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 Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]

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Message#Sujet: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Sam 5 Déc - 20:15


Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas
Q

uelle vie que celle d'Enjolras. À vrai dire, l'on pouvait même douter qu'il s'agisse d'une vie tant il ne l'employait à rien de personnel. D'ailleurs, plus d'un de ses camarades ne manquaient pas de lui faire la remarque, directement ou dans son dos. Sa vie, il la fondait dans celle de tout un peuple, si bien que l'on s'étonnait presque lorsqu'il agissait seulement comme le commun des humains. Il passait, il est vrai, le plus clair de son temps dans l'arrière-salle du Musain, et bien sûr, il n'était pour sa part jamais question de ripaille et de bonne boisson, pas plus que de ces passions qui aveuglait trop d'esprits autrement plus qu'éclairés (sans vouloir viser personne, cela va sans dire). Il fomentait une révolution, ni plus ni moins qu'une révolution, et il ne voyait pas comment il aurait pu faire autrement que de la prendre très au sérieux. On parlait du cour de l'Histoire, et de changer à tout jamais le visage de la France. Qu'était-ce qu'une simple vie humaine, au regard de la sienne ? L'étudiant en droit, en tous cas, considérait qu'il n'avait pas de raisons de vivre pour lui même puisqu'une cause bien plus noble animait son esprit et son coeur, qui par conséquent ne battait que pour la cause. Oui, il menait ses études à la Sorbonne, mais il n'était pas désireux de devenir avocat ou quelque métier en ce domaine, il voulait juste agir en toute connaissance de cause, pour faire respecter des droits, il faut en connaître la teneur. Oui, ainsi allait sa vie, et oui, elle devait paraître particulièrement plate, morne, dénuée de toute passion. Mais le feu qui l'animait était pourtant plus vif et plus dangereux que n'importe quel autre, que déclenchaient des motivations plus humaines, moins élevées.

Alors oui, lorsqu'on voyait Enjolras se contenter... de vivre, sans prononcer le moindre discours galvanisant ni se plonger dans un ouvrage théorique sur les soubresauts de l'Histoire, cela pouvait sembler étrange, peut-être même suspect, en réalité. Mais cela arrivait. C'était le cas, en cet instant, il se contentait de se promener sur les bords de la Seine, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon, examinant le flot opaque de l'eau qui s'écoulait avec vigueur. Il rentrait tout simplement chez lui où, après une réunion décevante des amis de l'A B C, il allait certainement se plonger dans une lecture de quelque ordre que ce soit avait que de s'abandonner tout simplement au sommeil, avant qu'une journée nouvelle soit entamée, mais plus productive, l'espérait-il tout du moins. Servir une noble cause, tel était son dessein, mais la vie avait bien souvent la fâcheuse tendance à contrarier ce dernier, comme si la vie elle-même ou une quelconque autre instance maligne prenait le plus grand des plaisirs à lui faire d'incessants pieds-de-nez. Il n'avait pas vu l'homme qui marchait devant lui. Ce fut quand il vit un foulard voler dans sa direction qu'il y fit attention, il devait sans doute lui appartenir. Le foulard récupéré en main, il s'avança vers le jeune homme.

-Excusez-moi, est-ce que c'est à vous ?




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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Jeu 14 Jan - 23:18

Enjolras & Gwynplaine
Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas.
C’était assez récurent pour Gwynplaine de s’isoler ces derniers temps, il avait vraiment besoin de se retrouver seul et de réfléchir un peu à ce qu’il vivait. C’était sans doute parce qu’il n’agissait pas correctement, il n’en savait trop rien. Ce qu’il savait, c’était qu’il avait de plus en plus besoin de se retrouver seul avec lui-même. Comme en cet instant, où le jeune homme se trouvait sur les bords de la Seine, à marcher tranquillement l’esprit complètement plongé dans ses pensées. Il avait quitté la roulotte où il vivait avec sa famille et pour une fois, ce n’était pas pour retrouver la duchesse aux cheveux rouges qui lui faisait complètement tourner la tête. En même temps, les comédiens n’avaient pas donné de représentation ce soir-là, ils n’avaient donc pas reçu la visite de cette fameuse femme qui ne l’attendait pas comme à chaque fois après qu’ils aient joués. Gwynplaine avait donc décidé de quitter la roulotte, comme il le faisait souvent, simplement pour réfléchir un peu tout seul et prendre l’air.

Il n’y avait pas que la duchesse qui lui occupait l’esprit, ni sa sœur qui était bien plus qu’une sœur en réalité, mais qu’il ne parvenait pas à vraiment considérer comme telle. Sa rencontre avec l’inspecteur Javert quelque temps avant, avait relancé des souvenirs de son enfance. Il ne savait pas vraiment s’il avait envie que tout cela revienne dans son actualité déjà bien remplie, mais en même temps il ne pouvait pas nier qu’il avait envie de connaitre un peu la vérité. Il ne savait rien de ce qu’il était au final, en dehors d’un jeune garçon abandonné dans le froid de l’hiver. Il avait trouvé sa famille depuis, il aimait sa vie de comédien et ses proches, mais en même temps il avait quand même un flou dans son passé qu’il avait envie de voir disparaitre. Mais en même temps, le jeune homme n’avait aucune envie de voir sa vie complètement changer, même si de toute façon il ne pouvait guère rester sur une vie de la sorte. La situation était bien trop problématique pour les Girardet – ce qui n’avait rien à voir avec sa conversation avec l’inspecteur – pour qu’il ne fasse pas quelques efforts. Il se demandait simplement comment il allait bien pouvoir y arriver. En attendant, le jeune homme marchait donc sur le bord de la scène, quand soudain un coup de vent le surpris au point que son foulard s’envola de son visage. Comme d’habitude, le comédien l’avait apposé sur son sourire parce qu’il ne sortait jamais sans. C’était une habitude qu’il avait depuis son enfance. Sauf que ce dernier avait décidé de se faire la malle, puisqu’il venait de s’envoler. Et le pire, c’était que quelqu’un l’avait ramassait. Par réflexe, Gwynplaine mit rapidement l’une de ses mains sur son visage afin de cacher le sourire qui l’ornait. Maintenant que son spectacle était bien connu, beaucoup de personne savait à quoi ressemblait vraiment son visage, mais il avait trop l’habitude de se cacher dans les rues.

« Merci. »

Dit-il rapidement, toujours la main devant sa bouche, en reprenant son foulard des mains de l’inconnu.
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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Lun 18 Jan - 19:33


Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas
T

out aurait pu prendre fin très rapidement. Enjolras se serait contenté de retourner le foulard à son propriétaire, ce dernier l'aurait remercié, et tous deux auraient passé leurs chemins, ni plus ni moins. Le jeune révolutionnaire avait l'habitude que de faire la conversation avec des inconnus, c'est une certitude, et c'était même une nécessité quand on souhaitait alpaguer une foule entière dans l'espoir d'obtenir son attention et de la convertir à ses idéaux, mais dans un tel contexte, l'étudiant se serait certainement contenté d'une simple formule de politesse, un point c'est tout, avant de passer son chemin, considérant qu'il avait quoi qu'il en soit chose plus importante à faire. Mais les choses ne se déroulèrent pas ainsi, ce que l'on devait très certainement à l'attitude du jeune homme au foulard qui, tout en remerciant effectivement Enjolras, gardait son bras posé devant son visage, comme s'il répugnait à ce qu'on puisse découvrir celui-ci, comme s'il avait quelque chose à cacher... Ou alors, comme si  c'était l'étudiant qui le répugnait. Enjolras posa, au vu de cette attitude, un regard plus attentif qu'il ne l'aurait fait autrement sur son interlocuteur. Cette carrure et cette attitude, de même que cette voix d'ailleurs, lui étaient familières, sans qu'il ne sache remettre le propriétaire de ces dernières. C'était pourtant plus qu'évident lorsqu'on savait le fin mot de l'affaire, mais que voulez-vous, si Enjolras se voulait et se clamait intelligent, il peut arriver à tout un chacun de ne pas toujours être des plus perspicaces.

