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 Dans la rivalité jamais on ne s'accorde ♠ Josiane

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Message#Sujet: Dans la rivalité jamais on ne s'accorde ♠ Josiane   Mer 1 Juil - 9:59

Dans la rivalité jamais on ne s'accorde

Dea ♠ Josiane


Je n'ai pas été très à l'aise sur scène, aujourd'hui. J'ai eu le sentiment de réciter mon texte en automate dénué d'âme. C'est compliqué, pour moi, que de supporter des textes et des situations que je crains de voir se réaliser. C'est doux, incroyablement doux. Et en même temps douloureux, immensément douloureux, que de sentir Gwynplaine si près, d'éprouver ses lèvres qui se posent sur les miennes, et de me rendre compte en même temps que son esprit et loin, si loin. Comme si nos deux âmes que je crois pourtant soeurs s'étaient égarés sur deux chemins complètement opposés. Ce soir, il ne m'a pas regardé, pas une seconde. Et à force, je sais bien ce que cela signifie. Cela signifie qu'elle était là. Elle, la duchesse, celle par qui le mal s'est insinué dans notre famille, qui n'avait pas de problèmes jusqu'alors. Comme le serpent tentateur qui vient séduire non pas Ève mais Adam... A-t-il déjà croqué dans le fruit défendu ? Je ne suis pas certaine de vouloir savoir. À la fin du spectacle, on nous applaudit très chaleureusement. Je ne suis pas convaincue, pour ma part, de mériter véritablement tant d'égards, mais que puis-je faire sinon les accepter, mon fin sourire aux lèvres, puis m'éclipser dans l'arrière-scène, derrière les rideaux, tandis que l'homme qui rit récolte des lauriers très mérités, mais qui à mes yeux, le perdent surtout de plus en plus, et l'éloignent des véritables objectifs. Une fois la foule des spectateurs disperser, je me rends dans nos coulisses improvisés, pour retirer mon maquillage et me changer. Ursus et Gwynplaine sont partis je ne sais où. Je crois d'ailleurs qu'ils sont partis ensemble. Peut-être Ursus, en voyant la duchesse, a trouvé un prétexte pour éloigner le jeune homme de son serpent personnel. Si tel est le cas, je ne l'en remercierai jamais assez. Je serais rassurée si, ce soir, il ne rentrait pas à pas d'heures, si je pouvais ne pas sentir son parfum à elle sur lui.

D'ailleurs, au sujet de son parfum, alors que je me crois d'abord seule, assise, à retirer le rose de mes joues pâles, je le sens, ce parfum ambré, distingué, que seulent peuvent s'offrir ceux qui peuvent tout s'offrir. Je me demande d'abord si ce ne sont pas mes pensées qui se seraient égarées quelque peu, et je décide de ne pas trop y prendre garde. Tout d'abord. Puis j'entends et perçois du mouvement. Il y a bel et bien quelqu'un. Et puisque je n'imagine pas qui que ce soit d'autre porter ce parfum de façon si prégnante, je devine qu'il doit s'agir d'elle. Elle, celle devenue ma rivale par la force des choses. Mon corps entier se tend tandis que je me retourne vers la curieuse qui devait sans doute espérer trouver quelqu'un d'autre en venant ici. Ma voix, d'ordinaire douce et chaleureuse, se fait sèche et glacée tandis que je m'adresse à l'intruse.

-Que voulez-vous ?
La question m'apparaît très rhétorique, je suis convaincue d'avoir deviné les raisons de sa visite, quel autre motif cette femme que j'ai en si basse estime pourrait-elle avoir de venir m'importuner jusqu'ici ? Si vous cherchez Gwynplaine, il n'est pas là.

Je ne peux pas m'empêcher d'esquisser un sourire satisfait en déclarant cela. S'il m'est donné, ne serait-ce qu'un peu, de contrarier ses plans. Je ne saurais que le savourer, même si sa présence m'importune déjà, et que je préfèrerais la savoir loin. Qui sait, peut-être partie pour toujours.


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Message#Sujet: Re: Dans la rivalité jamais on ne s'accorde ♠ Josiane   Jeu 9 Juil - 11:02

Elle ne se lassait pas du spectacle. Depuis le jour où elle avait découvert l'homme qui rit, elle se délectait de la moindre représentation, et son regard ne quittait pas Gwynplaine, Gwynplaine et sa sublime laideur. Le monstre dans tout sa beauté, la beauté dans toute sa monstruosité.

Elle prenait à peine en considération la trame, l'histoire, les costume, le décor, il n'y avait jamais que lui et cette façon sublime et singulière qu'il avait d'accaparer tout l'espace et, par la même, de la provoquer, en parole ou en geste. Il n'y avait pas plus belle manière de séduire que la provocation au regard de la belle duchesse qui n'avait qu'une hâte : le voir céder une nouvelle fois à l'appel du serpent tentateur, et venir le rejoindre quand le spectacle serait fini.

Elle attendait d'ailleurs, à l'écart, qu'ils vienne à elle, alors que les applaudissements s'étaient estompés, et que la foule s'était éparpillée. Mais il n'arrivait pas. Elle l'avait vu en compagnie de son dramaturge attitré et père adoptif : Ursus, il devait sans doute la maintenir à l'écart.

