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 « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »

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Message#Sujet: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Ven 21 Juil - 12:18

Éponine & Azelma



Les rues de la ville nous appartiennent


«A ttends moi ! » résonna l'exclamation d'une jeune voix, une voix pressée et vive à la fois, à l'intention de la sœur aînée de celle qui venait de crier. C'était Azelma qui appelait Éponine; c'était Azelma qui, en compagnie d'Éponine, avait été chargée d'une commission par le père Thénardier, et cette commission se résumait par un peu de surveillance dans quelque quartier, quelque rue des environs. Alors puisque telles étaient leurs habitudes, les filles Thénardier s'étaient mises à la besogne de bonne heure, considérant que non seulement un travail fini tôt était déjà cela de moins, mais en plus que cela leur servirait de promenade -un moment de plus qu'elles pouvaient passer toutes les deux sans l'ombre d'une menace paternelle.
Alors qu'elles quittaient toutes deux leur modeste logis de la masure Gorbeau, Azelma voulait s'assurer que son aînée ne comptait pas détaler à la manière d'un lapin et lui laisser l'amusant mais épuisant loisir de la rattraper. Alors tandis qu'elle descendait l'unique escalier particulièrement abîmé, elle releva les yeux vers Éponine et l'interpella de la manière que nous venons de voir.

Le temps était frais dehors. Frais à cause du Soleil qui se levait timidement, frais du fait que l'humidité nocturne -car il avait plu- recouvrait encore les rues de la capitale aux milles facettes. Mais les filles Thénardier étaient fort bien habituées aux froid, et cela faisait déjà longtemps qu'elles de se souciaient plus ni de la pluie, ni de la pénombre. Elles savaient ce qu'elles avaient à faire, et rien d'autre n'importait. Après tout, qui ne connaît pas le sol parisien après l'avoir foulé pendant des jours entiers et des semaines encore plus longues ? Grâce à leur débrouillardise et à cause de leur caractère hardi, ces deux filles-là ne craignaient pas de se perdre ni de tomber sur une quelconque mésaventure. Quoi qu'il arrivât, elles étaient soudées et prêtes à trouver un nouveau moyen pour se tirer de n'importe quel pétrin, telles étaient Éponine et Azelma.
Une fois que les deux grandes enfants furent dehors, à l'air libre et à l'air froid, Azelma ralentit quelque peu le pas et observa autour d'elle. C'était là une habitude qu'elle avait prise sans savoir comment, observant tous les jours ce qui entourait son quartier afin de peut-être, y observer du changement. Mais puisque ce n'était jamais le cas et que son entourage restait parfaitement identique à son entourage de la veille, entre les gens habituellement louches et les inconnus tous identiques les uns aux autres, elle reprenait son chemin de bon pied; et c'est ce qu'elle fit à l'instant même où nous le disons.
La jeune fille à la chevelure flamboyante rejoint Éponine, se mettant à marcher côte à côte avec cette-dernière. Puis, après avoir pris une première profonde bouffée d'air matinal, elle dit -ou plutôt, elle questionna;
« Penses-tu qu'on en a pour longtemps ?»
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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Dim 23 Juil - 1:23


Ensemble, une fois de plus
L

e cœur n'y était pas franchement, n'y était jamais vraiment, mais il était toujours préférable de désespérer dehors que de désespérer dedans. Même si elle ne se sentait pas vraiment d'humeur à sillonner les rues de Paris en mission pour le père à la main leste, il était toujours préférable d'errer de quartiers en quartiers plutôt que de rester chez soi, à portée de cette main leste, justement. Elle avait donc passé la porte de la demeure familiale (pour ce qu'elle avait de demeure). En passant à côté de la chambre qui, il y a quelques jours encore, appartenait à Marius, elle sentit son cœur se serrer. Elle faisait de son mieux pour y penser le moins possible, mais c'était peine perdue. Tendre l'oreille et ne plus l'entendre vivre tout à côté tenait du supplice, un supplice silencieux auquel rien ne palliait... mais qui sait, la compagnie de sa sœur y aiderait peut-être ? Elles avaient une raison d'être dehors, loin de la vigilance parentale, et si elles devaient se conformer aux directives du paternel, ça ne devait pas forcément les empêcher de profiter de ce moment de semi-liberté pour savourer de la présence l'une de l'autre. Il n'y avait personne en ce monde de qui Ponine se sente plus complice, mais elle avait vraiment le sentiment que Zelma et elle avaient trop peu eu d'occasions de passer du temps ensemble, de parler, tout simplement... Tout garder pour elle n'avait peut-être pas fait du bien à l'aînée des deux sœurs, quand bien même elle n'était pas certaine d'être capable de passer aux confidences pour autant. Ne serait-ce que parler avec elle, même de rien plutôt que de tout, lui ferait déjà du bien, elle en était sûre, elle avait envie de s'en convaincre, en tout cas. Ponine, plongée dans ses pensées, avait sans doute filé trop vite, car sa cadette ne tarda pas à lui demander de l'attendre, ce qu'elle fit donc, et ce furent côte à côte qu'elles abandonnèrent la masure Gorbeau pour vaquer à leur tâche.

-J'saurais pas trop dire,
répondit la jeune femme dans un haussement d'épaules.

Et en effet, elle serait bien incapable de savoir combien de temps tout ceci leur prendrait, et combien de temps elles pouvaient également s'autoriser à s'absenter sans qu'on les accuse d'oisiveté et de paresse. Si elles avaient fini plus tôt que prévu, grapiller du temps dehors ne serait pas un mal. Oui, il faisait froid, mais pas moins que chez elles ou presque, dans leur foyer en vrac au carreau brisé.

-Longtemps, j'espère, j'suis pas pressée de retrouver l'paternel.

Surtout si c'était pour se faire accueillir à grands coups de ceinturons. Une volée de bois vert en guise de récompense pour travail accompli.


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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Dim 23 Juil - 12:35

Éponine & Azelma



Les rues de la ville nous appartiennent


Lorsque les deux jeunes filles passèrent devant cette chambrette de la masure Gorbeau qui, il y a encore peu, si peu -trop peu ? était occupée par le charmant Marius, le voisin si aimable et pourtant si inconnu, Azelma ne poussa qu'un bref soupir, s'étant déjà faite une raison de son départ. Les gens viennent et partent au gré de leurs besoins et de leurs envies. Parfois ils disparaissent, la plupart du temps sans crier gare, alors il n'y a rien que l'on puisse faire si ce n'est serrer les poings et les dents, et oublier comme on le peut. Ce qu'il y a de réellement désolant dans une telle situation, c'est que de nos jours, les enfants sont les premiers concernés par cette loi de terreur, car ils sont les premiers à la comprendre. Les plus jeunes d'entre nous voient défiler leurs proches pour de bien funestes raisons, et il n'ont pas d'autre choix que de s'y faire avec étonnement plus de philosophie que leurs aînés. Les cœurs des enfants sont en deuil perpétuel, et Azelma n'y fait pas exception.
Alors c'est sans trop d'états d'âme qu'Azelma quitta cette demeure que jadis elle partageait avec Monsieur Marius -comme l'appelait Ponine, et qu'elle rattrapa son aînée qui avait bien voulu ralentir un peu la cadence. La cadette avait beau ne rien connaître du chagrin ressenti par Éponine, on ne peut pas dire qu'elle ne le soupçonnât pas. Appelez-cela une intuition féminine, de la compassion sororale ou une subtile perception, le fait est que même si elle ne comprenait pas pleinement d'où venait le mal, Azelma voyait que mal il y avait.

