Partagez | 
 

 "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité

Message#Sujet: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Sam 17 Déc - 21:43

Ce n’était pas la première fois que Gringoire rendait visite à Frollo dans la sainte cathédrale de Notre-Dame. Le poète avait eu l’occasion d’y aller plusieurs fois, pour écouter quelques sermons, aller parler avec son maître, s’abriter de la pluie ou simplement errer au milieu de la grandeur de la cathédrale, admirant les vitraux, les colonnes, et s’imprégner un peu de cette atmosphère à la fois historique et religieuse. Bon, Pierre Gringoire n’était probablement pas le plus religieux de tous les hommes, mais il respectait malgré tout le christianisme et tous ses symboles. C’était même pour cela qu’il était autant fasciné par la cathédrale, qui était un puits de savoir à elle toute seule. Cette cathédrale avait vu passer quelques siècles et était un témoin de nombreuses choses du temps passé. Pourtant, elle était restée immuable ou presque. Quand on pénétrait à l’intérieur, on semblait tomber soudain dans un autre monde, plus silencieux, plus mystique. Il n’y avait que les hommes qui avaient parfois ébréché sa beauté par des travaux absurdes.

La dernière fois qu’il était venu – et où Frollo n’était malheureusement pas là – Gringoire s’était trouvé face à une étrange inscription laissée dans les hauteurs de la cathédrale, qu’il n’avait su déchiffrer. Pas plus qu’il n’en avait compris la présence, tant elle n’avait rien à voir avec les autres inscriptions vulgaires laissées sur certains murs, ni avec les symboles religieux. Anankè, qu’est-ce que c’était donc que ça ? Bon, certes, il savait le mot grec, plus ou moins, mais de là comprendre clairement la raison d’être de cette inscription… Il s’était donc dit que Frollo, dans sa sagesse d’archidiacre et son expérience de multiples domaines, serait le même à mieux de lui expliquer cette énigme.

Après avoir chercher son maître dans la cathédrale, il avait donc monté les marches qui menaient vers les hauteurs de la tour, prenant soin de montrer patte blanche à ceux qui auraient pu lui demander où il pensait aller ainsi. Fort heureusement, ses vêtements n’étaient pas trop abîmés ou crasseux ce jour-là, ce qui laissait moins penser qu’il passait un certain temps à la Cour des Miracles. Maintenant, il n’y avait plus qu’à savoir où il trouverait effectivement l’archidiacre, peut-être perdu dans la lecture d’un ouvrage qu’il aurait acquis récemment, ou bien occupé à tout autre chose. Il espérait le trouver plutôt à l’extérieur que dans sa cellule, à vrai dire. Il n’était jamais entré dans les « quartiers » que Frollo semblait avoir établis dans les tours de Notre-Dame, et sur sa vie, il ne se serait jamais risqué à le faire sans permission.
Revenir en haut Aller en bas

avatar
Messages : 411
Date d'inscription : 03/02/2015

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Lun 19 Déc - 17:55


"Qu'un prêtre et un philosophe soient deux."
I

l y avait, dans les sommets de Notre-Dame, une cellule ou nul sinon celui qui s'en était déclaré l'occupant n'avait jamais mis les pieds. Dans cet espace clos, si bien coupé du monde qu'on pouvait en oublier même le prestigieux édifice qui l'hébergeait dans toute sa majesté, l'archidiacre de Notre-Dame pouvait passer des heures durant, enfermé là sans en sortir. Il s'y rendait chaque jour, peu avant que le soleil ait gratifié Paris de ses ultimes rayons, s'y enfermait à clé, et il n'était pas rare de ne l'en voir sortir qu'au petit matin. Abandonné à ses réflexions, qui parfois, bien que doctes à leur manière, rompaient avec le Dogme, il n'y aurait souvent eu que peu de choses à voir à surprendre cet homme, rompu à la contemplation de ce qu'il était seul à savoir observer. Pour autant, il tenait néanmoins à n'être point dérangé pour peu qu'il ne l'ait pas souhaité. En l'occurrence, quand il entendit des pas monter les escaliers de la tour où sa cellule se tenait, il n'attendait personne, ni ne souhaitait vraiment la venue de quiconque. De qui pouvait-il s'agir, d'ailleurs ? Quasimodo, peut-être ? Le prêtre, qui préférait quoi qu'il en soit surprendre plutôt que d'être surpris, choisit d'abandonner ses quartiers, pour peu qu'on puisse les qualifier ainsi, afin d'aller à la rencontre de l'éventuel importun dont il entendait les pas se rapprocher de plus en plus distinctement, eux dont les pierres de la cathédrale se faisaient l'écho. Quand il fit face à l'intrus, il put constater qu'il l'était certes, mais moins que d'autres l'auraient été à sa place. Il s'agissait de Pierre Gringoire, poète de son état et homme d'esprit, en plus de cela, avec lequel ses échanges ne manquaient jamais d'intérêt.

-Pierre Gringoire.
Il lui adressa un signe de la tête en guise de salutation, les bras croisés derrière son dos. Je n'attendais plus votre venue. Non pas qu'il se soit annoncé, mais ses visites étaient relativement fréquentes. Voilà longtemps que je ne vous ai plus vu à Notre-Dame, observa-t-il alors.

C'était vrai, mais pas totalement. Il est certain que cela faisait un moment que le poète et l'archidiacre n'avaient pu converser comme ils en avaient l'habitude, certes, mais si Frollo se permettait un tel constat, c'était plutôt qu'en réalité, il avait vu Gringoire récemment, mais sans en être vu, du sommet de sa tour. Et il n'était pas seul. Il tenait compagnie à l'Égyptienne, autrement dit, au démon qui hantait si bien les pensées de Frollo qu'il finissait par parasiter toutes les autres... Et rendait peut-être d'autant plus nécessaire l'une de ces discussions dont les deux hommes avaient l'habitude, et auxquelles ils ne s'étaient plus exercés depuis quelque temps.



code by Mandy


_________________

                   
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Jeu 5 Jan - 15:59

Alors qu’il marchait, Pierre Gringoire avait pris la peine – ou le risque – de se pencher au-dessus du rebord de la tour. La vision de Paris qui s’étendait sous ses yeux ne manqua pas de le laisser rêveur, et même de lui couper un peu le souffle. Où que ses yeux se posent, il semblait redécouvrir de nouvelles choses, de nouveaux endroits, et tout revoir sous un angle nouveau. Il ne fallait certes pas avoir le vertige ; sitôt cette pensée eue, il eut un désagréable frisson et un moment de vacillement. Non, il n’était vraiment pas quelqu’un de très doué, ni de très aventureux, et il aurait été probablement malade en voyant Quasimodo se déplacer dans la cathédrale et ses tours avec l’habileté qui lui était propre.