-Excusez-moi mais... est-ce qu'on ne se connaîtrait pas, par hasard ?


Et en effet, ils se connaissaient. Ou du moi, Enjolras, lui, le connaissait. Il n'allait que rarement au théâtre (il n'avait pas le temps pour ce genre de distraction, disait-il), mais il avait été bel et bien amené à observer une représentation de L'homme qui rit, un spectacle qui faisait de plus en plus de bruit dans le tout Paris. Enjolras avait observé le spectacle par curiosité, il n'y avait pas vraiment trouvé son compte. Mettre en scène le handicap de deux individus, il avait toutes les peines du monde à y voir de l'art. Mais oui, c'était bel et bien sur scène qu'il avait déjà vu Gwynplaine Girardet. Et il aurait pu le deviner, en effet, car l'attitude du jeune homme aurait pu laisser deviner la difformités qu'il cherchait à dissimuler. Mais cette idée première n'était quoi qu'il en soit pas venue à l'esprit de l'étudiant. Il aurait peut-être tôt fait de lui rafraichir la mémoire, à moins de faire tourner court à cette discussion qui incommodait peut-être son interlocuteur. Et pour cause, tout le monde n'appréciait pas de se faire ainsi aborder par un inconnu, un simple inconnu qui d'ailleurs aux yeux de Gwynplaine n'était jamais qu'un simple spectateur parmi tant d'autres, et certains bien plus prestigieux.



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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Mar 16 Fév - 20:33

Enjolras & Gwynplaine
Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas.
Depuis le temps que Gwynplaine se mettait en scène comme l’homme qui rit, afin de gagner sa vie avec sa famille, il ne devrait plus avoir envie de cacher son visage. Même si tout Paris n’avait pas eu l’occasion de voir sa représentation, il voyait bien ces regards agréables qu’ils recevaient quand il était sur scène. Mais il savait aussi, surtout, qu’ils n’étaient pas les mêmes en dehors de la pièce de théâtre. Ceux qui étaient fascinés par leurs pièces le voyaient comme un monstre en dehors. Gwynplaine en avait parfaitement conscience et c’était bien pour cette raison qu’il laissait son bras devant son visage en cet instant précis, alors que son foulard s’était envolé afin de cacher sa cicatrice. Quand l’homme qui venait de lui rendre son foulard remarqua ce détail, le comédien vu son regard changer. Comme si ce dernier se posait des questions. C’était normal après tout, il devait se demander s’il n’était pas en train de cacher son visage à cause de lui. Bon, en soit, le bras devant la bouche de Gwynplaine était là bien parce qu’il se trouvait devant l’inconnu, mais ce n’était pas contre lui en tout cas. Cependant, la seule chose qu’il dit, ce fut pour lui demander s’ils se connaissaient. A première vue, comme cela, l’homme qui rit n’avait pas le souvenir d’avoir déjà croisé la route de l’homme. Mais il était possible que ce dernier le connaissait de par sa pièce. Pendant quelques secondes, il ne dit rien avant de finalement baisser son bras. Au point où il en était, autant que l’inconnu voit vraiment son visage. Peut-être qu’il allait simplement peur en le prenant pour un monstre, ou alors se moquer de lui.

« Vous m’avez peut-être vu sur scène. »
Dit-il simplement donc, une fois que son visage fut libre d’obstacle. « Je me produis dans les rues de Paris. » C’était l’explication la plus logique qui pourrait expliquer que l’inconnu en face de lui ait l’impression de le connaitre. « Je m’appelle Gwynplaine. »

Et maintenant, le jeune homme n’avait plus qu’à voir ce que la révélation de son visage allait avoir comme conséquence. Est-ce qu’il allait avoir peur, est-ce qu’il allait se moquer ? Au fond, le jeune homme s’attendait un peu à tout, sans trop craindre. S’il portait un foulard au quotidien, c’était surtout par convenance et pour ne pas avoir des ennuis, en attirant un peu trop l’œil sur lui. Mais il était rodé sur les différentes insultes qu’il pouvait recevoir. Même avec son foulard, dans sa jeunesse, il avait eu quelque souci, parce que les gens pensaient qu’il avait un bec de lièvre. Maintenant que l’homme avait vu son visage, Gwynplaine n’avait plus vraiment d’intérêt de mettre son foulard dessus, sauf qu’il se sentait quand même bien nu sans. Il avait l’habitude de le porter tout le temps en même temps, sauf quand il était en compagnie de Déa et Ursus. Alors, par habitude plutôt qu’autre chose, le jeune homme remit le foulard sur son visage.
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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Mar 16 Fév - 21:06


Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas
L'

homme baissa son bras et donna à voir ce que l'aspirant révolutionnaire ne s'était pas attendu trouver. Quelque disgrâce physique, un bec-de-lièvre, peut-être, mais certainement pas cette impressionnante cicatrice qui décorait le visage de Gwynplaine d'un sourire effrayant et odieux. Et pourtant, ce sourire, comme, de fait, son propriétaire, il l'avait déjà vu. Il avait effectivement vu juste. L'homme en face de lui ne lui était pas inconnu, il avait eu l'occasion de le voir sur scène. Inutile de préciser que, dès lors que l'infirmité du saltimbanque fut visible, la mémoire revint aussitôt à Enjolras et il n'eut aucun mal à se figurer où leurs chemins avaient pu se croiser. Il le lui confirma tout de même. Il se produisait dans les rues de Paris, et son spectacle avait un certain succès. L'homme qui rit. Si même le chef de file des amis de l'A B C avait eu vent de ces représentations, lui qui ne s'intéressait pas le moins du monde à ces divertissements, bien qu'il apprécie que l'art puisse ainsi être plus aisément adressé au peuple, qui y avait tout autant droit que les plus hauts dignitaires, c'est que le succès était conséquent. Enjolras délogea le regard un peu hagard qui s'était déposé sur son visage, lui qui avait bien du mal à ne pas laisser tomber ses yeux sur cette bouche difforme, pour répondre à son interlocuteur, d'un ton qu'il voulait d'égal à égal. Après tout, le dénommé Gwynplaine n'était en rien responsable du sort qui avait été réservé à sa figure. Faire preuve de compassion ne serait pas lui faire honneur. Mais en rire au beau milieu d'une foule de curieux pas davantage à ses yeux.

-Enjolras.
répondit-il alors, se présentant à son tour. Il marqua une pause. Il aurait bien sûr pu garder pour lui ses réflexions et ses observations, mais cela aurait été très peu lui ressembler. Je vous ai en effet vu sur scène. Votre spectacle m'a laissé... circonspect. Vous et votre sœur vous êtes destinés à n'être que de simples phénomènes de foire. J'ignore qui vous engage et écrit ces pièces, qui vous exploite de la sorte, mais vous ne lui devez aucune reconnaissance. Oui, il y allait fort. Mais il n'y passait jamais par quatre chemins pour exprimer le fond de sa pensée. Il marqua une pause. Vous êtes jeune. Vous me semblez intelligent. Vous devriez cesser de gâcher votre temps de la sorte. Il y a bien plus à inspirer au peuple que la culture de la persécution.

