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 « Les poètes en France sont bons pour la potence. » | Dea & Gringoire

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Message#Sujet: « Les poètes en France sont bons pour la potence. » | Dea & Gringoire   Mar 13 Déc - 18:37


Les « artistes » étaient, pour certains du moins, des gens instruits. Ils avaient le privilège de savoir lire et écrire. Pourquoi cherchaient-ils à se détourner de Dieu ? Ils n'avaient plus l'excuse de l'ignorance. Torquemada ne comprenait pas. Ils étaient assoiffés de richesse, de gloire et de succès, en ce monde, sans se soucier de ce qui les attendait, dans l'autre vie. Hélas. Ces gens-là ne faisaient pas autant cas de leur âme que de leur égo. Ne connaissaient-ils pas la légende d'Icare qui, se croyant tout-puissant en acquérant la capacité de voler, ne s'était que trop approché du soleil ? La mythologie, aussi impie pouvait-elle être, n'était elle-même pas dénuée de morale. Si Icare avait brûlé par défaut d'humilité, quel sort pouvait bien attendre les troubadours qui se montraient irrespectueux à l'égard de la religion ? Non seulement ils pervertissaient leur propre âme, mais ils prenaient également le risque de corrompre des âmes encore innocentes, qui avaient la malchance de tomber sur leurs « œuvres ».

Montmartre était un quartier extrêmement agréable et vivant de Paris, mais il commençait à être souillé par ces prétendus artistes, qui n'étaient en réalité que des ébauches de démons. Un dramaturge avait commis l'irrémédiable, en osant la mise en place d'une pièce trop satirique à l'égard de la religion, à bien des égards. Par malchance, ou à cause de la fatalité, l'inquisition avait eu vent de ce qu'il se tramait dans les ruelles de Montmartre. L'un des hommes de Torquemada avait discrètement assisté à la représentation de cette pièce mobile. Le jugement avait été sans appel. Ce jour-là, sous le même soleil qui avait impitoyablement jugé Icare, un homme était attaché au bûcher, et brûlait.

A cette époque, la peine de mort était courante en France, et il n'était difficile pour personne d'en être le témoin. Toutefois, les spectateurs étaient habitués à ce que les condamnés fussent exécutés par la terrible guillotine, voire pendus. Le brasier étincelant et hurlant qui brûlait, au milieu de cette place, était donc particulièrement marquant. D'une part, cela était dissuasif et inciterait probablement les « poètes » à réfléchir plusieurs fois, avant d'écrire, et de l'autre, Torquemada ne voyait nul autre moyen de procéder. S'il rompait cette enveloppe charnelle et fautive, c'était bel et bien pour purger son âme de toute corruption, avant de la libérer. Aussi Torquemada regardait-il la scène épouvantable qui se déroulait en face de lui, avec une étrange fascination.
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Message#Sujet: Re: « Les poètes en France sont bons pour la potence. » | Dea & Gringoire   Mar 13 Déc - 22:59

Montmartre était un quartier que Gringoire adorait. Après tout, comment en aurait-il pu être autrement, puisque c’était là l’endroit, le domicile et le terrain de jeu des poètes et de tous les autres artistes qui foulaient la terre ? Il semblait que le quartier attirait lui-même la créativité et l’inspiration. Il aurait pu s’y perdre des heures en contemplant les œuvres d’autres, à moins qu’il ne fût trop occupé à écrire ses propres vers, adossé à une colonne ou assis sur un escalier. Il n’y avait que l’embarras du choix.

Pourtant, ce jour-là, l’atmosphère était différente. Bel et bien différente. Le côté vivant et sympathique de Montmartre se taisait, pour ne laisser place qu’à une odeur très désagréable de chair brûlée. Le genre de choses qui aurait pu faire vomir le poète, et les hurlements n’étaient pas mieux non plus : ils lui hérissaient les poils, littéralement, sous les vêtements déguenillés et usés qu’il portait. Bien que révulsé, le poète s’approcha de l’endroit où brûlait le pauvre malheureux. Malheureusement, il y avait des choses qui répugnaient autant qu’elles fascinaient, et voir un brasier vivant en faisait sans doute partie. Mais ce ne fut pas pour autant qu’il resta stupéfait, les yeux grands ouverts à contempler cela. Une grimace naquit sur son visage, et il avait plus l’air profondément désolé qu’autre chose, et incompréhensif. Comment pouvait-on infliger une telle mort à quelqu’un ? Comment pouvait-on même le supporter, bien que la peine de mort soit toujours présente ? Une guillotine ou une pendaison – chose qu’il avait failli connaître – rendaient les choses plus propres et moins douloureuses…