Il était donc en train de reculer quand il entendit la voix de Claude Frollo résonner derrière lui. Il ne put en retenir un sursaut : si Quasimodo pouvait prétendre être le monstre – ou l’âme – de Notre-Dame, Frollo en était l’esprit ou le fantôme, avec les mêmes capacités à apparaître de nulle part, au moment où on s’y attendait le moins. Le poète attendit que son cœur reprenne un rythme normal, pour s’avancer vers l’archidiacre, avec un salut de tête respectueux. Même si l’attitude Claude Frollo était plutôt distante, et quand on y réfléchissait, avec des mots plutôt froids que chaleureux, Gringoire avait appris qu’il ne fallait pas toujours s’y fier. L’homme, après tout, était un prêtre, un de ces hommes isolés du monde et du reste de l’humanité. Son statut même ne l’autorisait pas à se montrer aussi proche que d’autres, voire aussi amical. D’autre part, Gringoire se doutait également qu’un Claude Frollo véritablement irrité, aurait une toute autre attitude, et d’autres mots que ceux-ci.

Le poète adressa donc un sourire éclairé à son mentor, sans sembler s’offusquer des reproches qui lui étaient faits. Même si l’archidiacre n’avait pas totalement tort : accaparé par sa nouvelle vie, sa cohabitation avec la bohémienne et les tours de saltimbanques à apprendre, il avait été bien occupé. L'état de ses vêtements, plus fatigué et usé qu'avant, en témoignait. Cela ne voulait pas dire pour autant qu’il avait oublié un homme à qui il devait tant. Et il ne se doutait pas que l’homme avait, en fait, eu l’occasion de le surveiller à plusieurs reprises, ces dernières semaines… sans quoi il aurait été clair que la situation aurait eu quelque chose d’un peu oppressant et de perturbant, tout d’un coup.

« Dom Frollo… Oui, j’ai été… plutôt occupé ces derniers temps. J’ai vécu certaines aventures, qui m’ont un peu éloigné de Notre-Dame et des poésies ! Mais je ne vous ferai plus faux bond, et les bonnes habitudes vont revenir ! »

Au fond, Gringoire était un optimiste, et son enthousiasme pouvait tout à fait se révéler communicatif. Cela aurait été certainement le cas si l’homme devant lui avait été un peu moins une statue de pierre, et davantage un être fait de chair et de sang. Mais il était loin de se douter des flammes qui pouvaient brûler à l’intérieur d’un être aussi impénétrable que Claude Frollo.

« Je voulais vous voir, justement, sinon, je n’ai pas grand-intérêt à grimper jusqu’ici. Je m’interrogeais sur une inscription vue ici il y a longtemps, Anankè… et j’aurais voulu vous en demander la signification. Et par la même occasion, vous revoir. J’espère que vous vous portez bien. »

Gringoire n’était pas non plus un complet égoïste. Outre la dette qu’il avait envers Claude Frollo, depuis des années, il l’estimait, et à sa manière, lui portait une certaine amitié, même si en apparence leurs rapports pouvaient paraître assez sobres. L’archidiacre était un des hommes qu’il respectait le plus dans ce monde, et il se souciait vraiment de ne pas l’avoir vu depuis longtemps, malgré ses airs fantaisistes et lunatiques.
Revenir en haut Aller en bas

avatar
Messages : 411
Date d'inscription : 03/02/2015

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Jeu 5 Jan - 19:44


"Qu'un prêtre et un philosophe soient deux."
I

l avait été plutôt occupé..., accaparé par quelque aventure. Cette réponse n'avait rien pour surprendre l'archidiacre, mais elle eut néanmoins le don de l'irriter, quand bien même il usa de trésors d'impassibilité pour ne rien en laisser paraître. Quelle que soit la réponse que son interlocuteur lui aurait adressée, ce même agacement aurait subsisté, car rien de ce que le poète pouvait lui apprendre des raisons de son absence ne pouvait trouver son approbation. Il savait à quoi il avait passé son temps... ou du moins, il le devinait sans trop de difficultés, et surtout, il savait avec qui il l'avait passé. Dès lors, l'indifférence n'était plus de mise, et Frollo brûlait de l'interroger sur ces aventures en question, tout en ayant pourtant conscience qu'il valait mieux qu'il en sache le moins possible pour son propre salut... ou peut-être le plus possible pour celui de Gringoire, en revanche. Les bonnes habitudes allaient revenir et il ne lui ferait plus faux bond, lui assurait-il. Frollo ne demandait qu'à le croire. Mais seul le temps, sans doute, lèverait ses réticences à ce sujet... ou bien les confirmerait. L'homme d'Église n'était pas certain quoi qu'il en soit de pouvoir accorder une foi aveugle à l'optimisme du poète, qui n'était plus à prouver (la foi aveugle, quoi qu'il en soit, était un danger, mais il n'en avait pas toujours assez conscience).

Bien sûr, il venait pour le voir, à ce sujet au moins, Frollo ne pouvait pas avoir quelque doute que ce soit. Et il comptait manifestement l'interroger pour un motif précis. Il se posait des questions sur une inscription qu'il avait observée en ces lieux il y a un moment. Une inscription qui ne pouvait évidemment qu'être familière à l'archidiacre. Anankè... Ce mot, ce concept plutôt, était source d'interrogations, de réflexions autant que de tourments. L'on pouvait en débattre, l'on pouvait concentrer en ce seul mot l'essence même de l'humanité, l'on pouvait y lire de destin des hommes et la vacuité de leur existence. Leur sens, peut-être, également ? Il y avait beaucoup à en dire, et que Gringoire ait voulu aborder le sujet était sans doute en soi une bonne chose, car s'il était un sujet qui pouvait nécessiter un autre œil pour l'observer, celui du poète était certainement le plus approprié.

-Je vais bien
, confirma-t-il derechef comme l'on se débarrasse d'un sujet de conversation sans intérêt pour répondre à son interlocuteur. Allait-il vraiment bien ? Sans doute pas, non. Dans le trouble que connaissait son âme, dans les tourments que rencontrait son cœur, il n'y avait pas vraiment de place pour cette paix intérieur qui permet au quidam de répondre "Je vais bien." à la question d'usage. Mais qu'importe. Ça n'avait pas d'importance, pour l'heure. Raison pour laquelle Frollo ne prit pas la peine de retourner à son interlocuteur sa question. Pour répondre à votre question, je suis surpris que, tout poète que vous êtes, vous ignoriez le sens de ce mot.

Mais connaître la traduction d'un mot n'est pas toujours le comprendre ni en saisir les implications. Sans doute était-ce de cela que Gringoire voulait parler. L'archidiacre ne précisa pas son propos, il espérait inviter ainsi son interlocuteur à lui adresser sa propre interprétation de l'inscription qui semblait inopportunément gravée sur une pierre de la cathédrale.


code by Mandy


_________________

                   
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Jeu 12 Jan - 20:25

Pierre Gringoire était à bien des lieux de se rendre compte que ses réponses évasives et bohèmes avaient le don d’exaspérer Claude Frollo. Le pire étant qu’après tout, il ne le faisait même pas volontairement… Il était seulement trop insouciant, et quelque part, un peu trop égocentrique, pour s’en rendre compte. Son esprit rêveur était bien loin de celui torturé de dom Claude Frollo, qui hélas, par quelques pensées et quelques contemplations de loin, voyant Gringoire près de la bohémienne, se mettait à imaginer les pires choses et à les croire véritables sans aucune preuve, le faisant s’enfoncer encore davantage dans le chemin de la fatalité. Aucun d’eux n’était conscient des fils de cette toile qui se resserrait autour d’eux. De cette même toile dont le nom était inscrit sur l’une des parois des tours, non loin d’eux…