La patience n'était pas le fort de Josiane, surtout quand elle savait ce qu'elle pouvait obtenir à la clé. Habituée à obtenir ce qu'elle exigeait, elle décida de forcer le destin, et alla dans les coulisses.

Quand elle s'y trouva, il n'y eut pas Gwynplaine, il n'y eut pas Ursus, mais il y eut Déa. La douce et intacte Déa. En ce cas... elle ne lui apporterait pas ce que Gwynplaine lui accordait, mais elle se disait que ce genre de conversation ne serait pas vaine.


-Que voulez-vous ? Si vous cherchez Gwynplaine, il n'est pas là.

Un fin sourire s'afficha sur le visage de la duchesse. Oui, elle avait très bien deviné. C'était bel et bien le jeune homme, qu'elle cherchait, mais elle se satisferait très bien de sa belle et candide interlocutrice, d'autant qu'elle était convaincue à présent d'avoir été reconnue.


"Ne vous mésestimez pas, Déa, Gwynplaine est l'acteur-élu de vous prestations, mais vous en êtes la reine. "


Sans la moindre gêne, elle s'avança au plus près de Déa, observant dans les moindres détails les traits parfaits de son visage. Elle était vraiment belle. La pureté se lisait dans chacun de ses traits, une créature belle et inaccessible.


"J'avais envie de parler un peu avec vous."


Cela n'avait pas été sa motivation première ni son intention directe, mais elle n'était pas contre les retournements de situation et l'inattendu. Et elle comptait bien tirer profit de cette conversation. Elle approcha ses doigts du visage de Déa, dessinant doucement les contours de ses joues parfaitement dessinés, appréciant le dessin de cette peau blanche.

"Votre nom vous va décidément à ravir. Vous avez vraiment la beauté d'un ange."

Elle se montrait naturellement familière, se moquant bien que la situation puisse intimider ou déranger Déa, espérant qu'elle l'intimide et la dérange. Elle comptait tester la demoiselle, sans pour autant dénaturer cette beauté intacte et parfaite, elle voulait seulement lui faire comprendre combien inaccessible elle pouvait être. Quand elle même était visiblement accessible, non pas un ange mais une vraie femme, qui pouvait offrir à Gwynplaine ce qu'elle était incapable de lui accorder, et qu'il ne voulait pas qu'elle lui accorde.
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Message#Sujet: Re: Dans la rivalité jamais on ne s'accorde ♠ Josiane   Jeu 16 Juil - 11:02

Dans la rivalité jamais on ne s'accorde

Dea ♠ Josiane


Tout mon corps se tend au propos de la duchesse. C'est la première fois que j'entends sa voix, et elle suave, tentatrice, plus volontaire que la mienne, je comprends ce caractère que je lui devinais rien qu'au son de sa voix, et me voilà avec la confirmation supplémentaire qu'elle est tout ce que je ne suis pas. Je n'arrive pas à prendre ses compliments au sérieux, je dois être trop défiante, et blessée, parce que j'imagine que le même miel est celui avec lequel elle a appaté Gwynplaine... C'est une idée épouvantable, insupportable. Elle me dit que c'est à moi, qu'elle voulait parler. Je ne sais pas si je dois la croire, et je ne sais pas si je ne devrais pas préférer qu'elle parle à mon "frère", plutôt, parce que j'appréhende ce qu'elle va me dire, je m'inquiète vraiment beaucoup. Je la sais dangereuse, je ne la vois pas, donc je l'imagine en serpent, un serpent sublime mais ô combien dangereux.

Je ne sais pas où elle veut en venir, je sais seulement que je goûte à ses compliments comme à un venin létal. Mon prénom me va à ravir, je ressemble à un ange. On me l'a déjà dit, à plus d'une reprise, même. Je n'ai jamais pu en juger, je crois les autres sur paroles. Mais là, le compliment a tous les atours du sérieux reproche. Je suis un ange, donc je suis inaccessible, je suis la pureté diaphane qu'on observe et qu'on ne touche, elle est la chair que l'on convoite et que l'on obtient. Sous couvert d'un compliment, j'ai le sentiment qu'elle m'arrose de son mépris et de sa supériorité, qu'elle met en exergue ce qui fait qu'elle sera toujours victorieuse sur moi, je ne le supporte pas. Et ma voix est froideur et distance quand je lui répond. Si elle pense m'abuser comme elle abuse tous les autres, elle se trompe. Mais je ne crois pas que c'est ce qu'elle pense. Elle sait que je comprends son manège, et je suis certaine qu'elle s'en réjouit.

-Pourquoi vouliez-vous me voir ?


