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 Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)

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Message#Sujet: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Ven 15 Mai - 11:42

Du ventre de notre mère au ventre de la terre


Courir, partir, fuir, fissa. Le plus loin possible pour pas qu'ils puissent le choper, le plus loin possible pour pas qu'ils arrivent à le coffrer. C'était bien parti, il avait pris une bonne disance, pas mal d'avance, et le garde qui lui filait au train se laissait distancer à chaque enjambée. Il était peut-être petit et pas bien vieux, c'est vrai, mais du coup, il avait de l'énergie et du souffle à revendre, comme pas deux. Quand on vit dans la rue, on court à coup sûr les trois-quarts de son temps, et le reste du temps, on se repose de quand on a couru. C'est une course sans fin, la vie, et si on fait des pauses trop longue ou qu'on fleure le point de côté, alors on est cuit. Mais il avait l'air tiré d'affaire. Les bonnes pièces de pain tendre qu'il avait dérobé sur l'étal du boulanger reposaient dans la poche intérieur de sa veste, et si Gavroche n'avait coupé que son appétit, qui était féroce, il y aurait déjà mordu à pleines dents, voracement. Il crevait la dalle. Y'avait pas un seul poulet qui pouvait espérer lui estourbir son bien, il aurait encore plus faim après cette séance d'endurance improvisée, et son repas aurait été largement mérité. Voler du pain c'est pas grand chose, mais on renvoyait des gamins comme lui à l'hospice pour moins que ça, alors il mettait toute son énergie pour échapper aux gardes, et à force de chercher à le distancer, il avait point trop regardé où il allait, et vite atterri dans un cul-de-sac. Toute la distance qu'il avait prise allait être récupérée. Il regarda rapidement autour de lui, traqua l'échappatoire. Son regard tomba sur une bouche d'égout. Voilà qui ferait l'affaire. Il s'engouffra dans l'interstice et referma le socle au-dessus de sa tête. Hop, disparu le gamin des rues ! Fallait espérer, maintenant, que le garde aurait rien remarqué.

Gavroche retint son souffle tout en examinant le décorum à rats autour de lui. Pas bien jouasse, comme décoration, mais bon, il avait déjà dormi dans pire au besoin. Il retint son souffle quand d'en bas il entendit les pas d'en haut. Le garde devait penser l'avoir imaginé, il l'entendit rebrousser chemin. Le gamin des rues put respirer. Autant que le permettait l'odeur pestilentielle des lieux. Pas l'idéal pour casser la croute, mais tant pis, il mourrait de faim. Il croqua dans son pain comme la misère se jette sur le monde : goulûment. Son festin entamé, il entendit comme des bruits de pas, qui claquaient contre l'humidité du sol ? Son poursuivant l'aurait-il traqué jusqu'aux bas-fonds de Paris ? C'était pas trop le genre de démarche propre au briscard, une démarche un peu plus aérienne, plus féminine. Et en effet, ce fut la silhouette d'une demoiselle qui se détacha dans l'ombre, une silhouette familière, même si la silhouette d'une soeur devrait l'être plus pour un frère dans une famille normale, qui n'est pas Thénardier.


"Ne serait-ce pas Ponine que v'là là ? Qu'est-ce que ma frangine vient manigancer dans les entrailles de Paname ?"


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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Mar 19 Mai - 16:56


Du ventre de notre mère au ventre de la terre
D

e Paris, depuis que les Thénardier - ou du moins les Jondrette selon les croyances publiques - s'y étaient installées, Ponine pensait bien avoir exploré les confins et les tréfonds, des beaux quartiers aux lieux les plus misérables, il y avait toujours fort à faire, des lieux idéaux pour trousser quelques richards, d'autres bien pratiques quand on avait la police montée aux trousses... Les égouts faisaient partie de ces lieux-là, qu'une donzelle de son âge, ou n'importe quel être humain d'ailleurs, ne devrait jamais avoir à visiter... et pourtant, combien de fois avait-elle déjà mis les pieds dans ces bas-fonds empestant la mort, répugnants, dégoûtants... ? Un nombre incalculable et tel qu'on pouvait tenir pour miraculeux le fait qu'elle s'en soit tirée sans quelques maladies virulentes qu'on pouvait aisément se choper dans ce genre de situations. Cette fois-ci, peut-être ?... Elle ne l'espérait pas, bien sûr, mais sait-on jamais. Que faisait-elle donc dans cet endroit ? Évidemment, elle ne l'avait pas choisi, mais le paternel avait insisté, pendant que lui-même était occupé à toute autre affaire. On appelait ça, partir à la pêche. Ou du moins, le père Thénardier l'appelait ainsi. Ponine, elle, appelait surtout ça remuer la crasse et les immondices... mais parfois, elle dvait bien reconnaître que c'était payant. Dingue, ce que tous ces bonnes gens pouvaient abandonner à la merci des égouts. Des bijoux, quelques piécettes, parfois, et à certains autres moments, même, des surprises d'une autre envergure. Enfin, cette fois, la pêche n'était pas franchement glorieuse, elle n'avait rien trouvé d'intéressant, et la seule pensée qui lui venait à l'esprit était qu'elle tuerait pour pouvoir prendre un bain, ce qui n'était pas prêt d'arriver. Fouinant autour d'elle, les yeux plissés à cause de l'obscurité, elle était affairée à sa tâche quand une voix la tira de ses obligations. Elle leva le regard, et il tomba sur Gavroche... Son petit frère, qui l'était surtout dans les faits, puisque le frère et la soeur n'avaient pas vraiment eu l'occasion de grandir ensemble. Ils avaient pour affinité, surtout, de truander à l'occasion et de savoir vivre misérablement.

-À ton avis ?
fit-elle à son frère, qui aurait sans doute très bien deviné par lui-même ce qu'elle faisait là, d'autant que, s'il n'avait pas juste été allé se planquer pour une raison ou une autre, il était là pour les mêmes raisons qu'elle. Faut bien survivre.  Elle ne lui retourna pas la question elle était déjà certaine de la réponse. Et puis, son regard venait d'être attiré par autre chose, qui accaparait à présent tout son attention. Tu m'en files un morceau ?