«Tu cois que quelqu'un a déjà été pressé de l'retrouver ? » rétorqua Azelma avec un demi sourire, tentant sûrement une veine plaisanterie afin de détendre la situation. Si elle était insouciante, elle avait une constante amertume qui lui pesait sur le cœur, comme c'était fort souvent le cas des enfants des rues. Alors elle riait de ses malheurs, parfois de ceux des autres aussi, et elle passait son chemin.
Mais il y avait une préoccupation que même l'amusement ne parvenait pas à chasser de l'esprit de la cadette. Elle voyait, dans les yeux de sa sœur, plus que le malheur habituel -un chagrin sincère. Cela l'inquiétait, évidemment. Même si les sœurs Thénardier passaient moins de temps ensemble qu'elles n'auraient pu le vouloir, Azelma se souciait de son aînée et voyait qu'en ce moment, quelque chose ne tournait pas rond. Peut-être était-elle trop naïve et trop jeune pour deviner le lien que la situation avait avec Marius, elle n'était en tout cas pas assez ingrate pour ignorer cette tristesse qu'elle voyait en Éponine. Alors elle reprit, et demanda;
« Est-ce que ça va ? »
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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Dim 23 Juil - 20:52


Ensemble, une fois de plus
U

n sourire en coin décora les lèvres de Ponine en entendant la question (au fond plus qu’avisée de sa cadette), est-ce que qui que ce soit en ce bas monde avait déjà éprouvé du plaisir et de l’impatience à l’idée de passer du temps avec le père Thénardier ? La réponse n’était sûrement pas bien difficile à déterminer et se résumait aisément en un mot simple et concis : « non ». Qui donc pourrait réellement rechercher compagnie si déplaisante… Ce serait déroger à toute logique, réellement, et elle osait croire que même si ce monde était bien souvent fou, il restait composé d’individus suffisamment avisés pour ne pas se laisser abuser naïvement par elle ne savait quelles apparences. Parce que même sans gratter sous la surface, Ponine peinait très clairement à déterminer ce que l’on pouvait bien trouver au père Thénardier. Pas grand-chose, sans doute, rien sûrement. Souvent, d’ailleurs, la jeune femme s’était demandée ce que leur mère avait bien pu lui trouver. Par moments, ses parents lui donnaient l’impression de s’aimer, pourtant, comme parfois, elle arrivait à avoir l’impression que sa mère les aimait tout autant, malgré tout ce qu’elle autorisait de la part du paternel à leur égard. Est-ce que ses parents s’aimaient ? Est-ce que son père était capable d’amour ? Depuis qu’elle savait elle-même ce qu’était ce sentiment et tout ce qu’il impliquait, force lui était d’avouer qu’elle en doutait un peu… Ou bien, Cupidon faisait peu de cas de l’âme des gens… En même temps, même les belles âmes étaient bien souvent punies… alors, pour ce que ça pouvait bien vouloir dire – c’est-à-dire rien… Elle se contenta de ce sourire pour réponse. Elle ne pensait pas que la remarque de Zelma exige davantage. Elles avaient grandi ensemble, avaient été élevées de la même manière, alors elles n’avaient pas besoin de mot pour savoir ce que chacune pensait de leur père. Un bien mauvais homme et un pire géniteur encore. C’était aussi simple que ça, il n’y avait pas besoin d’aller chercher beaucoup plus loin, en fin de compte.

Alors elle ne dit rien, et elle se dit qu’elle aurait peut-être dû, puisque la question, que sa sœur lui posait ensuite allait exiger d’elle une sincérité dont elle n’était pas certaine de vouloir faire preuve. Mais en même temps, elle n’avait pas envie de mentir à sa sœur. Elle voulait la protéger, elle voulait le meilleur pour elle, oui, mais la tenir à l’écart de sa vie et de ses vérités affligeantes, il n’en était pas question. Alors non, elle n’allait pas le faire. Elle allait plutôt, à la place, se contenter d’une réponse un rien lacunaire pour commencer, tout en sachant, connaissant sa sœur sur le bout des doigts, que ça n’avait pas la moindre chance de suffire, bien au contraire, et qu’elle insisterai sans doute pour en apprendre davantage, ce qui était après tout logique. Ponine en ferait de même si la situation devait être inversée.

-Pas vraiment, non…




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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Lun 24 Juil - 19:27

Éponine & Azelma



Les rues de la ville nous appartiennent


La réponse de son aînée fut loin de surprendre Azelma. En réalité, ce dont elle fut surprise, c'est de ne pas l'avoir posée plus tôt. Si elle ne connaissait rien des malheurs d'Éponine (si ce ne sont ceux qu'elles partageaient depuis leurs plus jeunes années), elle les ressentait au point de les voir. Elles n'étaient pas du genre à avoir été gâtées par la vie et ses rencontres. Toutes deux s'étaient comme faites à cette idée et n'y faisaient plus tellement attention. La misère, le froid et le ciel toujours gris, c'étaient là de fâcheuses banalités qu'elles ont pourtant toujours su affronter. Mais là, l'histoire était toute autre. Azelma ne connaissait pas cette lueur qu'elle voyait emplir le regard de Ponine. Cette lueur, c'était une part d'ombre -une grande tristesse tout du moins, mais plus vraisemblablement un immense chagrin. Cette lueur n'avait pas lieu d'être -elle ne se souvenait pas de l'avoir vue auparavant. C'est à ce moment que la plus jeune des sœurs Thénardier regretta de ne pas avoir passé plus de temps avec son aînée. Ne serait-ce que pour avoir pu lui parler, et avoir pu être là pour découvrir et surtout comprendre de quel infâme événement pouvait bien lui venir cet air si terne, et cette voix si mélancolique. Azelma se sentit comme munie d'une mission -un devoir bien plus important que cette énième commission dont les avait chargées le père Thénardier. Elle se devait de consoler Ponine, ou du moins, soulager son mal par quelque moyen que ce soit. Mais puisque l'on s'attaque toujours en premier à la source du problème, elle entreprit de questionner d'avantage sa sœur. C'était là une charmante preuve de l'innocence qui restait à Zelma; elle était persuadée qu'en procédant ainsi, elle découvrirait bien vite le tort et n'en tirerait que du positif. Ce qu'elle négligeait, c'est qu'elle risquait de remuer le couteau dans la plaie qui se trouve être une plaie encore fort à vif.

