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 Visite de courtoisie (Gillenormand)

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Message#Sujet: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Lun 27 Mar - 14:36

Josiane d’Aurevilly était une femme qui se targuait d’être diablement indépendante, plus que ne le sont la plupart des individus de son sexe et de son rang. Et elle en éprouvait une fierté qu’elle ne dissimulait guère, bien au contraire. Il n’était pas dans sa nature que de dissimuler ses atouts. C’était plutôt l’inverse qui se passait de manière générale, elle prenait grand soin de passer sous silence ses faiblesses, et faisait l’étalage de ses atouts.

Souvent, la duchesse affirmait donc, forte de cette certitude, qu’elle n’avait nul besoin de qui que ce soit, et qu’elle était parfaitement prompte à prendre ses propres décisions, à faire ses propres choix. C’était généralement le cas. La liberté qu’on ne voulait pas lui donnait, elle la volait à la dérobée, raison pour laquelle elle était ce beau parti certes promis à un autre, mais toujours indépendant, fiancée mais célibataire, pas influençable, influenceuse.

Et pour acquérir une telle maîtrise, il avait bien sûr fallu qu’elle fasse preuve d’une certaine ruse, d’une certaine malice. Elle n’en manquait pas. Mais elle devait surtout son parcours à son sens très réputé et sûr du contrôle. Elle aimait avoir prise sur tout, et si elle était bien souvent en quête d’aventure, elle tenait toujours malgré tout à fixer les termes de cette aventure. Il n’était pas question, en aucun cas, de se laisser surprendre par elle. Tout était assurément calculé, maîtrisé. Tout, sans exception.

En somme, la duchesse n’était pas habituée à ce qu’une situation lui échappe. Et c’était ce qui lui arrivait pourtant en ce moment, alors qu’elle sentait son sort, un avenir qu’elle pensait tissé de fils blancs, parfaitement solide, être compromis par une apparition qu’elle avait certes jugé séduisante et divertissante, mais qui n’aurait pas dû, jamais, avoir la moindre incidence sur son avenir.

Que le destin pouvait être vicieux ! Tout ce temps passé à se laisser séduire par les atours monstrueux de Gwynplaine Girardet pour finalement apprendre qu’il était le demi-frère de ce cher David. Le mari futur allait-il finalement devenir l’amant espéré ? L’amant espéré le mari futur ? Elle était encore trop décontenancée par ces informations pour être réellement décidée à ce sujet. Ce qu’elle savait en revanche, ce qu’elle ne pouvait ignorer, c’était que cela changeait fondamentalement la donne, et qu’il ne lui était plus donné ce confort rassurant, celui de se reposer sur ses acquis. C’était tout le souci de l’affaire.

Elle ignorait de quoi la suite serait faite. Elle ignorait quand son chemin allait croiser de nouveau celui qui hériterait sans doute bientôt des biens dont elle avait pris tant de soin jusqu’alors. Ce qu’elle savait, en revanche, c’est que les meilleures cartes n’étaient pas entre ses mains.

Quand elle alla rendre visite à Luc Esprit Gillenormand ce jour-là, elle en éprouva un certain soulagement. Elle avait grand besoin d’une présence encourageante, et c’était ce qu’il représentait pour elle. Josiane avait besoin de repères, et si elle s’agaçait parfois avec le sentiment de jouer les garde-malades pour ce vieil homme, l’attention qu’elle lui portait était sincère. Peut-être serait-il de bon conseil ? Et s’il ne l’était pas, elle aurait au moins le loisir de se changer les idées, ce qui n’était pas une idée déplaisante en soi.

À l’heure du thé, elle frappa donc à la porte de Gillenormand, et on la mena dans le salon, où elle était attendue.