C'est qu'il avait l'air bien bon, et encore frais, ce quignon de pain, et rien qu'à le voir, son estomac faisait un sérieux remue-ménage, qu'Eponine avait du mal à ignorer. Elle avait faim, si faim. Même si elle était sûrement sa frangine plus en titre qu'en fait, il pourrait bien lui céder un petit morceau, non ? Ponine y comptait bien, en tous cas. Au pire, elle trouverait bien quelque chose à marchander en retour. La truanderie, ça restait une affaire de famille.






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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Mer 10 Juin - 1:00

Du ventre de notre mère au ventre de la terre


Faut bien survivre, qu'elle disait ! Fallait-il pas en entendre, des billevesées, de la bouche de celle qui vivait à peine, parce que tant qu'on est au crochet de quelqu'un, au crochet de ses parents, même, on ne vit ni ne survit, même, on se paye juste le luxe d'exister, qui avait même l'air d'être un luxe déjà de trop. Ponine s'en serait sûrement très bien sortie, seule dans les rues de Paris, sans les Thénardier parents pour lui bousiller la vie, même s'il faisait moins bon être une jouvencelle de son âge qu'un gamin parisien comme lui. Les gosses, sauf pour quelques dégénérés dont Gavroche avait toujours soigneusement évité le chemin, ça faisait pas un fond de commerce profitable pour les revendeurs de bonne chair... ou de chair rance... de chair qui se consomme, en tous cas.

Ponine n'avait sûrement pas été coursée par ces messieurs de l'ordre qui attendaient de le coffrer, donc si Gavroche devait deviner, et puisqu'il aimait les devinettes, il supposait que son aînée était coincée dans ce repère à rats et à excréments par l'opération de ce si cher Thénardier père, qui espérait qu'elle y dégotte quelque trésor revendable à celui qui n'aura pas l'odorat trop sensible, et qui tenait autant à sa fille qu'aux nuisibles qui couraient sous leurs jambes, mais toujours plus qu'à son fils (qu'à ses fils, mais ça, encore aurait-il fallu qu'il entende parler de ses deux cadets), qui devait être pour lui comme le parasite qui se loge dans les poils du nuisible. En attendant, c'était le nuisible des nuisibles qui avait ses chances de faire bombance, quand la pêche pour sa pauvre frangine, semblait bien veine, si bien qu'elle lorgnait sur son quignon de pain avec une insistance jalouse qui le mettrait presque au défi de ne rien partager avec elle, pour la peine. Eh quoi ! Avaient-ils déjà partagés quoi que ce soit, de toute manière ? À part un sang identique, ce qui en fait faisait déjà beaucoup.

"Eh quoi ! L'as-tu mérité autant que moi ? J'ai couru des lieues pour me planquer dans c'trou, crois pas que c'est pour partager avec ma soeur qu'a pas l'mérite. Sinon le mérite d'être ma soeur."
Il marqua une pause, son sourire espiègle sur le visage. "Tu trouveras peut-être un butin identique en continuant ta fouille. Quand y'a la faim, tout est comestible."

Pour tout dire, il n'était pas vraiment sérieux. Un gain durement acquis (quoi qu'il exagérait nettement concernant les lieues qu'il avait dû parcourir pour se terrer dans ces égouts inhospitaliers) méritait d'être gardé pour soi, ou partagé si contrepartie valable, mais bon, c'était Ponine. Ponine restait sa soeur, et elle avait l'air aussi affamée que lui. Oui, il la charriait, il allait pas se faire son festin du pauvre son son regard déconfit. Il savait être cruel, ça pouvait arriver, mais pas là et la avec elle. Du coup, il ne goûtait pas encore à son déjeuner. Il attendait la réponse d'Éponine, puisqu'il lui savait de la répartie.

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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Jeu 11 Juin - 18:50


Du ventre de notre mère au ventre de la terre
P

onine ne connaissait d'expérience que deux formes d'éducation (celles qu'elle avait entrevues de visu, comme l'éducation de gens de la haute, gavés de Voltaire, ou l'éducation comme celle dont avait profité son beau voisin avant de la renier en bloc, elle n'en savait pas assez pour en comprendre les dérives), celle de la rue, et celle des Thénardier. Elle avait, quelque part, été un peu aux deux écoles, puisque depuis qu'ils avaient quitté, ruinés comme pas deux, Montfermeil, pour jouer les Jondrette dans la capitale, cette-dernière avait modelé le rien d'esprit qu'elle possédait, à une image pas forcément flatteuse pour les bien-pensants, mais dont elle pensait tirer plus de bénéfices que tous les enseignements qu'avaient pu lui prodiguer les Thénardier, père et mère. À l'inverse d'elle ou de Zelma, Gavroche était un véritable enfant de Paris, elle avait été plus sa mère que sa propre mère, et il connaissait de Paname les recoins, les codes, les habitants, comme si c'était le fond de sa poche. Pour ça, Ponine avait quelque peu d'admiration pour lui. Il était haut comme trois pommes, et six ans les séparaient tous les deux (ce qui à leurs âges étaient l'équivalent d'une petite éternité), mais par moments, il lui donnait l'impression d'être, elle, la gamine, et lui le grand frère qui a de l'expérience. De l'expérience... ou un morceau de pain. La nuance est subtile, quand on a faim, de toute manière.

Elle décocha à l'adresse de son frangin la plus belle de ses grimaces quand ce dernier sous-entendit qu'il ne comptait pas partager son butin avec elle, et même, suggéra qu'elle cherche de quoi se sustenter parmi les immondices qui encrassaient les intestins de la capitale. Sans façon, merci bien pour elle. Ses maigres vêtements et sa peau qui s'imprégnait de tout étaient bien partis déjà pour empester sur plusieurs semaines, elle n'allait pas le prendre au mot.  Quand y'a la faim, tout est comestible. Certes. N'empêche que du pain frais, ça vous reste pas sur l'estomac, et ça vous cale l'estomac le temps qui va bien. Quand on ne mange pas beaucoup, on finit par se contenter de bien peu.

-Arrête de bavasser et file-moi à grailler.
répliqua-t-elle avant de saisir le pain entre ses doigts et d'en arracher un morceau d'un coup sec, qu'elle se fourra immédiatement dans le gosier pour pas qu'il le lui rechippe.

