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 Visite de courtoisie (Gillenormand)

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Message#Sujet: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Lun 27 Mar - 14:36

Josiane d’Aurevilly était une femme qui se targuait d’être diablement indépendante, plus que ne le sont la plupart des individus de son sexe et de son rang. Et elle en éprouvait une fierté qu’elle ne dissimulait guère, bien au contraire. Il n’était pas dans sa nature que de dissimuler ses atouts. C’était plutôt l’inverse qui se passait de manière générale, elle prenait grand soin de passer sous silence ses faiblesses, et faisait l’étalage de ses atouts.

Souvent, la duchesse affirmait donc, forte de cette certitude, qu’elle n’avait nul besoin de qui que ce soit, et qu’elle était parfaitement prompte à prendre ses propres décisions, à faire ses propres choix. C’était généralement le cas. La liberté qu’on ne voulait pas lui donnait, elle la volait à la dérobée, raison pour laquelle elle était ce beau parti certes promis à un autre, mais toujours indépendant, fiancée mais célibataire, pas influençable, influenceuse.

Et pour acquérir une telle maîtrise, il avait bien sûr fallu qu’elle fasse preuve d’une certaine ruse, d’une certaine malice. Elle n’en manquait pas. Mais elle devait surtout son parcours à son sens très réputé et sûr du contrôle. Elle aimait avoir prise sur tout, et si elle était bien souvent en quête d’aventure, elle tenait toujours malgré tout à fixer les termes de cette aventure. Il n’était pas question, en aucun cas, de se laisser surprendre par elle. Tout était assurément calculé, maîtrisé. Tout, sans exception.

En somme, la duchesse n’était pas habituée à ce qu’une situation lui échappe. Et c’était ce qui lui arrivait pourtant en ce moment, alors qu’elle sentait son sort, un avenir qu’elle pensait tissé de fils blancs, parfaitement solide, être compromis par une apparition qu’elle avait certes jugé séduisante et divertissante, mais qui n’aurait pas dû, jamais, avoir la moindre incidence sur son avenir.

Que le destin pouvait être vicieux ! Tout ce temps passé à se laisser séduire par les atours monstrueux de Gwynplaine Girardet pour finalement apprendre qu’il était le demi-frère de ce cher David. Le mari futur allait-il finalement devenir l’amant espéré ? L’amant espéré le mari futur ? Elle était encore trop décontenancée par ces informations pour être réellement décidée à ce sujet. Ce qu’elle savait en revanche, ce qu’elle ne pouvait ignorer, c’était que cela changeait fondamentalement la donne, et qu’il ne lui était plus donné ce confort rassurant, celui de se reposer sur ses acquis. C’était tout le souci de l’affaire.

Elle ignorait de quoi la suite serait faite. Elle ignorait quand son chemin allait croiser de nouveau celui qui hériterait sans doute bientôt des biens dont elle avait pris tant de soin jusqu’alors. Ce qu’elle savait, en revanche, c’est que les meilleures cartes n’étaient pas entre ses mains.

Quand elle alla rendre visite à Luc Esprit Gillenormand ce jour-là, elle en éprouva un certain soulagement. Elle avait grand besoin d’une présence encourageante, et c’était ce qu’il représentait pour elle. Josiane avait besoin de repères, et si elle s’agaçait parfois avec le sentiment de jouer les garde-malades pour ce vieil homme, l’attention qu’elle lui portait était sincère. Peut-être serait-il de bon conseil ? Et s’il ne l’était pas, elle aurait au moins le loisir de se changer les idées, ce qui n’était pas une idée déplaisante en soi.

À l’heure du thé, elle frappa donc à la porte de Gillenormand, et on la mena dans le salon, où elle était attendue.

"Je suis heureuse de vous revoir."
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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Lun 27 Mar - 19:16


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uc Esprit Gillenormand n'était plus vraiment habitué aux visites. Il les recherchait de moins en moins, par ailleurs. Sur ses vieux jours, l'on pouvait dire que l'homme se laissait quelque peu dépérir. Le terme était peut-être un rien excessif, mais c'était un fait, il n'était pas au meilleur de sa forme ces derniers temps, et c'était allé de mal en pis depuis qu'il avait revu Marius. Certes, il avait été heureux de voir ce petit-fils qu'il considérait comme son propre fils, tant il lui avait manqué. Le simple fait de pouvoir le revoir, de constater qu'il n'était pas trop mal en point, était déjà un soulagement pour lui. Mais ça ne suffisait pas à le soulager de la peine qu'il avait de l'avoir perdu, et qui s'était confirmée alors, quand il avait constaté combien le jeune homme s'investissait dans une cause à laquelle il refusait catégoriquement de croire.