"Je suis heureuse de vous revoir."
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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Lun 27 Mar - 19:16


Visite de courtoisie
L

uc Esprit Gillenormand n'était plus vraiment habitué aux visites. Il les recherchait de moins en moins, par ailleurs. Sur ses vieux jours, l'on pouvait dire que l'homme se laissait quelque peu dépérir. Le terme était peut-être un rien excessif, mais c'était un fait, il n'était pas au meilleur de sa forme ces derniers temps, et c'était allé de mal en pis depuis qu'il avait revu Marius. Certes, il avait été heureux de voir ce petit-fils qu'il considérait comme son propre fils, tant il lui avait manqué. Le simple fait de pouvoir le revoir, de constater qu'il n'était pas trop mal en point, était déjà un soulagement pour lui. Mais ça ne suffisait pas à le soulager de la peine qu'il avait de l'avoir perdu, et qui s'était confirmée alors, quand il avait constaté combien le jeune homme s'investissait dans une cause à laquelle il refusait catégoriquement de croire.

Il ne cessait de repenser à cette rencontre fugace, à ce qu'il aurait pu faire et dire d'autre, à la manière dont il aurait peut-être pu convaincre le jeune homme de renouer contact avec lui. Mais il n'avait rien su faire comme il le fallait, et maintenant, il se sentait simplement triste, triste d'imaginer que les années passeraient, que rien ne s'arrangerait, et qu'à un moment donné, il disparaîtrait, tout simplement, une bonne fois pour toutes, et il ne manquerait pas forcément à son petit-fils pour la peine. Il disparaîtrait peut-être de ses pensées autant qu'il semblait avoir disparu de son coeur, et cela fendait le sien, vraiment. Il n'était pas au meilleur de sa forme, et pour cette raison, il attendait vraiment avec impatience la visite de Josiane d'Aurevilly, qu'il considérait un peu comme sa fille, comme cette fille qu'il avait perdue et qui lui manquait terriblement. Il avait grand besoin de se changer les idées et de se sentir au moins un peu mieux, peut-être en parlant d'autre chose, même s'il savait de source sûre que Josiane n'était pas vraiment ménagée par les événements non plus, de son côté. Quand elle arriva, elle s'adressa tout de suite à lui avec gentillesse et cordialité. Et cette gentillesse et cette cordialité lui faisaient du bien, le plus grand bien, réellement.

-Et moi donc, ma chère,
répondit-il avec la plus grande des sincérités, en lui faisant un baise-main. Comment vous portez-vous ? demanda-t-il ensuite, très concerné. J'ai cru comprendre que le nom de Clancharlie n'a jamais aussi prononcé que ces derniers temps.

Linnaeus Clancharlie était l'un des proches amis de Gillenormand, et il n'avait par conséquent pu que se sentir concerné par cette histoire, et il n'était pas sans savoir que Josiane ne pouvait que se sentir concernée, elle aussi.



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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Ven 21 Avr - 11:49



-Et moi donc, ma chère.


Alors que le vieil homme lui faisait un baise-main tout en lui rendant son compliment, la jeune femme lui adressa un sourire charmé et sympathique. Elle savait qu'il était sincère, et qu'il appréciait vraiment de la voir.

Elle était habituée à ce qu'on la gratifie d'égards de cette nature, mais il y avait une nette différence avec ses autres interlocuteurs. Josiane savait que Gillenormand voyait en elle une femme qui aurait pu être sa fille, qu'il identifiait à la fille qu'il avait malheureusement perdu, et dont il avait à présent perdu l'enfant (bien qu'il était en vie, mais n'avait pas vouloir avoir quoi que ce soit à faire avec son grand-père).

Elle pourrait en jouer, comme elle jouait toujours des sentiments qu'elle inspirait aux autres, qu'ils soient positifs ou négatifs, qu'il s'agisse de désir ou d'estime, de charme ou de haine, mais ce n'était pas le cas, parce qu'elle avait vraiment de l'affection pour cet homme qu'elle considérait comme son père tout comme l'homme la prenait pour sa fille.

-Comment vous portez-vous ?

Comment se portait-elle ? D'ordinaire, elle avait une réponse toute faite à cette question. Elle n'allait jamais vraiment mal, en même temps. Au mieux, dans la vie, était-elle par instants contrariés, mais ce n'était finalement pas grand-chose, loin s'en faut. Elle pouvait se targuer d'avoir généralement le contrôle, donc pas réellement de raisons d'aller mal. Mais la donne avait changé, cette fois-ci. Elle n'avait justement plus le contrôle.