Bien sûr, il abreuvait son interlocuteur de conseil, mais en vérité, il n'était pas en position de lui en donner le moindre, c'est une certitude. C'était même tout l'inverse, ils ne se connaissaient pas, et si Gwynplaine n'avait pas révélé son visage, il ne l'aurait jamais reconnu. N'était-ce pas hypocrite de lui reprocher de jouer ainsi de sa difformité alors que lui-même n'avait su déterminer qui il était qu'en observant cette-dernière ?



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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Mer 30 Mar - 16:07

Enjolras & Gwynplaine
Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas.
Gwynplaine avait l’habitude de ces regards sur son visage, c’était comme ça depuis toujours. Quand il se trouvait sur scène, le jeune homme parvenait à faire fi de ces regards et ne pas s’en préoccuper. Parce qu’il était en train de jouer un rôle, mais ce n’était pas la même chose quand il se trouvait dans la rue. Le comédien apprécia que l’homme ne fasse aucune remarque sur son sourire, même s’il était évident qu’avec cette vision, il se rappela d’où il l’avait déjà vu. Gwynplaine ne l’avait pas dit à haute voix, mais il était certain que L’homme qui rit avait un certain succès. Si des duchesses venaient voir les pièces, c’était qu’elle en avait un en tout cas. Les Girardet se présentaient dans de nombreuses rues de Paris, ils avaient déjà fait le tour de la capitale. L’homme sous ses yeux avait donc sans doute le voir là et c’était pour cette raison qu’il avait le sentiment de le connaitre. Parce que de son côté, Gwynplaine n’avait aucun souvenir du visage de son interlocuteur (en même temps, il ne prêtait pas garder aux visages des spectateurs, sauf concernant la maléfique duchesse). L’homme se présenta à son tour, Gwynplaine en profita pour remettre son foulard en place. L’homme avait vu son visage, ça ne servait à rien qu’il le découvre plus longtemps. Quand il se trouvait dans la rue sans son foulard, il avait tendance à se sentir un peu nu.

Enjolras – puisque c’était son nom donc – ne manqua pas de reprendre la parole pour lui donner la pensée de sa situation. Gwynplaine ne le coupa pas, malgré le fait qu’il n’apprécia pas spécialement qu’il le juge de cette manière et plus encore qu’il ose juger Ursus. Visiblement, le jeune homme n’avait pas manqué de se faire une idée de sa situation (et celle de sa sœur), se trompant évidemment sur toute la ligne. Gwynplaine était choqué d’entendre l’homme affirmer qu’ils se faisaient exploiter, mais qu’est-ce qu’il en savait sérieusement ? Et puis, il affirmait qu’il ne devait pas mettre en scène son visage – c’était bien ce qu’il sous entendait – alors que sans il aurait été incapable de le reconnaitre.

« Puisque vous vous permettez de me conseiller, je vais en faire de même. »
Après tout, pourquoi devrait-il se retenir ? « Vous devriez apprendre à connaître les détails avant de juger la vie des autres. » Gwynplaine n’avait pas spécialement envie de rentrer dans les détails, mais en même temps il ne pouvait pas laisser Enjolras insulter son père de cette manière. « Celui qui nous exploite comme vous dites n’est autre que notre père et il ne nous force pas à jouer, c’est une décision que nous avons pris tous ensemble afin de gagner notre vie. Si nous voulons arrêter, nous le ferons. » Même si pour l’instant, il était évident que Gwynplaine n’avait aucune envie que cela s’arrête. « Et je suis entièrement reconnaissant envers mon père. Il ne m’a pas donné la vie, mais il l’a sauvé en me recueillant moi et ma sœur alors qu’il n’avait aucune raison de le faire. » Gwynplaine poussa un soupire. « Ce que nous faisons ne vous plait peut-être pas, mais je ne vous permet pas de nous insulter de la sorte. »
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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Jeu 31 Mar - 18:50


Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas
I

l est certain qu'il était complètement malvenu de la part d'Enjolras que de porter un jugement sur son interlocuteur alors qu'il ne savait absolument rien de lui. Il savait sa difformité physique, il avait vu son spectacle, et après ? Après, en un mot comme en cent : rien. Il ne savait absolument rien de Gwynplaine Girardet, et il ne s'abstenait pourtant pas de lui faire la morale. Pis encore, il restait obstinément campé sur ses observations premières, et il ne comptait pas en démordre. Le fait est que le chef de file des amis de l'A B C avait une vision pour le moins tranchée de l'existence, et celle-ci ne variait pas le moins du monde, quelles que soient les circonstances. Convaincu du bien-fondé de ses opinions, il n'envisageait jamais de pouvoir avoir tort, où de reconnaître que certaines situations étaient plus complexes à dépeindre qu'elles n'en donnaient l'air. Quand bien même son interlocuteur lui apprenait l'histoire de sa vie (de manière concise, tout du moins), celle-ci n'avait pas le moins du monde l'effet de modifier l'opinion du jeune homme, ou de l'attendrir. Quoi qu'il puisse entendre, son avis ne changeait pas. Il n'était pas une girouette, et il ne pensait pas que quoi que ce soit - et encore moins qui que ce soit - puisse lui faire changer d'avis. Oui, l'histoire de Gwynplaine était tragique à ses origines, et le frère et la soeur (qui n'en étaient pas vraiment) avaient eu de la chance d'avoir trouvé un père de substitution, qui daigne les adopter alors même que rien ne l'y obligeait. Mais quand bien même ce bon Saint-Maritain pouvait être loué pour cet acte généreux-ci, il n'avait pas moins fait commerce du handicap de ses enfants adoptifs. Quel genre de père faisait une chose pareille.

-C'est bien parce que je ne vous connais pas et ne sait rien de votre vie que je peux me permettre d'avancer mon opinion en toute objectivité.
répondit-il d'un ton égal, sans s'excuser un seul instant de s'être montré insultant auparavant (ce que son interlocuteur lui avait pourtant clairement fait remarquer - des excuses auraient été de mise, oui, mais pour cela, il aurait fallu que le jeune homme admette ses torts, et il considérait être parfaitement dans son bon droit). Votre père a agi admirablement en vous recueillant, votre sœur et vous. Il n'empêche aujourd'hui qu'en coroborrant à ces vulgaires spectacles de foire, vous les encouragez, vous vous attribuez à vous-mêmes le titre de monstre. Plutôt que de faire partie de cette société, vous vous en excluez de propre chef. Vous foulez au pied des valeurs fondamentales. Il marqua une pause, au terme de ce discours, soutenant le regard de son interlocuteur. Vous mésestimez votre potentiel. Vous vous sabordez. Et ce faisant, vous vous érigez en exemple à ne pas suivre. Je ne tiens pas à me montrer insultant. Bon, ça. Je me permets seulement d'être honnête.



