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 Le choc des jeunes esprits [pv Grantaire]

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Message#Sujet: Le choc des jeunes esprits [pv Grantaire]   Mer 18 Fév - 16:04


Le choc des jeunes esprits
D

ans l'arrière-salle du café Musain régnait une joyeuse agitation. Une vingtaine d'étudiants parlaient bruyamment, buvaient sans modérations, quelques mots volaient au-dessus d'autres, dans quelques vapeurs d'alcool et sous un léger nuage de fumée, l'on parlait de tout, de rien... de rien surtout, du point de vue du chef de file des amis de l'A B C. L'on commentait les conquêtes des uns et des autres, l'on se lançaient dans des débats philosophiques qui auraient pour certains sans doute fait bailler d'ennui Spinoza, Descartes et Kant réunis, l'on jouait aux cartes, l'on pariait, l'on enchaînait les verres... il faut bien que jeunesse se passe... rien de bien politique à tous ces commérages, en tous les cas. Les réunions étaient trop nombreuses pour être toujours sérieuses et pour se placer sous le signe de la sublime patrie (même si ça n'aurait pas été un mal), alors souvent, avant du moins que les esprits saouls ne s'échauffent, il ne fallait pas trop attendre après de constantes diatribes révolutionnaires. Difficile d'imaginer, à voir ainsi ces étudiants bavards ripailler, que l'avenir de la France pourraient bien se jouer ici. Devait, même, se jouer ici. C'était leur devoir, même, que d'y veiller. Mais leurs aspirations révolutionnaires attendraient bien, visiblement, un autre jours, et il faudrait prendre son mal en patience avant qu'une digne barricade ne daigne se dresser à la face de ces royalistes aux moeurs d'un autre temps qui auraient dû, si les choses avaient été bien faites, appartenir à un temps révolu que nul n'aurait songé à rétablir sous quelque prétexte qui ne pouvaient en rien être recevables.

Enjolras ne se mêlait pas aux bavardages estudiantins, il demeurait silencieux, adossé dans un coin de la pièce, il semblait songeur, contemplant du regard les lieux dans leur entier, ne s'arrêtant jamais sur un visage en particulier, mais balayant l'ensemble des yeux. S'il voulait que le sujet s'élève, après tout, libre à lui d'y contribuer, mais il n'en faisait rien, pour le moment tout du moins. Il ne contribuait à aucune discussion, mais il les interceptait toutes ou presque par bribes, s'abstenait de commentaires comme pour signifier qu'elles ne relevaient pas de son intérêt, puisque pas de l'intérêt public, puis il passait à la suivante, qui ne recevait de sa part pas plus d'indulgence. Il s'était autorisé un verre, qui était son premier et serait sans doute le dernier de sa soirée (quel intérêt y'avait-il à posséder de l'esprit si l'on passait son temps à noyer ce dernier sous des flots d'alcool ? - certains devraient peut-être s'en faire la réflexion... à moins qu'ils ne soient déjà justement trop saouls pour cela, le cerveau rendu amorphe par des litres de vin bon marché). Il semblait attendre sans trop que l'on ne puisse deviner quoi. Une intervention appropriée, qui sait ? Ou qu'il admette être digne de son intérêt. En tous cas. Mais puisque c'était Grantaire qui s'avançait à présent et semblait vouloir s'adresser à lui, il lui semblait pour le moins flairer la déception.









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Dernière édition par Etienne Enjolras le Lun 23 Fév - 20:26, édité 1 fois
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Message#Sujet: Re: Le choc des jeunes esprits [pv Grantaire]   Ven 20 Fév - 1:04

Le Choc des Jeunes Esprits


« Non non, mon ami, tu ne peux raisonnablement pas considérer que le vin est meilleur au Maine, cela n’a aucun sens ! Les femmes, c’est autre chose…Je te rejoins sur ce point, c’est bien là-bas que l’on trouve certaines des plus belles ! Mais le vin… » Il acheva ses paroles sur une grimace pour le moins ridicule pour appuyer ses propos. Evidemment, il ne pouvait décemment pas converser d’un tel sujet sans prendre une nouvelle gorgée, ce qu’il fit sans plus attendre à même le goulot de sa bouteille. Voilà bien des heures qu’il avait abandonné l’idée de boire dans un verre. A quoi bon ? L’action même de se servir un verre était une perte de temps considérable. Surtout considérant le fait qu’il avait bien l’intention de ne pas lâcher cette bouteille avant d’en avoir fini avec elle. C’était à peine la première de la soirée qu’il était sur le point d’achever, et il trouvait cela absolument inacceptable. Qu’à cela ne tienne, il comptait bien y remédier.