Il ne cessait de repenser à cette rencontre fugace, à ce qu'il aurait pu faire et dire d'autre, à la manière dont il aurait peut-être pu convaincre le jeune homme de renouer contact avec lui. Mais il n'avait rien su faire comme il le fallait, et maintenant, il se sentait simplement triste, triste d'imaginer que les années passeraient, que rien ne s'arrangerait, et qu'à un moment donné, il disparaîtrait, tout simplement, une bonne fois pour toutes, et il ne manquerait pas forcément à son petit-fils pour la peine. Il disparaîtrait peut-être de ses pensées autant qu'il semblait avoir disparu de son coeur, et cela fendait le sien, vraiment. Il n'était pas au meilleur de sa forme, et pour cette raison, il attendait vraiment avec impatience la visite de Josiane d'Aurevilly, qu'il considérait un peu comme sa fille, comme cette fille qu'il avait perdue et qui lui manquait terriblement. Il avait grand besoin de se changer les idées et de se sentir au moins un peu mieux, peut-être en parlant d'autre chose, même s'il savait de source sûre que Josiane n'était pas vraiment ménagée par les événements non plus, de son côté. Quand elle arriva, elle s'adressa tout de suite à lui avec gentillesse et cordialité. Et cette gentillesse et cette cordialité lui faisaient du bien, le plus grand bien, réellement.

-Et moi donc, ma chère,
répondit-il avec la plus grande des sincérités, en lui faisant un baise-main. Comment vous portez-vous ? demanda-t-il ensuite, très concerné. J'ai cru comprendre que le nom de Clancharlie n'a jamais aussi prononcé que ces derniers temps.

Linnaeus Clancharlie était l'un des proches amis de Gillenormand, et il n'avait par conséquent pu que se sentir concerné par cette histoire, et il n'était pas sans savoir que Josiane ne pouvait que se sentir concernée, elle aussi.



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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Ven 21 Avr - 11:49



-Et moi donc, ma chère.


Alors que le vieil homme lui faisait un baise-main tout en lui rendant son compliment, la jeune femme lui adressa un sourire charmé et sympathique. Elle savait qu'il était sincère, et qu'il appréciait vraiment de la voir.

Elle était habituée à ce qu'on la gratifie d'égards de cette nature, mais il y avait une nette différence avec ses autres interlocuteurs. Josiane savait que Gillenormand voyait en elle une femme qui aurait pu être sa fille, qu'il identifiait à la fille qu'il avait malheureusement perdu, et dont il avait à présent perdu l'enfant (bien qu'il était en vie, mais n'avait pas vouloir avoir quoi que ce soit à faire avec son grand-père).

Elle pourrait en jouer, comme elle jouait toujours des sentiments qu'elle inspirait aux autres, qu'ils soient positifs ou négatifs, qu'il s'agisse de désir ou d'estime, de charme ou de haine, mais ce n'était pas le cas, parce qu'elle avait vraiment de l'affection pour cet homme qu'elle considérait comme son père tout comme l'homme la prenait pour sa fille.

-Comment vous portez-vous ?

Comment se portait-elle ? D'ordinaire, elle avait une réponse toute faite à cette question. Elle n'allait jamais vraiment mal, en même temps. Au mieux, dans la vie, était-elle par instants contrariés, mais ce n'était finalement pas grand-chose, loin s'en faut. Elle pouvait se targuer d'avoir généralement le contrôle, donc pas réellement de raisons d'aller mal. Mais la donne avait changé, cette fois-ci. Elle n'avait justement plus le contrôle.

En conséquence, elle n'allait pas si bien que ça, malheureusement. Moins que bien, même. Elle gardait contenance, faisait bonne figure afin de donner le change le mieux possible. Mais elle ne se portait pas si bien que ça, en définitive. Et à Gillenormand, elle ne comptait pas mentir. Elle ne pouvait pas mentir de toute façon. Parce qu'il savait déjà. Il ne savait forcément... Et il le lui prouva en une seule phrase.