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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Lun 9 Mai - 15:21

Enjolras & Gwynplaine
Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas.
Gwynplaine ne devrait sans doute pas s’emporter de la sorte, mais le jeune homme avait beaucoup de mal à accepter qu’on puisse insulter son père. Même si la situation n’était pas vraiment parfaite entre les deux hommes – en grande partie à cause de lui et sa manière de se comporter vis-à-vis de la duchesse – Gwynplaine ne pouvait pas laisser quelqu’un ne connaissait pas du tout Ursus le juger. Certes, le jeune homme ne s’était pas contenté de dire que le metteur en scène de l’homme qui rit se servait d’eux, il avait aussi affirmé qu’ils étaient en train d’inspirer la monstruosité dans le peuple. Mais ce détail avait évidemment passé au-dessus de la tête du jeune homme, qui se concentrait vraiment sur le fait que cet inconnu jugeait sans connaitre son père. Et apparemment, il n’avait pas l’intention de revenir sur sa parole et cela malgré le fait que Gwynplaine soit quand même venu plus en détail sur l’histoire des Girardet. Il n’avait pas plus l’intention de s’excuser non plus, affirmant maintenant que c’était justement parce qu’il ne le connaissait pas qu’il se permettait d’avoir un avis objectif. Le jeune homme avait peine à croire que l’homme qu’il avait sous les yeux était parfaitement objectif. Il devait le croire, mais il doutait vraiment là-dessus. En soit, Enjolras n’avait pas vraiment tort en un sens, puisque c’était bel et bien les handicaps des deux jeunes gens qui servaient l’homme qui rit. Gwynplaine montrait son sourire et il se mettait sur scène en tant que monstre de foire. Cela pourrait sans doute tout aussi bien marcher s’il s’enfermait dans une cage pour laisser les autres venir le « visiter ». Mais le jeune comédien ne voyait quand même pas la situation de cette manière. Il aimait les mises en scène qu’ils faisaient pour l’homme qui rit, il appréciait de jouer sur scène en compagnie de sa sœur. Et il n’appréciait pas vraiment que le jeune homme sous ses yeux sous-entende qu’il n’était qu’un monstre de foire.

« Je ne prétends pas un seul instant être un exemple. »
Bon, peut-être quand même, mais en même temps il avait envie de contredire Enjolras dans tout ce qu’il disait. « Si vous n’avez pas envie de suivre mon exemple, je ne vous force pas à le faire. »

Gwynplaine se doutait bien que tout le monde n’adhérait pas forcément à l’homme qui rit, mais ce n’était pas forcément agréable d’entendre de telle remarque sur le fruit d’un travail acharné sur de nombreuses années. Cela faisait un moment maintenant que les Girardet travaillait sur ces spectacles, ils donnaient quand même du cœur à l’ouvrage. Même si, en même temps, cela leur apportait quelques soucis.

« Nous nous servons simplement de ce que nous avons à notre disposition afin de gagner notre vie. »
Puisque c’était effectivement pour cette raison que les Girardet avaient mis en place ce spectacle, puisque les potions d’Ursus n’avaient quand même pas beaucoup de succès. Ils avaient commencé à gagner beaucoup d’argent quand ils avaient joué la comédie. « Nous n’avons pas tous l’occasion de naitre avec une cuillère en argent dans la bouche. » Et pour le coup, le jeune homme était en train de juger sans connaitre, ce qu’il venait de reprocher à son interlocuteur.
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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Mar 10 Mai - 20:53


Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas
L'

homme qui rit ne prétendait pas un exemple. Certes. En soi, c'était déjà une bonne chose, mais aux yeux d'Enjolras, ce n'était pas suffisant, car quand bien même le jeune homme au visage défiguré ne voulait pas être considéré comme tel, dès lors qu'il s'exhibait sur scène, auprès d'un public de plus en plus large (il fallait que le succès de ce spectacle pour que le chef de file des amis de l'A B C en ait entendu parler alors qu'il ne s'intéressait pas du tout au théâtre et au monde du spectacle), il en était forcément un, pour ou contre son gré. Quand on était un personnage public, on ne pouvait pas se permettre de ne pas réfléchir aux conséquences de ses actes, c'était du moins ainsi que le jeune homme considérait les choses, raison pour laquelle il blâmait tant les hauts représentants politiques de la France (le roi en particulier, cela va sans dire) pour leurs actions et le peu de considération qu'ils accordaient au bas peuple quand eux-mêmes exhibaient leurs richesses comme bon leur semblait. Bien sûr, Gwynplaine marquait un point, il cherchait seulement à gagner sa vie, d'une manière ou d'une autre, avec les armes qu'il possédait, et son sourire était une "arme" en soi, mais aux yeux d'Enjolras, il l'exploitait suffisamment mal, en plus de considérer que les remarques d'Enjolras étaient celle d'un jeune homme qui n'avait pas confiance des immenses divergences sociales qui existaient entre les êtres dès la naissance, c'était pourtant ce pourquoi il se battait quotidiennement. Mais en vérité, ils en savaient très peu l'un sur l'autre. Et leurs manières d'envisager le monde étaient loin d'être aussi différentes qu'ils le concevaient pour l'heure, partis du bon pied tels qu'ils l'étaient pour l'heure.

-C'est vrai, tout le monde n'a pas cette chance.
Et il ne faisait pas exception, sa famille, sans être misérable, était loin d'être aisée, et Enjolras n'avait pas exigé le moindre pécule de la part de ses parents dès lors qu'il avait décidé de poursuivre ses études de droit (auxquelles il assistait bien peu) sur Paris, n'appréciant guère de devoir dépendre de qui que ce soit. L'injustice régit les êtres dès leur naissance. Il marqua une légère pause. Mais il n'y a pas d'injustice qui ne puisse être réparée si l'on s'en donne les moyens. ajouta-t-il d'un ton qui lui était très habituel, puisqu'il s'agissait de celui de toutes ses harangues, dont il avait fait une habitude aux réunions du Musain. Vous avez l'opportunité d'avoir chaque soir une audience telle que je n'en espèrerais jamais. Pourquoi ne pas s'en servir pour éveiller les consciences plutôt que d'exhiber votre imperfection ?

Gwynplaine disposait, en effet, aux yeux d'Enjolras d'une tribune remarquable. Il pouvait devenir un porte-parole au lieu d'un monstre de foire, d'autant qu'il semblait parfaitement bien placé pour connaître de la société ses intolérables clivages.


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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Mar 7 Juin - 23:02

Enjolras & Gwynplaine
Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas.
Tout le monde n’avait pas la chance de naître dans de bonnes circonstances en effet, Gwynplaine était bien placé pour le savoir. Mieux encore depuis peu de temps. Le destin ne se jouait qu’à peu de chose après tout. Gwynplaine aurait très bien pu être le fils d’un riche duc, seulement cela, si on ne l’avait pas enlevé quand il n’était qu’un enfant. Il aurait pu jouir d’une vie bien plus agréable, bien plus fortunée. Et pourquoi ? Parce que son père était un homme fortuné, donc il l’était par sa naissance. Ce qu’il avait aujourd’hui, l’homme qui rit savait qu’il l’avait gagné. L’argent qu’il dépensait venait des spectacles qu’il jouait avec sa sœur, du mal qu’il se donnait dans son travail. Ce n’était pas de l’argent qu’il avait hérité, c’était de l’argent qu’il avait gagné. Et en même temps, il y avait de l’argent, quelque part, qui l’attendait. Il y avait une fortune qui lui appartenait, qu’il pouvait très bien réclamer s’il le voulait. Et au fond, le jeune homme devait bien avouer qu’il hésitait grandement à en prendre possession. Il vivait dans la misère depuis tellement d’année, mais il pouvait changer ça maintenant. Sauf qu’il ne savait pas du tout ce qu’il devait faire. Et la conversation qu’il avait présentement avec Enjolras le faisait clairement réfléchir. Mais pas assez pour qu’il puisse envisager sa pièce d’une autre manière, parce qu’il n’avait pas vraiment de raison de décider quoi que ce soit sur ce qu’il jouait sur scène. Le jeune homme qu’il avait sous les yeux semblaient avoir envie qu’il se serve du succès qu’il avait, de son public, pour délivrer un message. Un message qu’il cherchait sans doute à délivrer de son côté, puisqu’il n’espérait plus du tout un public de ce genre devant lui.