En conséquence, elle n'allait pas si bien que ça, malheureusement. Moins que bien, même. Elle gardait contenance, faisait bonne figure afin de donner le change le mieux possible. Mais elle ne se portait pas si bien que ça, en définitive. Et à Gillenormand, elle ne comptait pas mentir. Elle ne pouvait pas mentir de toute façon. Parce qu'il savait déjà. Il ne savait forcément... Et il le lui prouva en une seule phrase.


-J'ai cru comprendre que le nom de Clancharlie n'a jamais aussi prononcé que ces derniers temps.

"Les nouvelles vont vite", répondit-elle alors. Mais elle ne faisait qu'être semblant d'être surprise, parce qu'en réalité, elle ne l'était pas vraiment. Même, elle ne l'était pas du tout. C'était assez logique, en soi. Dans leur milieu, on parlait. On parlait beaucoup. Et ce n'était pas le genre de nouvelles qui pourraient passer inaperçu. "Je suppose que je n'ai rien à vous apprendre, alors. Et vous n'aurez aucune difficulté à comprendre que je saurais me porter mieux, au vu de la situation délicate où je me trouve."

"Délicate" était un adjectif qui lui semblait bien faible pour exprimer la situation où elle se trouvait, mais elle ne voulait pas non plus inquiéter démesurément son interlocuteur.

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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Ven 21 Avr - 18:16


Visite de courtoisie
L

es nouvelles allaient vite, en effet. Il n'avait pas fallu longtemps à Gillenormand pour avoir vent des histoires qui concernaient l'héritier retrouvé de Linnaeus Clancharlie. Entre le moment où la nouvelle s'était révélée publique et celui où elle était parvenue jusqu'à lui, il ne s'était écoulé qu'un temps minime. C'est que même si le vieillard ne sortait plus vraiment de chez lui, il prenait soin tout de même de se renseigner sur l'univers mondain et ses bouleversements. Il s'y sentait encore étroitement lié, c'était donc la moindre des choses à ses yeux. En tout cas, il savait l'affaire, et pensait n'avoir pas eu tort en en parlant directement. Cette dernière avait de toute évidence bouleversé son interlocutrice. Bien assez en tout cas pour que l'homme y soit sensible et pour que la duchesse d'Aurevilly y perde un peu de sa superbe dans le processus. Gillenormand n'avait pas forcément voulu alourdir ce moment pour autant, bien sûr, il se doutait que le sujet devait être délicat et que son interlocutrice n'avait pas forcément envie d'en parler, mais crever l'abcès leur permettrait de passer à autre chose une fois le sujet suffisamment abordé. Et il n'était pas moindre, après tout, il suscitait en eux bien trop d'intérêt pour qu'ils puissent l'ignorer, Josiane parce que son avenir pourrait bien s'en voir bouleversé, Luc parce qu'il avait été un ami très proche de Linnaeus avant que leurs opinions ne divergent de façon pour le moins irrémédiable. Autant donc, en discuter tout de suite, et oublier le sujet ensuite s'il le fallait. Josiane semblait, en tout cas, accepter de ne pas éluder le sujet, comme en témoigna sa réponse. Elle lui apprit ne pas aller si bien que ça, puisque tous les bouleversements auxquels elle se voyait confrontée avaient forcément une incidence sur elle. C'était inévitable, et Luc déplorait qu'elle doive vivre la situation de cette manière, même s'il était sûrement logique que les choses se passent ainsi. Enfin, pour ce qu'il savait de la manière dont la situation allait à présent se dérouler.

-Savez vous de quelle manière les choses vont se passer, à présent ?
se permit-il de demander tout en ayant bien conscience du fait que sa curiosité était sans doute quelque peu déplacée mais incapable de taire sa curiosité malgré tout. L'avez-vous déjà rencontré, ce mystérieux héritier ?