-J'ai cru comprendre que le nom de Clancharlie n'a jamais aussi prononcé que ces derniers temps.

"Les nouvelles vont vite", répondit-elle alors. Mais elle ne faisait qu'être semblant d'être surprise, parce qu'en réalité, elle ne l'était pas vraiment. Même, elle ne l'était pas du tout. C'était assez logique, en soi. Dans leur milieu, on parlait. On parlait beaucoup. Et ce n'était pas le genre de nouvelles qui pourraient passer inaperçu. "Je suppose que je n'ai rien à vous apprendre, alors. Et vous n'aurez aucune difficulté à comprendre que je saurais me porter mieux, au vu de la situation délicate où je me trouve."

"Délicate" était un adjectif qui lui semblait bien faible pour exprimer la situation où elle se trouvait, mais elle ne voulait pas non plus inquiéter démesurément son interlocuteur.

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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Ven 21 Avr - 18:16


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es nouvelles allaient vite, en effet. Il n'avait pas fallu longtemps à Gillenormand pour avoir vent des histoires qui concernaient l'héritier retrouvé de Linnaeus Clancharlie. Entre le moment où la nouvelle s'était révélée publique et celui où elle était parvenue jusqu'à lui, il ne s'était écoulé qu'un temps minime. C'est que même si le vieillard ne sortait plus vraiment de chez lui, il prenait soin tout de même de se renseigner sur l'univers mondain et ses bouleversements. Il s'y sentait encore étroitement lié, c'était donc la moindre des choses à ses yeux. En tout cas, il savait l'affaire, et pensait n'avoir pas eu tort en en parlant directement. Cette dernière avait de toute évidence bouleversé son interlocutrice. Bien assez en tout cas pour que l'homme y soit sensible et pour que la duchesse d'Aurevilly y perde un peu de sa superbe dans le processus. Gillenormand n'avait pas forcément voulu alourdir ce moment pour autant, bien sûr, il se doutait que le sujet devait être délicat et que son interlocutrice n'avait pas forcément envie d'en parler, mais crever l'abcès leur permettrait de passer à autre chose une fois le sujet suffisamment abordé. Et il n'était pas moindre, après tout, il suscitait en eux bien trop d'intérêt pour qu'ils puissent l'ignorer, Josiane parce que son avenir pourrait bien s'en voir bouleversé, Luc parce qu'il avait été un ami très proche de Linnaeus avant que leurs opinions ne divergent de façon pour le moins irrémédiable. Autant donc, en discuter tout de suite, et oublier le sujet ensuite s'il le fallait. Josiane semblait, en tout cas, accepter de ne pas éluder le sujet, comme en témoigna sa réponse. Elle lui apprit ne pas aller si bien que ça, puisque tous les bouleversements auxquels elle se voyait confrontée avaient forcément une incidence sur elle. C'était inévitable, et Luc déplorait qu'elle doive vivre la situation de cette manière, même s'il était sûrement logique que les choses se passent ainsi. Enfin, pour ce qu'il savait de la manière dont la situation allait à présent se dérouler.

-Savez vous de quelle manière les choses vont se passer, à présent ?
se permit-il de demander tout en ayant bien conscience du fait que sa curiosité était sans doute quelque peu déplacée mais incapable de taire sa curiosité malgré tout. L'avez-vous déjà rencontré, ce mystérieux héritier ?

Trop de question lui venaient à l'esprit, autant de questions dont il avait choisi de connaître la réponse, si du moins son interlocutrice voulait bien la lui donner. Une fois que ce serait fait, il se jurait de passer à un sujet de conversation qui serait plus agréable à son interlocutrice. En même temps, il se pouvait qu'elle-même attende qu'on lui pose ces questions.



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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Mar 16 Mai - 13:19

-Savez vous de quelle manière les choses vont se passer, à présent ?
À cette question qu'il fallait bien que tout un chacun se pose étant donné les circonstances, la duchesse n'avait pas de réponses. Pour la première, fois, elle était démunie face aux circonstances, elle n'avait pas le contrôle. C'était un fait très rare chez elle, et ce n'était pas un fait qu'elle appréciait.

Elle n'avait pas la moindre idée, non, de la manière dont les choses allaient se dérouler, elle savait qu'on lui avait promis de veiller à ce que les promesses qui lui avaient été faites, mais elle se doutait en revanche que le fils bien moins légitime de Clancharlie, David Dirry-Moir, ne bénéficierait en rien de ces changements.