Et en même temps, il était évident que l’homme n’avait pas tort. Il y avait certaine injustice dans ce monde, des injustices qui n’avaient pas lieu d’être normalement. Toutes ces personnes de la haute ne se rendaient pas compte de ce que le peuple d’en bas vivait, pendant qu’ils profitaient pleinement de leur condition. C’était peut-être une manière comme une autre en effet de faire passer un message, ou alors, il faudrait viser bien plus haut. Une personne possédant du pouvoir, qui pourrait parler au nom des personnes d’en bas.

« Pensez-vous que mon public serait le même si ce n’était pas l’homme qui rit qui se trouvait sur scène ? »
Après tout, c’était bien parce qu’il avait un visage de « monstre » qu’il attirait à ce point les foules, c’était parce qu’il avait cette particularité. « Ce n’est pas de cette manière qu’il faut procéder. »

Non, ce n’était pas comme cela. C’était avec bien plus de pouvoir qu’on arrivait à faire changer les choses. Mais en même temps, cela pouvait quand même permettre d’ouvrir certain yeux. Si l’homme qui rit pouvait arriver devant la cours du roi, peut-être qu’ils pourraient faire quelque chose. Mais Gwynplaine avait bien plus de pouvoir que cela.
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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Mer 8 Juin - 15:38


Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas
C'

est un fait, Enjolras se complaisait dans l’art du débat, il ne pourrait le nier, ni n’en avait envie, et évidemment, il n’appréciait pas outre mesure que quelqu’un sache faire entendre des idées opposées aux siennes, et appuyer tant d’arguments en leur faveur que les siens puissent faire pâle figure en face. D’un autre côté, à quoi bon débattre si la personne à laquelle vous confrontez vos opinions ne fait pas mine de défendre les siennes. Au fond, le chef de file des amis de l’A B C éprouvait une réelle estime pour son interlocuteur en cet instant, bien plus que ne le laissaient entendre ses propos, car du moins avait-il le mérite de les exprimer haut et fort. Le révolutionnaire devait bien le reconnaître, il avait dû se tromper sur son compte, d’autant que l’argument qu’il venait de lui opposer n’était pas de ceux qu’il pouvait réellement contester, bien au contraire. Oui, il avait une audience, prête à boire ses paroles, mais cette audience reposait bel et bien sur le fait qu’il soit un homme que la nature, ou du moins la cruauté humaine (mais ces deux notions n’étaient-elles pas intimement liées ?) et non sur la valeur de ses idées. Ceci dit, quitte à être un monstre de foire, Enjolras considérait qu’il devrait au moins savoir en tirer profit. Difficile de se faire entendre, quand une balafre gigantesque dévore votre visage, c’est un fait, ce n’est pas pour autant qu’il faut considérer cela comme une entreprise complètement impossible, loin s’en faut, du moins faut-il tenter. Faire de ces spectacles non pas une de ces insipides histoires d’amour tragique comme bien des théâtres en sont envahis, mais une parabole poignante et incontestable de la condition des plus miséreux. Le public de l’homme qui rit se faisait plus distingué au cours du temps. Placer ceux de la haute face à leurs propres contradictions, pointer du doigt leurs tares et leurs erreurs, ne serait-ce pas là la meilleure manière d’obtenir réparation pour tout ce que le monde comptait d’injustice, ou du moins de faire prendre conscience de ces injustices. Quoi qu’il en faudrait sans doute plus. De toute évidence, une sanglante révolution n’avait su y suffire.

-Je vous écoute, de quelle manière faut-il procéder, alors ?


Et pour la première fois peut-être depuis le début de leur discussion, il n’y avait pas de jugement ou de mépris dans le ton de sa voix, il acceptait de taire un instant son point de vue (même si, borné comme il l’était, il n’en varierait jamais quoi qu’il puisse arriver, c’est une certitude), ce seulement pour entendre celui de son interlocuteur, qui semblait en avoir un suffisamment tranché, après tout, pour qu’il soit digne d’être entendu. Ils avaient beau ne pas vouloir se faire entendre de la même façon, Enjolras commençait à songer que leurs messages n’étaient sans doute pas si différents l’un de l’autre. Méritaient, au moins, que l’on s’y intéresse, faute d’y adhérer ou de réellement s’y complaire, ce qui était encore une toute autre affaire.



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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Lun 18 Juil - 13:02

Enjolras & Gwynplaine
Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas.
Gwynplaine ne pensait en effet que ce n’était pas la scène de l’homme qui rit qui devait être utilisé pour faire passer un message. Oh, c’était tentant évidemment de faire apparaitre sous les yeux des personnes de la Haute Société présents dans le public leur contradiction, ce qu’il faisait de ce monde en se complaisant dans leurs pouvoirs et leurs richesses, pendant que d’autres mourraient de faim et ne pouvait pas espérer avoir une vie décente. Gwynplaine ne pouvait pas nier que c’était vraiment tentant, mais à ses yeux, ce n’était pas du tout suffisant. Parce que ça ne toucherait pas les bonnes personnes. Ceux qui venaient voir son spectacle cherchaient un moyen de se distraire en s’amusant des tares des actes. Certes, il y avait toujours une histoire d’amour dans le fond de l’histoire et ceux-ci ne riaient pas complètement du malheur des personnages, mais si Gwynplaine n’avait pas son sourire, il attirait beaucoup moins les foules. Parce qu’il était un monstre et ce que le public aimait voir, c’était ce monstre amoureux de cet ange qui semblait descendre directement du ciel. Il y avait beaucoup trop de vérité dans les histoires d’Ursus. A moins d’attendre le bon moment, quand suffisamment de personne de la Haute soit présente, Gwynplaine ne pensait pas que sa scène soit vraiment l’endroit idéal pour passer le message. Le jeune homme s’était attendu à ce que cet Enjolras se contente d’envoyer balader ses paroles d’un revers de la manche pour lui dire qu’il avait tort, qu’il savait mieux que lui, mais ce ne fut pas le cas. Pour la première fois depuis qu’ils discutaient, Gwynplaine n’eut pas ce sentiment de mépris et de jugement dans la voix de son interlocuteur. Le jeune homme mit donc un peu de temps avant de reprendre la parole, sérieusement.