Son attention dériva un moment, ses yeux se posant çà et là dans la salle avant de se fixer cette fois sur les deux hommes un peu plus loin sur sa droite qui étaient plongés dans un débat sur Socrate et comment sa mort et l’acceptation de ce funeste sort pouvait aisément être comparée à celle de Jésus même. Cela aurait pu éveiller son intérêt, tout du moins assez pour qu’il glisse un commentaire, si les deux jeunes gens ne s’étaient pas déjà trouvés dans un état d’ébriété avancé. Il se concentra finalement sur une conversation qui ne semblait pas beaucoup plus sensée, puisque ces camarades-là parlaient de quelques histoires de cœur avec l’élégance maladroite et inexpérimentée qu’avaient parfois les jeunes hommes à peine sortis de l’adolescence de s’exprimer sur de tels sujets. C’est bien ce qu’ils étaient, après tout. Pourtant, un sujet qu’il était habituellement enclin à suivre, avec plus d’hilarité qu’autre chose, le laissa légèrement indifférent ce soir-là. Cela faisait des heures qu’il était assis sur la même chaise de l’arrière-salle du Musain, passant tranquillement d’une discussion à l’autre. Il se laissa un instant bercer par cette chaleureuse ambiance, qu’il avait depuis longtemps associé à ces réunions des Amis, son regard s’attachant à la lumière du quinquet dans le fond de la salle.

Tous les regroupements n’étaient pas aussi calmes, et si l’humeur légère qui avait pris place lors de celui-ci lui plaisait assez, il ne pouvait nier qu’il affectionnait davantage les plus agités. Ceux durant lesquels il était question d’histoire et de politique. Ceux durant lesquels on parlait avec espoir et hargne d’une révolution à mener. A ces pensées, son regard se posa instinctivement sur la fière silhouette d’Enjolras, un peu plus loin dans la salle. Ah, Enjolras ! Lorsqu’il écoutait le révolutionnaire parler, le monde autour de lui paraissait subitement changé. Plus chatoyant, plus digne d’intérêt. La passion furieuse dans ses yeux et la ferveur résolue de mots semblaient se répandre parmi leurs jeunes amis telle une trainée de poudre, enflammant leurs esprits et leurs volontés de la plus fascinante des façons. Et fasciné, il l’était. Sans doute bien plus que tous les autres. Voilà pourquoi un Enjolras muet le laissait quelque peu…frustré. Eh bien, s’il avait besoin d’aide pour sortir de son silence, Grantaire acceptait volontiers de se dévouer.

C’est sur ces bonnes résolutions qu’il se leva sans grande grâce, et s’approcha de l’autre homme d’un pas résolu, sa bouteille toujours en main.

« Quelles sombres pensées peuvent bien nous priver de ta glorieuse compagnie, Ô noble meneur ? » L’aborda-t-il d’une voix taquine.
Levant sa bouteille avec un doux rire espiègle, il reprit :
« Joins-toi donc à moi, à nous, et prends un verre en l’honneur de cette belle soirée ! »

Il n’était pas fou au point d’espérer que son ami ne lui rende un sourire et, à dire vrai, il s’attendait même plutôt à une réaction diamétralement opposée. C’était Enjolras.
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Message#Sujet: Re: Le choc des jeunes esprits [pv Grantaire]   Sam 21 Fév - 17:27