Elle avait de la peine pour celui qu'elle ne pouvait plus considérer comme son fiancé. Non pas qu'elle ait attendu avec impatience après ces noces (sans quoi ils se seraient déjà passé la bague au doigt, il faut bien le dire), mais elle s'était faite à l'idée, et elle n'avait pas changé quoi que ce soit, à présent.

Non, elle ne savait pas ce qui allait se passer, elle n'en avait aucune idée, et elle ne devait qu'attendre. Pour le moment, elle n'avait pas d'autre choix que celui-là. Ce n'était pas un choix qui lui plaisait du tout, mais ce n'était pas comme si elle pouvait faire autrement. Pour une fois, les choses ne dépendaient pas d'elle, et elle devait faire avec.


-L'avez-vous déjà rencontré, ce mystérieux héritier ?

Josiane hocha la tête, dépitée. Le fameux héritier, c'était une partie du problème, et le fait qu'elle le connaissait aussi. Elle savait bien que les choses allaient être différentes, maintenant, et elle avait conscience d'avoir tiré les mauvaises cartes au mauvais moment, et quand son jeu paraissait impeccable, il avait en faite des défauts, des défauts flagrants, et pour la peine, elle allait tout perdre.

Ou tout gagner, tout dépendait de la manière dont elle daignait jouer. Elle ne savait même pas quoi en dire tant la situation dépassait, et de très loin, tout ce qu'elle appréhendait et tout ce qu'elle aurait bien pu imaginer. Puisqu'elle avait Gillenormand devant elle et puisqu'elle l'estimait beaucoup, elle lui répondit sincèrement, sans fioritures (mais sans tout dire non plus).


"Oui, sans savoir qu'il s'agissait de lui", reconnut-elle. Le hasard faisait parfois très mal les choses. "Vous avez dû apprendre qu'il était un saltimbanque... qu'il était... monstrueux." Une monstruosité qui lui était très attirant. Jusqu'ici. "Il n'est pas de ces hommes que l'on épouse." Elle marqua une pause. "Mais je pense que sous peu, c'est ce que l'on attendra de moi."

Elle ne pouvait pas avoir d'idées précises de ce qui l'attendrait, mais elle se doutait que ce serait quelque chose de cet ordre.







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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Mar 16 Mai - 21:10


Visite de courtoisie
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insi donc, Josiane avait déjà fait la connaissance du fameux Gwynplaine Clancharlie. Et apparemment, elle avait fait sa connaissance sans rien savoir de qui il était et de ce qu'il allait finir par devenir pour elle. Le destin était parfois cruel, mais en l'occurrence, ce hasard pouvait sans trop de difficultés s'expliquer. Le spectacle de L'homme qui rit était relativement connu. Certes, Gillenormand n'avait assisté à aucune représentation, mais il en avait entendu parler. Josiane avait sans doute eu la curiosité d'assister à l'une ou l'autre représentation. Au moins, elle savait exactement à quoi s'attendre, ce qui n'était pas si mal, déjà. Même si ça ne rendait pas forcément la situation plus simple ou plus agréable pour elle. Cela n'ôtait rien au fait que sa fortune et son avenir étaient tous deux menacés, et qu'il n'y avait pas grand-chose qu'elle puisse y faire, si ce n'est attendre de voir comment les choses allaient bien pouvoir se dérouler. Gillenormand se contenta de hocher la tête en réponse à sa question quand elle supposa qu'il connaissait au moins de Gwynplaine ses activités et son faciès. C'était le cas en effet. La réputation du saltimbanque le précédait, sans aucun doute. Et c'était ce qui faisait à ce point jaser. L'héritier de Clancharlie aurait surgi de nulle part, cela aurait déjà posé autant de problèmes que de questions, mais là, en plus du reste, il était... défiguré, il n'avait rien de ce que son milieu pouvait attendre de lui. En un mot comme en cent, il était ce que l'on appelle communément un monstre de foire. Josiane avait raison, il n'était pas de ces hommes que l'on épouse, il n'était pas de ces hommes, déjà, à qui l'on occtroie des terres, une fortunes, un conséquent héritage, et pourtant. C'était ce que l'on destinait au fils légitime de son ancien ami.

-Vous le croyez vraiment, vous pensez qu'on va vouloir organiser vos épousailles ?