Par ailleurs, Gringoire était suffisamment rêveur, pour ne pas s’apercevoir encore que l’indifférence de Frollo avait cédé à une certaine impatience. Il ignorait tout des dilemmes qui tourmentaient l’archidiacre, qu’il croyait trop éloigné du monde terrestre, pour être sensible à ses beautés. Pour autant, Gringoire n’était ni hypocrite, ni faux : il avait négligé ses proches les plus anciens, accaparé par sa nouvelle vie de bohème, mais maintenant qu’était passé l’effroi et le choc d’avoir failli finir la corde au cou, il pouvait revenir à une existence presque normale…

Le poète nota toutefois comme le prêtre semblait vite passer sur son état de santé. Telle sobriété de la part de Frollo n’était pas étonnante, mais il ne savait que trop comme l’homme aimait parfois s’épancher sur ce qui lui tenait le plus à cœur, dans ses passions spirituelles, ou parfois se moquer des questions ordinaires. Toutefois, il ne chercha pas à le questionner davantage, d’autant que le prêtre lui renvoyait sa question, comme à un étudiant qui aurait mal appris sa leçon. Gringoire en sourit, sincèrement. Il retrouvait là un peu des répliques acerbes de son maître, même de l’ironie dont il pouvait faire preuve de temps en temps. Cette seule réponse prouvait que Frollo allait au moins correctement, à ses yeux.

« Je n’ai pas oublié nos leçons de grec et de latin, dom Frollo, soyez-en sûr ! »

Le sourire ne quittait pas les lèvres du poète, mais il retournait surtout, machinalement, vers l’endroit où était l’inscription, pour la contempler de nouveau – sans se douter que cette vision ne serait sans doute pas sans troubler le prêtre. Il s’arrêta devant le mot grec, l’observant encore avec une réflexion sérieuse, avant de se retourner vers son mentor.

Ce n’était pas en effet la traduction qui manquait, cela, il pouvait se vanter de le savoir. Non, ce qui le rendait plus perplexe et plus interrogateur, c’était bien la signification d’un mot qu’il jugeait après tout païen, dans un lieu religieux tel que la cathédrale de Notre-Dame, qui, si elle était empreinte de mysticisme, demeurait un lieu saint et chrétien avant tout. Anankè semblait inapproprié ici, voilà tout. Il ne donnait d’ailleurs pas le même sens tragique à ce mot.

« Anankè est le grec pour nécessité. La nécessité… C’est ainsi qu’on surnommait la déesse des anciens mythes grecs, qui aida à créer le monde. Elle fut aussi la mère des trois Moires qui filent la naissance, la vie et la mort des hommes. Mais je m’interroge sur ce qu’une ancienne figure des mythes grecs fait ici, à Notre-Dame… La nécessité n’est pas une valeur chrétienne, et cette déesse est un peu trop païenne pour Dieu et pour vous, n’est-ce pas ? »

Par ce « vous » il incluait les gens d’Eglise, mais sans se douter qu’en vérité il désignait Frollo, sans le savoir. Mais peut-être cela avait-il une toute autre signification qui aurait échappé à sa raison, et qui n’avait justement rien à voir avec les légendes de jadis.
Revenir en haut Aller en bas

avatar
Messages : 411
Date d'inscription : 03/02/2015

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Ven 13 Jan - 15:48


"Qu'un prêtre et un philosophe soient deux."
A

insi que l'archidiacre l'avait à juste titre présumé, le poète n'avait en effet nul besoin qu'on le renseigne au sujet du sens exact du mot qui l'intriguait tant. Il était d'autant mieux placé pour le savoir qu'ils avaient plusieurs fois parlé étymologie, tous les deux, les rudiments du grec et du latin n'avaient donc pas de secrets pour lui, et son interlocuteur ne manqua pas de le lui confirmer, ce que Frollo approuva dans un simple et léger hochement de tête. Il laissa donc Gringoire poursuivre. Il était manifeste que ce qu'il voulait savoir n'avait pas tant de rapport avec la définition abstraite de ce mot qu'avec le sens profond qu'il pouvait bien porter, ainsi que les raisons de sa présence au cœur même d'un lieu de culte qui semblait le plus éloigné que l'on puisse être de ces considérations païennes. Anankè signifiait nécessité, oui, encore que le terme français ne semblait pas suffire à donner l'ampleur réelle de ce terme ainsi que les questions qu'il ne pouvait que soulever. Anankè, en effet, c'était aussi le nom d'une divinité, une divinité qui n'avait pas le moindre rapport avec les considérations toutes chrétiennes que renfermait en elle seule la cathédrale de Paris, bâtie en l'honneur d'un Dieu unique, qui ne tolérait certainement pas l'hypothèse de quelque religion polythéiste que ce soit. La déesse à l'origine des trois Moires, qui en disposant du droit de vie et le mort sur tout individu, tissaient les fatalités de tout homme. Quoi qu'il en soit, cette inscription ne semblait pas devoir avoir la moindre raison d'être en ces lieux. Et pourtant, elle s'y trouvait. Ce terme, ce concept, ce faisceau d'idées concentré en un seul mot, était gravé dans la roche, ineffaçable... Anankè... nécessaire.

-En effet,
admit l'archidiacre, tout d'abord, évasivement.

Oui, cette inscription semblait inappropriée, ne convenir ni à cette église, ni à l'Église. Et à Frollo ? C'était une autre affaire. Des concepts bien trop païens pour lui, il en gardait sans doute bien trop en considération. La science, l'alchimie, l'attrait du péché de chair... L'archidiacre, en vérité, avait plus d'une fois médité sur ce terme qu'il aurait sans doute été plus simple d'occulter sous le seul prétexte qu'il ne se conformait pas aux dogmes qui régissaient son existence, qu'il respectait, instituait... qui l'entravaient. Sa nécessité. Sa contrainte. Sa fatalité. Il pourrait s'exprimer longuement sur le sujet, mais il n'avait pas encore l'intention d'afficher la moindre de ses opinion, qu'il lui faudrait taire pour certaines, tant qu'il n'aurait pas invité le poète à plus de réflexion.

-Allez savoir ce que cette inscription fait ici,
ajouta-t-il simplement, l'œuvre d'un plaisantin, peut-être. Il marqua une pause avant de reprendre. À vous, qu'inspirent-elles, cette déesse, cette nécessité ?

code by Mandy


_________________

                   
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Dim 29 Jan - 15:08

Gringoire était peut-être fier d’une chose, c’était de voir que ses mots et ses paroles étaient justes. Claude Frollo pouvait en tout cas sembler satisfait qu’il n’ait pas déjà oublié leurs anciennes leçons, ou tout ce qu’il avait pu lui apprendre. De toute manière, Pierre Gringoire était une éponge qui cherchait à absorber le savoir, la poésie, tout ce qui tenait aux lettres et aux réflexions de l’esprit : il avait du moins une bonne mémoire pour cela. Cela le fit donc sourire de voir l’archidiacre hocher la tête. Frollo faisait partie de ces hommes auxquels il était difficile de tirer parfois plus de trois phrases, s’il n’était pas embarqué sur un sujet le passionnant, et il manifestait peu ses émotions. Alors, un hochement de tête en soi, était déjà quelque chose de gratifiant.

