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 Amis, c'est l'heure [pv Marius & Grantaire]

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Message#Sujet: Amis, c'est l'heure [pv Marius & Grantaire]   Sam 2 Sep - 10:09


Amis, c'est l'heure
E

njolras n’avait jamais eu d’estime pour aucun homme de la haute, moins encore quand ils occupaient de hautes fonctions politiques, quand ils se trouvaient dans des positions où leurs actes et opinion pourraient changer la face du monde et n’en profitaient pas. Normal, ces hommes ne prenaient pas la peine de ne serait-ce que jeter un regard vers le bas et constater la présence, l’existence des hommes qui vivaient, survivaient même pourrait-on affirmer, à leurs pieds. A ce titre pourtant, un homme avait su faire singulièrement exception, un véritable partisan des valeurs républicaines, et qui n’avait pas hésité à assumer haut et fort ses opinions à ce titre. Le général Lamarque. Enjolras avait une immense estime à son adresse. Si le jeune révolutionnaire restait quoi qu’il puisse advenir tributaire des idées de Robespierre, il ne niait pas la véritable influence qu’avait pu avoir sur lui cet homme de renom, un homme que l’on pouvait à plus d’un titre prendre en exemple. Mais cet homme n’était plus. La nouvelle avait éclaté comme un coup de tonnerre, si elle n’avait rien eu d’une surprise en fin de compte. L’épidémie de choléra qui sévissait sur la capitale et avait d’ores et déjà fait tant de victimes, n’avait pas le moins du monde épargné cet homme, qui après avoir lutté contre ce mal comme tant d’autres en ce bas monde, y avait finalement succombé. La nouvelle avait été difficile à accepter, et avait donné un coup au moral au chef des amis de l’A B C, qui s’était bien vite mu en vive et impénétrable résolution. Les funérailles du général Lamarque auraient lieu d’ici quelques jours, et s’il était évident pour le jeune homme qu’il devait y assister, il avait une idée à présent précise de la manière dont il se devait de le faire. Quel plus vibrant ait hommage accorder à cet homme d’honneur que de transformer la procession en insurrection, l’oraison en protestation. Pour lui, sa décision était prise. Il était temps de dresser les barricades et de montrer leurs couleurs.

C’était donc en toute hâte qu’il avait demandé à tous les membres des Amis de l’ABC de le rejoindre en urgence dans leur quartier général, dans l’arrière-salle du Musain. Tout le monde avait répondu présent au rendez-vous, sans doute parce que chacun avait cerné la véritable urgence de la situation, à plus forte raison qu’il ne devait pas être le seul à avoir pris connaissance de la mort du général Lamarque. Quand tout le monde fut présent, Enjolras balaya l’assemblée du regard avant de prendre la parole, sûr de lui mais surtout certain que la situation nécessitait qu’ils en parlent et qu’ils s’organisent dans les plus brefs délais s’ils voulaient espérer être prêts le jour J, ce qui pour l’heure n’était pas assuré.

-Merci d’être tous venus.
Son regard s’attarda une seconde sur Marius. Il devait bien l’avouer, il avait douté de sa présence. Même si sa présence ici et maintenant ne signifiait pas qu’il serait bel et bien là quand se dresseraient les barricades. La situation, comme vous le savez peut-être, est critique. Il marqua une légère pause. Le général Lamarque est mort.


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Message#Sujet: Re: Amis, c'est l'heure [pv Marius & Grantaire]   Lun 4 Sep - 22:42