Gillenormand n'avait pas envisagé que les choses se présentent ainsi, et il reconnaissait ne pas savoir exactement quoi en penser. C'était assez logique, au fond, et Josiane avait toutes les raisons possibles d'envisager cette option, en effet, car puisque son mariage avec David Dirry-Moir semblait ne plus devoir abouti (ou au nom d'une moindre contrepartie pour une femme qui ne devait l'épouser que par intérêt dans tous les cas) il semblait logique qu'on lui désigne son remplaçant afin qu'elle conserve l'assise et l'influence qu'elle avait pour le moment et qui pourraient bien disparaître si elle n’y prenait pas garde. Elle allait devoir choisir entre une fortune colossale et une réputation en perdition, mais dans un cas comme dans l’autre, la réputation de Josiane était en péril, dans un premier cas elle représenterait une noblesse désargentée, dans un second cas, elle serait la femme d’un monstre de foire. Ce n’était pas l’idéal pour elle.


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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Ven 16 Juin - 9:40

-Vous le croyez vraiment, vous pensez qu'on va vouloir organiser vos épousailles ?

Josiane répondit à son interlocuteur d'un hochement de tête. Elle n'évoquait pas cette possibilité à la légère, elle y avait mûrement réfléchi. L'accord qui la liait à David Dirry-Moir était de ces accords qui ne se rompent pas sauf conditions très exceptionnelles...

Sauf que l'accord en question ne le concerne pas spécifiquement. On a fait de la duchesse la garante d'un héritage à protéger jusqu'à son union avec le fils des Clancharlie... Le fait est que si la situation a changé, les conditions ne l'on peut-être pas fait.

Le fils n'est plus le même, mais il y a toujours un accord qui me lie à cette famille, à l'héritier de cette famille. C'est une décision royale, c'est une décision de la Couronne, et elle ne s'aurait s'oublier si vite. Elle n'a pas encore eu des nouvelles plus précises de ses ordonateurs, elle ne sait pas encore ce que va être la suite des opérations, ce qu'elle sait, en revanche, c'est qu'elle sera forcément concernée.

Ses noces avec David ont été pour de bon rompues, ça, elle le savait très bien, c'était le reste qui lui causait le plus grand souci. Elle ne voulait pas épouser Gwynplaine. Elle trouvait absurde d'épouser l'homme qui vous attire. Elle avait planifié les choses d'une certaine manière, Gwynplaine serait son amant, David son époux. Fallait-il qu'elle inverse les rôles ? Sans doute. Mais si Gwynplaine devenait son mari... il ne lui plaisait plus du tout. La discussion qui les attendait, tous les deux, n'allait pas être plaisante. Mais d'un autre côté, elle voulait en finir avec toutes ces histoires. Sa vie était bouleversée, complètement. Elle n'aimait pas ça, du tout.


"J'en suis convaincue",
répondit-elle alors. "Je suis engagée auprès des Clancharlie. Ce n'est pas le genre d'engagement que l'on rompt si facilement."

Et en même temps, elle tenait à garder la mainmise sur la fortune des Clancharlie. Pour elle, c'était très important. Sans cela, elle revenait au point de départ. Tout ce temps passé à tourner autour de David, à planifier des noces tout en retardant l'échéance, avait été du temps perdu.

D'un autre côté, c'était une bonne chose qu'ils ne se soient pas passé la bague au doigt, car elle serait à présent l'épouse d'un homme déshérité au lieu d'être la fiancée d'un héritier en passe d'acquérir une colossale fortune. Mais pour l'heure, tout était en suspens. Et ce sentiment de latence était insupportable à une femme telle que Josiane, qui était sans cesse dans l'immédiateté, et quand elle jouait de patience avec les autres, c'était simplement pour les mettre (eux et leurs nerfs) à l'épreuve.


"Enfin, nous verrons bien."