Si c'est vraiment pour me voir qu'elle est venue jusqu'ici, et non pour passer un de ces moments privilégiés avec Gwynplaine qu'elle semble tant chérir et qui me mettent hors de moi, alors je veux savoir. Cela ne me surprendrait pas qu'elle soit venue ici dans l'unique but de me provoquer, mais puisque mon seul plaisir à la savoir avec moi est que je sais qu'elle n'est pas avec lui, je n'ai pas la moindre intention de la laisser faire, ce serait bien mal me connaître. Et si elle me croit vraiment douce et angélique, je suis impatiente de la détromper. Je vais suivre les conseils d'Esmeralda. Je vais me battre. Et elle perdra peut-être ses airs suffisants, même si je pense qu'il lui en faut beaucoup. Je pense savoir quel genre de femme elle est, du genre à se croire au-dessus de tout et de tout le monde. Je pense qu'il lui en faut beaucoup pour descendre de son piédestal, mais je compte bien essayer.

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Message#Sujet: Re: Dans la rivalité jamais on ne s'accorde ♠ Josiane   Jeu 30 Juil - 10:53


-Pourquoi vouliez-vous me voir ?

Elle ne l'écoutait pas. Elle faisait mine d'ignorer son propos. Elle ne voulait pas croire qu'elle soit venue la voir pour uniquement la voir. Et pourtant, c'était bel et bien le cas. Ce n'était pas Gwynplaine, qu'elle était venue trouver, c'était bel et bien Déa. Seulement pour la voir, pour lui parler, pour constater ce qui se laissait entrevoir sur scène.

Dommage, dommage, la duchesse aurait aimé qu'elle réagisse davantage à son propos, mais Déa avait toutes les raisons de se défier d'elle. D'excellentes raisons, même, car tout ce qu'elle pouvait bien soupçonner, tout ce qu'elle pouvait bien craindre, cela pouvait se produire si cela ne s'était pas déjà produit. Déa était l'idéal de Gwynplaine, mais comme tous les idéaux, on ne les atteint jamais, on peut les espérer, les frôler du bout des doigts, et au bout du compte il n'y a que le néant, car un idéal se ternit aussitôt qu'il est atteint.

Déa n'était pas de sa trempe. Josiane, elle, pouvait accorder tout ce qu'une femme, une vraie, accorde, quand un rêve fait de songe et de vapeur se dissipe au moindre contact pour s'évanouir dans la nature.

Pourquoi était-elle venue ? Par distraction, car rien ne l'amusait plus que de jauger la détresse de sa "rivale". Par défi, parce qu'il était plaisant d'abattre ses cartes avant que le joueur adverse n'ait eu le temps de constater la sienne. Par dédain, car elle trouvait plaisant de jauger la jeune femme douce et fragile de toute sa hauteur et de toute sa supériorité.


-Je vous l'ai dit, Déa. Je veux seulement parler avec vous. Je vous observe sur scène pratiquement tous les soirs, c'est une chose que j'apprécie faire, voyez-vous, observer l'envers du décor.


Et pour cette raison, d'ailleurs, elle ne s'était pas privée de jauger ces loges dans le moindre détail. Elle aimait bien voir les ficelles, comme on dit, et elle aimait encore plus les agiter à sa guise. Elle se considérait être une marionnettiste on ne peut plus talentueuse. Et elle avait décidé d'exercer le meilleur de son talent à cet instant précis.

Elle voulait que Déa comprenne qui était la femme qui pourrait bien le priver à jamais de celui que tout dans son attitude laissait supposer qu'il soit l'homme qu'elle aimait.

Elle avait hésité à se présenter directement à elle, bien sûr, puisqu'elle aimait cette aura mystérieuse qui avait pu l'envelopper jusqu'alors. Mais au fond, Déa revêtait bien assez de mystère à elle-seule pour ne pas vouloir en rajouter de son côté. Au contraire, prouver bel et bien qu'elle était réelle, présente, que l'on pouvait la voir, l'entendre, la toucher... C'était autant d'argumenrts en la défaveur de l'inaccessible rivale.

-Je voulais apprendre à mieux connaître celle que Gwynplaine dévore du regard quand il ne m'a pas sous les yeux.


Bien sûr, c'était très injuste de sa part de parler de la part de la duchesse, mais c'est parce qu'elle était injuste qu'elle agissait justement comme elle le faisait. Elle voulait évoquer le sujet de Gwynplaine immédiatement pour la confronter à ce qu'elle ne pouvait avoir, pas même en l'espérant de toute son âme, puisqu'il ne savait pas l'avoir non plus. Elle se complaisait dans le rôle de tourment commun qui, pour la peine, venait tourmenter.


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Message#Sujet: Re: Dans la rivalité jamais on ne s'accorde ♠ Josiane   Jeu 27 Aoû - 19:01

Dans la rivalité jamais on ne s'accorde

Dea ♠ Josiane


Parler avec moi ? Mais pour quoi faire ? Qu'aurait-elle à me dire que je puisse vouloir entendre ? Rien. Justement. Rien. Absolument rien de ce qu'elle est susceptible de m'apprendre n'est en mesure d'être à mon goût, et c'est parce qu'elle en a entièrement conscience qu'elle vient me narguer ici. Avec ce ton courtois et cette attitude amène, comment envisager, après tout, qu'elle puisse me vouloir le moindre mal. Mais c'est un fait que sa seule existence me cause du tort, me fait du mal, et me nuit tout autant. J'aimerais qu'elle disparaisse, que ses très hautes affaires l'emmènent loin, très loin, à mille lieues de nous, qui n'avons rien demandé à personne. Qu'elle savoure ses richesses, son rang, sa réputation et qu'elle n'importune plus ni ne tente le bas peuple pour sa simple distraction. Car qu'est Gwynplaine de plus, à ses yeux, sinon cela ? Un simple divertissement... Quand il est tout, absolument tout pour moi : mon âme, mon coeur, mon univers. Celui pour qui je respire, qui m'a offert une nouvelle vie pour que je ne sache que la lui consacrer et l'employer à l'aimer.