Il était peut-être beau parleur, son frangin, n'empêche qu'elle restait sa soeur, qu'elle le dépassait de deux voire trois tête, et qu'elle était affamée comme un beau diable. C'était pas beau, de faucher l'herbe sous le pied de son propre frère ? Oh bah... Elle pourrait bien avoir de la considération, hein, mais après tout, c'était autant un larcin pour lui que pour elle, qu'il devait à sa propre insolence. Et puis, elle lui en avait laissé presque la moitié. Qu'il n'aille pas se plaindre par dessus le marché. Elle ne comptait pas se défendre, elle était trop occupée à déguster. D'ailleurs, qu'est-ce que ça lui faisait du bien, là, tout de suite, de juste se nourrir !




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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Ven 3 Juil - 1:09

Du ventre de notre mère au ventre de la terre


Ça, pour sûr, Gavroche était un sacré bavard, de compétition, même. Il avait pas toujours le vocable qui va bien, mais dans tous les cas, il avait la rhétorique. On s'en sort mieux dans sa grande maison qu'est la rue si on sait faute de s'exprimer correct, au moins aligner les mots qu'il faut pour se faire entendre et tantôt appâter le chaland, tantôt négocier son pain... même si le pain, parfois, il suffisait de tendre la main pour qu'il vous atterrisse entre les doigts, et quand c'est le cas, ma foi, à quoi bon se perdre en trop de paroles et en simagrées. Alors d'accord, Gavroche bavassait beaucoup, pour reprendre le dialecte (si fleuri) de la douce Éponine qui aurait dû être belle si elle n'était pas née pauvresse, mais c'était une nécessité de caractère qui manquait peut-être parfois à la frangine. Enfin, non pas qu'il puisse se vanter très précisément de connaître le rythme auquel son aînée parlait et à quelle fréquence, il eût fallut qu'il la fréquente beaucoup plus pour cela, mais elle semblait plus prompte à lui arracher le pain des bras qu'à argumenter pour l'obtenir. D'ailleurs, c'est ce qu'elle fit. Le gamin des rues lui adressa une fraction de seconde de regard indigné avant de hausser les épaules. Un pain qu'on mérite pas et un pain qu'on savoure deux fois moins, et même si des années d'expérience de la famille, et pire encore, de la famille Thénardier, lui avait permis de se moquer des liens du sang comme s'ils étaient un débris collé à sa chaussure, il avait quand même l'ombre d'une affection pour la brave Ponine. Elle, elle était pas vilaine. Elle était née au mauvais endroit au mauvais moment. Quel quidam abruti pouvait lui reprocher une chose pareille ? Elle était maigre et affamée, notre sans-coeur en avait tout de même assez, par moments, pour pas lui reprendre le quignon qu'elle lui avait chouravé. Pour la forme, le regard indigné. Pour le reste... il connaissait pas compassion, totu de même ! Ne serait-ce que parce que c'était son fond de commerce.


"Y'a des façons polies de demander."
fit-il semblant de s'indigner encore.

Même s'il appréciait plutôt l'attitude de sa soeur, en vrai. S'il y avait bien une chose qui savait le débecter, c'était la charité. Les gens prostrés en mendiants en attendant que l'argent leur glisse dans la main. Y'avait quand même plus de mérite chez ceux qui se battaient pour obtenir leur dû, le négociaient, ou le volaient, certes, mais avec panache. Avoir du sang de Thénardier dans les veines, ça peut vous faire briller de malfaisance. Mais une malfaisance hautement justifier. Oh, et aussi, un Thénardier sait toujours réclamer la contrepartie de ce qu'il accorde. Pour ça, même si, dieu merci, son père ne l'avait jamais élevé (quand on voit le résultat), il lui en était resté un quelque chose de pas franchement honnête, et qui devait pousser les gens à vous être redevables.


"Tu me donnes quoi en échange ?"


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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Mar 7 Juil - 14:48


Du ventre de notre mère au ventre de la terre
A

h, parce que le frangin se souciait vraiment de la politesse, à présent ? Elle n'avait pourtant pas l'impression que c'était ce qui l'étouffait en temps normal. En même temps, Ponine se fichait pas mal d'être polie ou pas. Elle avait faim, le genre de faim qui vous tenaille et qui vous ferait presque tuer père et mère pour un quignon de pain (mais presque seulement, car malheureusement, les parents Thénardier étaient toujours vivants, et leur fille aînée n'était pas prête de leur écraser un couteau sous la gorge). Ponine ne songeait pas à répliquer à son petit frère, qui n'avait pas trop eu l'occasion de l'être tant ils s'étaient peu vus, tous les deux, elle voulait juste manger, manger et c'est tout. D'ailleurs, elle n'avait pas attendu après Gavroche pour planter avec entrain ses quenottes dans le morceau de pain, et elle l'aurait avalé tout rond sans piper mot si lui n'avait pas repris la parole, lui demandant ce qu'elle comptait lui accorder en échange. Elle le reconnaissait bien là, tiens. D'ailleurs, ils avaient sûrement cela en commun, tous les deux. Ponine parce que ses parents l'avaient éduqués comme ça, Gavroche parce que la rue lui avait donné ces enseignements : en ce monde, on a rien sans rien. Sauf que Ponine n'avait rien tout court, de toute façon. Qu'est-ce qu'on peut bien donner, quand on a pas le sous et rien d'autre que les guenilles qu'elle portait sur elle ? Certes, elle avait un toit sur la tête, mais pour le nombre de fois où Ponine avait envié la vie de son frangin, elle ne pensait pas qu'il veuille de ce bien là, et elle le comprenait tout à fait. Oh, si elle était né garçon dans l'indifférence totale de ses parents ! Sa vie aurait sans doute été beaucoup plus douce.

-Tu oserais quand même pas marchander avec ta propre soeur !
fit-elle mine de s'indigner.

Même si, évidemment, elle n'avait pas matière à s'indigner, au final. Il était biologiquement son frère, ça, c'était vrai et avéré. Mais l'on ne pouvait pas dire qu'elle considérait vraiment le petit Gavroche comme son frère. Un sorte d'instinct naturel la poussait à craindre qu'il lui arrive quelque chose, quoi que ce soit, mais elle était bien incapable de lui accorder la même affection que celle qu'elle adressait à Azelma. Mais tous les arguments étaient bons dans la circonstances. Pour sa part, elle acheva tout net son morceau de pain, toujours pas prête à rendre la moindre faveur à son frangin... même si elle avait voulu faire cet effort, d'ailleurs, qu'aurait-elle eu à lui accorder ? Elle ne voyait rien, dans tout ce qu'elle possédait, ou même dans tout ce qu'elle avait de capacités (eh si, elle en avait certaine, après tout, pas forcément celle que louait le commun des mortels, mais celles qui lui permettaient de vivre. Pour ne pas dire survivre).