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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Ven 16 Juin - 19:31


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illenormand n'était pas né de la dernière pluie. Avec le temps, il avait appris à comprendre les rouages de la haute société française de laquelle il faisait partie, et même s'il savait que certains d'entre eux pouvaient être à quelques titres contestables, il considérait qu'il s'agissait toujours d'un mal pour un bien. Aussi, par exemple, osait-il considérer que l'on faisait à la duchesse d'Aurevilly une faveur en lui proposant d'épouser le nouvel héritier des Clancharlie quand on aurait simplement pu l'abandonner à son déshonneur et lui refuser pour de bon la fortune dont elle s'était habituée à s'imaginer garante, dont on l'avait convaincue qu'elle était garante. Il est vrai que lui proposer la main de Gwynplaine semblait résulter dans le meilleur échange de bons procédés auquel ils puissent l'un comme l'autre consentir. Ce ne devait pas être simple pour Josiane de consentir à oublier son ancien fiancé pour jeter son dévolu sur un homme dont on disait l'apparence hideuse, mais il fallait savoir en certaines circonstances se montrer pragmatique. En l'occurrence, il apparaissait inconcevable de ne pas envisager cette proposition avec tout l'intérêt et toute l'attention qu'elle pouvait bien nécessiter. Qui sait, cet homme, si affligé physiquement pouvait-il être, ferait peut-être un bon époux ? Il n'avait, après tout, jamais été demandé, à aucun moment, à Josiane d'Aurevilly d'aimer son mari, et l'on pouvait d'ailleurs douter du fait qu'elle ait jamais eu le moindre sentiment pour David Dirry-Moir, ce que semblait être confirmé par l'acharnement qu'ils avaient eu à ne pas s'épouser quand bien même ils étaient engagés l'un envers l'autre depuis bien longtemps. Enfin, sur ce point, on pouvait dire que c'était heureux pour elle. La situation aurait été bien plus complexe dans le cas contraire.

-Je suppose, oui,
répondit Gillenormand qui ne pouvait que rejoindre Josiane, sur ce point, il ne restait qu'à attendre et à voir. Il comprenait que cela soit frustrant pour son interlocutrice. D'un autre côté, il ne servait à rien de se perdre en infinies et interminables déductions. Ces dernières pourraient bien finir par trop lui en coûter si elle ne fait pas abstraction. Cessons de parler de tout cela, je ne voudrais pas vous contrarier, affirma-t-il alors dans un fin sourire.

Gillenormand détestait profondément le conflit, et pourtant, il y était sans cesse exposé, sans cesse. Il n'aimait pas voir une jeune femme qu'il considérait comme sa propre fille se perdre en circonvolutions si néfastes, même si, en soi, il ne savait que dire pour rendre confiance et sourire à son interlocutrice, qui d'ordinaire n'avait besoin de personne pour cela.


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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Mar 18 Juil - 10:00



-Je suppose, oui.

Voilà une réponse qui n'avait rien d'engageante. Mais en même temps, elle ne lui reprochait pas de s'exprimer ainsi sans chercher à la ménager. Elle n'aurait vraiment pas voulu qu'elle le fasse. Elle était déjà satisfaite de pouvoir passer du temps avec lui, de pouvoir partager ses appréhensions avec quelqu'un qui lui soit amical, qui ne fasse pas passer ses enjeux avant ceux de n'importe qui d'autre. Elle était convaincue que tout ça n'allait pas s'arranger avec le temps, mais en attendant, elle pouvait compter sur le soutien de Gillenormand, qui était comme un père pour elle, et c'était une perspective qui la rassurait franchement.

Il n'y avait rien d'autre à faire, malheureusement, que supposer et attendre, parce que ce n'était pas elle qui allait décider de la suite. Son sort et son avenir allait reposer en d'autres mains. Ce n'était pas simple pour elle, d'ailleurs. Elle était une mania du contrôle, elle avait besoin d'avoir les meilleures cartes en mains, de pouvoir constamment jouer et avoir le contrôle sur la partie. Mais non, son destin reposait sur des conjectures qui n'étaient pas du tout susceptibles d'être maîtrisées. Malheureusement pour elle.

-Cessons de parler de tout cela, je ne voudrais pas vous contrarier.

Josiane afficha un fin sourire à l'adresse de son interlocuteur. Loin de lui faire le moindre reproche, elle appréciait tout de même qu'il cherche à ménager ses sentiments. Elle ne lui reprochait pas d'avoir mis le sujet sur le tapis. elle aurait beaucoup moins apprécié qu'il fasse comme s'il ne savait rien et entretienne avec elle une conversation hypocrite qu'elle aurait vraiment difficilement apprécié.