Alors que ses lèvres s'entrouvrirent pour laisser échapper un début de son, Azelma se retint soudainement, réalisant une chose importante sur laquelle elle n'avait pas encore posé les yeux. Elle avait repensé à Monsieur Marius, quelle qu'en soit la raison, et avait réalisé son récent départ. La jeune fille avait perdu sa trace, mais qu'en était-il de Ponine ? Elle savait sa sœur fort proche de leur voisin de la masure Gorbeau. Elle connaissait les visites régulières que celle-ci lui rendait, et il lui était déjà arriver de les croiser côte à côte au détour d'un quartier proche d'ici.
Pourtant, elle ne s'était jamais demandée ce qu'Éponine avait pu ressentir au départ subit de Monsieur Marius. Pour elle, le charmant jeune homme était tel un coup de vent -il venait et s'en allait à sa guise et sans prévenir, si bien qu'elle ne se posa de questions que dans les heures qui suivirent son départ. Depuis, elle s'était faite une raison, et ne repensait qu'en soupirant silencieusement à cette présence qui jadis, redonnait un peu d'âme à cette misérable maison qu'ils habitaient. Mais à présent, Marius n'était plus là, et Azelma n'en avait pas touché le moindre mot à Éponine. Elle la savait au courant de cette absence, alors c'était chose inutile. Aussi, peut-être que son aînée était plus informée qu'elle à ce sujet ? Maintenant qu'elle voyait cette tristesse dans les beaux yeux de Ponine, elle n'en était plus si certaine. Clairement, il devait y avoir un peu de Monsieur Marius dans ce profond désarroi qui venait hanter sa sœur. Et c'est ce qu'Azelma finit par dire, ralentissant sans s'en rendre compte le rythme auquel elle avançait:
« C'est Monsieur Marius ? »

En posant sa question, Azelma avait relevé ses grands yeux jusqu'à croiser le douloureux regard de son aînée. Elle tenait à voir sa réaction, mais aussi à y voir la vérité. Si elle avait touché juste, elle le verrait immédiatement et alors, elle aurait compris. Il est intéressant de voir à quel point un si triste mais vraisemblable raisonnement peut se faire dans l'esprit d'une adolescente -c'est là un âge bien beau, mais aussi bien funeste. Elle savait et connaissait plus qu'elle n'aurait dû, mais elle comprenait tout autant, et dans ce bas monde, rares sont ceux munis de cette vertu qu'est la compréhension.

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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Lun 24 Juil - 22:33


Ensemble, une fois de plus
I

l y avait toujours eu, entre les deux soeurs une sorte de connexion qui ne saurait s'expliquer autrement que par un naturel lien fraternel. Elles n'avaient pas besoin de grand-chose pour se comprendre toutes les deux, quand l'une allait mal, l'autre le sentait, quand l'une allait bien, elle savait communiquer à l'autre un peu de la joie de vivre ressentie. Ponine n'avait jamais parlé à Zelma de Marius. Oh, elle aurait pu, sans doute, mais elle ne l'avait pas fait... Parce qu'elle se trouvait assez ridicule, au fond. Et elle l'était sans doute, car il n'y avait rien de plus absurde et d'insensé que d'avoir laissé grandir en elle des sentiments qu'elle aurait mieux fait de ne jamais éprouver pour son beau voisin. Bien sûr, elle ne l'avait pas décidé, cela lui était venu sans qu'elle ne demande rien, un coup en pleine poitrine qui change tout à coup tout en vous : votre vision du monde, vos pensées, tout. Et alors, vous fermez les yeux, et vous le voyez sous vos paupières closes, dans le silence, vous entendez sa voix. Et l'obsession devient douleur, parce que le fossé entre le rêve et la réalité ne saurait être franchi, ne sera jamais franchi. Avant, au moins, il n'y avait qu'un mur, un seul, épais comme du papier, pour la séparer du rêve inaccessible, maintenant ? Elle ne savait même pas... Non, elle n'avait jamais parlé de Marius à Zelma. Mais de toute évidence, sans besoin de cela, elle savait, elle avait compris. Quelque part, Ponine s'en sentait un peu honteuse. Elle regrettait de n'avoir mieux su dissimuler ses sentiments. D'un autre côté, c'était sans doute préférable comme cela. Ponine aurait trouvé laborieux d'expliquer à sa soeur dans le détail la naissance de sentiments qu'elle s'expliquait à peine, et qui la hantaient même en considérant leur inutilité... Là, au moins, elle n'avait rien à expliquer. Il lui suffisait seulement de confirmer. Elle hocha doucement la tête, les joues rosies.

-Il est parti...


Elle n'avait pas vraiment besoin de le dire, au fond, Zelma n'était pas aveugle (ni sourde, d'ailleurs, vu comme tout s'entendait dans la masure Gorbeau), elle avait bien dû constater que leur voisin ne vivait plus à côté. Il avait déménagé, il n'avait pas laissé d'adresse. Il lui avait promis qu'ils continueraient de se voir par la suite, mais elle savait qu'il mentait. Sans forcément en avoir conscience, mais il mentait quand même. Parce qu'elle était sans importance.

- Il s'est marié.


Puisqu'elle en était aux confidences, autant apprendre à sa soeur la vérité dans sa grande globalité. Parler ne changerait rien, parler ne lui ramènerait pas Marius. Mais ça la consolerait peut-être un peu.

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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Lun 24 Juil - 23:47

Éponine & Azelma



Les rues de la ville nous appartiennent


Évidemment. Si Ponine se sentait honteuse, Zelma se sentait idiote. Tout cela avait l'air si clair, si net maintenant que ça avait été avoué et dit de la bouche de la principale concernée. Monsieur Marius, le voilà l'objet de tous les tourments. Le Marius, le charmant voisin de palier dans la dérisoire masure Gorbeau. Il avait été tout, et au fond, qu'était-il réellement ? Pour Azelma, il était avant tout un gentil personnage. C'était quelqu'un de tranquille, de serviable même. Il n'avait l'air en rien d'être concerné par des affaires similaires à celles du père Thénardier, le genre d'affaires qui courent les rues des bas quartiers et qui se traduisent par des drames dans la haute société. Marius était quelqu'un d'honnête, et pour cela Azelma l'enviait. Mieux -elle l'admirait. Ce garçon avait beau avoir sombré à sa manière (au sinon, pourquoi se serait-il installé dans cet infâme coin qu'est la masure ?), il était resté un honnête homme, du moins, c'est ce qu'Azelma savait. Et ce qu'elle savait au sujet de Marius, cela lui suffisait. Elle n'a jamais été particulièrement proche de ce-dernier, et parfois, elle s'en voulait; surtout maintenant qu'elle réalisait l'enjeu que celui-ci représentait dans la vie de son aînée.
Peut-être Zelma aurait-elle du s'intéresser d'avantage à son voisin, bien avant son départ. Elle aurait ainsi pu remarquer que quelque chose n'allait pas -qu'entre Ponine et lui, il y avait bien plus qu'une simple cohabitation dans la plus ridicule des misères. Elle aurait aimé, ne serait-ce que pour un instant seulement, pouvoir apercevoir le regard avec lequel sa sœur le scrutait. Le détaillait-elle, s'essoufflait-elle de chaque détail constituant la personne de Marius, ou admirait-elle sa vue d'ensemble, le garçon dans toute son entièreté et nul autrement ?Elle devait avoir les yeux de l'amour et lui, aussi. Mais c'est un amour bien différent que chacun éprouvait, et ça, Azelma le compris par la simple phrase «Il s'est marié.» Tout d'abord, elle en fut surprise; elle n'aurait jamais imaginé que ce jeune homme puisse se marier, pas plus qu'elle ne voyait quiconque issu de ce monde de malheurs et de saleté pouvoir s'unir par une chose telle que le mariage. Après réflexion, elle y trouva une triste banalité. Après tout, ses parents à elle, ne s'étaient-ils pas mariés ?
Le cœur fait de ces drôles de choses parfois, sans qu'il n'y ait forcément une part d'intérêt. Les gens s'aimaient, et sa sœur aussi, elle aimait. Elle aimait toujours, et elle aimerait sûrement longtemps.
Si Azelma se sentait mal, c'était seulement et uniquement pour Éponine. Plus les secondes passaient et plus Zelma croyait comprendre le réel sens de ce peu de mots que sa sœur avait choisi pour exprimer la situation. Aussi, elle chercha bien vite une consolation: elle essaya de trouver quelque parole qui puisse montrer plus que de la compassion -un réel soutien. Mais Azelma qui était toujours si hardie, tant dans ses mots que dans ses gestes, se voyait hésitante. Qu'y connaissait-elle, après tout ? Elle croyait tout -elle ne savait, en fait, rien.