Le choc des jeunes esprits
I

l y avait chez Grantaire un quelque chose typique de son caractère (et donc immodifiable), qu'Enjolras ne pouvait que trouver complètement incompatible avec son caractère propre, et qui l'obligeait à se retenir de lever les yeux au ciel à chaque propos qu'il lui accordait (quand il s'en abstenait). Pourtant, il ne disait pour l'heure pas grand chose dont il doive prendre ombrage. Il est vrai qu'il ne pouvait blâmer ses camarades de se complaire dans quelques sujets de conversation un rien trop triviaux pour lui (parlez de vin et de femme... il s'avérait selon toutes vraisemblance qu'Etienne Enjolras, en dépit de son âge, ne s'intéressait ni au vin, ni aux femmes... en même temps, cherchez quoi que ce soit qu'il chérisse plus que sa tendre patrie, vous perdrez très clairement votre temps) quand lui-même s'enfermait dans un mutisme qui ne permettait en rien d'orienter le débat et de faire abonder la conversation dans ce sens. Il adressa un regard au jeune homme, qui bien sûr ne s'accompagna d'aucun sourire, alors que ce dernier lui proposait de se joindre à eux et de boire un verre.. à la santé de cette belle journée. Absurde, l'on trinque aux événements importants, aux hauts faits de l'Histoire, celle-là même qu'ils étaient supposés bâtir quand ils ne s'abreuvaient pas d'alcool bon marché comme les moindres des assoiffés. Qu'avait-on accompli en ce jour qui mérite véritablement que l'on lève son verre à sa gloire ?  
... Oui, on pourrait dire qu'Enjolras, pour l'heure, voyait le verre dont il ne se servait pas, à moitié vide. Il se remplirait dès lors que se dresseraient les premières barricades, affront grandiose aux absurdes royalistes.

-Qu'a-t-elle de belle, cette soirée ?
demanda-t-il alors, sans daigner bouger de l'endroit où il se trouvait.

Certains pourraient se contenter d'entendre dans cette réponse ouverte une invitation à le laisser tranquille, Enjolras savait que Grantaire insisterait, ou tout du moins, il supposait qu'il ne s'en irait pas si simplement. S'il était venu à lui, ce n'était pas pour repartir aussitôt, et tout prétexte à la taquinerie par ailleurs était chez lui bon à prendre, il ne résisterait sans doute pas à celui-ci... Et finalement, c'était en connaissance de cause que le chef de file des amis de l'A B C avait posé cette question, curieux de ce que pourrait bien lui arguer son interlocuteur, même s'il n'attendait pas grand chose de sa part. Il existait plusieurs formes de débats, donc Enjolras était plus ou moins friand. Généralement, bien sûr, il préférait ceux dont il savait se tirer victorieux... et en soi, il était tant fort et convaincu de ses opinions qu'il était tout bonnement impossible de lui faire entendre une idée contraire à la sienne, si bien qu'il gagnait assez souvent. Le seul à savoir parfois moduler quelque peu ses opinions était Combeferre, qui apportait au tout une note philosophique plus ou moins profitable. Avec Grantaire, le débat lui semblait vain, s'il devait y en avoir un, avant même que d'avoir été entamé, mais soit. Cette soirée n'avait pour lui aucun attrait. Il était encore temps qu'elle en gagne... Grantaire pourrait bien y contribuer (indirectement, ça va de soi, la faible estime qu'Enjolras avait de son interlocuteur, et surtout de son scepticisme constant, n'était pas chose dont il se cachait).






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Message#Sujet: Re: Le choc des jeunes esprits [pv Grantaire]   Dim 22 Fév - 22:44