Trop de question lui venaient à l'esprit, autant de questions dont il avait choisi de connaître la réponse, si du moins son interlocutrice voulait bien la lui donner. Une fois que ce serait fait, il se jurait de passer à un sujet de conversation qui serait plus agréable à son interlocutrice. En même temps, il se pouvait qu'elle-même attende qu'on lui pose ces questions.



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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Mar 16 Mai - 13:19

-Savez vous de quelle manière les choses vont se passer, à présent ?
À cette question qu'il fallait bien que tout un chacun se pose étant donné les circonstances, la duchesse n'avait pas de réponses. Pour la première, fois, elle était démunie face aux circonstances, elle n'avait pas le contrôle. C'était un fait très rare chez elle, et ce n'était pas un fait qu'elle appréciait.

Elle n'avait pas la moindre idée, non, de la manière dont les choses allaient se dérouler, elle savait qu'on lui avait promis de veiller à ce que les promesses qui lui avaient été faites, mais elle se doutait en revanche que le fils bien moins légitime de Clancharlie, David Dirry-Moir, ne bénéficierait en rien de ces changements.

Elle avait de la peine pour celui qu'elle ne pouvait plus considérer comme son fiancé. Non pas qu'elle ait attendu avec impatience après ces noces (sans quoi ils se seraient déjà passé la bague au doigt, il faut bien le dire), mais elle s'était faite à l'idée, et elle n'avait pas changé quoi que ce soit, à présent.

Non, elle ne savait pas ce qui allait se passer, elle n'en avait aucune idée, et elle ne devait qu'attendre. Pour le moment, elle n'avait pas d'autre choix que celui-là. Ce n'était pas un choix qui lui plaisait du tout, mais ce n'était pas comme si elle pouvait faire autrement. Pour une fois, les choses ne dépendaient pas d'elle, et elle devait faire avec.


-L'avez-vous déjà rencontré, ce mystérieux héritier ?

Josiane hocha la tête, dépitée. Le fameux héritier, c'était une partie du problème, et le fait qu'elle le connaissait aussi. Elle savait bien que les choses allaient être différentes, maintenant, et elle avait conscience d'avoir tiré les mauvaises cartes au mauvais moment, et quand son jeu paraissait impeccable, il avait en faite des défauts, des défauts flagrants, et pour la peine, elle allait tout perdre.

Ou tout gagner, tout dépendait de la manière dont elle daignait jouer. Elle ne savait même pas quoi en dire tant la situation dépassait, et de très loin, tout ce qu'elle appréhendait et tout ce qu'elle aurait bien pu imaginer. Puisqu'elle avait Gillenormand devant elle et puisqu'elle l'estimait beaucoup, elle lui répondit sincèrement, sans fioritures (mais sans tout dire non plus).


"Oui, sans savoir qu'il s'agissait de lui", reconnut-elle. Le hasard faisait parfois très mal les choses. "Vous avez dû apprendre qu'il était un saltimbanque... qu'il était... monstrueux." Une monstruosité qui lui était très attirant. Jusqu'ici. "Il n'est pas de ces hommes que l'on épouse." Elle marqua une pause. "Mais je pense que sous peu, c'est ce que l'on attendra de moi."

Elle ne pouvait pas avoir d'idées précises de ce qui l'attendrait, mais elle se doutait que ce serait quelque chose de cet ordre.







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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Mar 16 Mai - 21:10