Bien sûr, en tant qu’homme qui aspirait à ses propres poèmes, Gingoire avait parlé de la nécessité, de la manière qui l’inspirait le plus, à savoir les mythes grecs. Car l’Histoire était après tout, en son sens, un renouveau de cycles réguliers, et l’Antiquité inspirait à périodes régulières, permettant aux artistes de réécrire leurs mythes sous un jour nouveau, une vision des choses différente. C’était pourquoi il s’était plus aventuré vers l’imaginaire que l’esprit, préférant la fiction à la philosophie, pour le début, du moins.

Cela n’empêchait pas cette inscription de lui sembler toujours aussi saugrenue en de tels lieux. Le Seigneur ne devait pas être foncièrement ravi de voir que ce mot balafrait les murs de Sa cathédrale. L’archidiacre semblait d’accord avec cela, et Gringoire voyait mal comment il aurait pu en être autrement, de toute façon. Le poète était bien loin de se douter des pensées que sa question, comme un petit caillou provoquant des rides à la surface d’un lac, avait fait naître à l’intérieur de l’esprit et de l’âme de Claude Frollo. Il n’était jamais que trop dangereux que de se tenir aussi près d’un homme, qui lui-même se tenait au bord d’une abysse, mais il n’en avait, hélas, aucune conscience.

« Cela est sûrement un plaisantin qui se moque beaucoup de la foi chrétienne, en effet ! »


Il ne voyait pas d’autre alternative que ce défi, ou à la rigueur, un jeune étudiant rebelle. Il semblait tellement y en avoir, ces derniers temps… Gringoire releva des yeux un peu étonnés quand Frollo lui posa directement la question de son avis sur cette inscription. Il lui fallut quelques secondes pour rassembler ses idées, et sortir de ses rêveries sur lesquelles sont esprit semblait toujours naviguer, quoiqu’il fasse. Sans être distrait, il était rêveur. C’était pourquoi il s’était bien entendu avec l’archidiacre, au-delà de toute apparence des statuts qui les séparaient.

« Eh bien, je crois que cela m’inspire un certain à chemin à suivre. Ce qui est nécessaire… par exemple, d’une certaine manière, il a été nécessaire que je perde mes parents, pour forger mon apprentissage dans les rues. Sans ces errances, je ne vous aurais pas rencontré, et je ne serai ni poète, ni philosophe, sans cela. Il m’a été nécessaire d’échouer à divers métiers, pour me tourner vers le mien actuel. Tout comme il a été nécessaire que j’échoue à sauver une bohémienne menacée d’enlèvement, lui permettant de me remarquer, et de me sauver la vie ensuite. »

Il y eut une pause, signe qu’il mettait ses idées en ordre, sans se douter des nouveaux remous dans l’eau, qu’il provoquait. Il finit par relever la tête, souriant, comme satisfait des conclusions de sa réflexion.

« Oui, il y a une certaine logique à cela. Quant à la déesse, je vous admets qu’elle n’est point ma favorite, maître Claude. J’ai toujours préféré Artémis ou Apollon, ou même Athéna. Mais Anankè, si du moins Dieu n’était pas notre Seigneur, s’assurerait de la bonne marche du monde, je suppose. »
Revenir en haut Aller en bas

avatar
Messages : 411
Date d'inscription : 03/02/2015

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Lun 30 Jan - 18:30


"Qu'un prêtre et un philosophe soient deux."
P

eut-être aurait-il mieux valu, au fond, que l'archidiacre s'indigne seulement de la présence d'une telle inscription, profane et hérétique, à l'intérieur des murs d'un lieu autant sacré que pouvait l'être Notre-Dame. Cela aurait été plus simple, et quelque part moins dangereux. Il lui aurait suffi de rétorquer sèchement qu'il déplorait que l'on respecte si peu une architecture si noble, et choisir pour la peine un sujet de conversation moins... contrariant. Contrariant, oui, mais n'était-il pas passionnant, également ? Si, il l'était. Suffisamment pour avoir occupé, accaparé, même, l'esprit et les pensées de Frollo un temps trop grand pour qu'il puisse véritablement le reconnaître. Néanmoins, s'il était quelqu'un avec qui il pouvait échanger sur un sujet du genre et espérer y trouver un nouvel éclairage (même s'il n'était pas forcément à son goût), c'était bien le poète, qui après tout, savait des mots le sens, puisque c'était ni plus ni moins que son métier, et pouvait donc voir au-delà des caractère et de la simple inscription blasphématoire. L'opinion de Frollo intéressait sincèrement l'homme d'Église, oui, même s'il ne pensait pas en retour pouvoir ou savoir lui confier la sienne. Ne serait-ce que parce qu'elle allait à l'encontre de plusieurs des convictions qu'on lui prêtait. Et qu'il voulait se prêter à lui-même, pour certaines.

Gringoire finit donc par s'exprimer sur la question, et les propos qu'il lui adressait ne manquaient pas de sens et de raison. Une raison qu'il ne faudrait peut-être pas daigner accorder à certaines de ses affirmations. Il le laissa discourir, sans l'interrompre une seule fois, écoutant attentivement ce qu'il avait à lui dire de la nécessité... de la fatalité. De ses attraits. À l'irrémédiabilité, il opposait les conséquences, ce qu'elles forgent en chacun. L'archidiacre aurait sans doute eu beaucoup à dire et à argumenter pour sa part, mais tout mot sembla soudain se perdre dans il ne savait quel néant quand son interlocuteur évoque la bohémienne. L'indicible alors eut lieu de nouveau, et si Frollo demeurait en apparence impassible, il le sentait le ronger une fois encore, tout à coup avec plus de force, plus de vigueur. Et il ne pouvait plus occulter l'information. C'était impossible. Si bien que sa remarque fut finalement assez tranchante. Où ils auraient pu procéder à un habituel changement d'idées, Frollo s'était finalement fermé.

-Mais Dieu est notre seigneur,
répliqua-t-il alors. Une observation sans appel, qui semblait clore le sujet, comme s'il n'avait jamais dû être, quand bien même il l'avait en partie initié, en interrogeant le poète sur son point de vue. Il marqua une légère pause, demeura un instant songeur. Puis ne put finalement que prononcer les mots qu'il avait voulu s'abstenir de prononcer. Il ne pouvait pas faire abstraction. C'était impossible. Tu as parlé de cette bohémienne qui t'a sauvé la vie.

Il l'avait tutoyé sans réellement y prêté garde, là où l'on pourrait reconnaître un signe de proximité, Frollo se distanciait, plutôt. Il demandait des explications. Il les exigeait, même, ce même s'il s'était exprimé avec une certaine neutralité.

code by Mandy


_________________

                   
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Ven 17 Fév - 17:57

Gringoire n’était, heureusement, pas un esprit aussi tourmenté que Claude Frollo. Il faisait preuve de bien plus de légèreté que lui, ce qui avait le défaut de laisser entendre qu’il ne prenait rien à cœur… ce qui était peut-être vrai. A force de vivre plus dans l’art que dans la vie, cela devait problématique de revenir aux basses réalités terrestres, plus que nécessaires, même si le bougre n’était pas mauvais. Disons que parfois, on avait du mal à saisir ses pensées, ou qu’on pouvait se demander s’il y avait une réelle logique dans ses paroles et ses intentions. Il était parfois très distant de la réalité, chose qui l’empêchait de remarquer l’énervement de Frollo, à cet instant, ou tout du moins la très, très légère irritation que l’archidiacre pouvait montrer, si on savait lire le langage du corps à ce point. Mais le poète était bien trop rêveur pour le voir réellement.

