toutes ces années (mais parce qu’on n’avait pas donné la possibilité à son propre père de l’élever au passage…), ne pourrait pas changer non plus de vie, de choix. Il était bien trop vieux pour cela, Marius ne se faisait pas d’illusion. Cependant… quand il le vit rouler en boule le prospectus, il eut comme le sentiment que c’était lui qu’il était en train de rouler en boule, que c’était sa vie qu’il roulait en boule ou tout ce qu’ils avaient pu traverser pendant toutes ces années. C’était idiot, Marius le savait, mais il ne pouvait pas s’empêcher de penser de cette manière. Ça le blessait, ça lui faisait vraiment mal.

Marius ne répondit donc rien à la remarque de son grand-père sur le fait qu’il se montrait en spectacle. En même temps, c’était légèrement le but de la manœuvre. Les Amis de l’ABC devaient se montrer afin de se faire entendre, afin d’être vue, afin d’être compris pour que le plus de personne possible décide de les suivre. Son grand-père enchaîna sur le fait qu’il devait réfléchir aux conséquences de tout cela, Marius en avait conscience, il savait parfaitement ce qu’il devait risquer. Même si, en un sens, Marius n’avait pas envie de mourir parce qu’il avait Cosette dans sa vie et qu’il ne voulait pas abandonner celle qu’il aimait… eh bien il avait conscience.

« Je ne manque de rien. » Répliqua-t-il alors, se montrant sans doute peu amène avec l’homme sous ses yeux. En un sens, Marius ne pouvait pas nier qu’il appréciait d’apprendre que son grand-père pouvait se soucier de lui, parce qu’il n’avait pas spécialement donné le sentiment de se soucier de son père. Mais il avait trop de fierté pour répondre autrement. Il avait envie de prouver à ce dernier qu’il savait parfaitement se débrouiller tout seul. Même si, pour cela, il devait légèrement broder la réalité. « Je me débrouille parfaitement bien. Je ne suis plus un enfant à présent, mais un homme. » Ce détail restait quelque peu à prouver, mais Marius le pensait. « Je n’ai besoin de personne pour me débrouiller et pour vivre. »

Sous-entendu, il n’avait plus besoin de son grand-père.

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Message#Sujet: Re: On ne choisit pas sa famille (Papy <3)   Ven 23 Juin - 19:12


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illenormand aurait aimé pouvoir croire son petit-fils sur parole quand ce dernier affirma qu'il ne manquait de rien. Il prononçait ces mots avec tant d'assurance que l'on pouvait sans doute difficilement en douter, mais Gillenormand se le permettait tout de même : au nom de ses préjugés, bien sûr. Pour lui, Marius avait claqué la porte de la luxueuse demeure familiale pour aller mener une existence désargentée auprès d'autres individus du même âge, qui se montaient mutuellement la tête, le crâne bourré d'un idéal qui lui semblait fondamentalement vain. Il avait peut-être tort, peut-être que quand il ne distribuait pas des prospectus post-révolutionnaires à tour de bras, il gagnait son pain dignement, peut-être qu'il avait su se construire une vie heureuse... Oui, le bonheur de Marius, c'était ce que son grand-père voulait par-dessus tout, mais au fond, il ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il aimerait que pour être heureux, Marius ait tout de même besoin de l'avoir à ses côtés, tout simplement. Mais bon, s'il lui disait ne manquer de rien, et si c'était vrai, c'était sans doute tant mieux, car le jeune homme refuserait son aide s'il lui en proposerait. C'était une chose qu'il avait bien compris, ou du moins très vite après que le jeune homme ait décidé de s'en aller. Oui, il n'était plus un enfant, oui, il était un homme (et pouvoir l'assister dans ce véritable bond dans la vie adulte), mais même en tant qu'homme, l'on peut avoir besoin de sa famille. Après tout, Gillenormand était un homme, lui aussi, et cela ne l'empêchait pas de vouloir retrouver son petit-fils. Il voulait qu'il ait besoin de lui, c'était aussi simple que ça.

Oui... Sauf que justement, il n'avait pas besoin de lui, et il le lui fit comprendre mot pour mot, de sorte que ces mots touchèrent le vieillard en plein coeur, un coeur qui se brisa instantanément. En cette seconde, Gillenormand était convaincu du fait que Marius pensait sincèrement ce qu'il disait, qu'il considérait décidément qu'il n'était vraiment qu'un vieil homme inutile. S'il n'avait plus besoin de lui, alors qui ? Bien sûr, Marius n'était pas sa seule famille, mais il restait celle à qui il était le plus attaché. En mémoire de sa défunte mère, en mémoire de toutes les années qu'il lui avait consacré, le prenant sous son aile comme son propre fils. Tous ces souvenirs comme effacés en quelques secondes. Brisés, déchirès, comme son propre coeur.

-Tant mieux, dans ce cas,
dit-il sans rien en penser. Et tu as tout intérêt à ne plus jamais avoir besoin de moi, car je ne serai plus là pour t'aider ou réparer tes erreurs.

La mauvaise foi à son paroxysme. S'il devait venir le trouver, il est évident qu'il l'accueillerait à bras ouverts. Mais il y croyait de moins en moins.