Visite de courtoisie
A

insi donc, Josiane avait déjà fait la connaissance du fameux Gwynplaine Clancharlie. Et apparemment, elle avait fait sa connaissance sans rien savoir de qui il était et de ce qu'il allait finir par devenir pour elle. Le destin était parfois cruel, mais en l'occurrence, ce hasard pouvait sans trop de difficultés s'expliquer. Le spectacle de L'homme qui rit était relativement connu. Certes, Gillenormand n'avait assisté à aucune représentation, mais il en avait entendu parler. Josiane avait sans doute eu la curiosité d'assister à l'une ou l'autre représentation. Au moins, elle savait exactement à quoi s'attendre, ce qui n'était pas si mal, déjà. Même si ça ne rendait pas forcément la situation plus simple ou plus agréable pour elle. Cela n'ôtait rien au fait que sa fortune et son avenir étaient tous deux menacés, et qu'il n'y avait pas grand-chose qu'elle puisse y faire, si ce n'est attendre de voir comment les choses allaient bien pouvoir se dérouler. Gillenormand se contenta de hocher la tête en réponse à sa question quand elle supposa qu'il connaissait au moins de Gwynplaine ses activités et son faciès. C'était le cas en effet. La réputation du saltimbanque le précédait, sans aucun doute. Et c'était ce qui faisait à ce point jaser. L'héritier de Clancharlie aurait surgi de nulle part, cela aurait déjà posé autant de problèmes que de questions, mais là, en plus du reste, il était... défiguré, il n'avait rien de ce que son milieu pouvait attendre de lui. En un mot comme en cent, il était ce que l'on appelle communément un monstre de foire. Josiane avait raison, il n'était pas de ces hommes que l'on épouse, il n'était pas de ces hommes, déjà, à qui l'on occtroie des terres, une fortunes, un conséquent héritage, et pourtant. C'était ce que l'on destinait au fils légitime de son ancien ami.

-Vous le croyez vraiment, vous pensez qu'on va vouloir organiser vos épousailles ?

Gillenormand n'avait pas envisagé que les choses se présentent ainsi, et il reconnaissait ne pas savoir exactement quoi en penser. C'était assez logique, au fond, et Josiane avait toutes les raisons possibles d'envisager cette option, en effet, car puisque son mariage avec David Dirry-Moir semblait ne plus devoir abouti (ou au nom d'une moindre contrepartie pour une femme qui ne devait l'épouser que par intérêt dans tous les cas) il semblait logique qu'on lui désigne son remplaçant afin qu'elle conserve l'assise et l'influence qu'elle avait pour le moment et qui pourraient bien disparaître si elle n’y prenait pas garde. Elle allait devoir choisir entre une fortune colossale et une réputation en perdition, mais dans un cas comme dans l’autre, la réputation de Josiane était en péril, dans un premier cas elle représenterait une noblesse désargentée, dans un second cas, elle serait la femme d’un monstre de foire. Ce n’était pas l’idéal pour elle.


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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Ven 16 Juin - 9:40

-Vous le croyez vraiment, vous pensez qu'on va vouloir organiser vos épousailles ?

Josiane répondit à son interlocuteur d'un hochement de tête. Elle n'évoquait pas cette possibilité à la légère, elle y avait mûrement réfléchi. L'accord qui la liait à David Dirry-Moir était de ces accords qui ne se rompent pas sauf conditions très exceptionnelles...

Sauf que l'accord en question ne le concerne pas spécifiquement. On a fait de la duchesse la garante d'un héritage à protéger jusqu'à son union avec le fils des Clancharlie... Le fait est que si la situation a changé, les conditions ne l'on peut-être pas fait.

Le fils n'est plus le même, mais il y a toujours un accord qui me lie à cette famille, à l'héritier de cette famille. C'est une décision royale, c'est une décision de la Couronne, et elle ne s'aurait s'oublier si vite. Elle n'a pas encore eu des nouvelles plus précises de ses ordonateurs, elle ne sait pas encore ce que va être la suite des opérations, ce qu'elle sait, en revanche, c'est qu'elle sera forcément concernée.

Ses noces avec David ont été pour de bon rompues, ça, elle le savait très bien, c'était le reste qui lui causait le plus grand souci. Elle ne voulait pas épouser Gwynplaine. Elle trouvait absurde d'épouser l'homme qui vous attire. Elle avait planifié les choses d'une certaine manière, Gwynplaine serait son amant, David son époux. Fallait-il qu'elle inverse les rôles ? Sans doute. Mais si Gwynplaine devenait son mari... il ne lui plaisait plus du tout. La discussion qui les attendait, tous les deux, n'allait pas être plaisante. Mais d'un autre côté, elle voulait en finir avec toutes ces histoires. Sa vie était bouleversée, complètement. Elle n'aimait pas ça, du tout.