Amis, c'est l'heure.
Marius savait bien qu’il n’était sans doute pas le meilleur des amis de l’ABC ces derniers temps, qu’il se concentrait un peu trop sur d’autre chose, sur d’autres « causes ». Parce qu’il ne pouvait évidemment pas s’empêcher de se concentrer sur Cosette, sur son épouse, puisqu’ils étaient mariés maintenant. Sa vie était liée à celle de la jeune femme et donc forcément, les choses sont quelque peu différentes. Cependant, quand il eut le message de Enjolras, il comprit que cela avait une grande importance. Même s’ils étaient quelque peu en froid, qu’ils n’étaient pas d’accord à longueur de temps, cela ne voulait pas dire que Marius ne pouvait pas répondre à l’appel de son ami. Il avait conscience que c’était grave, même s’il ne savait pas du tout pour quelle raison. Il ne suivait pas suffisamment les actualités pour savoir que le Générale Lamarque était mort. Pourtant, il aurait pu le découvrir sans doute, il aurait même dû, mais ce n’était pas le cas. Pourtant, même sans connaître l’information qui poussait Enjolras à les convoquer tous de la sorte, il comprenait quand même qu’il y avait urgence. Autant dire qu’il ne pouvait que se retrouver dans l’arrière salle du café Musain en cet instant précis.

Quand Enjolras remarqua qu’ils étaient au complet, il prit la parole afin de les remercier d’être tous venu. Pendant un court instant, les deux hommes s’échangèrent un regard. Marius se doutait que son ami n’avait pas forcément été sûr de le voir arriver. Mais il était présent et c’était normal après tout. Même s’il était marié, même s’il voulait profiter de la vie avec son épouse, il ne voulait pas pour autant mettre de côté sa cause et le combat qu’il menait quand même depuis un moment maintenant. Il voulait prouver à Enjolras qu’il n’abandonnait pas, que ce n’était pas parce qu’il avait une vie un peu différente qu’il ne pouvait pas se battre. Il n’y avait aucune raison que ça ne soit pas le cas après tout, même si forcément il n’était pas si prompt à se jeter dans les flammes… il n’avait aucune envie de mourir. Mais il avait quand des convictions, il avait envie que ce combat soit mené à bien. Et donc, par conséquence, Marius écoutait attentivement les propos de Enjolras. Et ce dernier affirma alors que le Général Lamarque était mort. Marius avait entendu parler de son état de santé, du fait qu’il était malade, qu’il avait justement attrapé le choléra. Mais il ne pensait pas qu’il allait mourir… il n’avait pas envisagé que c’était le cas.

« Qu’est-ce que tu as en tête ? »

Dit-il alors en prenant la parole sans forcément être invité à le faire, mais en même temps il osait croire qu’il parlait au nom de tout le monde. Les Amis de l’ABC savaient que si l’homme leur avait demandé de venir maintenant, en de telles circonstances, c’était forcément que le leader avait quelque chose en tête. Sinon ils ne seraient pas là et Marius avait envie d’en savoir plus.  
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Message#Sujet: Re: Amis, c'est l'heure [pv Marius & Grantaire]   Mar 5 Sep - 20:09


Amis, c'est l'heure
L

a nouvelle aurait pu éclater comme un coup de tonnerre et soulever directement de nombreuses harangues, exclamations et protestations, mais comme il s’en était doutée, ce n’était pas le cas… parce que la plupart d’entre eux n’était pas le cas. La nouvelle était importante, troublante, et le général Lamarque méritait que l’on pleure sa dépouille. Mais ils n’étaient pas là pour débattre de cette situation, il s’agissait surtout d’honorer sa mémoire de la meilleure manière possible. Il attendit un instant que les quelques commentaires d’usages soient passés. Il avait songé à reprendre la parole, exprimer directement sa pensée, mais Marius prit la parole, demandant immédiatement ce que le chef de file des amis de l’ABC avait à l’esprit. Enjolras soutint le regard de Marius, il se doutait qu’il devinait ce qui allait se passer. Mais il lui laissait le soin d’exposer son plan d’action. Et c’était bel et bien ce qu’il comptait faire. Il était grand temps d’agir. Ils attendaient, depuis longtemps, une opportunité telle que celle-ci. Faire du décès d’un estimé général le prétexte à leur révolte, ce pouvait sembler bas, mais elle était absolument convaincue du fait que Lamarque ne leur reprocherait pas leur impulsivité, loin s’en faut, même. Il serait fier. Il était mort, mais les idées qu’il avait défendues tout au long de sa vie ne devaient pas mourir avec lui. Au contraire.