Elle voulait donc bien faire comprendre à Gillenormand qu'elle ne déplorait pas ses propos et les lui reprochait moins encore, cette idée ne lui viendrait même pas à l'esprit. Il était celui qui se montrait le plus bienveillant avec elle (et elle ne le méritait pas toujours), et elle ne l'oubliait pas. Il l'avait toujours souteniue, et c'était une chose qu'elle appréciait.

"Vous ne me contrariez jamais."


Et elle doutait fort que cela arrive un jour. "Mais soit, parlons d'autre chose." Changer de sujet de conversation n'allait vraiment pas lui faire du mal. Et elle monopolisait l'attention depuis le début. Non pas que ça la dérangeait en règle générale, mais elle pouvait être partageuse, en certaines (rares) occasions.

"Parlez-moi donc de vous. Comment allez-vous ?"
Elle osa aller plus loin, sachant quel était l'objet récurrent des préoccupations de son interlocuteur. "Vous avez des nouvelles de votre petit-fils ?"


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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Mar 18 Juil - 18:51


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illenormand afficha un sourire de connivence à l'adresse de son interlocutrice quand cette dernière lui assura qu'il ne la contrariait jamais. Il était loin de la croire, mais il acceptait malgré tout qu'elle le lui dise en ces termes, car il aurait regretté que leurs rapports presque filiaux se voient ternis par un malentendu, par une rixe passagère, des mots échangés qui n'auraient pas plu à l'un ou à l'autre. Ce n'était pas le cas, et le vieillard pensait comprendre pourquoi. Son interlocutrice avait pleinement conscience de sa situation et de ce qu'elle impliquait, elle pouvait donc en parler avec toute l'intelligence nécessaire, et il voulait croire n'être par ailleurs pas n'importe quel interlocuteur. Il avait les meilleures raisons du monde de placer sa confiance en elle, et elle en lui, ils pouvaient se comprendre et il serait là pour la soutenir, même si cette situation le mettait quelque part dans une situation particulière, lui qui avait été un très proche ami en son temps de Linnaeus Clancharlie. Mais l'un n'empêchait en rien l'autre, il resterait un soutien fidèle envers Jkosiane tant qu'elle en aurait besoin. Et pour une fois, elle en avait besoin. Elle était une femme si forte et volontaire que, bien souvent, il réalisait ne pas lui être d'une grande utilité, si ce n'est peut-être pour lui tenir compagnie. Et déjà que Marisus ne le laissait pas veiller sur lui, il appréciait tout de même que Josiane, pour une fois, accepte d'endosser ce rôle, même si elle ne se fit pas prier pour changer de sujet, tout de même, ce que Gillenormand ne lui reprochait guère. Ils avaient en tous les cas fait le tour du sujet précédent.

-Eh bien... je vieillis
, répondit-il quand Josiane lui demanda comment il allait. Selon lui, cela résumait bien la situation. Il vieillissait, oui, et il sentait le poids des âges l'oppresser un peu plus à chaque jour qui passait. Et c'était d'autant plus difficile à vivre qu'il appréhendait à présent que la mort le saisisse, sans lui laisser la moindre chance de se réconcilier avec Marius... Car c'était ce qui lui faisait le plus appréhender la mort, oui. Ne pas réussir à avoir son fils à son chevet à ce moment-là. D'ailleurs, Josiane le devina, puisqu'elle ne manqua pas de parler de lui. Le sujet était délicat, c'est vrai... mais d'un autre côté, c'était lui qui en avait abordé un sujet plus délicat encore plus tôt. Et Marius... je l'ai revu, il est si... obstiné... Je ne sais plus quoi faire.

Et il avait vraiment peur qu'il n'ait rien à faire.


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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Lun 31 Juil - 15:22


-Eh bien... je vieillis.

Ce n'était pas la réponse que la duchesse avait espéré entendre de la part d'un homme qu'elle n'avait pas vraiment envie de voir vieillir, encore moins si c'était pour se précipiter à une issue fatale. Josiane manipulait beaucoup et aimait très peu, mais elle n'aimait pas à moitié ce qui avait reçu ce don (souvent empoisonné) qu'était son affection. Josiane considérait Gillenormand comme un père, et à ce titre, elle détestait entendre la lassitude s'immiscer au creux de sa voix, de si peu charmantes inflexions lui laisser penser que le temps et ses ravages auraient peu à peu raison d'un homme qu'elle estimait pourtant beaucoup.