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A cette réponse, Grantaire laissa échapper un doux rire. Il n’en attendait pas moins de l’autre homme. Une réaction enthousiaste l’aurait plus que surpris. Il ne mettait pas en doute la passion d’Enjolras, simplement il n’y avait rien à ce moment qui aurait pu l’inciter. Le sceptique ne fréquentait certes pas l’étudiant depuis fort longtemps, mais il lui semblait parvenir à le comprendre, parfois. Il n’ignorait pas que leur jeune leader était capable de mener avec brio un débat sur les droits de l’Homme, la révolution de 1789, Robespierre, ainsi que tout autre sujet du même acabit, et cela des heures durant. Mais il savait également que tout autre discussion plus banale était vaine le concernant. Et il ne pouvait l’en blâmer, car après tout il s’agissait bien là d’un parfait oxymore que d’associer le nom d’Etienne Enjolras à ce vulgaire terme qu’est le mot « banal ». Rien, à ses yeux, n’était plus opposé que ces deux mots. Il n’était donc pas étonné de n’avoir en mémoire aucun souvenir de celui-ci déclamant un poème à la gloire de ses conquêtes féminines, ou chantant une chanson pour vanter les bienfaits de l’alcool et la beauté des femmes. Parfois, il se demandait même si cet homme en connaissait l’existence. A voir l’expression de désintérêt sur le beau visage du jeune homme face à toutes ces préoccupations primaires, il n’y avait nul besoin de se questionner sur la raison de son manque de participation à leur réunion de ce soir.

Guillaume aurait pu en rester là. Il aurait pu retourner à sa place pour bavarder davantage avec ses autres camarades, dont la conversation serait certainement plus aimable et joyeuse, plutôt que d’insister à s’adresser à celui qui désirait sans doute le moins sa compagnie. Car ce n’était pas qu’Enjolras n’était pas aimable. Il était capable d’être le plus aimable des hommes, de cela Grantaire en était certain. Simplement, il ne l’était que rarement avec lui. Cependant, il ne s’en offensait pas, le seul fait de l’entendre parler –à lui ou à d’autres- lui suffisait amplement. Or, en l’occurrence, la mission que s’était donné R de le sortir de son mutisme ne paraissait pas désespérée. Il avait daigné briser son silence pour lui répondre, alors qu’il aurait tout aussi bien pu s’en abstenir, sans même lui accorder ne serait-ce qu’un regard. Hors de question donc de gâcher telle opportunité.

« Eh bien, ne sommes-nous pas entre camarades ? N’avons-nous pas un verre dans nos mains ? » Ou plutôt une bouteille en ce qui le concernait. « Hélas ! Il nous manque bien la gracieuse présence de femmes sur nos genoux, mais nous devrons nous en passer ! » Continua-t-il, élevant ses bras et sa voix de son habituelle théâtralité inutile. Ce n’était là que taquinerie de sa part, il n’avait jamais vu l’autre homme autrement que chaste et sobre. Il reprit, plus doucement :

« Je pense qu’aucun homme ne devrait songer à en attendre davantage. Et pour nous autres mortels, cela est bien suffisant. Mais je veux bien t’accorder que ce qui forme une belle soirée est tout à fait subjectif. Alors, je te le demande, que faudrait-il pour que cette soirée soit digne de toi ? » Acheva-t-il dans un sourire narquois, avant de s’approcher d’un pas vers l’autre, tout en prenant une nouvelle gorgée de vin.
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Message#Sujet: Re: Le choc des jeunes esprits [pv Grantaire]   Lun 23 Fév - 20:25


Le choc des jeunes esprits
E

njolras ne fit même pas mine d'avoir entendu les paroles qui s'échappèrent tout d'abord des lèvres de son interlocuteur, alors que celui-ci faisait de beuveries et badinages les pierres angulaires d'une soirée digne de ce nom. Grantaire, pauvre de lui, pensait peut-être ce qu'il disait, mais il était évident qu'il ne cherchait qu'à l'exaspérer... ce qui était, ma foi, plutôt efficace, même si l'étudiant savait présenter l'aspect de celui qui s'en moque au point d'être au-delà même de ce genre de réflexion plutôt que l'aspect de celui qui s'en offusque. Il faut croire qu'Enjolras s'espérait idéal et n'avait jamais voulu naître individu. Il se serait aisément épargné de n'être qu'un homme. Si cela eût été possible, il aurait été la pensée qui traverse les esprits quand ils aspirent au changement, il aurait été le courage qui anime les coeurs quand ils livrent les combats les plus nobles, il aurait été la détermination qui se lit dans les regards quand l'on s'apprête à prendre les armes. Mais il était homme, et puisqu'il était homme, il faisait en sorte, au moins, d'en être un exemple le moins trivial possible. Il faudrait bien une autre sorte d'argument que de lui faire constater que le vin coulait à flots, et que la soirée manquait de femmes, pour qu'il admette enfin qu'elle était digne de ce nom, c'était justement ces considérations si basses qui le lassaient profondément... Mais bien sûr, Grantaire le savait, et il insistait sans doute sur ce terrain pour mieux le taquiner. Bien, R. Bien. Ça fonctionnait. Enjolras ne se contentait en effet pas de ce dont le commun des mortels arrivait peut-être à se satisfaire. Qu'aurait-il fallu à Enjolras pour trouver de l'attrait à la situation présente ? Une révolution, sans doutes (enfin, il n'en demandait pas tant, mais avouons qu'il serait l'inverse de l'insensible qui se présentait aux regards de tous dans l'éventualité où...) Un débat animé faute de révolution, peut-être.

