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 Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)

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Message#Sujet: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Dim 26 Avr - 2:05

Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.


Il avait faim. Ignoblement faim. Il s'était réveillé avec le sentiment que son estomac était ignoblement tordu et compressé, il n'avait pas dû grailler depuis au moins trois jours, et les effets commençaient à s'en faire sérieusement sentir. Ce n'était pas la première fois qu'il jeunait si longtemps, fallait pas croire, d'ailleurs, s'il arrivait à se remplir la panse deux jours d'affilées, c'était bombance, mais ce n'était pas pour autant que la sensation était agréable. En fait, ce n'était pas le genre de choses auxquelles on pouvait s'habituer. On se faisait à l'idée de manger moins, ça oui (quoique pour manger "moins", il faudrait avoir l'occasion de se nourrir convenablement à certains moments, et c'était loin d'être son cas), mais la sensation de faim restait toujours ignoble et douloureuse, et il était grand temps qu'il y remédie. Il connaissait un endroit parfait pour ça, où on trouvait toujours quelqu'un à détrousser, que ce soit avec ou sans l'accord de la personne en question, en jouant ou non de ses quelques charmes enfantins, qui ne trompaient plus grand monde, en vérité, d'autant qu'ils étaient très vite contrebalancés pas cette vulgarité naturelle, certes attachantes, mais qui n'invitaient pas forcément à se montrer généreux envers lui. Pas grave, la générosité qu'on ne lui accordait pas, il savait la saisir au passage, comme on allège les bourses de ceux qui doivent en supporter un poids trop lourd, et qui peuvent bien se débarrasser de quelques piécettes beaucoup trop lourdes et encombrantes pour eux quand lui saurait en faire un bon usage.

Le meilleur des endroits pour cela ? Le marché, bien sûr. C'était là qu'on savait que les personnes présentes avaient forcément quelque chose sur eux, de quoi payer tous leurs achats, et puis, il y avait tous ces étals où on pouvait trouvé parfois de quoi grapiller en douce, et sans difficultés. Il s'était donc rendu sur une place où s'était installé un marché de grandes envergure. De par sa petite taille, il pouvait facilement se faufiler entre les jambes des passants, et passer presque inaperçu. Il sut chopper, l'air de rien, une pomme bien mure, et il y mordait avec délice alors qu'il cherchait la personne qu'il lui servirait de cible... Il jeta son dévolu sur un homme à l'allure singulière, le visage à demi-caché par un foulard, sûrement de quoi cacher un bec de lièvre ou une malformation disgracieuse du visage. Une bourse pendait au bout de sa ceinture. Gavroche flairait la bonne affaire... Il avait tort, au final.

À peine avait-il commencé à tirer sur la petite poche en cuir qu'il dût se rendre compte qu'elle lui opposait plus de résistance qu'il ne l'avait imaginé, le cordon était solidement attaché à la ceinture de l'homme, et sous ses airs d'être accessble à tout le monde, elle n'était finalement pas simple à dérober. Le gamin ds rues s'essaya à plusieurs reprises à son larcin, mais il n'arriva à rien, et au moment d'abandonner, il sentit le regard de celui qui aurait bien pu être sa "victime" se baisser sur lui. Le v'là bien.

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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Dim 17 Mai - 14:27


Ursus & Gwynplaine
Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.
Les Girardet avaient besoin d’acheter quelques petites choses au marché. Gwynplaine s’était proposé pour faire cette tâche, pendant qu’Ursus et Déa restaient là où ils allaient donner leurs représentations du soir. Il y avait quelques petites choses à mettre en place pour la représentation encore et c’était mieux pour Déa de ne pas s’aventure sur le marché bondé. Cela ne dérangeait pas le jeune homme de le faire seul, de toute façon il aimait bien se retrouver un peu seul ces derniers temps. Il aurait aimé éviter tout cela, mais il ne pouvait pas nier le fait qu’il y avait de la tension dans la famille. Cela venait de lui en plus, de lui et de la duchesse. Gwynplaine s’en rendait bien compte, mais il pensait avoir les choses en mains, il n’avait pas le sentiment de se perdre (comme le pensait sa sœur et son père d’adoption). Cela lui faisait donc du bien de faire un peu autre chose que de répéter la représentation du soir et de se retrouver un peu seul, même s’il devait subit la foule. Gwynplaine portait évidemment son foulard, il le portait toujours quand il n’était pas en sécurité dans sa roulotte ou sur scène. Ceux qui avait déjà vu l’un de ses spectacles connaissaient son visage, mais il préférait quand même le masqué. Il en avait trop honte, il en aurait toujours trop honte.