Si l’inquisiteur non loin de lui était fasciné, Gringoire se sentait plutôt révolté et peiné, voire horrifié, bien qu’il n’aurait pas bougé un pouce pour aider quelqu’un qui ne pouvait plus être aidé…de toute manière. Ça n’empêcha pas l’apprenti bohémien de demander, à voix intelligible, à son voisin :

« Qu’est-ce qu’il a fait pour finir ainsi ? »

« L’Inquisition a jugé que sa pièce attaquait la religion…. »

Voilà qui eut de quoi rajouter un haut-le-coeur à Gringoire, alors qu’il se sentait déjà bien assez mal comme ça. D’ailleurs, il avait même eu un geste de réflexe, un peu horrifié, en tendant la main vers sa besace, qui comportait de quoi écrire et sa dernière œuvre en cours, probablement plus impressionnante que toutes les autres. Mais se faire brûler pour une malheureuse pièce satirique, probablement juste, ça lui paraissait un peu fort ! Et même exagéré…. Et si c’était lui qui avait été l’auteur de cette malheureuse pièce ? Il n’aurait échappé à la corde que pour finir brûlé.

Pour faire réfléchir, cela était fait. Le poète ne détachait pas ses yeux du pauvre malheureux qui avait cessé de crier, étourdi et asphyxié par les flammes, la fumée, avant que le corps ne lâche, et il ne tenait nullement à se retrouver à sa place un jour. Pour tout dire, il commençait à vraiment se sentir très mal et pâlissait à vue d'oeil.
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Message#Sujet: Re: « Les poètes en France sont bons pour la potence. » | Dea & Gringoire   Mer 14 Déc - 18:06

« Les poètes en France sont bons pour la potence. »

Dea ♠ Gringoire ♠ Torquemada


Je dois bien reconnaître n'éprouver qu'un enthousiasme mitigé à l'idée de la représentation qui nous attend bientôt... si elle a seulement lieu. J'ai le sentiment que nous atteignons un point de non-retour. Nous. Les Girardet, sauf un miracle éventuel, nous ne pouvons revenir en arrière, au temps de la petite roulotte, quand rien n'existait au monde que Gwynplaine, Ursus, moi... le reste avait bien peu d'importance. Pas cette foule amassé devant notre humble scène, pas le mouvement constant, malade, le bruit, tintamarre disharmonieux, pas de duchesse aux charmes avec lesquels je renonce à vouloir rivaliser tant la perspective semble vaine, pas de père richissime dont l'héritage doit semer le trouble dans nos esprits. Nous vivons un temps de trouble d'incertitudes, et je n'aime vraiment pas cela. Les promesses de Gwynplaine ne suffisent guère à me rassurer.

Gwynplaine a disparu. Ursus également. J'ignore où ils sont allés. Le dernier est peut-être allé trouver le premier, que sais-je. Les questions et l'incertitude sont devenues part intégrante d'un quotidien que j'aurais voulu pouvoir m'épargner. Dans l'incertitude, je me crée mes propres repères et mes propres convictions. Seule dans l'obscurité de notre roulotte, je me prépare donc. Je m'y emploie du moins jusqu'à ce qu'à l'agression horrible de mes sens encore valides. De l'agitation, au-dehors, le bruit d'une foule qui s'amasse, et une odeur... une odeur abominable. J'ignore de quoi il s'agit, mais elle me soulève le cœur. Partagée entre la curiosité et la crainte, j'hésite entre sortir et rester. Je suis seule, j'ai peur de m'égarer à l'extérieur...

Mais la curiosité l'emporte finalement. Je sors donc, me laisse guider par les bruits que j'entends, et plus encore par cette odeur répugnante qui gagne en intensité obscène au fil de mes pas mesurés. À mesure que j'approche, je sens aussi une vive chaleur. Je commence à comprendre, mais je ne veux m'y résoudre. J'y suis contrainte lorsque je perçois la conversation de deux homme. Qu'a-t-il fait pour finir ainsi, demande l'un ? Sa pièce attaquait la religion. Impossible pour moi de faire autrement, je songe à Ursus.

On brûle un homme, là, à quelques mètres de moi... je me sens proche du malaise. Je me fais violence pour garder un minimum de contenance. Je ne dois pas fléchir. Je dois comprendre ce qui se passe, même si les mots que je viens de percevoir ne laissent qu'une place limitée à mon imagination. On brûle un dramaturge. Je pense à mon père... L'horreur se mêle à l'angoisse. Mon teint de neige a dû pâlir encore.

-C'est horrible...
, remarquai-je d'une voix blanche.

J'ai bien envie de fuir cette scène immonde, mais j'en suis incapable. J'ignore où sont Ursus et Gwynplaine, et à présent, j'ai peur pour eux. Je suis seule sans l'être. Je ne me sens pas bien. Je ne me sens vraiment pas bien...

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Message#Sujet: Re: « Les poètes en France sont bons pour la potence. » | Dea & Gringoire   

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