« Se marier ? Mais à qui donc ? »

Au final, la réponse de la cadette -qui était en fait une question, ne montrait que peu de compassion, et encore moins de soutien, contrairement à ce qu'elle avait voulu. Sa curiosité l'avait emportée, et elle avait peut-être cru bon de divaguer sur un tel sujet plutôt que de s'attarder sur les sentiments d'Éponine, qu'elle savait douloureux et incurables. Peut-être avait-elle bien fait (du moins, elle en gardait l'espoir), mais elle n'aurait sûrement pas dû.

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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Mar 25 Juil - 19:06


Ensemble, une fois de plus
P

onine ne savait pas vraiment quelle réaction elle espérait de la part de Zelma... C'est que pour commencer, elle n'avait même pas été sûre de savoir lui avouer ce pour quoi (et pour qui surtout) son coeur soupirait, par honte surtout... Mais puisque sa cadette savait, puisqu'elle devinait ses sentiments, et donc son désarroi, sans doute avait-elle espéré de sa part un signe de tendresse, un mot doux et apaisant, ou même une simple étreinte, une manière, verbale ou non-verbale, de lui dire qu'elle tenait à elle, que si elle ne devait être aimée de personne d'autre, elle l'était au moins de sa soeur, de lui dire que tout finirait par bien aller, même si cela devait être sans le penser vraiment. Elle espérait quelque chose qui sache consoler sa douleur, un baume à appliquer sur ses plaies encore trop vives. Ce ne fut pas ce qu'elle obtint. Mais au fond, ce n'était peut-être pas si grave. Qui sait si Zelma aurait réellement pu dire ou faire quoi que ce soit qui sache combler ce vide en son coeur. Sa présence était un cadeau, mais pour le reste, il fallait sans doute seulement laisser au temps le temps de faire son oeuvre... même si Ponine considérait que l'on avait toujours tendance à confier au temps toutes les responsabilités du monde, par paresse et par convenance, sans jamais trop de clairvoyance. Zelma, donc, ne consola pas, et préféra questionner à la place, ce qui en soi était une autre manière pour Ponine de se guérir de sa morosité. En parler en détails ferait peut-être mal, mais tout garder pour soi était pire encore dans tous les cas. Alors autant se préserver de ce qui se révèle trop douloureux.

-Tu dois plus te souvenir d'elle,
répondit-elle alors. Et cette réponse surprendrait peut-être sa soeur, car pourquoi se référer à des souvenirs lointains quand Marius avait appartenu à un présent bien présent (même si lui aussi finirait sans doute par n'être qu'un souvenir). Elle se fait appeler Cosette.

Cosette, la fillette du temps de l'auberge, celle qui avait été sauvée de ses parents par cet homme à la poupée, cet homme que Ponine avait revu depuis... Cosette, celle qui faisait maintenant l'objet de toute sa jalousie, de toute son envie, elle qui ces années durant avait échappé aux coups de son père, elle qui maintenant avait la beauté et la richesse quand Ponine ne s'était jamais sentie plus laide et pauvre. Elle qui était à présent la femme de celui après qui elle avait tant soupiré, le premier et seul homme qu'elle ait jamais aimé, et pourquoi aimer encore si c'était pour tant souffrir. Ponine, du haut de son jeune âge (et justement parce qu'elle était jeune), se disait qu'il resterait toujours le seul.

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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Mar 25 Juil - 22:37

Éponine & Azelma



Les rues de la ville nous appartiennent


La révélation de ce nom projeta un vigoureux frisson dans le dos de la jeune Azelma. Sur le coup, elle doutait de ce qu'elle venait d'entendre, et elle espérait même s'être trompée. La vérité avait beau être complète et claire juste sous ses yeux, il y avait là trop de coïncidences, trop d'invraisemblables liens entre des situations bien trop différentes. Elle crut voir une intersection entre des chemins opposés, et ce n'était pas qu'une impression. Ça ne pouvait pas être elle..., ça ne devait pas être elle. Cosette, Cosette ! Un nom bien singulier, que ce Cosette. Un nom dont Azelma ne se souvenait que trop bien pour l'avoir martyrisé dans son enfance, puis jalousé assidûment. C'est un nom qu'elle haïssait, elle s'en souvint immédiatement, car s'il nous arrive d'oublier de vieux amis, le souvenir des ennemis persiste toujours, lui.
Bien-sûr qu'Azelma se souvenait de Cosette. Comment pourrait-elle oublier cette enfant qu'elle tenait responsable pour tant de maux ? Cette petite blonde de malheur qui lui a d'abord pris sa mère, puis s'est enfouie dans les bras de cet homme en qui Azelma voyait ce qu'elle n'avait jamais vu en son père. Ce mystérieux voyageur à la poupée... Il était venu un soir à l'auberge des Thénardier et était reparti de ce pas, emmenant avec lui la petite Cosette, et un peu des rêves de l'encore plus jeune Zelma. Inconsciemment mais avec beaucoup de conviction, la cadette des sœurs Thénardier serra les poings. Cette poupée, elle l'avait voulue pour elle-même. Cette protection, cet homme; Ça aussi, c'est Cosette qui les avait eus. Maintenant, Cosette avait tout, et elle n'avait rien. Si seulement la situation ne s'arrêtait pas là ! Après les désillusions de la petite Azelma, c'était au tour des chagrins d'Éponine. L'aînée aussi venait à son tour payer le prix du bonheur de Cosette, ce qui attisa un peu plus la flemme éveillée tordant le cœur de Zelma.

« Comment ! Penses-tu seulement que c'est La Cosette, la p'tite blonde refilée à notre mère ? Cette Cosette-là est-elle devenue fille à marier ?» s'exclama Azelma sans se rendre compte de l'agressivité qui venait remplacer la surprise qu'elle croyait avoir dans sa voix. Aussitôt, la jeune fille s'arrêta. Tout cela devait être une bien vilaine farce -c'était trop beau, trop ironique. Il fallait qu'elle clarifie une situation déjà blanche comme du linge; Cosette, les malheurs de Zelma, avait trouvé le bonheur auprès de Marius, les amours devenus malheurs de Ponine. Si la petite rousse avait déjà ses raisons pour en vouloir à celle qui a un jour partagé son toit, elle n'en avait que d'avantage aujourd'hui. À présent, elle pouvait lui en vouloir sans paraître égoïste, et cela suffisait à soulager une conscience et à renforcer la bravoure d'un cœur. Maintenant, la haine n'était plus personnelle -elle comptait double. Si Éponine était dépitée, Azelma était en colère.
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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Mer 26 Juil - 20:49


Ensemble, une fois de plus
C

osette... Ce nom surgi du passé avait pendant très longtemps déserté son esprit. Ce n'était pas qu'elle l'avait oubliée, cette petite blonde qui avait vécu un temps sous le même toit qu'elle avant d'être "sauvée" par l'homme à la poupée, mais à présent, il cristallisait tout ce qu'elle éprouvait de rage, de jalousie, de rancoeur et de remords : une seule et même personne savait lui inspirer tous les pires sentiments au monde, personne d'autre ne pouvait se vanter de cet exploit, pas même le père Thénardier (même si lui lui inspirait un sentiment en plus : la peur, tout simplement). Et pourtant, cette jeune femme à qui tout réussissait, qui s'en sortait partout où elle échouait, ne la reconnaîtrait pas si elle la croisait dans la rue, ne se souviendrait sans doute pas de son prénom, elle... Oui ce nom, Ponine ne saurait jamais l'oublier... et apparemment, elle n'était pas seule... Elle fut surprise de la virulence de la réaction de sa cadette : manifestement, elle s'était trompée. L'adolescente se rappelait complètement cette période et cette enfant. Oui, elles étaient toutes petites encore, mais malgré tout, ça ne changeait rien. Ponine hocha doucement la tête. Oui, c'était bien de cette fille-là, qu'elle causait. Ce fantôme surgi de leur passé et qui n'avait pas son pareil pour les hanter. La jeune femme était au fond contente que Zelma se souvienne, et éprouve tant de rancoeur à l'adresse de cette jeune femme qui avait tout quand elles n'avaient rien. Même si ça ne changeait rien du tout, en réalité. C'étaient tout de même elles, les misérables, et elle à qui tout réussissait... C'était comme ça, et ça ne changerait jamais, c'est certain.