Gwynplaine marchait tranquillement parmi les étals, avant de s’arrêter devant l’une d’entre elles. Il observait les belles pommes qui s’y trouvaient et qui semblaient bien juteuse. Il était en train de se demander s’il ne pourrait pas en acheter, pour le repas du soir. Cela ferait sans doute plaisir à Déa, il l’espérait en tout cas. On ne pouvait pas dire que les Girardet roulaient sur l’or, ils devaient faire attention à leurs dépenses. Même si le spectacle marchait bien au point qu’ils puissent se produire à Paris, cela restait quand même du spectacle de rue. Ils ne gagnaient que ce que les spectateurs décidaient de leur offrir. La bourse du jeune homme était donc pleine de pièce, mais c’était ce qu’ils avaient gagné en une semaine entière de représentation. Il ne pouvait pas se permettre de faire des folies, mais des pommes cela n’allaient pas les ruiner.

Mais alors qu’il décidait finalement de les acheter, Gwynplaine sentit un mouvement à côté de lui. Quand il se retourna, il remarqua un jeune garçon qui était visiblement en train d’essayer de lui voler sa bourse. Rapidement, le jeune homme attrapa le poignet du voleur. Il était assez content d’avoir bien attaché la bourse familiale à sa ceinture, il aurait regretté de perdre tous cet argent.

« Qu’est-ce que tu fais là ? »

Il le savait bien sûr, il n’avait pas besoin de poser la question. Il ne savait même pas pourquoi il la posait au final, mais c’était la seule chose qu’il avait été capable de prononcer. Ce n’était vraiment pas le moment de se faire voler son argent, Gwynplaine avait eu énormément de chance.


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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Mar 26 Mai - 23:49

Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.



Peste ! Ça devait forcément arriver. Gavroche était malin, débrouillard, capable, et généralement, il arrivait à se faufiler comme un souris, qui croquerait le cordon de votre bourse sans que vous ayez remarqué quoi que ce soit. C’était là l’avantage d’avoir l’âge qu’il avait et la taille qu’il avait. On disait des petites gens qu’ils étaient incapables, mais on disait ça de façon trop évidente, sans se rendre compte du potentiel d’un petit bonhomme, qui vous court entre les pattes, se faufile et se défile avant même que vous ayez eu l’occasion de constater quoi que ce soit. Enfin. En temps normal. Pas cette fois. Cette fois, il se laissait prendre la main dans le sac. C’était le cas de le dire, d’ailleurs. Instinctivement, le garçon zieuta tout autour de lui, s’il se faisait choper à estourbir ces quelques bourses, c’était la pension, qu’il risquait. Au moins, il ne voyait pas le moindre poulet à l’horizon, il arriverait peut-être à s’en tirer blanc comme neige et en un seul morceau. Avec un peu de chance… Allez quoi, il avait beau vivre dans la rue, et profiter des bonnes comme des mauvaises gens sans jamais s’affilier ni à l’un ni à l’autre, il se pensait sacré veinard. Après tout, il aurait pu vivre comme ses deux soeurs, à la merci de ses Thénardier de parents. Et quiconque sait ce que c’est qu’un Thénardier sait qu’ignoble énergumène est un équivalent des plus appropriés. Il allait s’en tirer. Il fallait bien qu’il s’en tire. Il n’était pas fait pour vivre entre quatre murs, encore moins si ces murs avaient des barreaux. Il leva le regard vers l’homme qui, bien qu’il sache pertinemment quoi, l’interrogea sur ce qu’il s’apprêtait à faire. Drôle de bonhomme que celui-là, d’ailleurs. Le visage à moitié couvert par un sombre foulard qui mangeait ses paroles, même si compréhensibles. Celui-là devait avoir une tare physique à dissimuler… Un bec-de-lièvre, sans doute. Il le chopait au poignet. Il ne fallait pas espérer s’en tirer en prenant ses jambes à son cou. Bon, il avait d’autres ressources, après tout. Il causait pas toujours bien, mais il savait causer, malgré tout. Il allait bien trouver une parade. Et même si elle était moyenne, il pouvait mettre tellement de bonne foi dans le mensonge que, à la fin, on était bien obligé de le croire.