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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Jeu 3 Sep - 23:47

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Y'a pas qu'une seule façon d'être honnête, et y'a pas qu'une seule façon d'être juste. C'est comme ça que Gavroche raisonnait, en tous cas. Pour lui, y'avait une morale à tous ses larcins et à tous ses délits. Il avait beau être haut comme trois pommes, et avoir l'âge qui va avec, il avait déjà une théorie avancée et installée pour tout et établie, aussi. Il pouvait voler un pauvre ère qui avait rien demandé à personne (mais qui n'était pas si pauvre pour la forme), il vous argumenterait pendant des heures en quoi son action n'était pas un préjudice. Gavroche était comme ça, il avait pas l'éducation, il connaissait pas les grands mots savants des lumières, mais il avait la rhétorique quand même, le franc-parler et la verve suffisants pour ne pas se débiner quel que soit son interlocuteur. Et là, comme en plus, il se trouvait face à sa soeur, il se sentait encore moins capable d'être arrêté par un quelconque sursaut de moralité, quel qu'il soit. De la morale, il en avait, mais c'était une morale qu'il s'était façonnée comme un grand, donc pas forcément celle que le plus grand nombre attend. En même temps, question morale, Ponine pouvait bien parler, hein, quand on savait ce que les Thénardier-filles faisaient au nom de leurs irrascibles géniteurs. Lui, de ce côté-là, il était tranquille, le gosse jeté qu'il était était en fait un gosse heureux. Les Jondrette, il s'en foutait. Et si Ponine était sa soeur, c'est pas pour autant qu'il lui devait de traitement de faveur. Il aurait même pu répliquer que sa soeur, c'était aussi sa mère, son père, son frère, et tous ses aïeux. Sa famille, c'était Paris, elle pensait vraiment pouvoir réaliser. Bon, cela dit, l'étrange pouvoir de la chair et du sang influait quand même sir le regard qu'il portait à la brave Ponine. Jamais il aurait pu l'ignorer ou la négliger. La faire tourner en bourrique, par contre, ça il pouvait, ça il savait. Et puis, quand même, c'était un peu sa spécialité. Fallait pas s'attendre à des miracles non plus. Les miracles, c'était l'affaire du bon dieu, lui il était sa créature-parasite, qui s'accrochait à la vie comme sa frangine à son quignon de pain.

"Eh si, que j'ose, et j'ai pas honte de l'dire. C'est pas du mérite, le sang. Le sang, c'est la facilité des puissants."
déclara-t-il dans un sourire mutin qui signifiait quand même qu'il n'allait pas se battre pour récupérer son bien, il avait quand même de quoi bien se satisfaire l'estomac. Puis il avait beau dire, il l'aimait bien, la frangine. Elle avait que la peau sur les os, si c'était pas malheureux. Si c'était possible qu'elle se remplume un peu, alors Gavroche était pas ingrat et insensible pour pas vouloir aider. "On ripaillera mieux au d'sus, tu crois pas ?"

L'air était nauséabond. Le garde à sa poursuite avait sûrement abandonné ses recherches, maintenant, ils allaient pas non plus remuer ciel et terre pour un simple morceau de pain (quoique le bon vieux Valjean dirait pas ça) ! Ils pouvaient bien retourner à l'air libre sans que ça leur cause trop de tort.





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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Sam 5 Sep - 22:27


Du ventre de notre mère au ventre de la terre
B

ien sûr, qu'il osait, et bien sûr qu'il oserait toujours, qui n'osait n'était pas Thénardier, et, parmi les Thénardier, Gavroche était encore un cas à part, qui osait plus encore que les autres. Il avait appris la débrouille en même temps que de naître, il savait combien c'était essentiel pour survivre, et donc, refuser un quignon de pain à sa propre soeur, il en était bien capable pour remplir son propre estomac. Pour autant, il ne lui reprenait pas des mains le pain qu'elle lui avait chapardé. Heureusement, l'appétit lui rongeait tout l'être, elle en avait vraiment besoin. Elle l'entendait à peine, d'ailleurs, quand il déblatérait sur ce que le sang avait peu d'importance pour lui. Pourtant, elle ne pouvait qu'abonder dans son sens sur ce point de vue. C'était une grande facilité que de mettre en avant les liens du sang pour faire valoir quelques légitimité que ce soit à obtenir des privilèges. Tenez, être la fille de ses parents ne signifiait pas qu'elle devait ou voulait à tous prix devenir comme eux, bien au contraire, et certains puissants faisaient valoir leur hauts mérites sous le prétexte qu'ils étaient les fils d'untel. Et puis quoi encore. Ainsi étaient désignés leurs rois (puis ils n'avaient plus eu de rois, puis un roi de nouveau, si cela ne s'appelait pas régresser), preuve qu'ils n'avaient pas le moindre mérite. Éponine n'entendait pas grand chose à la politique, même si elle aurait aimé, pour savoir intéresser le beau Marius, Gavroche en savait bien plus que lui, ça c'était sûr, mais c'était quand même une certitude qu'elle avait très nettement acquise. Ne réagissant pas à ces remarques-là, elle s'intéressa un peu plus à la suggestion qu'il fit ensuite. Sortir de là ? Ça, pour sûr, elle ne demandait que ça. L'odeur nauséabonde était de moins en moins supportable, et elle avait bien envie d'apprécier dignement ce qui serait sans doute son seul repas de la journée.

-J'crois bien que oui.
approuva-t-elle tout en hochant vigoureusement la tête.