Je refuse que son goût de la nouveauté gâche la pureté de sentiments sincères. Je n'ai rien à lui dire, je ne veux pas qu'elle me dise quoi que ce soit. Je me moque bien de ses excuses, de ses histoires de coulisses, d'envers du décor... Aucun motif au monde ne saurait justifier sa présence ici. Et son envie de me connaître, elle peut bien l'oublier, surtout si c'est pour me rappeler ce que je sais déjà. Je ne vois pas mais je sais quand il ne me regarde pas. Et dernièrement, il est certain qu'il ne me voit plus puisqu'elle est alentours. Il la dévore des yeux, il ne voit plus rien d'autre, et moi j'inexiste.

-Quel dommage, alors, que je n'ai pas la moindre envie, moi, de mieux vous connaître.
je réplique alors d'un ton d'une fermeté bien loin de me ressembler, mais qui me vient naturellement face à ma rivale. Comment pourrais-je saurais-je la voir m'ôter ce que j'ai de plus cher au monde sans me révolter face à un affront tel ? Pourquoi vous intéresser à lui ? Vous ne savez rien de ce qu'il est, rien de ce que vous devriez désirer. Vous voyez l'homme au sourire hideux, moi je ne le vois pas, mais je sais Gwynplaine, je sais combien il mérite toute la fascination qu'on lui accorde, pour les raisons que personne ne soupçonne. Tout comme je sais que vous ne méritez pas la sienne. Je marque une pause. Un jour ou l'autre, vous partirez sans crier gare et l'abandonnerez à son sort. Je suis certaine de ce que j'avance, et cette certitude m'invite à une presque supplication pour laquelle je me maudis. Faites le maintenant, je vous en prie.

Je refuse de gâcher sa vie au nom de son simple divertissements, et je veux qu'elle le comprenne. Elle n'obtiendra rien de moi, je ne veux pas qu'elle obtienne quoi que ce soit de lui. Je veux tout simplement qu'elle disparaisse de nos vies. Et qu'elle n'y revienne jamais.

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Message#Sujet: Re: Dans la rivalité jamais on ne s'accorde ♠ Josiane   Jeu 12 Nov - 9:23



-Quel dommage, alors, que je n'ai pas la moindre envie, moi, de mieux vous connaître.

La fermeté de sa voix l'étonna et eut le don de la surprendre. L'adorable chaton savait jouer des griffes à certaines occasions, et Josiane parvenait apparemment à pousser la belle et douce Dea dans ses retranchements.

Sa remarque fit sourire Josiane, un sourire en coin. Elle aimait éprouver l'hostilité de son interlocutrice. Elle était plutôt intéressante, à sa manière, au-delà de sa douceur captivante, presque déique (elle ne tenait pas son nom de rien du tout, il est évident qu'il lui allait à ravir).

Elle ressentait la menace que représentait pour elle la duchesse (quoi que cette dernière n'ait nulle envie de voler pour de bon Gwynplaine à Dea, elle s'amusait de son existence tant que cela durait, mais elle n'espérait rien de lui qui puisse se concevoir sur la longue durée - le destin pour sa part envisageait les choses d'une autre manière, pourtant), et elle semblait vouloir sans défendre. Mais elle ne pourrait pas grand chose.

Josiane était la chair, la fausse accessibilité. Celle que Gwynplaine pourrait bien plus facilement espérer avoir, quand il ne pouvait rien attendre de Dea, dont il n'oserait jamais souiller la fragile apparence.


-Pourquoi vous intéresser à lui ? Vous ne savez rien de ce qu'il est, rien de ce que vous devriez désirer. Vous voyez l'homme au sourire hideux, moi je ne le vois pas, mais je sais Gwynplaine, je sais combien il mérite toute la fascination qu'on lui accorde, pour les raisons que personne ne soupçonne. Tout comme je sais que vous ne méritez pas la sienne.

Le sourire de la duchesse s'élargit plus encore. Ce qu'elle était lucide, cette demoiselle ! Gwynplaine n'était en effet rien de ce qu'elle devrait normalement désirer, mais c'était pour cela qu'elle le désirait.

Le mot "fascination" était effectivement bien choisi, c'était effectivement le sentiment que lui inspirait le jeune saltimbanque, ni plus ni moins que cela. Et toute fascination finissait toujours par s'émousser. Celle de Josiane, qui s'ennuyait toujours et se lassait d'un rien, ne ferait pas exception.


"Alors je le fascine ?"
demanda-t-elle d'un ton volontairement intéressé et provocateur pour pousser à bout sa jeune interlocutrice. Comme si elle n'en savait rien. Pourtant, elle avait conscience de le fasciner, et elle en jouait.