"Oh, je sais ce que vous pensez, Monseigneur."
Il l’appelait Monseigneur comme s’il s’adressait à un noble homme. Il devinait qu’il ne l’était pas, mais flatter l’égo du gentihomme, même quand il n’était pas gentilhomme, c’était un bon moyen de s’épargner ses foudres. Et il se les épargnait parfaitement bien. "Mais laissez moi vous rassurer fissa. J’ai vu le cordon de votre bourse proche de céder. Tenez, Monsieur, voyez comme il est fragile. Si j’étions pas intervenu, j’aurais pas donné cher de votre fortune. Et j’ai fait ça sans mauvaise pensée, foi de Gavroche ! C’est qu’il faut bien savoir s’entraider, M’sieur."

Le chaland n’allait pas le croire. Mais il mettait toutes ses ressources au profit de son mensonge fragile.

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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Dim 21 Juin - 13:10


Ursus & Gwynplaine
Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.
Gwynplaine avait senti quelque chose au niveau de sa bourse et n’avait pas mis très longtemps avant de se rendre compte qu’un petit vaurien était en train d’essayer de le voler. Quand il prit la parole, il ne s’attendait vraiment pas à ce que le gamin réponde. Ce qu’il était en train de faire était parfaitement évident. Est-ce que le comédien pouvait vraiment lui en vouloir ? Pas vraiment non, lui aussi avait eu une enfance rude et il avait parfois dû voler ou mentir pour manger. Comme quand Ursus vendait des potions soit disant miraculeuse, alors qu’elles n’avaient au fond aucune vertu. Les Girardet avaient une vie plus honnête depuis qu’ils avaient mis en place ce théâtre de rue dans lequel ils jouaient tous les soirs. Cependant, même si Gwynplaine pouvait se montrer compatissant avec le garçonnet qui avait tenté de lui dérober sa bourse, il n’avait aucune envie de se laisser voler. Cet argent, ils l’avaient gagné honnêtement et ils en avaient besoin pour vivre. Que le petit démon aille voler des personnes plus riches que lui. Visiblement, Gavroche (puisqu’il semblait que cela soit son nom) avait l’espoir de s’en sortir en ne manqua pas de dialogue. Sans rien dire, mais sans pour autant lâcher la pression sur le poignet, Gwynplaine écouta le discourt du petit Gavroche. Il avait soit disant vu le cordon de sa bourse proche de céder et donc il ne cherchait qu’à sauver sa fortune. Après les mots de l’enfant, Gwynplaine laissa un instant le silence planer entre eux avant de reprendre la parole.

« Tu me prends pour un sot petit ? » Encore une fois, la question qu’il posait n’attendait pas vraiment de réponse. Il était incapable de croire les paroles de cet enfant. « Va voler plus riche que moi, tu gagneras rien avec moi. »

Il gagnera sans doute plus que ce qu’il avait déjà en sa possession, mais Gwynplaine se doutait que Gavroche pouvait tirer bien plus de chose d’une autre bourse dans les parages. Si le gamin volait une autre bourse, cela ne le concernait clairement plus et Gwynplaine ne ferait même pas preuve de compassion pour la personne volée. Il savait parfaitement que dans le monde, on n’avait pas rien sans rien. Sauf quand on avait la chance de naître avec une cuillère en argent (et encore, il ne savait pas qu’il était l’exception à la règle), et qu’on avait grandi dans la noblesse. Ces personnes n’étaient pas vraiment méritantes de leurs fortunes et pourtant, elles les possédaient bien et ne se privaient pas de s’en servir.