Ni une, ni deux, elle fit marche vers la sortie, se doutant que Gavroche allait la suivre. Elle sortit de là par le chemin le plus simple selon elle, celui par lequel elle était entrée... Quoique la jeune femme n'était pas non plus experte, on ne pouvait pas dire qu'elle arpentait très fréquemment ces égouts, et tant mieux d'ailleurs, elle trouvait déjà qu'elle les arpentait bien trop. Elle huma une profonde bouffée d'air frais une fois à l'extérieur. Tout à coup, l'air de Paris lui semblait moins saturé. Son premier réflexe fut de prendre une grande inspiration, puis ensuite de croquer à pleine dent dans la miche de pain.

-Dieu, ça fait du bien par où qu'ça passe.


Elle ferma les yeux et avala une nouvelle bouchée avec tout autant d'appétit, mais sans pour autant jouer les morfales qu'elle était pourtant. Elle savourait en fait à petites bouchées pour mieux laisser son palais savourer la texture et le goût, même un peu entamé par les odeurs d'égouts, qui sait dans combien de temps elle aurait à nouveau du pain en bouche.




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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Mer 23 Sep - 23:35

Du ventre de notre mère au ventre de la terre


Comment avait-il développé l'instinct fraternel, quand il était né de parents qui n'avaient ni instinct paternel, ni maternel, pas avec lui, en tous cas (avec les deux frangines, ça se discutait) ? Gavroche n'en savait bigre rien, n'empêche qu'il se sentait concerné par le sort de Ponine, comme il se sentait concerné par le sort de Zelma, et quand il la voyait se nourrir à sa faim grâce à lui, malgré toute la résistance qu'elle avait opposé à la jeune femme, il était content d'avoir au moins fait sa journée, et un peu réconforté son pauvre estomac affamé. Il devinait bien que les Thénardier n'avaient pas beaucoup plus d'avantages que lui-même. Ils avaient un toit sur la tête ? La bonne affaire. Ce toit, c'était une belle prison, et justement une prison. En attendant, ils crevaient la dalle comme se devait de le faire n'importe qui du bas peuple. Et d'ailleurs, Gavroche avait faim, lui aussi, et croquer dans son pas lui donna l'impression de se revigorer, un bien pas possible. Elle avait bien raison, la brave Ponine, ça faisait du bien par où cela passait. Il était requinqué, près à courir les rues de Paname, et faire sa vie comme il le faisait toujours, c'est à dire qu'il la faisait comme il l'entendait, et sans se laisser dicter sa loi par personne. Pas de loi, non. Et pas de Dieu, non plus. C'est pourquoi la réplique de Ponine fit bien sourire Gavroche. Ça devait faire du bien, parfois, de croire quelque chose.


"Dieu y est pour rien là d'dans."
répliqua-t-il dans un sourire mutin. "Y'a pas plus d'Dieu que d'justice en ce bas monde."

Ça pouvait ressembler à un constat pessimiste, mais c'était faux. Gavroche se considérait comme à la fois optimiste et lucide, même si cela pouvait sembler complètement improbable et encore plus contradictoire. Gavroche ne pouvait pas croire en un Dieu qui laisserait les miséreux à leur misère, et les richards à leur richesse. C'était pas compatissant, c'était pas généreux, c'était pas ce dans quoi il voulait croire, comme il n'avait pas foi dans une justice qui envoie aux galères les voleurs de pain et laisse les escrocs parmi les puissants se repaître de leurs escroqueries. C'était pas comme ça qu'il voulait concevoir la vie. La religion, il avait rien contre ceux qui la pratiquaient, mais il préférait la philosophie, celle des lumières, celle qui justifiait tout, et trop, mais avec des arguments. Sa religion, sa loin, sa famille, son tout, c'était la rue, il y était comme né, il y grandissait, un jour il y mourait. Plus tôt que prévu ? Ouais.


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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Sam 26 Sep - 11:03


Du ventre de notre mère au ventre de la terre
M

anger à sa fin était un don réel auquel elle n'avait malheureusement que peu d'opportunités d'accéder, et elle en profitait avec délectation. Ce n'était certes pas un quignon de pain qui allait lui ravir l'estomac, ça allait plutôt lui ouvrir l'appétit, mais qui sait, elle risquait fort de ne pas manger grand chose dans les heures, voire dans les jours à venir, donc autant en profiter. Surtout que, puisqu'elle n'avait dégoté aucun trésor dans les égouts (les deux termes étaient décidément contradictoires), son paternel pourrait bien le laisser sur sa faim au moins aujourd'hui. À ce sujet, d'ailleurs, elle n'était pas bien pressée, vraiment pas, de rentrer chez elle (en même temps, elle ne l'était jamais, elle s'épargnerait vraiment une chose pareille, mais elle ne s'en sentait pas le choix. Suivre l'exemple de Gavroche, laisser ses parents, leurs parents, et courir les rues, c'était bien tentant, mais il ne faut pas se leurrer, ce n'était pas réalisable pour autant. Alors qu'elle se repaissait de son micheton de pain, elle écouta son frangin déblatérer religion et justice. Gavroche l'avait toujours impressionné, pour ça. Il était haut comme trois pommes, mais il avait déjà un avis très arrêté sur le monde et tout ce qui l'entourait. Était-ce un avis juste, ce n'était pas certain, soit, mais qu'importe, il se tenait à ses convictions aussi bien politiques que religieuses (surtout politiques, en fait), avec une telle conviction et une telle détermination qu'on pouvait bien aisément adhérer à ses dires. Gavroche était un porte-parole en miniature. La voix des miséreux que les gens de la haute faisaient mine de ne pas entendre, mais qu'il claironnait si haut et si fort qu'il était bien impossible de ne pas l'entendre, au bout d'un moment. Éponine l'entendait bien, en tous cas, même si, pour sa part, elle n'avait aucune conviction de la sorte. Elle se contentait de survivre au quotidien, et c'était tout, absolument tout.

-T'as toujours une opinion sur tout, toi.
plaisanta-t-elle doucement en lui ébouriffant la tignasse dans un geste tendre et fraternel, comme elle en avait rarement avec celui qui était pourtant son propre frère. Question d'éducation. Tu pourrais m'apprendre ?

L'idée avait surgi comme un éclair. Elle ne comprenait rien à grand-chose, vraiment. Mais souvent, elle avait envie de savoir et de comprendre, de pouvoir avoir une opinion sur la vie et sur les choses. Comme Gavroche. Comme Marius... Ne serait-elle pas d'un plus grand intérêt pour le bel étudiant si elle était capable de soutenir de ces conversations enflammées qu'entretenaient, aux dires de Louison, les amis de l'ABC quand ils se retrouvaient à l'arrière du café Musain. Peut-être qu'en découvrant en elle un esprit brillant (faute d'être aussi belle et désirable que pouvait l'être la jolie blonde du jardin du Luxembourg), elle serait moins transparente ?