« Ce n’est pas parce que certaines duchesses trouvent amusante de venir voir mon sourire que je pourrais toucher ceux qui peuvent vraiment changer cette société. »
Evidemment, si Gwynplaine parlait de duchesses ce n’était pas pour rien. Au final, il y avait par moment des personnes de la Haute dans le public, mais celle qui venait le plus c’était bel et bien cette femme aux cheveux flamboyants. « A moins que ma scène n’arrive directement devant la cours du roi, ce n’est pas comme cela que je ferais changer les idées de ces personnes. Et pour que je puisse y arriver, il faut que ces quelques hautes personnes de mon public s’amusent suffisamment pour m’y conduire. » Autant dire qu’il devait faire profil bas et amuser la galerie avec son visage de monstre et son amour impossible avec ce bel ange sans vision. Mais Gwynplaine savait à présent qu’il pouvait même faire autrement, s’il prenait une décision qui allait changer radicalement sa vie. « A moins de parvenir à toucher directement le parlement. »

Après tout, c’était bien eux qui prenaient les décisions non ? Il fallait se trouver là, devant eux, et leur dire leurs quatre vérités.
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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Lun 18 Juil - 19:32


Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas
O

n trouvait difficilement plus borné qu'Etienne Enjolras. Le jeune homme n'était pas le plus idiot d'entre tous, mais il avait la fâcheuse tendance à prendre son opinion comme la seule qui puisse être valable, et observer avec mépris ceux qui se détournaient de sa manière de pensée. Pour autant, il avait décidé de laisser sa chance à Gwynplaine, de le laisser s'exprimer et de lui apprendre ce qu'il avait à l'esprit. Tout simplement parce que leurs pensées ne lui semblaient pas différer le moins du monde, ils avaient peut-être même des opinions exactement identiques, c'était seulement leur manière, à titre individuel, de mener leur combat, qui s'avérait différente. Enjolras écouta donc attentivement son interlocuteur quand ce dernier partagea avec lui sa vision des choses, sans l'interrompre une seule fois. Et force lui était de constater qu'il était loin d'avoir tort. Il est certain que sensibiliser un ou deux chalands à sa cause sur la scène de son théâtre, c'était prendre le risque de perdre son public et de ne pas atteindre ses objectifs. En effet, puisque les gens de la haute venaient là pour se distraire, également pour se moquer, il pouvait être stratégique que de leur donner ce qu'ils voulaient, non pas pour le plaisir de les contenter, mais afin de gravir les échelons jusqu'à trouver enfin à qui parler. Un noble ou l'autre ne ferait pas la différence, c'est certain. Au fond, leurs deux méthodes, combinées, avaient ce qu'il faut pour fonctionner de la meilleure manière possible. Enjolras s'adressait avant tout au peuple dans l'espoir qu'il se soulève enfin, Gwynplaine cherchait à s'adresser aux plus hautes instances pour atteindre son but. Oui, il n'avait rien à contredire dans son entreprise, il pouvait même reconnaître avoir eu tort et avoir jugé l'homme qui rit trop rapidement et trop sévèrement (mais il ne fallait pas s'attendre à l'entendre exprimer une telle pensée à voix haute).

-Vous avez raison
, admit-il qui, pour la première fois, semblait entièrement et sincèrement enclin à approuver les propos de son interlocuteur. Il marqua une légère pause avant de poursuivre. Si vous aviez cette occasion, celle de vous adresser au roi, de parler directement au parlement.. Que leur diriez-vous ?

Il ressentait que leurs opinions étaient similaires, mais il n'en avait pas de preuves concrètes. C'était ce qu'il cherchait à découvrir dorénavant. Certes, ce n'était pas en s'adressant au roi et en lui demandant gentiment de rendre le pouvoir au peuple comme après la révolution que cela pouvait fonctionner, mais si leurs intentions étaient similaires, ce conflit d'attention avait peut-être tout intérêt à cesser. Le chef de file des amis de l'A B C n'était pas sans savoir combien important était le fait de se trouver des alliés. C'était une opportunité à laquelle il ne fallait surtout pas tourner le dos. Alors oui, il voulait en savoir plus, inviter Gwynplaine à dévoiler entièrement le fond de sa pensée.


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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Mer 31 Aoû - 22:30

Enjolras & Gwynplaine
Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas.
Gwynplaine avait exposé ses pensées à Enjolras, dans le but de le convaincre. Est-ce qu’il allait y parvenir, honnêtement il ne savait pas vraiment. Le jeune homme avait l’habitude de parler en public, mais la plupart du temps il se contentait simplement de réciter un texte écrit par Ursus. C’était différent quand il devait avoir sa propre vision, sa propre idée. Et visiblement, le jeune homme en face de lui était quand même quelqu’un de têtu. Au point d’être surpris quand il affirma finalement qu’il avait raison. Gwynplaine devait bien avouer qu’il ne s’y était pas attendu au vu de la manière dont leur conversation avait commencé. Mais il appréciait sincèrement, parce qu’il se disait ainsi que ça voulait dire qu’il ne s’en sortait pas trop mal quand même. Et ce qu’il venait de dire, il le pensait vraiment. Si Gwynplaine voulait changer les choses, ce n’était pas sur scène qu’il devait le faire. Ce n’était pas sur la scène de son théâtre actuel, il devait parvenir à monter les échelons. Pour cela, il devait s’arranger pour que les personnes de la haute apprécie son spectacle (enfin, leur spectacle) afin de pouvoir jouer devant des personnes encore plus haut placé. Gwynplaine en avait plus la conviction encore maintenant qu’il savait qui il était vraiment, ce qui était arrivé dans son enfance simplement par question de pouvoir ou d’argent. Le jeune homme avait envie de faire quelque chose, même s’il ne savait guère encore ce que ça allait bien pouvoir donner. Tout comme il ne savait pas exactement comment les choses se passeraient, s’il devait se retrouver devant le roi. Ce qu’il lui dirait, ce que lui demanda évidemment Enjolras. Le jeune homme prit quelque seconde avant de répondre au révolutionnaire, réfléchissant comme s’il se trouvait présentement devant le roi en personne. Finalement, il inspira avant de reprendre la parole.

« Je lui dirais que ce qu’il voit sur mon visage est exactement ce qu’il fait à son peuple. Que le bonheur de ces hommes reposent sur le malheur d’autrui, ce peuple qu’ils n’hésitent pas à piétiner sans même les voir. »

Le jeune homme marqua une pause, il aurait peut-être pu continuer encore, mais Gwynplaine n’avait pas forcément envie de rentrer dans les détails non plus. Non pas qu’Enjolras ne mérite pas d’entendre un discourt digne de ce nom, mais c’était surtout que le jeune homme n’avait pas tout ça en tête encore. Peut-être que si le moment devait se présenter un jour, il aurait le temps d’organiser tout ça. Et puis, Ursus était quand même l’écrivain de leur famille, Gwynplaine avait plus tendance à se reposer sur les talents de son père. Quoi qu’en cet instant, le jeune homme ne savait pas vraiment s’il pouvait compter sur lui. Parce qu’il n’était pas certain que son père allait vraiment apprécier son idée. Il avait une grande gueule, mais en même temps il n’avait pas forcément envie de s’attirer des ennuis. Ce que l’homme qui rit savait parfaitement faire en ce moment.
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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Jeu 1 Sep - 18:01


Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas
I

l y avait décidément plus à voir et à découvrir chez l'"homme qui rit", malheureusement réduit à ce simple surnom, au-delà de ses fanfaronnages sur scène, de son infirmité... Les reproches qu'Enjolras lui avait fait en début de discussion n'avaient plus lieu d'être, de toute évidence. Oui, il considérait toujours que le jeune homme devait se servir de son auditoire pour toucher un plus grand public, pour bouleverser les opinions, pour transmettre un message digne de ce nom... Et le saltimbanque en avait en fait conscience. Il cherchait simplement à atteindre le public le plus prestigieux possible afin que les mots trouvent bon entendeur. Comment pouvait-il réprimer une telle initiative ? Il ne le pouvait pas. Manifestement, leurs opinions étaient loin de diverger, ils avaient en vérité plus d'un point commun, tous les deux, et alors que Gwynplaine s'exécutait et lui apprenait quel discours il tiendrait auprès des plus hauts dignitaires de la société s'ils devaient se tenir face à lui, il ne put qu'en être certain. Le jeune homme était un excellent orateur. Il n'aurait aucun mal à alpaguer les foules (même si sa cicatrice, selon les circonstances, pouvait être une qualité ou un défaut... il pouvait saper sa crédibilité ou servir d'argument à son propos). Oui, son talent était de ceux qu'il faut mettre à profit, à ses yeux c'était certain. Le jeune homme était de plus en plus convaincu que son interlocuteur aurait parfaitement sa place auprès des amis de l'A B C. Quand il s'exaspérait du comportement de grand nombre de membres du groupes, qui préféraient la ripaille et la bonne chair à leur combat, il avait face à lui quelqu'un de concerné et d'investi, dont l'opinion était des plus sûres et la détermination semblable à la sienne (ce qui n'était pas peu dire, quand on connaissait le jeune révolutionnaire).