« Mais si tu veux mon avis, tu devrais essayer de te reconvertir. Tu vas finir par t’apporter des ennuis. »

Sur ces mots, le comédien lâcha le poignet du jeune garçon. Il ne pensait pas qu’il allait de sitôt tenter de voler sa bourse et dans tous les cas, Gwynplaine avait l’intention de se montrer bien plus prudent. Déa et Ursus comptaient sur lui pour revenir avec de la nourriture.

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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Lun 6 Juil - 22:38

Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.


Le prendre pour un sot ? Ça non. Gavroche ne savait rien de celui qu'il avait essayé de trousser, il ne se permettrait pas d'avance de l'imaginer idiot. Mais s'il devait courir après les idiots pour se mettre du pain sous la dent, il aurait fort à faire. Il préférait, et de très loin, courir de manant en manant et récupérer ce qu'il pouvait dans leur poche. C'est sûr que son excuse n'était pas bien plausible, mais il faisait ce qu'il pouvait, il ne pouvait pas se contenter de répliquer qu'il avait bien été pris la main dans le sac, et au sens propre, et craindre de voir les représentants de l'ordre rappliquer, qui eux se fichaient bien qu'il crève la dalle et gagne sa croute comme il le pouvait, faute de pouvoir le faire de façon honnête. Bon, au moins, le type au visage à moitié dissimulé, ce qui lui donnait un peu l'air d'un brigand d'ailleurs, n'avait pas l'air de vouloir lui tenir rigueur. C'était l'avantage de n'être encore qu'un gosse, on s'attirait souvent un peu plus de sympathie de la part du citoyen lambda. Pas forcément masse de sympathie, mais assez pour pas être transféré fissa à l'hospice. Il fallait qu'il vole plus riche. Comme si les plus riches se laissaient détrousser si facilement. Il valait mieux s'en prendre à ceux dont on peut atteindre la fortune sans se confronter à un mur de banquiers. Puis il n'avait pas l'air franchement à plaindre, ce type. Il avait l'air assez propre, il y avait moins de trous à ses vêtements qu'aux siens, il pouvait se permettre d'avoir une bourse parce que l'argent qu'il gagnait n'était pas immédiatement dépensé. Il devait avoir un toit sur la tête, et rien que cela faisait de lui un type à la situation pas trop à plaindre.


"Des ennuis, m'sieur, un gamin qui court les rues de Paris et qu'a pas d'parents, ça en a à chaque heure d'la journée."
Et c'était vrai, les gamins parisiens même les plus attentionnés et honnêtes seraient forcément qualifiés de voyous. En même temps, on pouvait pas vraiment blâmer la police, parce que de mémoire de gamin des rues, Gavroche avait jamais vu le moindre de ses "frères" survivre en versant dans le légal. "J'ai tout Paris pour maison, je suis sûrement plus riche que vous. Croyez pas que j'attends après la compassion des gens d'la haute ou après leurs poches."

Le gamin était débrouillard, sa philosophie de vie, c'était plutôt celle-là : on trouve toujours une solution, même quand la situation a l'air désespérée, même quand on a rien l'impression de pouvoir attendre des autres, même quand on se faisait prendre en flagrant délit de vol, et surtout, il ne fallait jamais s'attendre à ce que cette aide vienne de quelqu'un d'autre, et plus la personne était riche, donc susceptible d'aider son prochain, moins il fallait s'attendre à ce qu'elle se bouge même le petit doigt. Plus on a d'or en banque, plus on s'atrophie des auriculaires.


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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Lun 3 Aoû - 16:27


Ursus & Gwynplaine
Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.
Gwynplaine se trouvait bel et bien en face d’un voleur, mais comme il n’était qu’un gosse, il ne pouvait pas s’empêcher d’être moins sévère dans son jugement. Ce n’était qu’un gamin qui avait faim et qui se débrouillait pour trouver de quoi gagner son pain dans les rues de Paris. Mine de rien, Gwynplaine pouvait quand même comprendre sa situation. Même si quand il était gosse à son tour, il n’était pas resté seul à se débrouiller sans personne pendant très longtemps, il avait quand même passé de rudes épreuves. Trop rudes pour un enfant de bonne famille, mais ça il l’ignorait encore pour le moment. Effectivement, le fait que ce gosse soit un gamin des rues le poussait déjà à avoir des ennuis de base. Mais ce dernier ne semblait pas trop mal prendre sa situation. Il affirmait même qu’il était plus riche que lui, parce qu’il avait tout Paris comme maison. Gwynplaine se demandait ce que cela faisait de grandir dans les rues de la capitale. De son côté, cela ne faisait pas longtemps qu’il était à Paris. Il avait grandi à la campagne, en compagnie d’Ursus et de Déa.