-C'est celle-là, oui,
répliqua-t-elle dans un léger soupir... Que Marius s'engage avec un autre, c'était déjà difficile à accepter et à supporter, mais que cette autre soit celle qui lui avait dors et déjà tant. Comme si elle avait droit à tout ce qu'elles n'auraient jamais, parce que Dieu vouait certains au désarroi et d'autres au bonheur sans justice ni explication, de façon implacable et aléatoire. Et elle est devenue femme mariée.

Non pas fille à marier, mais femme mariée, donc. Elle devait porter le nom de Pontmercy, maintenant... Cette pensée lui faisait du mal, mais cette pensée était vrai, et elle ne pouvait pas occulter la vérité, c'était impossible, voilà tout.

-J'ai vu son père, aussi, l'homme à la poupée...


Trop de fantômes en trop peu de temps... et elle, elles en étaient là, piégées dans leur misères, enferrées dans leur douleur, incapable de s'extirper de cette vie-là, ou bien seulement de la pire manière, alors.

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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Mer 26 Juil - 22:37

Éponine & Azelma



Les rues de la ville nous appartiennent


Peu à peu, la surprise de Zelma s'était changée en colère. À présent, cette colère (qui avait plutôt des airs de profond agacement) prenait une tournure intriguée. La petite était curieuse, ce n'était pas un secret, ni un réel tort. Cependant, alors qu'elle ruminait ses pensées noires tournant autour de la si enviée et détestée Cosette, l'esprit d'Azelma se tira de là et s'illumina à l'entente de ces quelques mots de sa sœur : «J'ai vu son père, aussi, l'homme à la poupée...».
L'homme à la poupée... Zelma n'avait jamais su ni pu lui donner de nom, et pourtant, ce n'est pas comme si elle n'y pensait pas. Lorsqu'elle se sentait seule, abandonnée, elle pensait à cet homme venu chercher Cosette, un jour banal devenu maudit. Si il lui arrivait de se plaindre d'être si misérable, elle se souvenait de la somptueuse poupée que tous les enfants du quartier guettaient et désiraient, et qui avait été offerte à Cosette. Et enfin, lorsque seule, sur le palier de la vieille Masure Gorbeau ou dans les tristes rues de Paris, elle fuyait la main violente de son père ou les mots froids de sa mère, elle fermait les yeux et avait soudainement l'impression de voir apparaître devant elle le visage de cet homme. C'est un visage qu'elle n'a jamais oublié et qui revenait la hanter dans des moments de mélancolie plutôt que de rage ou de chagrin. Elle revoyait son air doux malgré ses traits sérieux, et elle frissonnait alors qu'elle voyait se dessiner ce regard qu'elle a tant envié à Cosette; le regard sincère d'un père, le sourire bienveillant d'un inconnu. Si Zelma n'avait connu ni l'un, ni l'autre, la fois où ce bonheur était passé si près d'elle l'avait marquée pour bien des années. Elle l'enviait, et il la fascinait.

Si Cosette était dans les environs, surtout si c'était pour ce marier à ce regretté Monsieur Marius, cet homme, son père, devait être là lui aussi ! Ce fut là la première pensée qui traversa les songes troubles de Zelma lorsque Ponine le confirma d'elle-même. Étrangement, la cadette des filles Thénardier était curieuse et pressée de revoir cet homme (elle s'était déjà mise en tête de le retrouver), rien que pour voir si son regard était toujours tel qu'elle s'en souvenait. Elle voulait voir, elle voulait découvrir d'elle-même si la bonté traverse les âges, et si un amour paternel était capable d'en faire autant. Elle ne cherchait à nuire à personne (et sur le coup, pas même à Cosette), et c'était peut-être étonnant de la part d'une fille comme elle, une vagabonde, dans une pareille situation.
Zelma se retourna alors vers Éponine, les yeux soudainement agités par une lueur d'impatience et d'appréhension. Elle la questionna, un peu trop rapidement peut-être, mais d'un ton curieusement sincère : «Te rappelles-tu seulement d'où tu l'as vu ? »
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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Jeu 27 Juil - 18:58

[quote="Éponine Thénardier"]

Ensemble, une fois de plus
P

onine ne savait même pas vraiment pourquoi elle avait ainsi évoqué le "père" de Cosette (qui ne l'était pas techniquement d'ailleurs, mais qui l'avait sans doute bien plus été pour la jolie blonde que le père Thénardier ne le serait jamais pour ses deux filles - et ne parlons même pas de ses fils, complètement laissés à l'abandon), sans doute pour être plus spécifique, elle ne savait pas trop. Elle faisait remonter à la surface un ancien souvenir, ravivé pour elle depuis un moment, mais qui devait l'être tout juste pour Zelma, et tant qu'à faire, elle voulait se montrer précise à ce sujet, elle ne voulait rien cacher de ce qu'elle savait à sa cadette, même les informations qui n'étaient pas forcément utiles. Mais si Ponine avait un peu parlé de l'homme à la poupée juste comme ça, il semblait qu'il avait plus d'importance que cela dans l'esprit de la cadette que dans celui de l'aînée, au point qu'elle ne manqua pas de l'interroger d'une manière qui ne manqua pas de surprendre la jeune femme. Pourquoi donc cette question ? Et à quoi bon, surtout ? Elle devait bien reconnaître ne pas vraiment comprendre. Elle observa son interlocutrice un instant, cherchant à sonder une cervelle dont qui fonctionnait souvent comme la sienne, mais pas toujours. En cet instant, en tout cas, elle n'en était pas sûre. Elle avait tout du moins le sentiment que quelque chose lui échapper. Quoi ? Elle ne saurait le dire, mais quelque chose, c'était bel et bien sûr, et c'était à elle de le déterminer, à présent, si Zelma lui en donnait l'opportunité, tout du moins.

-Bien sûr,
répondit-elle. Comment pourrait-elle oublier une telle rencontre, en même temps ? On ne peut oublier le retour si fracassant d'un fantôme du passé. C'était devant chez nous, dit-elle alors. Il cherchait Monsieur Marius.

Le fait d'en parler ainsi lui laissait comprendre qu'elle aurait sans doute dû en parler à sa soeur plus tôt. Pourtant, elle ne l'avait pas fait, elle n'était même pas certaine qu'elle l'aurait fait si Zelma ne l'avait pas questionnée. Pourquoi donc ? Elle n'en savait trop rien. Elle s'était dit que cette information ne lui ferait pas du bien, tout simplement. C'était dans leur nature que d'envier la vie des autres, parce qu'elles n'avaient et n'étaient pas grand-chose, mais le cas de Cosette était à part, et elles le savait l'une et l'autre.