-Ses funérailles auront lieu dans trois jours.
Il marqua une légère pause, embrassant du regard l’assemblée dans son entier. Il était évident qu’il ne pouvait pas passer à côté d’un tel événement sans aller au-delà. Lamarque était le seul parmi ceux de la haute à s’intéresser au peuple, il en était le fils et le représentant, un très grand général, ses idées ne doivent pas mourir avec lui. Nous devons faire éclater ses idées à l’heure où son corps sera enterré. Il marqua une pause. Nous avons trois jours pour nous organiser, trois jours pour mettre en place une insurrection. Nous manifesterons, drapeaux rouges et armes à la main, et si la garde nationale doit s’en prendre à nous, nous riposterons, nous hisserons des barricades au plus haut du paysage de Paris, et nous nous battrons jusqu’à notre dernier souffle pour la cause que nous défendons tous.

On pouvait aisément taxer Enjolras d’utopiste. En l’occurrence, il considérait que s’il l’était, c’était une bonne chose. Etre utopiste, c’était avoir des aspirations aussi grandes que possibles. Certes, en certaines occasions, ces projets s’avéraient irréalisables, mais plus on visait haut, mieux c’était, il fallait avoir les ambitions les plus grandes possibles. En l’occurrence, il ne s’était jamais senti plus proche d’accéder à son but, de réaliser ses rêves et ses ambitions, d’aller au bout de ses idéaux. Dans trois jours, ils changeraient peut-être à tout jamais la face de la France, du pays tout entier. Et cette idée ne manquait pas de lui plaire et de lui donner des ailes, cela s’entendait au ton de sa voix.

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Message#Sujet: Re: Amis, c'est l'heure [pv Marius & Grantaire]   Jeu 19 Oct - 7:13

Amis, c'est l'heure.
Alors c’était maintenant ? Visiblement, au vu de la situation. Grantaire était suffisamment détaché de tout cela pour ne pas avoir remarqué tout de suite que la poudre commençait à s’embraser. Mais alors que tous les amis de l’A B C étaient réunis sous la demande de Enjolras – et quand on disait tous, c’était bien tous, même ce bon Marius qui avait arrêté de roucouler avec sa belle Cosette – Grantaire ne pouvait pas douter une seule seconde que la situation était grave, que le moment était venu. Il s’y était attendu, en fait. Même s’il voyait le groupe pédaler par moment sans grand résultat, il se doutait un peu qu’un moment tel que celui-ci allait arriver. Parce que Enjolras avait suffisamment de conviction pour conduire tout le monde à ce genre d’instant. Lamarque était donc mort et l’homme, après la question de Pontmercy, exposa son plan. Le fait qu’il était important pour lui d’utiliser le moment de sa mort pour faire ressortir les idées du général, pour que ses idées éclatent à tous et que le monde change. Rien que cela. Ils avaient donc trois jours pour mettre en place tout cela, pour préparer leurs manifestations avec un drapeau rouge et les armes à la main, pour se préparer à riposter contre la garde nationale – parce qu’évidemment, celle-ci n’allait pas les laisser faire – pour être prêt à monter les barricades, à se battre… à mourir.

C’était joyeux ma foi. Et alors que la plupart des Amis de l’A B C acclamait Enjolras, visiblement très enthousiaste à l’idée de se battre, à l’idée de mourir, Grantaire ne bougea pas. Il se contenta de regarder le chef de file, ce révolutionnaire dans l’âme, qui ne manquait vraiment pas de conviction. Et qui ne manquait pas de partager ses convictions d’ailleurs. Il ne détourna un instant son regard que dans le but de regarder rapidement les autres, qui semblaient sur motivé à l’idée de se battre, avant de porter son attention rapidement sur une bouteille à ses côtés et de l’attraper pour en boire une longue gorgée, avant de reposer son regard sur Enjolras. Non, il n’était en aucun cas motivé, non, il n’avait absolument pas envie de mourir et encore moins pour des idées qu’il ne partageait pas. À quoi bon se battre ? À quoi bon mourir ? Ils n’allaient pas y arriver. Du moins, c’était ce qu’il parvenait encore à se dire, quand bien même… eh bien, la détermination de Enjolras avait quand même le don de le toucher. Trois jours, ça faisait quand même peu pour profiter pleinement de la vie. Très franchement, en cet instant précis, Grantaire n’avait aucune idée de s’il avait envie ou non de se rendre à cet enterrement afin de manifester à côté des autres.