-Vous êtes un brillant orateur, ça ne fait pas de doute.
Et son talent pour le théâtre avait dû entretenir cette qualité au passage. Ce qui n'était pas un mal. Je comprendrais que vous n'en ayez ni le temps, ni le souhait, dit-il, mais en vérité, il trouverait cela bel et bien dommageable, et il serait sans doute quelque peu déçu, pour tout dire, car cette rencontre, en dépit de ses débuts moins qu'engageants, lui apparaissait importante. Mais j'aimerais beaucoup vous inviter à une des réunions des amis de l'ABC. Nous somme un groupuscule révolutionnaire. Et je pense que vous y auriez votre place.

Et il le pensait en effet. Plus ils seraient nombreux, plus la portée de leur action pourrait avoir une importance réelle et non négligeable, aussi Enjolras ne pouvait-il qu'espérer convaincre Gwynplaine de se joindre à eux. Peut-être ne le souhaiterait-il pas, peut-être se cantonnerait-il à ses propres plans, à ses propres ambitions. Mais qui ne tente rien n'a rien, après tout. Il ne pouvait que vouloir saisir l'opportunité qui se présentait à lui dans tous les cas.


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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Mer 26 Oct - 23:56

Enjolras & Gwynplaine
Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas.
Gwynplaine ne pouvait qu’apprécier le compliment, quand Enjolras affirma qu’il était un brillant orateur. Le jeune homme devait bien avouer qu’il appréciait de l’entendre, parce que c’était là une qualité qu’il espérait avoir. Il avait eu le temps au fil des années à se positionner sur scène, à avoir de la prestance devant un public, à jouer la comédie. Il osait donc croire qu’il puisse être un assez bon orateur, même si ce n’était évidemment pas la même chose de jouer une pièce écrite par Ursus que de dire aux grands de ce monde ce qu’il pensait vraiment. Mais, il pouvait de toute façon essayer. Gwynplaine ne pouvait pas s’empêcher d’avoir envie d’essayer en tout cas. Est-ce qu’il allait un jour parvenir à jouer devant le haut de la pyramide ? Il n’en savait rien du tout. Mais il avait bien l’intention d’essayer. Même s’il savait parfaitement que les choses pouvaient très bien changer avec ce que l’inspecteur Javert lui avait appris. Mais le jeune homme n’avait pas spécialement envie d’y penser pour l’heure, surtout qu’Enjolras ne manqua pas de titiller sa curiosité. L’homme affirma dans un premier temps qu’il comprendrait qu’il n’aurait pas le temps, ou le souhait et Gwynplaine ne put s’empêcher de se demander pourquoi. Jusqu’à ce qu’il taise sa curiosité en lui parlant des réunions des Amis de l’ABC. Ils étaient un groupuscule révolutionnaire, Enjolras pensait qu’il avait sa place dedans.

Gwynplaine n’avait pas vraiment besoin d’explication pour savoir ce que souhaitait faire ce groupe, du moins en gros. Mais il ne pensait pas vraiment qu’il y avait sa place lui, du moins il ne considérait pas qu’il puisse vraiment entrer dans un groupe de ce genre. Lui, ce qu’il voulait, c’était juste jouer sa pièce de théâtre et toucher effectivement un peu son rêve d’une vie meilleure. Une vie meilleure qui allait arriver bien plus rapidement qu’il ne le pensait.

« Je ne sais effectivement pas si je le souhaite ou si je peux avoir le temps. » Mine de rien, Gwynplaine Girardet était quand même un jeune homme occupé. Il ne pouvait pas décidé d’abandonner ses pièces de théâtre juste pour assister à des réunions. Mais en même temps, il ne pouvait quand même pas s’empêcher de se montrer un peu curieux quand même. Il ne connaissait finalement pas grand-chose du jeune homme qui se trouvait sous ses yeux, mais ce dernier l’intriguait quand même énormément. Et pourtant, ce n’était pas vraiment partie pour au début. Ils n’avaient pas commencé leur discussion sur un bon pied. Et finalement, il semblait évident qu’ils avaient des points communs. « Mais, peut-être que je viendrais faire un tour à l’une des réunions si le temps me le permet. »

Juste pour voir ce qu’une réunion de groupuscule révolutionnaire donnait. Ce qu’ils se disaient, ce qu’ils faisaient. Juste par curiosité, il ne promettait évidemment rien du tout à Enjolras. Surtout que sa vie allait changer de tout au tout d’ici peu de temps, dépendant des décisions qu’il allait prendre.
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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Jeu 27 Oct - 22:41


Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas
E

njolras dut bien reconnaître être quelque peu déçu par la réponse de son interlocuteur. Il avait espéré que sa proposition éveillerait chez le jeune saltimbanque un peu plus d’intérêt. Si quelqu’un avait conscience de ce qu’était l’injustice sociale, c’était bien lui, tenez, elle était même gravée sur son visage en un sourire atroce et déformé. Il pouvait parfaitement comprendre ce pour quoi ils se battaient, et le discours qu’il avait prononcé un peu plus tôt lui en avait donné une confirmation supplémentaire. Leurs idées étaient similaires, il comprenait quelle nécessité il pouvait y avoir à changer les choses, à modifier en profondeur la politique actuelle… alors l’entendre affirmer qu’il n’était pas sûr pour autant d’avoir le temps ou l’envie de rejoindre son combat avait de quoi refroidir le jeune révolutionnaire. D’autant que pour ce dernier, cela va sans dire, rien ne saurait être plus important que de se vouer corps et âme à une cause à laquelle il était dors et déjà prêt à sacrifier sa vie si cela devait être effectivement nécessaire. Néanmoins, il ne pouvait pas forcer son interlocuteur. Ils avaient plus de raisons de s’entendre que de se faire la guerre, après tout. Par ailleurs, il est certain que les soirées de l’« homme qui rit » n’étaient pas de tout repos. Ceci dit, le jeune homme aurait jugé préférable qu’il emploie son temps et tout ces talents d’homme de scène à ce à quoi lui-même avait fait le choix de vouer son existence toute entière. Qui pour la peine prenait le risque d’être bien courte, mais c’était bien loin de le déranger en soi. Par ailleurs, la réponse de Gwynplaine n’était pas entièrement négative non plus, et Enjolras préférait prendre le parti de considérer que, tout compte fait, le bilan de cette conversation était plutôt positif.