-Qu'est-ce que ça peut te faire, de toute façon ?
demanda-t-elle ensuite, peut-être un rien agressive, il est vrai, mais non sans raison. Elle devait bien avouer qu'après avoir confié son désarroi à sa petite soeur, elle espérait de sa part une autre réaction. Un rien de compassion, peut-être, qui sait, mais son cas à elle ne semblait finalement pas tant l'intéresser que cela.

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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Sam 29 Juil - 14:53

Éponine & Azelma



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Déçue, ça -Azelma l'était. Si Ponine disait vrai (et la cadette ne doutait pas un seul instant de l'honnêteté de son aînée) et que le père de Cosette était bel et bien venu s'aventurer par chez elles à la recherche de Monsieur Marius, alors elle ne le reverrait plus dans les environs car il n'y avait plus de Marius par ici, et que de toute façon, il devait bien l'avoir trouvé à présent. Après tout, lui et Cosette se sont mariés, n'est-ce pas ? Ce fait sema certains doutes dans l'esprit de la jeune fille ; des questionnements aussi incohérents qu'incompréhensifs qu'elle mit néanmoins de côté pour le bien de la situation et de la conversation.
Se retournant à nouveau vers son aînée lorsque celle-ci la questionna avec une certaine forme de suspicion, Azelma secoua la tête et haussa les épaules d'un geste nonchalant, ne voulant sûrement pas élaborer sur des pensées qu'elle-même trouvait bien trop confuses. Du reste, elle ne demanda aucune précision supplémentaire à Ponine, risquant alors de trahir cet "intérêt" qu'elle portait au père de Cosette. L'homme à la poupée, comme elles l'appelaient toujours entre elles, avait apporté à Cosette tout ce que les filles Thénardier n'avaient pas reçu de leur propre père. Si Azelma enviait cette petite qui a un jour partagé leur toit, sa curiosité envers cet inconnu venu l'emmener n'était certainement pas assouvie. Elle voulait en savoir plus, et surtout, elle voulait voir de ses propres yeux. Voir ce qu'était devenu ce duo presque hasardeux, voir quel genre d'homme pouvait donner sa fille en épouse à Monsieur Marius, et delà voir quel genre de fille avait su s'approprier le cœur de ce charmant voisin, chose à laquelle Éponine avait échoué malgré son dévouement le plus total.
Les pensées de la cadette revinrent alors sur son aînée. Si elle avait pendant tout un moment songé à ses envies de revoir le père de Cosette, elle pensait maintenant et finalement au chagrin de Ponine. Après tout, qui était la plus à plaindre ? Azelma avait connu ses désillusions, mais Éponine avait connu le chagrin, ce qui était une chose claire et importante aux yeux de sa sœur. Dans la misère telle qu'elles la connaissaient, les prioritaires sont les plus malheureux, à moins que ça ne soit les plus sournois ? Dans notre cas, la première option se démarque, tant par bonté naturelle que par solidarité sororal.
Aussi, Azelma poussa un long soupire. D'un geste confiant mais triste, elle posa sa main sur l'épaule de son aînée en relevant lentement le regard vers elle. « Je suis désolée, Ponine. » dit-elle simplement, mais d'un ton qui trahissait tous les autres mots qu'elle a un jour pu garder pour elle. La compassion, l'incapacité à faire quoi que ce soit.
Ce n'est qu'après quelques secondes de silence que la cadette retira sa petite main de l'épaule d'Éponine et se remit en marche, tout bonnement et simplement, revenant ainsi à la besogne confiée par leur père. Malgré toutes leurs malheureuses péripéties, les choses reviennent toujours à leur morosité et se répètent, inlassablement et monotonement.
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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Sam 29 Juil - 16:57


Ensemble, une fois de plus
P

onine s'était sentie vexée, et pour la peine, elle n'avait si s'empêcher de le faire comprendre à son interlocutrice, et maintenant, elle regrettait de lui avoir parlé avec tant d'agressivité. Il était normal qu'elle soit curieuse, qu'elle pose tant de questions. C'était très logique, elle lui apprenait que, après tout ce temps, elle avait retrouvé cet homme qui avait appartenu à leur passé, même si ça n'avait été qu'au cours d'un instant très fugace. Fugace mais marquant, pour l'une comme pour l'autre. Il était logique que cette information en éclipse une autre, au fond moins surprenante. Oui, monsieur Marius allait épouser une jeune et jolie jeune femme de bonne condition, bien sous tous rapports, et c'était normal. Ponine savait bien qu'entre eux, il n'y aurait jamais rien, elle savait bien que ses sentiments ne seraient pas partagés. Alors à quoi bon se lamenter, en fin de compte ? Cela n'avait ni raison ni sens. Oui, c'était logique, que Zelma se détourne de sa détresse pour se focaliser sur autre chose... Ponine avait songé à lui en vouloir, mais aussitôt que la jeune femme déposa une main sur son épaule et lui assura être désolée, elle sentit son agacement fondre comme neige au soleil. Elle esquissa un fin sourire, façon de lui dire que ce n'était rien. Et en effet, au fond, ce n'était rien, rien du tout. Elle avait mal, cette douleur était si grande qu'elle avait le sentiment qu'elle lui resterait collée au corps pour toujours... à tort, sans doute. Mais tout de même...

La vie continuait, et c'était sans doute bien comme ça. Maintenant que Marius n'habitait plus la porte d'à côté, à présent qu'il était marié, elle cesserait de laisser de faux espoirs gâcher la réalité. Il lui avait échappé sans lui avoir jamais appartenu. C'était comme ça, et c'était sans doute très bien ainsi. Elle appréciait la réaction de sa soeur, elle la remerciait intérieurement d'avoir compris qu'elle avait juste besoin de cela, un rien de compréhension, pas forcément beaucoup plus. Alors, elles reprirent leur route. Elles devaient continuer leur chemin, toutes les deux, elles avaient, après tout, une mission à accomplir pour leur père. Mais après quelque pas, encore taraudée par leur conversation de tantôt, la jeune femme ne sut s'empêcher de reprendre la parole.

-Tu sais, si tu veux l'revoir, j'peux te trouver son adresse,
dit-elle sans préciser qu'elle parlait de l'homme à la poupée (mais elle se disait qu'elle comprendrait). Ponine n'avait pas son pareil pour dénicher les adresses des uns et des autres, c'était un service qu'elle pouvait bien rendre à sa cadette, si cela devait tant compter pour elle. Elle n'était pas sûr que ce soit un bien pour elle, mais après tout, elle n'était pas le meilleur juge de cela.

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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Sam 5 Aoû - 18:06

Éponine & Azelma



Les rues de la ville nous appartiennent


La proposition de Ponine, aussi logique aurait-elle pu sembler aux yeux de quelqu'un de tranquille à la réflexion posée, surprit Azelma au point où celle-ci tourna soudainement la tête vers son aînée, clignant plusieurs fois des yeux sans vraiment y croire. Elle n'avait que rarement affaire à ce genre d'élan de bonté, si bien qu'elle avait fini par ne plus en espérer de la part de sa sœur même si elle savait que cette-dernière la soutiendrait toujours. En attendant, Azelma crut d'abord rêver, mais avant qu'elle ne put prononcer la moindre parole enjouée ou exprimer sa gratitude avant même que la besogne soit faite, elle fut rattrapée par des sentiments mêlant doute, réalisme aveugle et culpabilité.