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Message#Sujet: Re: On ne choisit pas sa famille (Papy <3)   Sam 12 Aoû - 19:44

Marius ne pouvait pas s’empêcher de bien montrer à son grand-père qu’il n’avait pas besoin de lui, comme son père avait lui n’avait pas eu besoin de son aide. Il était un homme maintenant, comme il l’avait précisé, il se débrouillait et il s’en sortait très bien seul. Bon, tout n’était pas parfait, sa vie était bien plus misérable maintenant, mais le jeune homme ne changerait rien. Parce qu’il ne voulait rien devoir à un royaliste tel que son grand-père, à un homme ne cherchant pas à voir que le peuple souffrait, à un homme qui ne voulait pas que le monde change. Ils ne faisaient plus partie du même monde, alors ils n’avaient plus rien à voir l’un et l’autre. Marius se montrait sans nul doute bien trop dur avec son grand-père, mais c’était ainsi qu’il ressentait les choses, encore plus maintenant alors que l’homme ne manquait pas de lui faire de nouveau des reproches. Ce qu’il faisait, c’était ce qu’il devait faire, ce que les jeunes gens comme lui devaient faire afin que la France se porte mieux. Il en était convaincu, il le savait parfaitement.

Il était donc fier comme un paon et il avait envie de prouver à son grand-père qu’il n’avait plus besoin de lui. L’homme sembla prendre correctement la nouvelle, affirmant que c’était tant mieux. Soit, ça l’était donc. Il précisa alors qu’il n’avait pas intérêt à avoir un jour besoin de lui, parce qu’il ne sera plus là. Soit, Marius ne comptait pas avoir besoin de son aide un jour – mais à ce moment-là, il ne se rendait pas compte que son opinion allait légèrement changer parce qu’il ne pourrait pas faire autrement que de réclamer l’aide de son grand-père – il comptait refuser toute l’aide que l’homme pourrait lui donner, comme il l’avait toujours fait depuis qu’il avait quitté sa famille.

« Je ne fais pas d’erreur, il n’y a aucune raison que quiconque cherche à les réparer. »

Affirma-t-il alors, de nouveau avec un ton sec, pour revenir sur ce détail précis que son grand-père avait prononcé. Le jeune homme savait que Gillenormand avait considéré son père, le baron Pontmercy, comme une erreur, comme l’erreur de sa fille. Pendant longtemps, Marius avait détesté son père au même titre que son grand-père avant de se rendre compte qu’il n’était pas une erreur et qu’on lui avait privé d’un père aimant. Il l’avait réalisé trop tardivement, quand son père était déjà malade... quand il était déjà partie et qu’il n’avait plus la possibilité de réparer sa véritable erreur. Marius n’avait donc pas l’intention de se préoccupe du jugement de son grand-père, qu’il considérait faussé.

« Vous vous rendrez compte quand la France va changer que c’est vous qui vivez dans l’erreur. »

À ses yeux, son grand-père n’était qu’un de ces royalistes à qui il devait donc s’opposer. L’un de ces hommes qui ne voulaient pas voir la souffrance du peuple, comme lui autrefois avant d’être touché par la grâce de son père, malheureusement trop tardivement.

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Message#Sujet: Re: On ne choisit pas sa famille (Papy <3)   Sam 12 Aoû - 20:05


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arius était perdu, c'était comme cela que Gillenormand le considérait bel et bien. Il était perdu, il s'était laissé influencer par les idéaux de son père, il s'était laissé influencer par son nouvel entourage, dont les opinions et les combats le mèneraient à sa perte. Gillenormand aurait été ravi de l'aider à retrouver son chemin, mais il avait fini par comprendre qu'il n'avait plus l'ombre d'un pouvoir pour lui, parce que Marius n'était plus le moins du monde attaché à lui. Gillenormand voulait croire que son petit-fils gardait un fond d'affection pour lui... Maintenant, il n'y croyait plus, plus la moindre seconde. Cette conversation lui était d'autant plus douloureuse qu'il sentait que cela marquait lla fin de leur relation, sans doute finie depuis bien longtemps en réalité. Ils étaient trop différents, et Marius ne rejoindrait jamais son foyer (en tout cas le pensait-il). Oui, si Marius, égaré, retrouvait son chemin jusque chez lui, il serait ravi, franchement, et l'accueillerait à bras ouverts... mais de toute évidence, ce n'était pas son intention, pas du tout, même, et il ne croyait plus que cela arriverait. Il ne vivrait plus bien longtemps, pas assez longtemps, en tout cas, pour savoir ce que deviendrait la France, que ce soit selon les intentions idylliques de Marius, ou celles, plus crédibles, des royalistes. Ca ne lui appartenait plus, dorénavant. Il poussa un soupir, voir Marius aussi borné, plus borné encore que quand il avait quitté la demeure familiale en claquant la porte. Oh, comme l'époque où il vivait encore sous son toit lui manquait. Tout paraissait beaucoup plus simple, alors. Plus simple et plus beau. Mais cette époque était révolue, et quand Marius parlait d'avenir, Gillenormand savait qu'il n'en ferait pas partie, résolument tourné, par conséquent, vers le passé.

-La France ne changera pas, elle n'a aucune raison de changer,
répliqua-t-il, alors, borné à son tour (comme quoi, c'était tout de même de famille).

Forcément, de son point de vue, il ne fallait pas que les choses changent. Si le pouvoir était laissé au peuple, alors il perdrait bien vite à la fois son statut et sa réputation, il serait déchu, il ne serait plus rien. Visiblement, rien ne pourrait faire plus plaisir à Marius, il n'empêche que comme la France n'était à l'heure actuelle un pays idéal que pour une tranche spécifique de sa population, si ces révolutionnaires devaient l'emporter, elle ne serait idéale cette fois que pour une autre tranche de la population, au mépris de l'autre. Il n'existait aucune civilisation, aucune société où tout le monde se révélait gagnant. Cette utopie-là était impossible. Mais cette France, quel que soit son visage, ne serait dans tous les cas pas la sienne...

-Je n'ai plus le temps pour ça,
ajouta-t-il simplement, exténué, en secouant la tête.


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Message#Sujet: Re: On ne choisit pas sa famille (Papy <3)   

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