-Un jour ou l'autre, vous partirez sans crier gare et l'abandonnerez à son sort. Faites le maintenant, je vous en prie.



Décidément, la demoiselle, sous ses allures candides, ne manquait pas en vérité de lucidité. Dommage pour elle, cela ne la protègerait pas des loups et des menaces qui planait au-dessus de sa douceur entière mais aveugle.

Josiane ne comptait pas se laisser abuser par un tel marché. Elle n'en voyait du moins pour l'heure pas l'intérêt, mais elle ne demandait qu'à se laisser convaincre. Cette conversation prenait un tournant véritablement intéressant.


"Que me proposes-tu pour que je disparaisse ?"
demanda-t-elle alors, curieuse.
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Message#Sujet: Re: Dans la rivalité jamais on ne s'accorde ♠ Josiane   Ven 4 Déc - 10:55

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Je n'aime pas le ton qu'elle m'adresse, je déteste ce que j'y lis, alors qu'elle fait mine d'apprendre fasciner Gwynplaine, alors qu'elle a bien dû le savoir, dès le premier instant, quand leurs regards se sont croisés. Je peux à peine deviner un regard, c'est à peine si je peux savoir à quoi un oeil peut bien ressembler, mais je devine qu'il doit y avoir une grande intensité dedans, le genre qu'il ne pourra jamais découvrir en moi, ce qui fait une différence avec laquelle je ne peux rivaliser. Je devine que tout son être doit être captivant. Rien qu'à l'entendre, rien qu'à sentir sa présence auprès de moi, je reconnais son magnétisme. et évidemment, il m'angoisse terriblement. Parce qu'elle est inquiétante autant qu'imposante, parce que, alors que je parle avec elle, je comprends en quoi Gwynplaine peut être attiré par elle. Elle est capable de lui offrir tout ce que je ne saurais pas lui donner, parce que je n'ai pas ce qu'il faut de malice, parce que je suis peut-être trop douce.

Faut-il que je devienne comme elle, un serpent tentateur, pour m'assurer que Gwynplaine restera auprès de moi toujours ? Mais si je ne peux dénaturer qui je suis, je ne peux non plus croire qu'il ne m'aime pas, au moins un peu, et pour la douceur que je lui adresse. J'aimerais simplement savoir exercer sur lui la même fascination qu'elle lui évoque. Quelle chance ce doit être de criser le regard de Gwynplaine, et d'y découvrir la lueur d'un désir que j'aimerais pouvoir provoquer en lui avec tout autant de ferveur, pour m'assurer que ses pensées soient toujours tournées vers moi, uniquement vers moi, et jamais vers elle.

Apparemment, mon petit jeu l'intéresse. Elle me demande ce que je suis prête à lui accorder pour la voir disparaître de notre paysage. Enfin, "la voir"... je m'entends. Je ne crois pas qu'elle acceptera de nous laisser si simplement. J'ignore à quelle chantage elle serait capable de céder - et moi aussi pour cela. Je sais tout simplement que j'aime si profondément Gwynplaine que je suis capable de toutes les concessions pour lui. Lui et uniquement lui. Je serais bien prête à sacrifier une partie de moi-même pour garder celle-là. Car il est une partie de moi plus importante encore. J'entrevois une lueur d'espoir. Je sais qu'il ne faut pas que je prenne la situation très au sérieux, à mon avis, rien de ce que je possède ne saurait dissuader la duchesse Josiane d'Aurevilly de tourner autour de l'homme que j'aime tel un vautour, un horrible vautour.

-Tout.
je réponds avec fermeté, pour faire comprendre à mon interlocutrice que je suis complètement sincère. Tout ce que vous voulez, tout ce que je peux vous offrir, je vous le donne, si vous acceptez de vous éloigner de lui.

Je ne m'exprime pas à la légère. Si je perds Gwynplaine, je n'aurais plus rien à perdre, de toute façon. Je préfère encore renoncer à tout le reste. Rien n'a plus de valeur à mes yeux que lui. Alors qu'ai-je à craindre si je perds tout sauf lui ?

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Message#Sujet: Re: Dans la rivalité jamais on ne s'accorde ♠ Josiane   Ven 11 Déc - 14:20



-Tout. Tout ce que vous voulez, tout ce que je peux vous offrir, je vous le donne, si vous acceptez de vous éloigner de lui.

Cette réponse désespérée et si douce à son oreille y résonnait comme un chant sublime et prometteur.

Elle lui promettait tout, absolument tout, ce jusqu'à son âme, sans doute, et la duchesse était convaincue qu'elle pensait le moindre mot qu'elle prononçait. Elle était capable de tout, et c'était plaisant de l'envisager, vraiment.

Dea n'était plus alors seulement une jeune femme naïve et aveugle aussi bien physiquement que mentalement, elle était une femme désespérée et désespérément amoureuse, qui rêve à un amour que son objet ne lui accorde pas, à un désir dont elle dispose entièrement. Elle devenait alors à ses yeux un pantin dont elle détenait les fils. L'avoir à sa merci, c'était plaisant, bien sûr, mais Josiane ne comptait pas renoncer à Gwynplaine pour autant.