« Son adresse ! Mais nous n'avons même pas son nom ! » s'exclama-t-elle en détournant les yeux dans un battement de cils presque douloureux. Enfin, Zelma ne connaissait pas son nom. L'homme à la poupée avait toujours été appelé "L'homme à la poupée", et Cosette avait toujours été appelée "Cosette". Monsieur Marius, qui aurait peut-être pu les renseigner, était à présent parti bien que pas oublié, et introuvable tant par l'aînée que par la cadette. Aussi, dans son impasse sentimentale, la plus jeune des filles Thénardier avait presque abandonné tout espoir de les revoir, ces gens-là. Peut-être qu'en attendant le soir, une fois que la nuit sera tombée et qu'elle ne trouvera pas le sommeil, lorsqu'elle sera en train de réfléchir à sa conversation avec Éponine et encore à cette même proposition, elle trouvera un moyen, une idée qui les sortirait de là ; quelque moyen bien connu des enfants de la rue pour atteindre leurs objectifs. Car à défaut d'avoir été gâtées par mille et un moyens, les filles Thénardier, comme la plupart de leurs semblables, avaient appris à leurs frais à se servir de leur imagination et de leur débrouillardise. Ainsi, ce soir, Azelma comprendrait que si Ponine lui avait proposé de trouver l'adresse de cet homme qu'elle tenait tant à revoir, elle y parviendrait par je-ne-sais quel moyen qui lui sera bien propre. Enfin, elle s'en rendra compte ce soir seulement si Ponine ne s'en chargeait pas immédiatement : ouvrir les yeux à sa cadette, la redresser à son tour. Lui dire que tout était possible, et qu'elles avaient déjà eu affaire à bien pire, et qu'elles s'en sont sorties de toute manière. Des paroles qui auraient été bien sages, peu importe leur formulation. Des paroles que Zelma pourrait à son tour souffler à l'oreille de son aînée, lui assurant que si elles parvenaient à retrouver l'homme à la poupée dont elles ne détenaient pas même le nom, elles pouvaient, sans trop de délai ni de difficultés, remettre la main sur ce Monsieur Marius parti en laissant une unique trace : l'impression qu'il a faite dans l'esprit obstiné des filles Thénardier. Si elles voulaient les retrouver, elles y parviendraient assurément.
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Message#Sujet: ,   Ven 11 Aoû - 18:59


Ensemble, une fois de plus
Z

elma semblait ébahie par la proposition de Ponine, et cette dernière en prendrait presque ombrage. C'est vrai, elle n'avait pas si souvent l'occasion de faire montre de générosité (parce qu'on ne peut pas donner grand-chose quand on ne possède rien), mais elle voulait montrer à sa soeur qu'elle serait toujours présente pour elle, même quand elle ne comprenait pas totalement ses motivations, et avait, par conséquent, le sentiment, que leur lien s'étiolait. S'il y avait des choses qu'elle n'avait su lui confier, et réciproquement, ce n'était pas très bon signe, non ? Enfin, au moins semblait-elle réellement emballée par sa proposition. Zelma semblait réellement vouloir retrouver cet homme. Et Ponine pensait pouvoir l'y aider. Non pas qu'elle connaisse son adresse à l'heure actuelle, mais Ponine était douée quand il s'agissait de retrouver les gens, et puisque son chemin avait déjà croisé le sien, elle considérait que cela pourrait se produire à nouveau. On ne pouvait pas toujours provoquer le destin, c'était d'ailleurs l'un de ses grands problèmes, mais on le pouvait parfois, et si ce devait être pour le bien de sa cadette (encore qu'elle n'en était pas certaine), elle pouvait bien fournir cet effort, ou essayer, tout du moins.

- Y a pas forcément besoin d'un nom,
répondit-elle alors dans un haussement d'épaules.

Bon, elle admettait quand même que le fait d'avoir un nom aidait grandement en ce genre de circonstances. Surtout qu'ielle ne pouvaient certes plus compter sur Marius pour les mener à Cosette qui les mènerait à l'homme à la poupée. En même temps, quand bien même elle aurait encore cette possibilité, quand bien même monsieur Marius serait encore son voisin, elle aurait tout de même choisi des voies détournées pour parvenir à ses fins, parce qu'elle ne se voyait pas mêler le bel étudiant à tout cela, pas plus qu'elle ne se voyait lui apprendre le passé commun qui les liait, elle et sa soeur, à la jeune femme si charmante et propre sur elle dont il avait demandé la main. Bref, Ponine ne pouvait rien garantir à Zelma, mais elle avait bien envie de lui rendre ce service, vraiment, ne serait-ce que parce qu'elle ne pouvait pas faire grand-chose d'autre pour elle, et qu'elle voyait que ça lui tenait à coeur.

- Mais si j't'aide, faut que tu me dises pourquoi.

Parce qu'elle aimerait vraiment comprendre ce qui passait vraiment par la tête de sa soeur. Sans savoir si elle apprécierait de le découvrir ou non.

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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Sam 19 Aoû - 21:07

Éponine & Azelma



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Il avait suffi de l'espace d'un instant pour qu'Azelma passe du vain désespoir à la surprise. Les grands yeux de la cadette s'arrêtèrent sur Éponine, comme s'ils venaient d'être traversés par un ironique éclair de génie. En réalité, il s'agissait plutôt là d'une prise de conscience : en effet, elle était la première à remarquer l'absurdité de sa propre attitude, celle qu'elle venait d'avoir il y a à peine quelques secondes. Bien sûr qu'il n'y avait pas besoin de nom ! Si tout le monde avait besoin d'un nom pour effectuer ce genre de besogne, alors tout le monde ferait ses petites recherches soi-même et les gens comme les filles Thénardier n'auraient pas de «travail». Sur le coup, Azelma s'en voulait presque d'avoir pu un seul instant douter des capacités de son aînée, elle qui avait toujours prouvé son efficacité à dénicher les informations les plus enfouies. Alors pourquoi pas faire la même chose avec une personne ? Ponine avait beau avoir un considérable talent (enfin, si l'on peut qualifier de la sorte les stratagèmes sournois qu'elle a dû développer au fil du temps), ce n'est pas non plus comme si elle n'avait aucune information sur l'homme à la poupée. Si elle en ignorait le nom, elle connaissait celui de sa fille, et à présent, celui de son gendre. Maintenant que la cadette repassait toutes ces informations dans son esprit, enthousiaste comme elle était, elle trouvait cela presque trop facile, non seulement pour les capacités de Ponine, mais même pour les siennes.
Heureusement qu'il y a de ces prises de consciences qui font bien vite redescendre sur terre quiconque rêve un peu plus que ce à quoi il n'est autorisé. C'est donc en cachant sa joie, comme on dit, qu'Azelma hocha la tête en signe d'approbation aux dires de sa sœur, et qu'elle esquissa un léger sourire qui malgré ses airs rendus douloureux par l'allure générale de la petite, était particulièrement sincère et en un sens, plein de gratitude.