Gringoire était aussi sans doute habitué à voir le prêtre ne pas toujours lui retourner ses opinions, ou y répondre directement. Les pensées de l’archidiacre étaient souvent impénétrables, mais il mettait cela sur le côté taciturne qu’il avait toujours connu à cet homme. Un Frollo exubérant aurait été plus qu’alarmant, en vérité, même s’il pouvait se montrer passionné, notamment lorsqu’il évoquait ses connaissances, et la religion. Le poète aurait pu vivre sans religion et avec seulement la philosophie, mais, comme tous les couards de son espèce, la pensée de la possibilité d’un enfer – ou des enfers, si on pensait à Dante – suffisait à au moins se tourner vers Dieu de temps à autre. La sécheresse de la réponse de l’archidiacre lui rappela à quel point il ne valait mieux pas évoquer ce genre d’agnosticisme devant l’archidiacre de Josas, au risque de se trouver face à plus qu’une simple réponse sèche – pourtant nourrie par bien autre chose que le côté païen des explications du poète. Cette coupure n’était pas familière de leurs conversations, qui se transformaient parfois en débats fort intéressants ; cela fit froncer les sourcils à Gringoire, même s'il hocha la tête à l’assomption sur Dieu.

De froncement de sourcils, il passa à un air bien étonné, lorsque le prêtre lui parla soudain de la bohémienne. Qu’est-ce que venait faire la Esmeralda dans leur conversation ? Elle n’avait pourtant rien à voir avec le sujet précédent, ou presque : elle n’était qu’un exemple de la destinée, de toutes ces existences s’enchevêtrant les unes aux autres dans une spirale dont il aurait été en peine de déterminer le début, et la fin.

Il ne remarqua qu’après-coup que le prêtre l’avait également tutoyé, ce qui n’était pas ordinaire. Claude Frollo ne faisait cela que très rarement, et uniquement lorsque leurs discussions devenaient un peu trop...passionnées. Comme si l’humain se manifestait au-delà du statut clérical. Mais Gringoire ne fit pas le rapprochement de ce changement d’état d’esprit, avec le nouveau sujet de leur conversation.
Du moins, pas encore.
De toute manière, il se trompait sur ce que ce tutoiement signifiait.

« Eh bien, oui...c’est une curieuse aventure, Maître. C’est une jolie femme, et tous les poètes sont fascinés par la beauté. Alors je la suivais...en espérant qu’elle m’inspire quelque chose, elle s’est retrouvée à manquer de se faire enlever par une drôle de créature qui m’a assommé. Ensuite, je me suis retrouvé... »

Il hésita. Il ne pouvait, évidemment, dire ce qu’était la Cour des Miracles ou même le lieu précis. Claude Frollo ne l’effrayait pas de la même façon que Clopin Trouillefou : ce dernier n’hésiterait sans doute pas à lui couper la carotide s’il découvrait que le poète avait été trop bavard, comme à son habitude.

« … A la merci de bohémiens. La gitane est venue pour me sauver. La Esmeralda, comme on l’appelle. Elle m’a pris pour mari, seul moyen de m’éviter la corde. Depuis, je l’accompagne partout. C’est ce qu’un mari reconnaissant doit faire, n’est-ce pas ? »

A cela, il avait eu un sourire cordial, un peu enjoué, sans se douter que la foudre allait encore davantage s’abattre sur sa tête.
Revenir en haut Aller en bas

avatar
Messages : 411
Date d'inscription : 03/02/2015

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Sam 18 Fév - 10:18


"Qu'un prêtre et un philosophe soient deux."
à

mesure que le poète progressait dans ses explications, l'archidiacre devait se faire violence pour ne pas afficher un sentiment de plus en plus fort et prégnant, que sa réserve naturelle suffisait à peine à dissimuler encore. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même, en évoquant la bohémienne, il avait de lui-même ouvert la boîte de Pandore. Le meilleur moyen d'exorciser un mal était certes d'y faire face, du moins le pensait-il, mais bien qu'il se prétendit l'être, Frollo n'était en vérité pas prêt à entendre ce que Gringoire avait à lui apprendre des motifs au nom desquels elle et lui se côtoyaient à présent. Il se réserva de tout commentaire quand, pour se justifier tout d'abord, le poète exprima pour commencer l'évidence. C'était une belle femme, et Frollo devrait rassembler ce qu'il lui restait de mauvaise foi (une foi mauvaise, ce finissait par ne lui convenir que trop bien, il le craignait) pour affirmer le contraire. Il ne constatait pas seulement sa beauté, il en souffrait. Il n'était peut-être pas le seul, d'ailleurs, à vrai dire. Mais Gringoire n'en faisait pas partie. Où une obsession dévorante attirait indéniablement l'homme d'Église à l'Égyptienne, de simples considérations esthétiques avaient attiré le poète à la danseuse. Puis il parla de l'enlèvement. De la créature qui avait voulu s'emparer d'elle. Frollo ne savait que trop à quoi l'incident dont parlait Gringoire devait faire référence, bien qu'il ignorât jusqu'alors que le poète avait été présent. À cela, il sut qu'il ne fallait pas faire le moindre commentaire. Il se sentait quoi qu'il en soit davantage concerné par ce qui devait suivre, quand bien même il n'était plus l'acteur, même indirect, de ce qui s'était déroulé alors. Ou peut-être que si.

Les bohémiens avaient voulu sa mort, Gringoire en avait réchappé de justesse grâce à son dévouement. Esmeralda... Cet acte de bravoure devrait peut-être loué, mais quand Frollo apprit que l'homme en face de lui et la danseuse étaient mariés, son regard ténébreux s'enflamma, et il sentit une violence nouvelle envahir son être. Ce n'était qu'un concours de circonstances, mais c'était assez pour lui. C'était bien trop déjà. Il n'avait pas eu le choix, qu'il doive ses noces à un simple déboire était sans doute l'unique chose qui protégeait pour l'heure le poète d'un courroux qui prenait l'homme (car en cet instant, il se sentait encore à peine prêtre) au cœur et au corps, et pour que les mots qu'il prononça ensuite ne se muent pas en une irrépressible manifestation de rage, il fallut qu'il concentre toute la réserve dont il était encore capable. À mesure que la conversation progressait, l'effort que cela lui demandait était de plus en plus important.

-Et as-tu porté la main sur cette créature ?


Son propos dissimulait difficilement une fureur grandissante, que cachait peu également son entière incapacité à commenter le moindre aspect de son récit. L'idée fixe se verbalisait. Il ne savait l'empêcher.

code by Mandy


_________________

                   
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Lun 27 Fév - 20:47

La situation devenait de plus en plus tendue, sans que Gringoire s’en aperçoive directement. Si Frollo avait ouvert la boîte de Pandore, Gringoire était celui qui lui en avait tendu la clef. Dans une histoire où la fatalité se plaisait trop à happer ses protagonistes, tout était une histoire de cause, et de conséquences, ou de nécessité. Et il serait absurde d’ignorer les fils de la toile qui le reliaient à Claude Frollo.