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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Jeu 22 Oct - 19:52

Du ventre de notre mère au ventre de la terre


Gavroche avait une opinion sur tout, c'est vrai, et le gamin des rues n'en était pas peu fier. Il était impossible de rester complètement distant et impassible quand vous avez fait des rues votre maison, votre foyer. Vous voyez la misère du peuple de très près, et si vous n'avez pas un coeur en pierre, vous êtes obligés d'être sensible à tout ça. Et puis vous êtes une vraie cible, aussi. Gavroche, fruit total de la société, voulait forcément que ça bouge. Il avait pas le sous, il devait voler ou apitoyer pour gagner sa croute, alors, il avait ses rêves pour richesse, et ses rêves étaient plus grands et plus importants que le monde. Avoir des rêves, c'était forcément avoir des opinions, parce que Gavroche n'avait pas le rêve classique, Gavroche avait le rêve réaliste, il se disait que, avec de la foi et de la bonne volonté, on pouvait changer les choses. Ce n'était pas pour rien qu'il traînait très souvent dans les jambes de ces braves amis de l'A B C, ils allaient peut-être tous au casse-pipe, mais ils avaient des ambitions belles et louables, des ambitions pures et vraies, et c'était les rêves qui changeaient le monde, contrairement à ce que les gens de la haute prétendaient. C'était les rêves qui avaient fait la Révolution française, c'était les rêves qui avaient aboli la royauté autrefois. C'était les rêves qui l'aboliraient de nouveau, ou en tous cas, il fallait l'espérer. Le retour à la royauté était une abération totale, le peuple ne pouvait plus se leurrer après quelques instants de démocratie, elle n'avait pas été parfaite, mais Gavroche y avait goût quand même. Il afficha un air fier quand Eponine lui dit qu'il avait une opinion sur tout. C'était vraiment sa gloire et sa fierté. Immenses toutes deux. Et il voyait que sa soeur voulait se nourrir de ses connaissance, encore une façon de plus de gonfler sa fierté.

"T'apprendre quoi ?"
demanda-t-il, même s'il savait à peu près où elle voulait en venir. Avoir une opinion sur tout, c'était se rendre attentif à tout, mais la jeune femme partait de tellement loin ! Ce n'était pas de sa faute, ça non ! Pas de sa faute du tout. C'était de la faute de ses parents, de leurs parents (mais ils étaient plus ceux de la fille que du fils, quand même), ils avaient étriqué son univers et celui de Zelma, mais la curiosité de Ponine faisait le plus grand bien à entendre. Vraiment beaucoup de bien. Parce qu'il arriverait peut-être à l'émanciper de l'influence hostile de leurs géniteurs. "Y'a tellement à savoir pour juger d'tout. Y'a quelque chose qui te taraude plus qu'le reste ?"

Autant commencer par là, ce serait plus simple, ce serait plus rapide, et il saurait peut-être comprendre mieux de quoi il retournait, parce qu'elle ne posait sûrement pas cette question sans raisons.




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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Sam 24 Oct - 12:36


Du ventre de notre mère au ventre de la terre
L'

ignorance était le fardeau d'Éponine. Elle avait du monde un aperçu sinistre, celui que ses yeux avaient pu et su voir, mais cela était tout, elle n'avait pas la culture de ceux qui étudient, qui s'abreuvent de lectures sans cesse, et avec une application et une rigueur qu'elle ne saurait connaître. On ne lui avait donné d'éducation que celle de la misère et des déboires financiers. Elle aurait pu en ressortir enrichie, comme l'était Gavroche, car l'expérience de la rue est déjà une école très enrichissante en soi, seulement, elle avait était restreinte dans ses possibilités par des parents qui ordonnaient, et auxquels elle obéissait non sans réfléchir, mais mue par une crainte que rien n'avait jamais su effacer. Alors oui, le petit frère avait raison de s'interroger, Éponine n'avait pas la moindre idée de ce par quoi son éducation pourrait bien pouvoir commencer, elle aimerait seulement être un peu plus à l'image de son cher cadet, pouvoir afficher la force d'opinions qu'elle n'avait pas, elle n'avait qu'une capacité de jugement très limitée, et celle-ci la rendait insipide et inintéressante pour quiconque croisait son chemin. Elle était l'ignare, l'imbécile, la va-nus-pieds à qui la vie n'avait absolument rien accordé. Elle n'avait pas la beauté, elle n'avait pas le charisme, elle n'avait pas l'intelligence... Comment, alors, espérer que le beau Marius s'intéresse ne serait-ce que quelques instants à elle ? Si, au moins, elle avait l'une de ses qualités ? Pour la beauté, elle ne pouvait plus rien faire, même en s'apprêtant comme une duchesse, elle transpirerait toujours cette misère imprimée dans ses chairs. Elle aurait toujours la maigreur d'un squelette, la pâleur d'un cadavre. Pour la beauté, non, il lui semblait qu'il n'y avait rien à faire, elle était éteinte à tout jamais, mais peut-être pouvait-elle encore faire quelque chose pour ce qui était de son intelligence. Elle partait de loin, certes, mais elle avait soif d'apprendre. Elle voulait être de ces débats qui animaient l'esprit du bel étudiant quand il se rendait aux réunions des amis de l'A B C et devisait avec ses camarades de l'avenir de la France, elle voulait que, tout à coup, sa voisine soit plus qu'une voisine, et alors, les charmes de la beauté du jardin du Luxembourg avec lesquels elle ne pouvait pas rivaliser n'auraient plus l'ombre d'une importance. Car l'esprit vaut mieux que l'apparence, après tout.

-Parle moi du peuple, de ceux qui le défendent, de ceux qui se battent pour que les choses changent, des choses qui doivent changer, du mal qui a été fait, du mal qu'il faut défendre.
Elle marqua une pause, hésitante, autant aller jusqu'au bout de sa pensée, après tout. Louison m'a dit que tu assistais aux réunions du Musain, parfois. ajouta-t-elle, songeant qu'il comprendrait bien.