-Une conversation qu'un esprit alcoolique n'est guère capable de tenir ?
suggéra-t-il, se montrant, en ce qui le concernait, plus directement méprisant à l'égard de celui qu'il ne savait tenir en grande estime, et moins encore quand il se permettait de lui parler ainsi, devinant pourtant pertinemment le fond de sa pensée, que taquin.

Des débats animés, intellectuellement stimulants, de ceux qui vous donnent le sentiment de prendre véritablement part à quelque chose, de contribuer aux plus hauts desseins que l'on puisse promettre à la société, il s'en tenait, parfois, dans cette même pièce. C'est sûr, ce ne pouvait pas toujours être le cas. Cela ne rendait pas forcément les personnes présentes moins dignes de se trouver là, ni ne signifiait pas que, le moment venu, elles ne sauraient pas être à la hauteur de ce qu'il leur faudrait accomplir. C'était seulement frustrant. Pour qu'Enjolras trouve un intérêt direct à la situation, il aurait fallu de ces débats-là. Pour ce soir, ce semblait bel et bien peine perdu. Et était-ce vraiment à Grantaire qu'il fallait signifier, de Grantaire qu'il fallait espérer que la situation prenne une direction différente.
Non, bien sûr que non.






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Message#Sujet: Re: Le choc des jeunes esprits [pv Grantaire]   Ven 6 Mar - 22:15

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Parfois, il se plaisait à penser qu’ils étaient de bons amis. Cela ne durait cependant jamais longtemps et il se ravisait bien vite. Grantaire se targuait d’être un homme réaliste et, si ce n’est tout à fait honnête envers les autres, au moins pensait-il être parfaitement capable de l’être envers lui-même. Cela ne le blessait guère que la furieuse fierté dans laquelle semblait être sculpté Enjolras ne se teinte de mépris lorsque cela le concernait. Actuellement, il n’était certain s’il s’agissait d’indifférence ou de dédain. Cela allait sans dire qu’il préférait largement le second.

R leva sa bouteille, plus par provocation qu’en l’honneur des bonnes paroles de son brillant interlocuteur. Et s’il ne but pas davantage, cela n’avait rien à voir avec un quelconque restreint. C’était simplement que cette satane bouteille était vide. Il ne la lâcha pas pour autant.

« Allons allons, ne sois donc pas si dur ! Plutôt que de retourner à ton silence désapprobateur, que je juge tout à fait inintéressant, je te conseille plutôt de me laisser une chance ! Laisse-moi donc tenter de te divertir ! » S’exclama-t-il dans un rire.

Son sourire taquin ne semblait pouvoir se décrocher de ses lèvres. Il attrapa habilement d’une main la chaise la plus proche pour la faire rapidement glisser jusqu’à lui et s’y asseoir avec un manque de grâce exagérée. Ses yeux ne lâchèrent l’autre homme qu’une fraction de seconde, pas plus qu’il n’était nécessaire pour effectuer sa manœuvre.