« Et pourquoi tu ne fais pas venir des femmes alors Enjolras ? » Lança-t-il, un sourire amusé sur le visage, sachant parfaitement que ça n’allait pas lui plaire. « Tu nous demandes de mourir pour la France, alors offre nous les derniers jours les plus beaux de notre vie ! »
 
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Message#Sujet: Re: Amis, c'est l'heure [pv Marius & Grantaire]   Jeu 19 Oct - 19:02


Amis, c'est l'heure
S

on discours avait su, semble-t-il, convaincre l'assistance, et on décelait dans cette pièce où parfois, l'enthousiasme se faisait attendre, une sorte d'impatience presque fièvreuse, comme si enfin, chacun se révélait à soi-même et à son devoir, peut-être parce qu'ils attendaient tous ce moment fatidique, celui où les actes remplaceraient les mots, et ce moment était enfin arrivé. Mais bien sûr, pour tant d'esprit échaudés et enthousiasmés par cette perspective aussi suicidaire que nouvelle, il en fallait bien un pour formuler une requête plus prosaïque et placer cette conversation sur une nouvelle échelle. Et pour cela, bien sûr, il fallait compter sur Grantaire, qui ne manqua pas à son rôle en lui demandant expressément pourquoi il n'amenait pas des femmes ici, s'il ne leur restait que peu de temps à vivre. L'avait-il pris pour une mère maquerelle ? Non, il cherchait à le provoquer, comme d'habitude, mais son propos ne devait pas accueillir les mêmes réflexions que d'ordinaire, parce que la situation, justement, n'avait absolument rien d'ordinaire, elle exigeait en effet que l'on s'attarde sur certaines considérations que d'aucuns trouveraient basses lui en premier) mais qui demeuraient celles de beaucoup. S'il adressa à Grantaire un regard réprobateur, son ton se fit tout de même moins sévère qu'il pouvait parfois l'être quand il s'adressait à son interlocuteur, celui qui savait si bien le contredire et qui réussissait mieux encore à l'agacer.

-Peut-être que certains d'entre nous survivront, mais c'est vrai. Si vous acceptez de vous joindre à moi, ces heures sont sans dout nos dernières heures. Et vous pouvez bien les occuper comme vous voulez. Allez trouver vos amis, si ce doit être la dernière fois, embrassez une dernière fois vos parents, buvez, même, s'il n'y a que cela qui vous intéresse
(aucun sous-entendu là-dessous, bien sûr). Tant que vous gardez l'esprit clair, peu importe, vos derniers instants sont précieux, ne les gâchez pas. Il marqua une pause. Et si vous pensez, maintenant, que vous n'êtes pas prêts à tout abandonner, que vous préférez aux barricades la compagnie des femmes, une table garnie, ou tout simplement la présence de votre épouse. A ces derniers mots, ce fut en direction de Marius que son regard se posa, lourd de sous-entendus. Alors vous pouvez encore tout arrêter. Nul ne vous blâmera pour cela. Ce qui veulent encore vivre, il est temps de partir. Mais je vous conseille alors de partir maintenant.

C'était en effet un discours indispensable, s'il voulait croire que tous autant qu'ils étaient, ils sauraient se battre pour la cause jusqu'à leur dernier souffle, il n'ignorait pas ce à quoi ils s'exposaient, et il ne voulait pas être responsable de vies anéanties ou brisées. Ceux qui se battraient le feraient en leur âme et conscience. Et Enjolras ne pensait pas que Grantaire en soit.

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Message#Sujet: Re: Amis, c'est l'heure [pv Marius & Grantaire]   

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