« Ca ressemble à de la fierté mal placé de ne rien attendre de la haute. »

Gwynplaine ne pouvait évidemment pas prendre la défense des personnes de la haute, il voyait bien qu’ils n’étaient pas les plus généreux. Mais ce n’était quand même pas une mauvaise chose de vouloir leur prendre un peu de piécette pour vivre. De son côté, le comédien appréciait encore plus quand il voyait des « riches » donner de l’argent pour ses représentations et ce n’était pas pour rien qu’il était à ce point attiré par la duchesse. S’il savait, il comprendrait peut-être son attirance particulière pour le haut du panier, pour la haute société.

« T’as qu’à te trouver des parents. » Gwynplaine n’avait techniquement aucune raison de donner des « conseils » au gamin, dont il ne connaissait pas le nom au passage, mais puisqu’il était là pourquoi pas. Après tout, ça lui changeait un peu des conversations redondantes qu’il avait avec les membres de sa famille. C’était peut-être facile à dire, mais Gwynplaine le pensait vraiment. Ce gamin n’avait qu’à se trouver des parents pour s’éviter les ennuis, comme lui l’avait fait à l’époque où il allait mourir dans la neige en compagnie de Déa bébé. Il avait eu surtout énormément de chance. « Tu t’appelles comment ? »

Et oui, après tout Gwynplaine ne connaissait même pas le nom du gamin. Ce n’était pas non plus une information capitale, le jeune homme s’en remettrait si jamais il ne le savait jamais. Mais il était curieux et il avait envie de connaitre le nom de ce petit qui avait essayé de voler des sous de sa bourse, sans succès heureusement. Ce n’était pas contre lui, mais l’homme qui rit avait gagné honnêtement cet argent et il n’avait pas envie de le voir se perdre dans la nature. C’était l’argent pour le repas de la famille.

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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Mar 22 Sep - 1:08

Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.


De la fierté mal placée. Parce qu'il ne cherchait pas à satisfaire l'égo des puissants et à entrer dans leurs bonnes grâces ? Ça le faisait bien rire, tiens ! Bon, Gavroche était quelqu'un de fier, ça c'était sûr, et il fallait une bonne dose de confiance et d'assurance pour se débrouiller dans les rues de Paris sans se faire écraser par le premier venu. Mais sa fierté pouvait bien être mal placée quand il la crachait au nom des puissants, c'était pas pour autant qu'il avait l'intention de s'arrêter un jour. Parce qu'il méprisait chacun de ces gens de la haute, qu'avaient que la naissance pour mérite, et qui se permettaient de toiser le bas peuple comme s'il grouillait de vermiceaux. Très peu pour lui que de s'acoquiner avec ces gens là, sauf si c'était pour leur estorquer deux-trois sous au passage, qui ne leur manquerait pas, de toute manière. Apparemment, tous les deux, ils n'avaient pas la même façon de voir les choses, mais on méprise peut-être moins les plus riches quand on est un peu moins pauvre, même si ce n'était pas de grand chose. Gavroche ne lui répliqua rien, il l'écouta juste continuer, lui dire qu'il ferait mieux de se trouver des parents. Ah oui mais ça, très peu pour lui, aussi. Un père et une mère, il en avait des bien vivants, et si avoir des parents, ça signifiait avoir ces vieux Thénardier, il était bien mieux tout seul.


"Oh, mais j'ai un père et une mère."
Contrairement à ce qu'il avait dit plus tôt, mais pour ce que ses parents faisaient pour lui, ils pouvaient tout aussi bien ne pas exister, il s'en porterait bien mieux comme ça. Et ses soeurs aussi, d'ailleurs. "Et j'les échangerai toujours contre Paname. Contre tout l'or de c'te terre et contre toute la gloire des rois qu'ont pas encore été raccourcis." Il ne donna pas plus de détail sur ses parents. S'y attarder trop, c'était déjà leur accorder beaucoup trop d'intérêt, ils n'en méritaient pas du tout. "J'm'appelle Gavroche. se présenta-t-il comme on se présenterait à un roi, dans une légère et ironique courbette. Et vous, comment qu'on vous interpelle ?"