Josiane jaugea son interlocutrice de toute sa hauteur, de toute sa superbe, sans la moindre gêne, et ce même si son interlocutrice ne pouvait pas la voir. Elle espérait seulement qu'elle pouvait le sentir, et elle le croyait. C'était connu, ou en tous cas affirmé. Quand on perdait un sens, les autres étaient accrus, et elle voulait qu'elle éprouve son orgueil au-delà du voile noir déposé devant ses paupières.


"Crois-tu que tu aies quoi que ce soit à m'offrir qui puisse m'intéresser ?"
l'interrogea-t-elle avec mépris.

Il était certaines choses que Josiane emprunterait peut-être à Dea. La douceur, la beauté, la jeunesse... Mais rien de ces vertus, qui faisaient sa grâce et son incandescence, ne pouvaient être redistribuées à loisir.

Et pour ce qui était de ses possessions matérielles. L'homme qui rit était peut-être spectacle à attirer les puissants, elle en était la preuve, mais les Girardet restaient malgré tout ni plus ni moins que des saltimbanques. Elle n'avait rien à leur envier en termes de titres et de fortunes (elle pouvait encore le croire pour le moment, elle ne savait rien de qui était Gwynplaine réellement).

Alors il en faudrait plus pour la convaincre, même si une âme suppliciée, prête à tout pour la convaincre, satisfaisait largement son orgueil, cela ne suffisait pas à faire un marché.


"Rien de ce que tu possèdes ne m'intéresse, Dea. Ce n'est pas ainsi que tu vas me convaincre."


Et elle ne demandait qu'à se laisser convaincre, que voir la jeune femme mettre à ses pieds tout ce qu'elle possédait (tout sauf Gwynplaine, mais justement, elle ne le possédait pas), pour ensuite piétiner, écraser ses espoirs. Pour elle, ce n'était qu'un jeu. Elle ne renoncerait pas. Elle allait toujours au bout de ses ambitions. Et l'homme qui rit faisait partie de ses ambitions depuis bien longtemps. Elle l'oublierait et l'abandonnerait à son sort aussi vite qu'elle s'intéressait à lui, mais elle n'en éprouvait pas de scrupules. Cela faisait partie du jeu, tout simplement.

Oui, elle malmenait sans la moindre vergogne la pauvre Dea, ce parangon d'innocence qui ne méritait certainement pas d'être ainsi traitée. Et les scrupules, elle les abandonnait ailleurs, et pour de bon.
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Message#Sujet: Re: Dans la rivalité jamais on ne s'accorde ♠ Josiane   Mer 30 Déc - 15:57

Dans la rivalité jamais on ne s'accorde

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Ai-je quoi que ce soit qui susceptible d'intéresser mon interlocutrice. J'admets que j'en doute fort. Je ne sais pas grand chose de ma rivale, mais de ce que je devine de sa personne, elle possède tout, et beaucoup trop. Je ne sais pas à quoi peut bien ressembler mon interlocutrice, mais étant donné les regards que je ressens que Gwynplaine pose sur elle quand elle est dans son sillage, elle doit être absolument sublime, le genre de femme qui fait tourner la tête de tous les hommes. Elle possède cette beauté sensuelle qui éveille les passions charnelles quand ma beauté que l'on qualifie de lisse et de pure. Et elle est riche. C'est une duchesse. Elle a la noblesse et la réputation. On l'entend sans mal au ton de sa voix. Elle a le phrasé distingué de ces dames de la haute bourgeoisie. En somme, elle a tout, et elle peut tout avoir, je pense qu'un unique battement de cil lui a suffi à placer l'homme que j'aime sous son emprise. Et le pire, c'est qu'elle ne l'aime pas. Elle est seulement attiré par lui, par une laideur que je ne lui trouverais jamais même si je savais voir. Je la hais, je la hais tellement. Personne avant n'avait su éveiller tant d'animosité en moi. Ça me saisit, et ça me dépasse. J'ai presque honte de ma propre haine, mais je ne saurais lutter contre elle. Quoique je veuille, quoi que je fasse. La duchesse me confirme ce que je sais déjà, en vérité, je n'ai rien qui puisse l'intéresser, et pourtant, je lui cèderai volontiers le peu que je possède pour ne plus jamais la savoir de mon entourage. Oh, vraiment, si seulement. J'execre cette femme. Je me sens capable du pire pour qu'elle s'évade de ma vie une bonne fois pour toutes et de l'effacer de la pensée et de la mémoire de l'homme qui rit, et qu'elle arrive à faire sourire bien malgré moi.

-Je possède plus que vous ne le pensez. Bien des qualités qui vous manquent, par exemple.


C'est ainsi que je me défends, je déplore n'avoir trouvé aucune autre parade que celle-ci, malheureusement. J'aurais aimé... Cela étant, mon propos est véridique. Oh, elle possède bien des choses que je n'ai pas, c'est un fait. Mais toutes ces choses sont définitivement superficielles. Elle vit pour l'apparence, moi, je découvre l'âme d'autrui, j'ai la douceur, la pureté, la délicatesse... Que pourrait savoir mon odieuse rivale de toutes ces qualités-là ? Malheureusement, ce ne sont pas ces dernières qui vont ramener à moi l'homme que j'aime, il est lui aussi attiré par ce qui brille... et n'est pourtant pas d'or.