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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Lun 7 Déc - 20:47

Du ventre de notre mère au ventre de la terre

   Quand elle lui parlait de vouloir savoir les choses, cette brave Ponine avait visiblement une idée bien concrète dans la caboche. Le genre d'idées qu'il ne lui imaginait pas. Même les filles bien élevées bien éduquées oubliaient souvent de penser au peuple et à ce qui se tramait. C'était pas trop une affaire de femmes, en général. Elles pouvaient s'y intéresser, pour sûr, mais on leur rappelait bien vite quelle place il fallait qu'ils tiennent et ça s'arrêtait là. Rien de bien jouasse, rien de bien intéressant. Sauf que ça pouvait l'être pour Éponine. Ne pas avoir été élevée comme n'importe quelle autre fille pourrait bien lui servir, au final. Elle n'avait pas la même échelle de valeur, pas les mêmes priorités (même si les inflexions du coeur gagnaient toujours, mais en même temps, la gente masculine n'était pas mieux vernie, elle arrivait juste mieux à prétendre le contraire), et aussi, elle savait ce que ça voulait dire que de se battre. Sa vie, c'était un combat au quotidien, alors ça lui avait forcément forgé le caractère, c'est logique. Y'avait peut-être autre chose, aussi, un quelque chose qui lui échappait. Mais comme il ne savait pas quoi, il allait se contenter de ce qu'il était capable de comprendre, même si c'était quand même une vaste question. Par quoi commencer. Ce contre quoi on se bat ? Contre ce que l'on défend. Le plus important, c'est que l'on se bat pour la vie, qu'on fait tout pour la défendre, qu'on fait le maximum pour qu'un bonheur égal soit adressé à part égal à tous les hommes. Bref, la question, c'était juste de gagner une révolution qui avait l'air d'avoir foiré.

"C'est une bien grande et longue question que tu m'poses là, frangine. J'vais pas te rejouer le joyeux théâtre de nos amis politiquards, on a raccourci un roi, on a colporté des valeurs, puis y'en qu'on imaginé qu'on manquait d'rois. Alors ils en on r'mit un au trône."


Et les joyeux drilles du Musain, ils veulent juste que la Révolution serve à quelqu'chose. C'était drôle, quand même, qu'elle sache pour les réunions du Musain. Mais elle devait être l'amie de Louison. Louison, la petite laveuse de vaisselle. Très mignonne, très gentille, peut-être bien aussi fouineuse que lui. N'empêche, c'était vraiment ça qu'elle voulait savoir ? Ça l'amusait beaucoup, ce sursaut de conscience politique chez Ponine. Il ne pouvait s'empêcher de se demander d'où ça pouvait bien venir. Il serait sûrement déçu en sachant de quoi il retournait vraiment.

"Pourquoi toutes ces questions ? C'est bien qu'tu t'intéresses, mais c'est quand même une première !"


Enfin, elle faisait toujours tout ce qu'elle voulait, c'était même bien qu'elle s'intéresse, et même si c'était pour les mauvais motifs, il pouvait lui râbacher toute cette bonne vieille philosophie des lumières. Plus de gens prenaient conscience, mieux c'était. Gavroche, en tous cas, y croyait, lui. Un jour, le bon peuple de Paris se soulèverait, on bouleverserait l'ordre en place, et on oserait plus couronner la moindre tête. Parce que cette tête abandonnerait bien trop vite le corps qui va avec.

       
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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Mer 9 Déc - 16:32


Du ventre de notre mère au ventre de la terre
E

ponine savait bien que la question qu'elle avait posé à Gavroche était particulièrement vaste et qu'il ne devait pas être simple d'expliquer cela en quelques mots simples, surtout à une novice en matière comme l'était Ponine. Elle n'avait jamais rien entendu à la politique. Elle savait qu'on avait coupé à l'ancien roi sa tête, elle savait Napoléon sans rien savoir de lui, elle savait un nouveau roi au trône sans en penser grand chose. Était-ce bien ou mal ? Elle ne savait pas. Elle n'était pas sûr que, la concernant, cela ait changé grand chose. Certes, son père avait fait Waterloo, et il s'en vantait bien souvent, mais là encore, elle ne comprenait pas grand chose à ce qu'il pouvait bien lui dire, et elle était bien placée pour savoir qu'il valait mieux ne pas prendre son paternel trop au sérieux, sous peine de déconvenues sévères. Les trois quarts des mots prononcés par le père Thénardier étaient des mensonges éhontés. Elle devait faire le tri, parmi tout cela, mieux, elle devait faire un choix. Le choix était fait, au final, elle ne croyait qu'en elle-même et ne se fiait qu'à elle. Quoi qu'il en soit, elle ne pensait pas que la politique ait modifié en quoi que ce soit son sort. Certes, ils semblaient plus aisés et mieux portants du temps de l'auberge, mais la ruine de la famille ne devait rien aux sursauts rencontrés par la France, du moins le pensait-elle. Elle avait tout, tout à savoir, et si elle voulait savoir, les raisons en étaient futiles. Simplement parce que le beau Marius semblait épris de cette justice du peuple qu'il fallait qu'on lui explique en détails si elle voulait espérer comprendre. C'est ce à quoi Gavroche parut s'employer.

Elle devait bien le reconnaître, ses termes à lui savaient être parfaitement clairs, et c'était plutôt plaisants. Elle n'eut pas l'impression d'apprendre grand chose au final, mais le discours était animé d'une telle foi en ce qu'il fallait défendre qu'il fallait forcément se sentir concerné. La France se porterait mieux sans roi, il fallait donc renverser l'actuel du trône, ça semblait tenir à cela, et c'est tout. Au fond, Ponine trouvait le problème simple, et elle était surprise qu'il ne sache pas simplement se résoudre. Puisqu'on avait raccourci son prédécesseur, qu'est-ce qui empêchait de tout simplement recommencer ? Ils l'avaient déjà fait, après tout, mais une fois, elle n'était pas au courant de toutes les subtilités de l'affaire. Allons bon... Elle allait se contenter de ça pour le moment. Elle savait au moins ce que défendait son beau voisin, peut-être pourrait-elle lancer le sujet au détour d'une conversation, peut-être la trouverait-il ainsi plus intéressante qu'elle ne savait l'être à ses yeux.