-Nous nous réunissons dans l’arrière-salle du café Musain, dans le quartier latin, presque tous les soirs, vous ne regretterez pas de vous y rendre, je peux vous le garantir,
affirma-t-il avec sa verve et son assurance habituels (dans son cas spécifique, mieux valait en avoir à revendre, il faut dire). Il marqua une légère pause, regarda Gwynplaine dans les yeux, comme un égal, ignorant ce qui pouvait faire sa disgrâce. D’autres n’auraient peut-être pas la même délicatesse s’il répondait à son invitation (les plus avinés, en somme, et il y en avait toujours un certain nombre, à son grand dam, lors de ces réunions), mais il aurait tôt fait de remettre ces malappris à leur place si cela devait être nécessaire. Lui, choisissait de se concentrer sur l’esprit de Gwynplaine et de se désintéresser de son physique. Le physique n’était en soi que peu de choses, après tout. Il tendit la main en direction du jeune homme afin qu’il la serre. J’espère que nous nous reverrons bientôt, alors.

Il prononçait en l’occurrence un vœu sincère. Gwynplaine avait réellement suscité son intérêt en même temps qu’il était parvenu à obtenir son estime. Le jeune révolutionnaire regretterait réellement que cette conversation soit la seule qu’ils aient jamais. Il avait plus à apporter au monde (et à leur patrie, surtout) que ce qu’il semblait croire pour le moment.





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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Mer 28 Déc - 0:37

Enjolras & Gwynplaine
Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas.
Gwynplaine ne s’était pas vraiment montré enthousiaste dans l’idée de venir voir les réunions d’Enjolras, mais en même temps il ne disait pas non. Au fond, le jeune homme était quand même curieux de se rendre dans ces réunions et de voir ce que cela pouvait bien donner. Mais en même temps, il ne savait pas s’il avait du temps pour y aller, mais surtout s’il avait sa place là-bas. Il était curieux, mais pour autant il ne savait pas trop quoi penser de tout cela. Pour l’heure, il se contentait simplement de dire qu’il pouvait venir, s’il avait le temps. Sa vie était suffisamment mouvementée ces derniers temps pour qu’il ne rajoute rien du tout. Avec la pièce de théâtre qui lui demandait du temps, ce qu’il avait découvert concernant sa vraie famille, et la duchesse qui avait une grande place dans son existence aussi. Il ne pouvait donc rien promettre au jeune homme sous ses yeux, mais il était quand même curieux de voir ce que cela pouvait donner. Il prenait donc bien note de l’information qu’Enjolras venait de lui donner, sur le lieu où ils se réunissaient pour leur réunion. C’était donc dans l’arrière salle du café Musain dans le quartier latin. Gwynplaine ne voyait pas vraiment où se trouvait ce café, mais en même temps il ne pensait pas que ça serait trop difficile à trouver. Il allait se renseigner avant de s’y rendre de toute façon, s’il s’y rendait.

« Si vous me le garantissez. »
Gwynplaine afficha un sourire – qui ne se voyait pas vraiment sur son sourire déjà inscrit sur son visage – faisant de toute façon confiance à Enjolras. Même s’il ne le connaissait pas vraiment (voir pas du tout d’ailleurs), il pensait pouvoir affirmer qu’il ne mentait pas. Pour la simple et bonne raison que le jeune homme donnait l’air de prendre sa cause vraiment à cœur. Il suffisait de voir la manière dont il parlait de sa cause, la manière dont il le regardait. Il tenait vraiment à ce qu’il faisait. « Je vais essayer de venir. »

Il ne pouvait rien promettre, parce qu’il ne savait pas du tout de quoi demain serait fait pour lui. Et il faisait bien de se méfier de l’avenir, au vu de ce qui allait lui tomber dessus bientôt. Mais il envisageait quand même sérieusement de se rendre dans le quartier latin un de ces soirs afin de voir ce que ces réunions pouvaient bien donner.

« On se reverra sans doute alors. »

Même s’il disait cela sans savoir du tout quand il allait pouvoir venir voir ce que donnait les réunions des Amis de l’ABC au café Musain. Mais il voulait vraiment prendre la peine de se rendre dans le quartier latin, donc ils allaient surement se revoir. Á voir dans quelles circonstances ils allaient se revoir et ce que tout cela allait donner. Le jeune homme ne savait pas vraiment comment les choses allaient se passer s’il décidait de se rendre à cette réunion. Il n’avait pas vraiment l’habitude de trop entrer dans la société.
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Message#Sujet: Re: Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]   Mer 28 Déc - 22:54


Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas
E

njolras hocha la tête avec assurance quand son interlocuteur affirma qu’il ferait l’effort de se présenter à l’une des réunions des amis de l’ABC puisqu’il lui assurait qu’il n’aurait pas à le regretter. Est-ce que le jeune révolutionnaire pouvait vraiment affirmer sans erreur possible que Gwynplaine aurait sa place dans ces réunions, qu’il les apprécierait autant qu’Enjolras ? Non, bien sûr que non, d’autant que les réunions du groupuscule ressemblaient très régulièrement à de simples beuveries sans grand-chose de digne. I l n’empêche qu’ils cherchaient réellement à accomplir quelque chose. Ça, personne ne pourrait le leur ôter à moins de faire preuve d’une immense mauvaise foi. Et même s’il ne serait peut-être pas facile pour l’homme qui rit d’intégrer le groupe (car il faudrait aussi compter sur les quolibets et le mauvais humour de ses camarades, Enjolras ne pouvait fermer les yeux sur cet état de fait), il y avait sa place en idée, en tout cas. Oui, peut-être que le saltimbanque regretterait amèrement d’avoir mis le pied dans l’arrière-salle du café Musain, mais le jeu en valait la chandelle, aux yeux du jeune homme. Cela valait au moins le coup qu’il essaie. En dépit de son sourire déformé, il se dégageait de lui un charisme et un magnétisme réel, celui qui attirait sans doute tant de monde à son spectacle, il devait en tirer profit au nom des idées qu’il portait avec un aplomb réel, et auxquelles Enjolras, en dépit de la joute verbale du début de leur rencontre adhérait totalement. Oui, cela ne mènerait peut-être nulle part, mais si le jeune homme en venait à tenir parole, Enjolras était convaincu que ce serait une excellente chose. Et si Gwynplaine devait regrette, d’une manière ou d’une autre, lui ne regretterait pas. Oh oui, il espérait bien qu’ils se revoient, même si le « sans doute » de l’homme qui rit laissait bien évidemment planer le doute. Idéaliste sans être optimiste, Enjolras choisissait de se montrer confiant malgré tout. Si ce n’était au Musain, il était tout de même convaincu que leurs chemins se croiseraient de nouveau, d’une manière ou d’une autre.

-En ce cas, je vous dis à bientôt
, répondit Enjolras dans toute son assurance.

Car il semblait en effet qu’ils se soient tout dit et que leur conversation touche à son terme. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle avait été plus constructive que ce que le jeune révolutionnaire aurait pu s’imaginer de prime abord. Il avait réellement été agréablement surpris de cette rencontre qu’il n’aurait jamais imaginé se dérouler de la sorte, même si ses débouchées demeuraient un mystère qui demandait encore à être déterminé. Seul l’avenir saurait faire la lumière là-dessus.

-J’ai été ravi de faire plus ample connaissance avec vous.


Il n’ajouta rien de plus, il considérait en avoir assez dit. Il se contenta d’afficher un léger sourire, comme on lui en trouvait bien rarement, car le sérieux d’Enjolras faisait de lui un homme bien difficile à dérider, au grand désarroi beaucoup. Voilà le genre de discussions constructives qu’il apprécierait d’avoir plus souvent.





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Comme le temps, la Seine s'écoule et ne tarit pas [pv Gwynplaine :3]
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