« Quel mots seraient dignes de toi ? Je peux te parler de Robespierre si tu le désires. Des bornes du pouvoir Souverain, si tu préfères ! Ou bien de la raison qui pousse notre cher  Marius à l’absentéisme ? Mais non, je n’aimerais pas te mettre de méchante humeur. Pourquoi ne pas plutôt parler de la nuance qui existe entre ces merveilleux termes que sont révolution et rébellion ? Elle est subtile, mais très intéressante je trouve. Alors, que préfères-tu ? »


Sous le ton léger et déraisonnablement théâtral se cachait une certaine amertume. A dire vrai, ceci pourrait être la phrase d’introduction de sa biographie, cela ne le surprit donc pas. C’était un sentiment auquel il était habitué, et qu’il parvenait sans mal à dissimuler. Ce n’était pas une forte émotion. Ce n’était pas une haine qui consumait sa vie et sa santé mentale. Il s’agissait là plutôt d’un bleu qui affaiblissait son esprit, une constante. Autrefois, cela lui faisait plutôt l’effet d’une plaie ouverte et purulente. Mais il avait appris depuis de longues années déjà à calmer la douleur avec la sérénité de l’alcool. Quelle était cette sensation ? Celle de la désillusion. Plus encore, c’était ce savoir, cette conviction que quel que fut le sujet abordé, quel que fut l’espoir susceptible de naître, tout serait annihilé par la certitude de la défaite. Cette révolution, ce qui animait les jeunes esprits des Amis de l’ABC, avait aussi cet effet sur lui.
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Message#Sujet: Re: Le choc des jeunes esprits [pv Grantaire]   Dim 8 Mar - 10:23


Le choc des jeunes esprits
L

aisser sa chance à Grantaire, hein ? À l'instant où il leva une bouteille vide dans sa direction, comme pour trinquer à la vacuité de ses propos à venir, Enjolras fut intimement convaincu que le jeune homme serait le moins bien placé au monde pour le "divertir", comme il en avait l'intention selon ses dires. Pour sa défense, Etienne Enjolras n'était pas le genre d'homme que l'on divertit, la notion même de divertissement semblait pour lui avoir de ces connotations vulgaires qui devaient l'inviter immédiatement à la désapprouver. Il y avait des priorités, dans l'existence, et il sacrifiait à sa chère patrie jusqu'aux opportunités de lâcher un peu prise et de s'amuser... Un jour, qui sait, oui, il apprendrait à se distraire, quand il ne se sentirait plus de prendre sur lui les obligations de tout un peuple. Ne nous leurrons pas, c'était une question de caractère. La monarchie renversée, ses idéaux politiques respectés, il trouverait sans doute nouveau prétexte à être morose et à se battre. Enjolras vivait au nom de son idéal... s'il devait s'accomplir et lui y survivre, il trouverait sa vie certainement veine... Il était sans doute destiné à mourir au nom de cet idéal, il se pouvait même qu'il le désire. Quelle mort plus honorifique que la mort en martyre, après tout. Ce n'est pas pour rien qu'il envisageait sans crainte et la tête haute de prendre les armes... Bref, revenons à Grantaire, qui essayait par tous moyens de délier la langue de son interlocuteur, qui, jusqu'à ce que l'artiste reprenne la parole, pensait qu'il ferait pour de bon l'économie de sa salive.