-J'ai pas le droit de savoir pour savoir ?
répliqua-t-elle, rabrouant la curiosité de son cadet. Elle marqua une pause. En même temps, le sujet lui venait à l'esprit seul, et elle avait bien du mal à le garder pour elle. Tu connais Marius Pontmercy ?

Le ton qu'elle venait d'employer était bien trop innocent pour qu'il puisse l'être vraiment, au demeurant.




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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Ven 19 Fév - 0:35

Du ventre de notre mère au ventre de la terre

Elle avait beau ne pas avoir des parents bien jouasse, et avoir eu le droit à l'éducation qui va avec (et à laquelle Gavroche était bien content d'avoir échappé, il avait tendance à penser que Paris était une bien meilleure mère que celle qui l'avait mis au monde pour l'abandonner à la rue juste après), Ponine était loin d'être bête aux yeux de l'enfant des rues. Elle avait pas eu le droit à l'éducation qui va bien, celle qui fait les gens cultivés qui peuvent causer de Voltaire et de Rousseau dans les grands salons comme s'ils avaient tout compris à la substantifique moelles de leurs oeuvres, mais elle avait la rage d'apprendre et de comprendre, l'envie de mieux faire, l'envie de s'améliorer, une soif de comprendre qui distinguait les gens brillants des abrutis. Parce que ça voulait dire, pour Gavroche, qu'elle avait le désir de se tirer de la fange dans laquelle la vie l'avait mise, pas forcément pour fréquenter le beau monde, parce que ces gens là avaient d'autres défauts d'éducation, par contre, mais pour les comprendre, juste. C'était remarquable. Gavroche appréciait de lire cette détermination en elle. Au fond, Gavroche était fier qu'ils aient le même sang. Entre lui, Ponine, et Zelma, c'était difficile de se dire qu'ils avaient eu de tels rustres pour les élever (ou pas). Elle avait le droit de savoir pour savoir, c'est vrai, c'était même la meilleure base possible pour appréhender l'enseignement. Mais c'était vraiment tout ? On n'a rien sans rien dans la vie, c'est une de ses grandes leçons, de celles qu'on est bien obligé d'apprendre très très tôt. Il hocha la tête. Il allait même répliquer qu'elle avait d'autant plus le droit de savoir qparce que c'était pour savoir, sauf qu'une autre raison pointait quand même le bout de son nez, comme ça, insidieusement, mine de rien.


"J'le connais un peu, ouais."


Sans plus quand même. Disons que quand Gavroche allait zyeuter du côté du Musain et des amis de l'A B C, il lui arrivait d'apercevoir le jeune Pontmercy, et il savait aussi que c'était le voisin de Ponine. Et c'était quoi le rapport ? Elle s'intéressait à la politique parce qu'il s'y intéressait, c'est ça ? Gavroche espérait une autre réponse. Sa frangine valait mieux que ça quand même. Pas forcément mieux que lui, mais mieux que de se laisser tourner la tête par l'étudiant, qui devait à peine savoir qu'elle existait.

"Tu perds ton temps, avec lui, si c'est c'que j'crois."
ajouta-t-il alors, cassant potentiellement ses espoirs, mais il fallait bien qu'elle sache, à la fin. Même si c'était pas forcément drôle à entendre, et pas spécialement plus drôle à accepter.
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Message#Sujet: Re: Du ventre de notre mère au ventre de la terre (pv Ponine)   Sam 20 Fév - 12:14


Du ventre de notre mère au ventre de la terre
U

n peu. Il le connaissait un peu. Un peu ce n'était pas grand chose, quel que soit l'enthousiasme avec lequel la jeune femme se permettait d'accueillir cette maigre réponse. Et pourtant, un peu, c'était sans doute moins que ce que la jeune femme connaissait du beau Marius Pontmercy, qui après tout, était son voisin. Elle pouvait le croiser tous les jours, ils se côtoyaient de temps à autres. Oui, au fond, elle le connaissait sans doute mieux que son frère. Au fond, qu'est-ce que cela changeait ? Allait-elle le harceler de questions au sujet de son bel étudiant ? Elle ne se voyait pas aller à ces indiscrétions. Elle voulait simplement que le jeune homme comprenne où se situait son intérêt. Dans tous les cas, elle n'eut rien besoin de dire et d'expliciter, quoi qu'il en soit. Gavroche avait très bien compris. Elle crut même lire une lueur de déception dans le regard de son frère. Il aurait sans doute préféré qu'elle se découvre une conscience philosophique, morale et politique, mais non, elle n'était peut-être qu'une jeune fille comme les autres, au fond, naïve comme toutes celles de son âge. Et elle était amoureuse. Tombée amoureuse comme n'importe quelle fille de son âge. À la différence qu'elle pouvait d'avance avoir la certitude que ce sentiment ne serait jamais partagé, à aucun moment. Et visiblement, elle n'était pas la seule à le penser, car Gavroche, sans rien savoir de toute cette histoire, lui fit remarquer qu'elle devrait laisser tomber, que ses espoirs étaient vains, et qu'attendre quoi que ce soit du jeune homme était d'une absurdité sans nom.

-C'est tout ce que j'possède, du temps à perdre.
répondit-elle dans un soupir résigné.

Et c'était tout ce qu'elle possèderait jamais, par ailleurs, car elle était la mieux placée pour savoir que ses sentiments ne seraient jamais partagés, et que tout était vain... Oui, tout ce qu'elle possédait, tout ce sur quoi elle avait des droits et des possibilités (et encore), c'était son temps, sa vie. Et même là, elle n'était pas vraiment certaine que c'était la cas. Elle ne maintenait pas les rênes de sa propre vie. C'était quelqu'un d'autre qui en avait la charge. Son père, leur père. Celui auquel, elle, n'avait pas réussi à échapper.

-Encore que si j'rentre pas, j'suis bonne pour le ceinturon.
Et encore, elle y aurait droit sans doute, parce que si elle revenait avec l'estomac à moitié plein, elle revenait tout de même les mains vides, elle s'en rendait bien compte. Oui, il était temps pour elle de prendre la tangente. À la r'voyure, frangin. Et prends soin de toi.

Sans rien ajouter de plus, elle prit le parti de s'en aller.






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