-Je les mettrai à votre disposition, si cela peut vous convenir.


Je ne vois pas de quelle manière elle le pourrait, mais je tente le tout pour le tout. Je fais avec ce que j'ai, en somme, et même si j'ai bien peu, peu m'importe. Cette femme est vénale et calculatrice, ce à quoi je ne pense pas, elle y songera peut-être. Et je suis capable de faire avec.

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Message#Sujet: Re: Dans la rivalité jamais on ne s'accorde ♠ Josiane   Lun 18 Jan - 14:55



-Je possède plus que vous ne le pensez. Bien des qualités qui vous manquent, par exemple.

La duchesse ne s'offusqua pas d'une telle remarque, même si il aurait peut-être été d'usage qu'elle le fasse. Une simple saltimbanque, une va-nus-pieds, et qui plus est handicapée de son état, venait tout simplement de l'arroser du plus profond mépris et de l'insulter copieusement. Si elle s'était trouvée face à d'autres, l'offense aurait sûrement été entendue comme telle, et Josiane n'aurait pas manqué de riposter comme elle savait si bien le faire, avec l'immense cruauté dont quiconque la connaissait la savait capable.

Mais le discours de la jeune et si innocente Dea avait le don de la distraire, et pour quelqu'un comme la duchesse, qui n'avait de cesse que de courir après de nouveaux moyens de palier à l'ennui, c'était une conversation parfaite, et les tensions sous-jacentes étaient juste l'expression singulièrement alléchante de tout ce qui faisait de son propos un met délicat, que sa gourmandise naturelle l'invitait à écouter sans vraiment songer à faire preuve de beaucoup de modération.

En plus, que reprocher directement à Dea ? À cette jeune ingénue ? D'avoir raison ? Car oui, elle avait effectivement raison, complètement raison. Oui, Dea possédait plus d'une qualité, même si la duchesse avait tendance à considérer ces qualités comme des défauts. C'est vrai, elle possédait bien des choses que Josiane ne se souvenait même plus d'avoir eu un jour, même si ce devait être le cas, dans l'enfance au moins, sans doute.

La pureté, la douceur, l'innocence, ces attraits qui la rendaient inaccessible aux yeux de tous y compris aux yeux de celui qui faisait l'objet de leur conversation, tout cela, la duchesse y avait renoncé il y a bien longtemps, en constatant que l'on obtient rien en incarnant cette pureté intangible. On devient un mythe. Un mythe ne peut se salir.

-Je les mettrai à votre disposition, si cela peut vous convenir.

Ah, là, il est certain que Déa avait réussi à capter l'attention de la duchesse, et comme il se doit. Comment utiliser cette pureté, ce diamant pur et brut que nul n'avait poli encore ? Elle n'avait pas d'idées dans l'immédiat, mais elle ne saurait pas passer outre cette information, ce serait faire preuve d'une naïveté qu'elle attribuait à Déa, pas à elle.

Elle la toisa du regard plusieurs secondes, dans un silence total. Elle réfléchissait à la façon d'employer au meilleur escient cette situation nouvelle. Cette option singulière. Ceci dit, elle avait toujours Gwynplaine dans sa ligne de mire, et trop à faire avec lui pour renoncer si vite.

"Ta proposition ne manque pas d'intérêt, il me faut bien l'avouer."
admit-elle finalement, dans le fin sourire qui se fit esquisse sur ses lèvres. Elle marqua une pause, ménageant son effet dramatique. "Mais je doute que cela suffise. Je vais néanmoins y réfléchir." Elle marqua une nouvelle pause. "Combien de temps m'accordes-tu ?"

Une stratégie qu'elle avait déjà adoptée à plus d'une reprise. Donner à l'autre l'impression d'avoir toutes les clés en main, alors même qu'il n'en est rien. C'était une stratégie bien souvent payante, au demeurant.

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Message#Sujet: Re: Dans la rivalité jamais on ne s'accorde ♠ Josiane   Lun 29 Fév - 11:51

Dans la rivalité jamais on ne s'accorde

Dea ♠ Josiane


Je retiens mon souffle, quand la duchesse remarque ce que ma proposition a d'alléchante. Et à forte raison, elle est alléchante. Quel diable serait insensible à la proposition d'un mortel, quand celui-ci lui offre ni plus ni moins que de vendre son âme ? C'est bien e que j'ai le sentiment de faire, oui, et en cet instant, je ne suis vraiment pas fière de moi. Je vois bien que je me corromps. Et c'est une sensation très désagréable. Elle m'assomme, elle me submerge, je deviens l'inverse de moi face à mon strict opposé. Il ne manquerait plus qu'elle gagne en douce candeur pour que l'on s'imagine que nous avons interverti nos visages, usurpé nos identités mutuelles. Mais le vile serpent en demeurera un toujours, quoi qu'il advienne. Je le ressens au plus profond de moi, et cela ne saurait faire le moindre doute tandis qu'elle me toise avec cette lueur désagréable dans le regard qui me rend coi, si mal à l'aise. Je n'aime vraiment pas ce à quoi je me rabaisse, c'est certain, surtout que jusqu'alors, dans la misère et dans la tourmente, j'ai tout de même toujours su conserver comme un précieux trésor ce don qu'aujourd'hui je cours le risque de me voir arraché. Ma dignité. Mais quel besoin de dignité aurais-je dans un monde sans Gwynplaine ? Quel besoin de vivre aurais-je dans un monde où il ne serait plus ? À quoi me servirait d'avoir une âme, si je ne peux la lui offrir, s'il abandonne la sienne en même temps que moi la mienne aux mains de cette sorcière. Ursus ne s'y est pas trompé. Ma vestale rousse d'interlocutrice est bien la pire des créatures existantes, si bien qu'il est difficile de croire qu'elle appartienne à la race humaine. Elle a du serpent tentateur qui plongea Adam et Ève dans l'abime toutes les morbides caractéristiques.