En fait, il fallut qu'il prononce le nom de Robespierre. Dès que celui-ci intervenait dans une conversation, Enjolras avait tout à coup bien plus à dire et à exprimer, et contrairement à ce que l'on pouvait croire, ou tant qu'il se trouvait des détracteurs, tout du moins, il était intarissable sur le sujet. Il restait réticent à l'idée de l'aborder avec Grantaire, mais ce dernier avait su marquer un point manifeste. Pour passionner Enjolras, il fallait parler politique... Plutôt politique, car la lumière qui s'était allumée dans son regard à la seule mention de Robespierre, l'idole et le modèle, somme toute, s'éteignit rapidement quand il fut question de Marius et de ses absences régulières. Ce dernier dédaignait l'esprit au profit du coeur, l'erreur absurde de bien des hommes, et Enjolras s'agaçait assez de voir être gâché un tel potentiel. À Grantaire, il n'accordait que peu de crédit, il avait donc bien peu de risques de décevoir le chef de file des amis de l'ABC... Marius, par contre, qui avait délaissé son royaliste de grand-père et renoncé à sa fortune pour se rattacher à la cause révolutionnaire, pouvait accomplir beaucoup... s'il ne s'entichait pas de la première donzelle venue qui battait trois fois des cils dans sa direction. Décevant... Non, il préférait ne pas aborder ce sujet, l'air pincé qu'il afficha rien qu'à cette mention en disait long quant à son opinion sur la question, quoi qu'il en soit. Sa troisième suggestion, bien que déjà abordée, éveillait un peu plus de son intérêt... Accepterait-il d'abandonner son mutisme au profit d'un débat... même avec quelqu'un qu'il ne pensait pas susceptible de débattre ? Après tout, ce serait peut-être un peu plus productif que de se taire et d'attendre que cela passe.

-Je t'écoute. Quelle est ta distinction entre révolution et rébellion ?
demanda-t-il finalement en soutenant son regard.






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Message#Sujet: Re: Le choc des jeunes esprits [pv Grantaire]   Mer 15 Avr - 22:13

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A cet instant, Grantaire se faisait l’effet d’un enfant. Un enfant capricieux cherchant à tout prix l’attention, à défaut de l’approbation, de l’un de ses parents. Cette idée était tout à fait ridicule et, eût-il été plus ivre, il en aurait sans doute beaucoup ri. Heureusement pour lui et son ego que cette simple pensée avait déjà bien malmené, il n’en fit rien. Il avait la certitude qu’Enjolras le prenait déjà pour un parfait imbécile, il ne désirait en rien confirmer cette opinion et qu’en plus il ne le prenne également pour un fou en le voyant rire sans raison comme un idiot.  Pourtant, imbécile il l’était peut-être. Puéril, il l’était certainement. Cela tenait également d’un peu de masochisme, sans doute. Voilà trois mots qui le définissaient bien, non seulement à ce moment précis, mais également à chaque instant passé à parler à leur meneur. Comment décrire cela, sinon ? Le voilà, s’ingéniant à  faire entrer l’autre homme, qui n’en éprouvait visiblement aucune envie, dans un dialogue. Une simple conversation, R ne demandait rien de plus. Cela ne l’étonnait que peu que l’autre homme ne sembla considérer que oui, effectivement, c’était trop lui demander. Cependant, c’était un fait qui n’avait pas grande importance aux yeux de Grantaire. Que quelqu’un ne veuille pas l’écouter ne l’avait jamais empêché de parler et ce n’était certainement pas aujourd’hui que cela allait commencer.

« Eh bien, c’est mon opinion personnelle, mais je pense qu’on peut établir qu’une révolution se produit lorsque des personnes suffisamment téméraires parviennent à renverser le régime en place. Une révolution est bien une rébellion, mais toutes les rébellions ne sont pas des révolutions, n’est-ce pas ? »


Il pensait bien sûr à celle de 1789, mais aussi à celle de 1830 dont les barricades qui s’élevèrent alors marquaient tous les esprits présents dans cette salle.

« La France a connu quelques révolutions plus ou moins glorieuses. Elle a cependant connu beaucoup plus de rébellions qui ne l’étaient pas. Combien, comme nos braves camarades pleins de bonnes intentions… » Il se tourna brièvement vers leurs amis éparpillés dans la salle, toujours au beau milieu de leurs conversations relativement passionnantes, les désignant d’un geste de main nonchalant.
«...Ont échoué ? Combien y a-t-il eu de révolutions ratées qui, au final, ne sont maintenant que des rébellions oubliées de l’Histoire ? Et qu’allons-nous faire, nous ? » Malgré une voix et un regard on ne peut plus sérieux, L’immanquable note de sarcasme dans son ton et son sourire prévenait toute réelle crédibilité qu’il aurait pu tenter d’avoir. Mais la gravité n’avait toujours été qu’un jeu pour lui, et cette fois-ci ne faisait pas exception à la règle. Il n'était même pas certain que leurs petites réunions mènent réellement à quelque chose. Pour subir une défaite, encore fallait-il se battre. Réellement. Concrètement. Les Amis avaient toute sa sympathie, nul doute là-dessus. En revanche, il doutait beaucoup plus de leur ferveur. Il ne désirait qu’une chose, faire réagir Enjolras. Vraiment ? C’est ce dont il était persuadé, mais n’espérait-il pas au fond entendre encore une fois les beaux arguments de son leader, entendre la ferveur de sa voix humilier son propre manque de foi ? Non, se disait-il, quelle drôle d’idée. Grantaire était ainsi fait. C’était avant tout un être de pensées et sentiments inconscients.
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Message#Sujet: Re: Le choc des jeunes esprits [pv Grantaire]   Sam 18 Avr - 11:54