Il vieillissait, voilà ce qu'il avait à dire sur lui. Il est vrai que, par la force des choses, Gillenormand n'était plus réellement dans la fleur de l'âge, mais Josiane n'avait jamais été capable de le voir et de le considérer comme un être vieillissant. Il était de ces piliers, là bien avant vous et que l'on voulait voir disparaître après soi.

D'où lui venait tant de lassitude, ce soudain désir de se laisser écraser par le poids des âges, la duchesse craignait de le deviner corps et bien, et cette perspective ne l'enchantait pas du tout, il était question de Marius, ce petit-fils que Gillenormand avait considéré et élevé comme un fils et qui avait filé hors du nid avec un mépris total pour son nid d'origine, le crâne bourré d'idéaux révolutionnaires que Josiane considérait pour sa part comme assez charmants, pour ne pas dire considérablement séduisants, mais qui étaient de ces choses qui vous séduisent parce qu'elles sont aux antipodes de ce que vous êtes. Les contraires s'attirent.

La duchesse voyait en ce goût pour la révolte ce même goût qu'elle avait eu pour Gwynplaine et qui la quittait peu à peu. Pour de bon ? Peut-être pas ? Mais l'on aime ce qu'on ne doit pas avoir. Comme ces révolutionnaires aimaient les idées de justice et d'égalité parce qu'ils les savaient utopistes et inaccessibles, en réalité. En tout cas, Marius n'était visiblement pas guéri de sa crise de rébellion sur le tard.


Et Marius... je l'ai revu, il est si... obstiné... Je ne sais plus quoi faire.

Josiane déposa une main compatissante sur l'épaule de son vieil ami. Elle voyait bien qu'il souffrait terriblement de le voir s'éloigner, la crainte de ne jamais le voir revenir au foyer, lui qui l'aimait si profondément.

"Peut-être que si quelqu'un d'autre venait à lui parler... Pensez-vous que cela y changerait quelque chose ?"
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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Lun 31 Juil - 22:58


Visite de courtoisie
C

ela faisait autant de bien que de mal à Gillenormand de parler à son interlocutrice de ce qui le tourmentait le plus au monde. Ce qui le tourmentait, bien sûr, c'était Marius, et la peur de plus en plus grande qu'il avait de quitter ce monde pour de bon sans avoir su se réconcilier avec son petit-fils, avec celui qu'il avait élevé selon son coeur et ses convictions, celui à qui il avait voulu rendre tout l'amour qu'il ne pouvait plus donner à sa fille, partie trop tôt. Il avait peur de perdre Marius pour de bon, mais cette peur se muait en colère quand il le voyait agiter un drapeau qu'il lui semblait ennemi. Il était incapable d'accepter les valeurs que le jeune homme avait décidé de défendre bec et ongles, et au péril de sa vie, mais en attendant, le temps filait, chaque jour qui passait était une nouvelle occasion manquée, un nouveau regret à ajouter à la liste de tous ceux qui lui étreignaient terriblement le coeur, à un point inimaginable.

Il ne savait plus quoi faire, il ne savait pas comment s'y prendre, et en parler lui faisait mal, oui, mais en même temps, c'était plaisant, pour une fois, de pouvoir discuter un peu avec Josiane, qu'il considérait comme une fille, qu'il considérait comme capable de le comprendre et de l'aider. Josiane avait une personnalité à part, qui pouvait être redoutables pour ceux qu'elle tenait pour être ses ennemis, mais il n'était pas de ses ennemis, et il savait qu'elle l'écoutait, qu'elle saurait se montrer attentive et de bon conseil, quoi qu'il advienne. Et il aurait grand besoin de conseils avisés au vu de la situation, car tout ce qu'il éprouvait en pensant à Marius, c'était des regrets, de la détresse et du désarroi... et ça ne pouvait pas continuer... Si bien qu'il se voyait mal refuser la suggestion que lui faisait son interlocutrice.

-Vous feriez cela ?
demanda-t-il, une lueur d'espoir dans le regard, et le même espoir dans son timbre de voix. Il posait la question, mais en vérité, il l'en savait très clairement capable, et il se voyait mal refuser une offre pareille, quand bien même il ignorait si ce pourrait avoir ou non un impact quelconque. Vous me rendriez un grand service. Il marqua une pause. Je doute qu'il vous écoute... Mais sans doute plus qu'il ne m'écouterait moi.

Qu'il n'écoutait plus du tout, il faut bien le dire.

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