Cependant, avec la généreuse proposition vinrent bien vite quelques conditions qu'Éponine avait eu la bonté de poser au préalable. Ces conditions, se manifestant souvent comme doutes et conséquences, avaient de quoi faire réfléchit Azelma avant que l'affaire ne soit conclue. En général, les gens de leur genre avaient dans leurs habitudes de ne dévoiler leurs contreparties qu'une fois le marché effectué, et mettant ainsi leur "client" dans une situation bien délicate où les issues étaient bien souvent fâcheuses, dans un sens comme dans l'autre.
Mais ici, l'aînée des filles Thénardier avait su se montrer parfaitement claire et se faire comprendre simplement. Elle ne demandait qu'une réponse, une raison valable en échange d'un si généreux service. Elle voulait savoir pourquoi la jeune fille tenait tant à retrouver cet homme si lointain, et au fond, elle avait tous les droits du monde à se poser cette question. C'est plutôt Azelma qui était en tort de ne pas lui avoir énoncé les raisons d'une telle envie plus tôt, mais il faut croire que dans l'élan de ses émotions, elle n'y avait pas vraiment pensé, et n'en avait pas particulièrement envie.
La cadette pesa alors le pour et le contre de cette proposition assez rapidement, étant donné que son choix fut vite fait. Elle dévoila à Éponine ses raisons, aussi simplement que celle-ci les lui avait demandées :

« J'voulais lui demander s'il était dans ses habitudes d'offrir des poupées aux p'tites filles débraillées », plaisanta-t-elle cyniquement avant de reprendre, plus calmement et curieusement, avec un certain sérieux : « J'ai envie de revoir de bonnes personnes. J'en ai assez de toujours contempler les mêmes visages vagabonds et criminels. »
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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Dim 20 Aoû - 10:30


Ensemble, une fois de plus
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onine préféra ignorer le cynisme dont fit preuve sa cadette quand elle lui répondit pour commencer. Non pas qu'elle n'apprécie pas de voir sa soeur en faire usage (le cynisme était utile à plus d'un titre dans leur situation, et elle-même, d'ailleurs, en faisait preuve plus qu'à son tour quand la situation l'exigeait - et même quand elle ne l'exigeait pas, ceci dit), mais moins quand c'était à son adresse. Elle avait le sentiment que cela faisait passer ses questionnements pour absurdes alors qu'elle les trouvait, pour sa part, proprement légitimes. Elle fut tentée de répliquer que s'il avait pour habitude de porter son intérêt aux gamines débraillés, il s'intéresserait davantage à elles aujourd'hui (parce qu'elles avaient beau avoir grandi, elles étaient loin d'être des adultes, encore), ce n'était pas le cas. Ponine lui avait parlé, elle l'avait revu, et tout ce qu'il avait exprimé à son adresse, c'était un semblant de curiosité doublé d'une incitation à débarrasser sa fille chérie de son encombrant fiancé. Elle ne pensait pas qu'il distribue équitablement son affection et ses biens aux miséreux qui croisaient son chemin. Il était allé trouver Cosette parce qu'il voulait trouver Cosette, c'était aussi simple que cela. Mais de toute manière, non, ce n'était pas là que Zelma voulait en venir, ce n'était pas pour cette raison qu'elle tenait tant à revoir cet homme qui n'aurait dû qu'être un fantôme de leur passé commun, celui où elles étaient plus heureuses et plus insouciantes, celui où on leur avait fait croire que tout leur était acquis... La vraie explication était déjà plus crédible, si vraiment c'était la vraie.

- Tu sais, c'est pas dit qu'il soit si bon que ça, ce vioque,
répliqua-t-elle alors simplement.

Oh, il était certainement meilleur homme que leur paternel (cela étant dit, il ne fallait pas faire beaucoup d'efforts pour parvenir à cela), mais pour autant, Ponine le pensait effectivement, elle n'était pas sûr que cet homme soit si bon. Ce n'était pas parce qu'il était fortuné et qu'il offrait des poupées aux petites miséreuses qu'il était un homme bon. Il l'avait revue, avait-il fait quoi que ce soit pour elle pour autant ? Non. Bon, ce serait faire preuve d'une considérable mauvaise foi que d'affirmer que le jeune homme était de ces mauvaises gens dont il fallait se défier comme de la peste, mais elle ne l'érigerait pas en parangon d'honnêteté et de générosité. Ceci dit, elle comprenait Zelma. Il était normal qu'elle cherche à s'évader loin de la misère quotidienne, elle-même n'avait rien fait de différent en s'entichant du beau Pontmercy. Mais elle doutait que cela satisfasse réellement sa cadette.

-Mais d'accord, je te le dégoterai, ton bonhomme.


Zelma avait rempli ses conditions, alors elle allait faire comme bon lui semblait.

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Message#Sujet: Re: « Ensemble une fois de plus - Éponine & Azelma »   Mer 4 Oct - 8:42

Éponine & Azelma



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Jusque-là, rien n’aurait pu dissuader Azelma de vouloir revoir cet homme à la poupée qui semblait hanter ses préoccupations bien plus que ce que l’on aurait pu croire si elle était restée silencieuse. Au fond, il n’y avait vraiment que Ponine pour entendre ce qui, derrière des airs de caprices futiles, se trouvaient être les confessions de la cadette des Thénardier. Se livrer ainsi, dévoiler ce qui parvenait à tourmenter son jeune cœur aux parois de marbre, ce n’était pas exactement dans ses habitudes, si bien que déjà, elle éprouvait de légers remords, persuadée d’en avoir dit plus que ce qu’elle n’aurait dû. Mais ces remords naissants étaient apaisés par la bienveillance de Ponine, cette-même bienveillance qui avait tant contribué à garder les deux sœurs soudées malgré les interminables problèmes qui suivaient leurs noms et envahissaient leur quotidien.
Ainsi, s’il n’y avait que Ponine pour réconforter Azelma, il n’y avait également que Ponine pour faire douter la jeune fille. Elle était loin d’avoir tort, après tout ; Azelma ne savait rien de cet homme, si ce n’est qu’il avait offert une poupée à la Causette, et qu’il l’avait emmenée avec ce qu’Azelma avait toujours crue être de la sempiternelle bienveillance. Cependant, maintenant, elle remettait cet aspect-là en question. Était-il réellement si bon, si attentionné que ses souvenirs d’enfance la poussaient à croire ? Ponine avait sûrement raison ; elle n’avait aucune preuve pour pouvoir avancer une chose pareille avec certitude.
Cette réflexion projeta bien évidemment une certaine amertume dans l’esprit d’Azelma qui détourna un instant les yeux en se mordant sa lève gercée par le froid ambiant,  comme si elle cherchait à prendre une décision. Mais sa décision était déjà toute prise et ce, depuis bien longtemps. Elle ne comptait pas décamper de ses positions ; il était trop tard pour cela. De quoi aurait-elle l’air, à se désister au dernier moment, et sur un coup de tête ? Non, ce vieil homme, elle comptait bien le revoir, et tant pis si c’était à regret.

« Merci, Ponine…» finit- elle par souffler en relevant son regard malicieux vers son aînée. Une fois de plus, elle allait taire tous ces troubles et ces doutes qui lui retournaient la tête. Mais ces remerciements, ils étaient on ne peut plus sincères. Elle était reconnaissante à Ponine, tout simplement car une fois de plus, elle avait su lui offrir ce que nul autre aurait pu lui procurer. Encore une fois, Ponine était celle qui redonnait un brin de sourire à Azelma et, une fois de plus, elle en était la seule responsable. Le peu de bonheur dont Zelma pouvait se vanter, elle le devait à son aînée.
« On devrait y aller. L’père va nous passer un savon si on traîne trop, » finit-elle par dire en un simple soupir, mais qui à défaut d’être coléreux ou enjoué, était épris de la plus douce des sérénités, et d’un brin de malice qui caractérisait si bien la jeunesse Thénardier.

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