Ce n'était vraiment pas dans ses habitudes de se taper la causette avec un type qu'il venait tout juste de pigeonner, mais il valait certainement mieux ça que d'avoir la flicaille à ses trousses après avoir été dénoncé. Puis, ce type le rendait quand même bien curieux, Gavroche avait bien envie d'en savoir plus. Sur lui, qui devait pas avoir une histoire banale, ses paroles, son apparences, en disaient déjà bien long.


"Vous avez quoi, au visage ?"


Il ne portait pas ce foulard juste pour se donner des allures mystérieuses, pas vrai ? Peut-être que cette partie cachée dissimulait un secret hideux, et Gavroche aimerait bien en savoir plus. Le petit avait toujours été d'un tempérament curieux, même s'il savait quand il fallait arrêter de l'être, toujours un peu trop tard.




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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Lun 19 Oct - 14:37


Ursus & Gwynplaine
Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.
Cette conversation durait étrangement plus longtemps que ce qu’elle aurait dû. Puisque Gwynplaine avait attrapé le gamin la main dans le sac, il aurait simplement pu se contenter de passer son chemin. Il n’aurait pas pris la peine de le dénoncer pour autant, le jeune homme savait parfaitement ce que cela faisait d’être en manque d’argent. Et si aujourd’hui, les Girardet gagnaient honnêtement leurs vies, cela n’avait pas été le cas toujours. Quand Ursus vendait ses potions soit disant miraculeuse, il arnaquait surtout les personnes crédules qui se trouvaient sur son chemin. Il n’allait donc pas en vouloir de trop à ce gamin qui piochait dans les bourses des passants afin de se nourrir comme il le pouvait. Mais pour autant, il n’avait aucune intention de le laisser le voler quand même. Cet argent était ce qu’ils avaient gagnés honnêtement et ils en avaient besoin, on ne pouvait pas dire que la famille roulait encore complètement sur l’or (cela viendrait peut-être si la pièce qu’ils jouaient prenait encore plus d’ampleur). Gwynplaine ne savait pas trop quoi penser de celui qui se faisait appeler Gavroche, qui se disait orphelin mais avec quand même deux parents. S’il avait des parents, le jeune homme ne comprenait vraiment pas pourquoi il ne vivait pas avec eux (il aurait tout donné pour connaitre ses parents lui, même s’il aimait Ursus comme son propre père et qu’il était heureux d’être comme son fils). Il ne chercha cependant pas à comprendre plus, il y avait peu de chance qu’il y arrive de toute façon. Du moins, pas sans en savoir bien plus sur la vie de ce gamin.

« Gwynplaine. »

Répondit-il simplement, toujours derrière son foulard, quand Gavroche lui demanda son nom. Il ne prit cependant pas la peine de faire la révérence comme le gosse, qui semblait avoir vraiment l’art de la mise en scène. Il ne fit pas de remarque sur ce détail, puisque le gamin ne manqua pas d’aborder un sujet que Gwynplaine aurait aimé éviter. En même temps, il aurait dû s’en douter qu’il allait mentionner son foulard et le fait qu’il cachait son visage à moitié. Les gens avaient toujours tendance à se montrer curieux à ce sujet.

« Une cicatrice. » Il ne voyait pas l’intérêt de mentir au jeune garçon à ce sujet, après tout ce n’était pas un secret en soit. Gwynplaine cachait surtout son visage afin d’éviter de s’attirer des ennuis, des regards étranges et il laissait les autres imaginaient ce qu’il voulait au sujet de sa bouche. La plupart imaginait simplement qu’il avait un bec de lièvre, comme bien d’autre. Alors que son sourire devait être unique en ce monde. Gwynplaine sourit d’ailleurs, même si cela ne se voyait pas, avant de reprendre en se penchant et baissant sa voix, comme s’il confiait un secret à celui avec qui il discutait. « Le diable a pris possession de mon corps et quand il est partie, il m’a laissé son sourire. »

Oui bon, pour le coup il mentait, mais il trouvait ça amusant. Ça lui rappelait ses débuts de comédien avec Ursus, quand ils se concentraient sur son sourire avant de complètement entrer dans une grande pièce de théâtre.