Le côté par trop désinvolte du poète ne plaisait guère au prêtre, et pourtant, Gringoire ne pouvait, pour l’instant, que le mettre sur le compte de la religion qui animait l’homme qui lui faisait face. Il était loin de se douter du volcan qui animait l’âme de Claude. Ca aurait été remettre en question sa vision de l’archidiacre, depuis des années, alors que ces tumultes étaient ceux qu’il adorait tant dans les épopées et les romans. Il était heureux qu’il ne sache pas relier tous les points entre eux, car n’importe qui avec plus de jugeote, aurait remarqué que la créature coupable d’enlèvement était Quasimodo ; que Quasimodo était lié à Claude Frollo. Fort heureusement, il ne faisait aucun de ces liens, ce qui, pour l’heure, permettait un certain anonymat et une innocence au prêtre. Gringoire ne cherchait pas plus à fouiller les causes de cet enlèvement, que cela, d’ailleurs. Il était dénué de ce type de curiosité, ce qui pouvait finir par lui coûter cher.

Gringoire, toutefois, eut enfin comme un instinct l’avertissant que son interlocuteur n’était pas aussi impassible et immuable qu’il n’y paraissait. Il recula même d’un pas, éberlué, et sans doute incompréhensif, en voyant la colère si difficilement contenue par le corps de Claude. Le regard que lui adressait le prêtre avait de quoi faire frissonner, comme si un poignard avait frôlé son cœur. Ce n’était pas des flammes positives, d’entrain ou de passion, qui animaient ce regard, mais bel et bien un feu brûlant, mauvais et obscur.

« Et as-tu porté la main sur cette créature ? »

Il ne sut quoi répondre, tout d’abord. Son récit n’avait occasionné que cette seule question. La bohémienne était-elle à ce point souillée et considérée comme sorcière, par la religion, pour que Frollo fasse preuve d’un tel courroux ?

« Mais non ! » fit-il, d’une voix assez blanche. C'était comme si l'archidiacre l'effrayait, tout d'un coup.« Je vous assure que non. Elle s’est défendue, quand j’ai essayé : elle a un poignard avec elle, partout ! »

Il tâchait de respirer longuement, trouvant un peu de courage, assez, pour le plonger dans celui de Claude, le regardant en face, sans essayer de faillir. Il n’était pas sûr que cet élan de bravoure durerait bien longtemps.

« Je ne comprends guère, Maître Claude, qu’est-ce que cela peut bien vous faire ? Je n’ai pas fait de vœux, contrairement à vous. Alors, quelle importance ? Pourquoi s’intéresser à elle ? »

Toutefois, Gringoire ne posait pas la bonne question. La bonne question, ce n’était pas pourquoi ; c’était qui. Qui était Esmeralda pour Frollo, et rien d’autre.
Revenir en haut Aller en bas

avatar
Messages : 411
Date d'inscription : 03/02/2015

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Mar 28 Fév - 22:05


"Qu'un prêtre et un philosophe soient deux."
I

l apparaissait évident que la raison devait inviter l'archidiacre à plus de retenue. S'il se contenait encore, il ne laissait malheureusement que trop bien transparaître les démons qui l'habitaient, il n'en révélaient seulement pas la nature. Pour le moment. Ce ne serait plus le cas s'il n'y prenait pas garde. Oui, il savait pertinemment ce à quoi l'invitait la raison. Mais dès qu'il était question de cette misérable danseuse, il semblait perdre tout sens commun. Ce qu'il osait à peine s'avouer à lui-même, il ne voulait pour autant pas que ce soit avoué à d'autres. En somme, il fallait qu'il se resaisisse, mais il était loin du compte encore. Quand le poète, qui semblait quelque peu alarmé par l'attitude de son interlocuteur (et à juste titre), lui répondit qu'il n'avait pas posé la main sur Esmeralda, Frollo ne sut faire autrement que de se sentir rassuré, et même se radoucir un peu. Pourtant, qu'est-ce que cela pouvait bien changer ? Tout et rien à la fois. L'homme d'Eglise savait, quoi qu'il en soit, qu'il ne tolèrerait pas qu'aucun homme pose la main sur elle. Il se sentit prêt à se radoucir, quand bien même l'idée que Gringoire ait pu même "essayer", comme il ne manqua pas de le lui signifier. Et il ne sut s'empêcher de retenir encore cette information d'importance, ce poignard qu'elle emportait partout avec elle, où qu'elle se rende, qui lui était peut-être aussi indissociable que sa chèvre (qui s'attirerait certainement bien plus les faveurs du poète que la naïve Egyptienne). Elle s'était défendue, il n'avait pu consommé son union. Grand bien lui fasse. Grand bien fasse à Frollo, surtout.

Il se sentait prêt à se contenter d'une telle réponse, et surtout décidé à ne pas insister, mais c'était sans compter sur les propos que Gringoire tint alors. Il devait s'y attendre, bien sûr, son attitude avait eu de quoi sembler suspecte, mais il n'avait su l'empêcher. A présent, son interlocuteur l'assaillait d'interrogations certes légitimes, mais auxquelles il n'avait pas la moindre envie d'apporter réponse. Car faute de pouvoir réellement se montrer sincère, il faudrait bien qu'il mente.

-Je regretterais simplement que vous vous soyez compromis auprès d'une femme de sa nature
, répliqua-t-il alors, d'un ton radouci, et qui voulait taire le moindre soupçon de la part de Gringore.

Mais pour cela, il était certainement trop tard. Il n'avait, en effet, aucune raison bien valable de se mêler de l'union du poète et de la danseuse. Aucune. Si ce n'est une jalousie dont il ne parvenait pas à faire abstraction. Il n'avait aucune raison de s'intéresser à elle. Il ne devait pas s'intéresser à elle. Mais il n'avait pas pu lutter contre la place qu'elle avait pris dans son esprit.

-Ce n'est pas tant par elle que par vous que je me sens concerné.


code by Mandy


_________________

                   
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Sam 25 Mar - 22:53

Gringoire avait-il déjà seulement connu un amour qui puisse être qualifié d’aussi dévastateur et puissant ? On pouvait en douter. Même s’il n’était certainement pas contre les plaisirs de la chair, Gringoire n’était pas pour autant un homme à femmes, et il était plus amoureux des choses de l’esprit et de la spiritualité, que des tentations terrestres. Comme il songeait que Claude Frollo appartenait à la même étoffe, sans doute de manière encore plus extrême, c’était bien pourquoi l’esprit du poète mettait un peu de temps à envisager ce qui était impensable. Insensé, même ! On parlait là de Claude Frollo qui avait même refusé l’entrée de personnes nobles à sa cathédrale, parfois.

Le poète était de toute de façon à cet instant, sans qu’il le veuille, un mouchard. Il était en train de dévoiler certaines informations précises à l’archidiacre, comme par exemple l’habituelle présence du poignard quelque part dans les vêtements de la bohémienne. Et qui savait ce que Claude Frollo pouvait déduire d’autre, dans les dédales de son esprit tourmenté. Pierre Gringoire se contenta de hausser les épaules, quand Frollo évoqua la possibilité du péché. S’il s’était compromis, il n’aurait pas été le premier à le faire avec une gitane, et il lui semblait que tous ceux qui les épousaient, ne mouraient pas nécessairement. Cette statistique devait considérablement se réduire toutefois, quand on avait dans les environs un homme de la trempe de l’archidiacre.