Le choc des jeunes esprits
C

ertes, Enjolras estimait peu, et à des occasions particulièrement rares, l'opinion de Grantaire... ou Grantaire de manière générale, mais il devait bien reconnaître que le propos qu'il tenait était difficilement discutable. Du moins dans ses premières acceptions. Oui, le peuple français grouillait de rebelles qui rêvait de faire défaut au système en marche, de renverser des gouvernements, de changer le monde, de refaire la politique. Et pour le nombre d'individus révoltés, peu de grandes révolutions avaient vu le jour. Ce n'étaient que des pétards mouillés, des belles idées malheureusement trop faiblement défendues, et qui, par conséquent, s'évanouissaient dans les airs, reprises pour mourir de nouveau, au rythme d'autres mouvements de rébellion tout aussi vite stoppés, en même temps que leurs instigateurs, sitôt assassinés. C'était un fait qu'Enjolras ne pouvait ignorer, et c'était bien pour cette raison qu'il supportait si mal que certains membres de leur groupuscule se montrent si peu investis dans une cause que, pour sa part, il défendait corps et âme, au-delà de toute autre conviction, avec une passion et une dévotion dont peu d'autres de ses pairs étaient capables. Ce n'était pas agréable, bien sûr, que d'entendre Grantaire sous-entendre que leurs grands projets ne se réduiraient bientôt plus qu'au statut d'événement ponctuel, comme un cri bien vite étouffé, offrant au monde de s'envelopper de nouveau dans son silence étouffant.

Mais même s'il ne pouvait pas occulter cet état de fait, que le sang versé le jour où il devrait être serait aussitôt lavé et oublié, il préférait s'assurer qu'il ne serait pas victime d'un tel état de fait. Si les barricades devaient se dresser à nouveau (et ce serait le cas, il en était certain), s'il devait y mourir, eh bien il le ferait avec une fierté certaine, sans que la moindre crainte assombrisse son coeur, mais quitte à mourir martyre, que ce soit là une mort dont on sache ce souvenir, car sur sa tombe fleurirait cette République renaissante, sublime et cette fois immortelle. Rien de ce qu'il faisait et de ce qu'il ferait ne serait en vain. Il le refusait, catégoriquement. C'était sans doute également en cela que Grantaire savait si bien l'exaspérer, il imposait à lui l'éventualité de l'échec. Et l'échec n'était pas tolérable.

-Nous ne serons pas les oubliés de l'Histoire.
répliqua-t-il, catégorique. Nous en serons les nouveaux démiurges. C'est la force de nos convictions qui guidera nos armes et fera la différence. Nous saurons choisir le meilleur moment, rassembler le peuple sous une même bannière... et c'est par une foi commune et indéfectible que nous sauverons la France.

Oui, les termes étaient forts et grandiloquents, mais ils étaient tout de même à la hauteur même de ce que le chef de file des amis de l'A B C avait de convictions. À la dernière phrase qu'il avait prononcé, son regard s'était posé sur Grantaire, et il n'avait pas grand chose de chaleureux. C'était sur une foi commune que pouvait se concrétiser leur idéal à tous. Et c'était sur le scepticisme d'autres qu'il pouvait bien s'effondrer.






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Le choc des jeunes esprits [pv Grantaire]
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