Et elle se joue de moi, cette traîtresse, cette ignoble. Je devine ce vil sourire naître sur son visage (si je ne vois pas, la moindre expression sur un visage dégage un souffle singulier, et dans un instant comme celui-ci, il ne saurait m'échapper), et je ressens le goût indécent et sombre du sadisme. C'est à elle, qu'on aurait dû détruire les lèvres, c'est sur elle que devrait être inscrite en grand sur un visage détruit la marque du diable. Elle et elle seule. Pas Gwynplaine. Dieu, ce que je peux la haïr ! Elle suggère d'y réfléchir. Je retrouve mon souffle, mais mon cœur, lui, s'emballe. J'ai peut-être gagné. Si l'on peut gagner contre Lucifer. Au moins, j'obtiens un gain de temps, la possibilité d'envisager qu'elle le laisse tranquille. Ce serait moi, alors, qu'elle tourmenterait au quotidien, d'une toute autre manière. Je suis prête à l'accepter. J'aime trop Gwynplaine pour ne pas l'accepter.

-Moins de temps que vous n'en désirez.
je réplique, soucieuse de lui prouver que je pose les conditions de marché, et qu'il doit être équitable. Je ne lui laisserai pas avoir le dessus, pas tant que je peux avoir un minimum de pouvoir sur elle. Même si je le devine ponctuel et infime. Une semaine, c'est tout ce que je vous accorde. Ensuite, nous nous reverrons, et vous déciderez.

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Message#Sujet: Re: Dans la rivalité jamais on ne s'accorde ♠ Josiane   Mer 9 Mar - 15:32



-Moins de temps que vous n'en désirez.


Si Josiane et Dea étaient aux antipodes l'une de l'autre, on pouvait tout de même leur reconnaître certains points communs, des points communs qu'elle trouvait assez délectables, en soi, car s'ils étaient des constantes chez la duchesse, ils ne se manifestaient que sous l'effet de la pression, de la contrainte, de l'amour, de la peur. De ces sentiments exacerbés chez la jeune femme et quasiment absents chez son aînée.

Ce qu'elles avaient de commun ? Une détermination certaine à obtenir ce qu'elles désiraient (à la différence que Josiane devait être bien plus exigeante et désirer bien plus que Dea qui, pauvre âme, ne voulait jamais que son cher et tendre Gwynplaine). Il y avait cette manière de manier les mots, aussi, qui donnait toute sa saveur à leur dialogue. Car oui, même s'il y avait de la menace dans la voix de Dea, Josiane, à l'heure actuelle, s'amusait follement.

Moins de temps qu'elle n'en désirait, hein ? Mais combien en désirait-elle, au fond ? Josiane elle-même n'en savait rien. Dans son impatience, elle n'aimait pas que le ton soit trop long, de toute manière. Josiane était seulement satisfaite de la verve de Dea, à qui elle voulut répondre qu'elle ne savait rien de ses désirs, pas même de la nature de ses désirs avec Gwynplaine... Qui n'avaient rien de conventionnels et qui se justifiaient d'une manière qu'un esprit aussi pur que celui de Dea n'avait sans doute pas l'envie de concevoir.

-Une semaine, c'est tout ce que je vous accorde. Ensuite, nous nous reverrons, et vous déciderez.


Une semaine, c'était bien assez pour que Josiane se décide quant à ce qu'elle pourrait bien faire de la proposition de Dea. Et qui sait ce qui pourrait bien se passer en une semaine avec Gwynplaine, également. Cette pensée élargit le sourire de son interlocutrice.

"Très bien, ça me semble être un marché honnête."


Comme si l'"honnêteté" était réellement susceptible d'appartenir au vocabulaire de Josiane d'Aurevilly, qui était la malhonnêteté incarnée ! Mais en l'occurrence, elle avait tout à y gagner. Et quoique Dea puisse en penser, elle avait tout à y perdre, pour sa part.

Elle toisa son interlocutrice de toute sa suffisance avant de reprendre la parole.


"Alors, je suppose que nous nous reverrons bientôt. Je vous dit à dans une semaine. À ce même endroit, à cette même heure."
Ainsi, même si Dea avait fixé ses conditions, Josiane se permettait d'avoir le dernier mot. "C'était un plaisir de parler avec vous."
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Dans la rivalité jamais on ne s'accorde ♠ Josiane
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