« Ecoutez, Maître Frollo, je vous suis très reconnaissant de l’attention portée à mon âme… Je nous sais plus hommes de l’esprit que de la chair. Mais je crois que vous vous trompez de cible...cette fille est totalement innocente, ce qui est même surprenant de la part des bohémiens. »


Il essaya de réfléchir aux mots exacts qu’il allait prononcer, se grattant légèrement la tête, mais il releva finalement le regard vers Frollo, ses yeux dans les siens.

« En somme, ce n’est pas avec elle qu’on pourrait se corrompre, elle n’a pas une graine de malice en elle, je crois. C’est juste une créature enfantine qui rêve de lumière… et l’amour, Maître Frollo, du moins j’espère que notre Seigneur l’a voulu ainsi, n’est pas quelque chose de rabaissant. Cela nous exalte, nous rend plus dignes, plus humains. Ce n’est pas un péché. C’est une transcendance. »


Du moins, c’était ce qu’il avait retenu de toutes ces histoires romantiques et passionnées qu’il appréciait tant, même s’il aimait aussi les épopées héroïques, et la poésie, sans doute davantage. Mais même s’il savait Frollo lié par des vœux religieux, il avait du mal à comprendre comme il pouvait continuer à entretenir de tels préjugés, quand ils concernaient des innocents.



Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas

avatar
Messages : 411
Date d'inscription : 03/02/2015

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Dim 26 Mar - 22:07


"Qu'un prêtre et un philosophe soient deux."
I

nnocente. Voilà un adjectif que l'archidiacre trouvait bien difficilement attribuable à l'Égyptienne qui hantait si facilement la moindre de ses pensées par ce qu'il ne voulait qu'attribuer à une sorte de sorcellerie en laquelle il ne croyait pourtant guère, le tout uniquement pour se dédouaner des pensées impies qui perturbaient, au-delà de ses voeux, ses croyances et ces plus vives convictions. Non, cette jeune femme n'était pas innocente, elle ne pouvait pas l'être, elle était coupable de tous ces maux. Qu'elle le soit involontairement n'avait finalement que peu d'importance. Pour autant, il était plutôt évident que le poète ne parlait pas de cette forme spécifique d'innocence, mais d'une autre, et à ce sujet, il ne pouvait s'empêchait d'éprouver une sorte de soulagement qui ne devrait pourtant pas le concerner. Elle était innocente parce qu'elle était intacte, intouchée. Était-ce possible ? Que quelqu'un de sincère et pure puisse inspirer à qui se voulait exemple de probité des pensées si impures que toutes les prières et lectures du monde ne sauraient les expier ni les faire disparaître ? À en croire Gringoire, il fallait qu'il daigne l'admettre. C'était quelque part agaçant, quelque part rassurant. Aucun homme n'avait posé la main sur elle, aucun homme ne le ferait jamais si lui-même ne le faisait pas. Non. Parce que lui-même ne le ferait jamais. Il n'aurait jamais dû amener ce sujet de conversation. Il le regrettait plus qu'amèrement.

Frollo laissa au poète le soin de glorifier le sentiment amoureux comme les poètes savent le faire, la Bible enseignait bien des choses, l'amour de son prochain en faisait partie. Mais l'amour, si c'en était vraiment, tel qu'il s'éprouvait en ces circonstances, quand il éveillait en la chair de l'homme ses aspirations les plus inavouables, devait être réprimé. Il était des péchés propres aux hommes d'Église. Frollo se voulait d'une exemplarité et d'une droitesse proverbiale, il ne pouvait se laisser dominer par le moindre péché, pas même par la pensée. Mais il n'est rien de plus difficile à raisonner que la pensée. Et pourtant, l'archidiacre avait mis un point d'honneur, presque toute sa vie, à modeler la sienne, à la faire évoluer, dans un sens qu'il contrôlait pas qui le contrôlait, lui. Il lui laissa son jargon de poète, il ne chercha pas à le discuter, pas vraiment.

-Mais ce n'est pas d'amour, que nous parlions ici,
se contenta-t-il de répliquer, faisant de son mieux pour ne pas paraître sévère, ou du moins pour le paraître moins.

À moins, bien sûr, qu'il ne soit tombé sous les mêmes charmes que ceux qui dominaient bien trop l'archidiacre. Il souhaitait que non. Et pouvait-il interdire à un époux d'aimer son épouse ? Il ne pouvait rien interdire. Mais il brûlait d'interdire.



code by Mandy


_________________

                   
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Mer 29 Mar - 19:39

On touchait peut-être là à un débat qui aurait été sans fin entre Pierre Gringoire et Claude Frollo. Bien entendu, cela tenait au fait que tous deux ne voyaient pas du tout la bohémienne de la même manière… Après la nuit de noces blanches, il n’était plus parvenu qu’à la considérer comme une amie, une compagne de route, mais rien de bien plus intime. D’ailleurs, il fallait bien dire que du côté de la jeune fille, elle ne le lui accordait pas plus d’attention qu’à une statue, ou presque ! Pour la côtoyer au quotidien, le poète était pourtant bien placé pour ne l’avoir jamais vu faire le moindre acte de sorcellerie, ne serait-ce même qu’un innocent tour de cartes. Non, toutes ses « diableries », elle le devait à des tours enseignés à sa chèvre pour vivre. Quant à la pureté, elle était indéniable chez la Esmeralda, qui refusait tout contact avec les hommes, tout simplement.

Pourtant, le dilemme de Claude Frollo – toujours inconnu de Gringoire, mais qui commençait à affleurer sous la surface marmoréenne – était bel et bien là. Le poète était bien croyant, et s’il comprenait que les plaisirs de la chair, pour la chair, étaient répréhensibles, il ne les dissociait point du sentiment amoureux. L’un allait avec l’autre, tout simplement, sans aller jusqu'à la fornication incessante. Un mariage était l'union de deux âmes et deux corps. Cela était encore plus difficile pour un homme de la trempe de Frollo, voilà tout : d’abord d’éprouver cela, de l’accepter, et de considérer que cela n’était pas aussi diabolique qu’il n’y paraissait.

Le poète ne se posait pas autant de questions, laissant davantage la vie – et la fatalité – le mener là où tel était son destin.

« Je vous parle de l’amour au sens le plus large, Maître. Moi, je n’en éprouve pas pour elle, ou au mieux, un amour fraternel. Je sais que ma vision est bien plus lyrique que la vôtre… L’amour ne fait pas partie des sept péchés capitaux. La luxure, oui, mais nous en sommes loin, vous et moi. »

Quelle malheureuse phrase n’avait-il pas dit là. Mais enfin, l’ignorance elle-même n’était pas encore un péché, même si son regard commençait à sonder celui de Frollo, avec une certaine intrigue, dénuée de jugement. Comme si le poète, dans ses pensées déductives, ou dans le courant qui le faisait bondir d’une idée relative à une autre, commençait à effleurer seulement ce qui tourmentait l’archidiacre.