"J'en suis convaincue",
répondit-elle alors. "Je suis engagée auprès des Clancharlie. Ce n'est pas le genre d'engagement que l'on rompt si facilement."

Et en même temps, elle tenait à garder la mainmise sur la fortune des Clancharlie. Pour elle, c'était très important. Sans cela, elle revenait au point de départ. Tout ce temps passé à tourner autour de David, à planifier des noces tout en retardant l'échéance, avait été du temps perdu.

D'un autre côté, c'était une bonne chose qu'ils ne se soient pas passé la bague au doigt, car elle serait à présent l'épouse d'un homme déshérité au lieu d'être la fiancée d'un héritier en passe d'acquérir une colossale fortune. Mais pour l'heure, tout était en suspens. Et ce sentiment de latence était insupportable à une femme telle que Josiane, qui était sans cesse dans l'immédiateté, et quand elle jouait de patience avec les autres, c'était simplement pour les mettre (eux et leurs nerfs) à l'épreuve.


"Enfin, nous verrons bien."


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Message#Sujet: Re: Visite de courtoisie (Gillenormand)   Ven 16 Juin - 19:31


Visite de courtoisie
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illenormand n'était pas né de la dernière pluie. Avec le temps, il avait appris à comprendre les rouages de la haute société française de laquelle il faisait partie, et même s'il savait que certains d'entre eux pouvaient être à quelques titres contestables, il considérait qu'il s'agissait toujours d'un mal pour un bien. Aussi, par exemple, osait-il considérer que l'on faisait à la duchesse d'Aurevilly une faveur en lui proposant d'épouser le nouvel héritier des Clancharlie quand on aurait simplement pu l'abandonner à son déshonneur et lui refuser pour de bon la fortune dont elle s'était habituée à s'imaginer garante, dont on l'avait convaincue qu'elle était garante. Il est vrai que lui proposer la main de Gwynplaine semblait résulter dans le meilleur échange de bons procédés auquel ils puissent l'un comme l'autre consentir. Ce ne devait pas être simple pour Josiane de consentir à oublier son ancien fiancé pour jeter son dévolu sur un homme dont on disait l'apparence hideuse, mais il fallait savoir en certaines circonstances se montrer pragmatique. En l'occurrence, il apparaissait inconcevable de ne pas envisager cette proposition avec tout l'intérêt et toute l'attention qu'elle pouvait bien nécessiter. Qui sait, cet homme, si affligé physiquement pouvait-il être, ferait peut-être un bon époux ? Il n'avait, après tout, jamais été demandé, à aucun moment, à Josiane d'Aurevilly d'aimer son mari, et l'on pouvait d'ailleurs douter du fait qu'elle ait jamais eu le moindre sentiment pour David Dirry-Moir, ce que semblait être confirmé par l'acharnement qu'ils avaient eu à ne pas s'épouser quand bien même ils étaient engagés l'un envers l'autre depuis bien longtemps. Enfin, sur ce point, on pouvait dire que c'était heureux pour elle. La situation aurait été bien plus complexe dans le cas contraire.

-Je suppose, oui,
répondit Gillenormand qui ne pouvait que rejoindre Josiane, sur ce point, il ne restait qu'à attendre et à voir. Il comprenait que cela soit frustrant pour son interlocutrice. D'un autre côté, il ne servait à rien de se perdre en infinies et interminables déductions. Ces dernières pourraient bien finir par trop lui en coûter si elle ne fait pas abstraction. Cessons de parler de tout cela, je ne voudrais pas vous contrarier, affirma-t-il alors dans un fin sourire.

Gillenormand détestait profondément le conflit, et pourtant, il y était sans cesse exposé, sans cesse. Il n'aimait pas voir une jeune femme qu'il considérait comme sa propre fille se perdre en circonvolutions si néfastes, même si, en soi, il ne savait que dire pour rendre confiance et sourire à son interlocutrice, qui d'ordinaire n'avait besoin de personne pour cela.


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