« Je crois, Maître, qu’il y a des gitanes et des filles de joie bien pires que la Esmeralda à tous les égards. Alors, pourquoi vous acharner sur cette jeune fille, qui n’a jamais offensé personne à ma connaissance ? »

Telle question ne pouvait plus être éludée, cette fois, par une réponse vague ou sévère.
Revenir en haut Aller en bas

avatar
Messages : 411
Date d'inscription : 03/02/2015

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Jeu 30 Mar - 18:18


"Qu'un prêtre et un philosophe soient deux."
B

ien sûr, Frollo savait exactement à quelle sorte d'amour son interlocuteur faisait référence, pas à cette infâmie purement charnelle que d'aucuns nommaient amour mais qui n'avait en vérité pas grand-chose à voir, mais à ce sentiment cher à tous les poètes de sa trempe, à tous les Plutarque soupirant après leurs Laura. Mais Frollo ne voulait pas parler de ça. En fait, il ne voulait plus discuter d'Esmeralda, il ne constatait que trop bien combien le moindre mot qu'il prononçait et la moindre de ses attitudes avaient tendance à le trahir, et Gringoire, grand mal lui fasse, n'avait rien d'un piètre observateur. C'était Gringoire qui, premièrement, avait prononcé ces mots, et dès lors, l'archidiacre avait éprouvé l'irrationnelle crainte de découvrir chez son interlocuteur des sentiments qui l'érigeraient en rival, s'il n'avait pas dors et déjà fini par l'être à ses yeux, lui qui avait pris cette païenne pour épouse. Frollo, par prudence, préféra donc demeurer muet tandis que son interlocuteur lui rappela que l'amour en lui-même n'était pas un péché capital, contrairement à la luxure. Ces mots pouvaient avoir été prononcés sans malice, mais ils ne rappelaient que trop bien à l'homme des tourments qui, quels que soient leur nature, ne pouvaient être que péché, et le désir, l'envie, la rage, toutes ces émotions mêlées, bien que le moins possible concrétisées, faisaient peut-être de lui le plus terrible des pécheurs. Le plus terrible car quand d'autre souffraient des même vices, ils n'avaient pas prononcé de voeux sacré envers le Très-Haut.

-Me suis-je acharné ?
répondit-il avec le plus de calme possible, comme s'il considérait cette supposition comme aberrante.

Bien sûr, qu'il s'acharnait, en pensées, sans cesse, et s'il était sans doute des gitanes cent fois plus criminelle, si elle n'avait offensé personne d'autre que lui, elle avait fait offense à la moindre de ses convictions, et c'était trop. Ces autres femmes sans doute bien plus pécheresse l'offensaient moins parce qu'elles n'étaient pas elle, Esmeralda, en un regard, avait emporté avec elle l'homme qu'il était autrefois et ne lui avait laissé qu'une infinité de tourments, qu'il lui était manifestement difficile de ne pas exprimer si l'on parlait trop d'elle. En conséquence, il fallait que cela cesse.

-Je m'interrogeais seulement sur elle parce que, après tout, vous l'avez épousée.
Contrairement à ces autres femmes dont il n'avait de toute façon que faire. Quoi qu'il en soit, ajouta-t-il, résolu à en rester là sous peine de ne plus être capable de la moindre parole censée, je crois qu'il est temps pour vous de prendre congé. Pour ma part, j'ai fort à faire, je ne voudrais pas me mettre en retard.

code by Mandy


_________________

                   
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   Sam 1 Avr - 18:19

Hélas, plus Gringoire tâchait de percer ce qui se tramait sous la carapace de Claude Frollo, plus il faisait reculer, au contraire, l’archidiacre. Après tout, qui aurait pu parvenir à franchir cette barrière ? Qui aurait pu se réclamer assez du rôle de confident, pour y parvenir ? Le poète n’était qu’un élève, tout simplement. Et si Gringoire était un genre de Dante à la recherche de sa Béatrice, même cette quête-là, pour Claude Frollo, pouvait tenir du blasphème, ou de mauvaise intention.

Pourtant, l’archidiacre pouvait être sûr d’une chose : le poète n’était pas amoureux de la bohémienne. Même avant que la nuit de noces ne se révèle blanche, d’ailleurs. C’était la Esmeralda qui l’avait pris pour époux, pas l’inverse, et par simple souhait de ne pas le voir pendu. Elle lui prêtait autant attention qu’une poule ferait attention au sermon d’un curé en son église. Par ailleurs, le silence de Claude Frollo était presque aussi révélateur que des mots sincèrement dits, qui ne sortiraient jamais de sa bouche. Auquel cas peut-être que Gringoire aurait pu apaiser un peu le volcan qui brûlait en l’âme de Claude. Comment aurait-il pu se douter qu’un sentiment pouvait donner une telle tempête, dans le cœur d’un archidiacre réputé trop longtemps pour être fait de pierre ? Ce n’était que ce carcan, trop longtemps dressé, qui rendait les sentiments si violents et impétueux.

D’ailleurs, la répartie très calme de Frollo amena Gringoire à douter. Et s’il s’était imaginé des choses, après tout ? Peut-être voyait-il trop loin. Peut-être se faisait-il des illusions.

« Eh bien...je ne vous avais jamais vu aussi interrogateur sur quelque chose, dans ma vie, mais j’ai pu me tromper, Maître. » répondit-il donc humblement.

Il aurait été difficile au poète de se rendre compte, sous une apparence si rigide, que l’âme du prêtre était entièrement bouleversée et torturée. Un bien grand mal, pour quelqu’un qui était trop rigide et trop exigeant envers lui-même. Si on le lui avait demandé après une bière ou deux, sans doute Gringoire aurait-il dit que certains hommes d’Eglise s’embarrassaient beaucoup moins de leurs vœux, que ne le faisaient Frollo. Et c’était à coup sûr, un argument qu’il valait mieux ne pas faire résonner aux oreilles de l’archidiacre.

Celui-ci l’invitait d’ailleurs clairement à prendre congé, aussi poliment qu’il le pouvait – ce qui s’accompagnait toujours d’une certaine distance, il fallait le reconnaître. Gringoire resta silencieux un instant, mais hocha la tête.

« Je ne vais pas vous déranger davantage. »
Il hésita, un instant, songeant qu’il aurait pu ajouter quelque baume sur les pensées qui semblaient tourmenter l’archidiacre, sans qu’il se refuse à en parler. « Vous êtes un homme juste et droit, Claude, un homme de bien. Ne soyez pas trop sévère avec vous-même. Prenez soin de vous. » conclut-il.

Le poète le salua, sur ces derniers mots, et non sans avoir jeté un dernier regard à l’inscription d’Anankè, il reprit le chemin de l’escalier, qui le ramènerait dans les profondeurs de Notre-Dame...



Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé

Message#Sujet: Re: "Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo   

Revenir en haut Aller en bas
 
"Qu'un prêtre et un philosophe soient deux." | Claude Frollo
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» loués soient les justes
» BENIES SOIENT LES FEMMES
» J'veux qu'on parle de moi, que les filles soient nues, qu'elles se jettent sur moi ■ LILY
» Que les cieux en soient témoins, ce soir je serais à toi. -PV Lumi- [/!\18+] FINI
» De quelque matière que soient faites nos âmes, les nôtres se ressemblent. || Charlie

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Demain, dès l'aube :: Hors rp :: Archives-