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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Ven 13 Nov - 0:14

Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.


Ainsi, il s'appelait Gwynplaine. Ça, pour pas être commun, c'était pas commun, comme nom. Mais très bien, même tant mieux. Comme ça, il ne risquait pas de l'oublier. Même s'il n'aurait sans doute pas oublié cet homme étrange au visage à moitié recouvert d'un foulard dont il n'avait pas réussi à dérober la bourse. Mais qui sait, leurs chemins seraient peut-être amenés à se recroiser, et Gavroche, qui aimait avoir des yeux et des oreilles partout, appréciait de savoir de qui on causait quand la conversation s'orientait sur l'un ou l'autre hurluberlu. Là, au moins, si le nom de Gwynplaine arrivait jusqu'à ses oreilles, il n'y avait pas la moindre chance pour qu'il le confonde avec un autre. Curieux, Gavroche n'avait pas pu s'empêcher de se demander ce qu'il essayait de cacher derrière ce foulard, à moins qu'il refuse de respirer l'air parisien, ou encore qu'il ait un vilain bec-de-lièvre à masquer. D'après son interlocuteur, ce n'était ni l'un ni l'autre, au final. Le diable avait pris possession du corps de ce brave type, et lui avait laissé un sourire-cicatrice sur le visage. Gavroche s'amusa, avec un sourire, de cette remarque. Gavroche avait beau vivre dans la jungle citadine, et apprit à grandir plus vite que son âge, il aimait bien les histoires fantastiques, de celles qu'un père ou une mère auraient dû raconter à son chevet avant qu'il ne s'endorme, s'il avait eu un père ou une mère vraiment dignes de ce nom. Mais évidemment, il n'avait pas la crédulité d'y croire. Quand on supportait le sang, la crasse, la douleur et la misère à longueur de temps, forcément, on avait pas trop le temps de rêver. Si on voulait un monde meilleur, on se battait pour. Pas d'autres choix.

"J'crois pas au diable, pas plus qu'en Dieu."
répliqua-t-il sans perdre son sourire pour autant, parce qu'il trouvait toujours ses traits d'esprit amusants, finalement, heureusement qu'il ne l'avait pas détroussé, il aurait été dommage que leurs conversations soient plus courtes, ils étaient même susceptibles de bien s'entendre, tous les deux, en vérité. "J'peux voir ?"

C'est que ça le rendait curieux, cette histoire de cicatrice. C'était peut-être un baratin du même acabit que ces histoires de diable et de possession, mais le garçon était curieux, et pour ne pas mourir bête, il espérait bien savoir ce qui se cachait sous ce foulard. En espérant, pour le coup, que ce ne soit pas juste un bête bec de lièvre. Ça lui apporterait rien, concrètement, mais si tout ce qu'on fait ou tout ce qu'on demande devait trouver son bénéfice, Gavroche serait le gamin le plus riche de Paris, et même de toute la terre. Y'avait pas à chipoter, pour l'instant c'était pas du tout le cas.




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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Mer 9 Déc - 13:10


Ursus & Gwynplaine
Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.
Visiblement, sa petite histoire de diable ne pouvait pas vraiment faire grand-chose à Gavroche. Même si le gamin se mit à sourire à sa remarque, la trouvant sans doute amusante, il ne manqua pas d’affirmer ensuite qu’il ne croyait pas au diable et encore moins à Dieu. C’était une vision des choses. Gwynplaine devait bien avouer qu’il ne savait pas vraiment s’il devait y croire ou non, il avait d’autre chose à penser pour le moment. Mais quand il affirmait que le démon avait pris possession de son corps en affichant son sourire, il ne pouvait évidemment pas faire autrement que plaisanter. Cela lui rappelait ses débuts avec Ursus, quand ils avaient commencé à inventer des histoires pour gagner de l’argent. Activité qui s’était révélée bien plus fructueuse que celle de vendre des (fausses) herbes médicinales. Ce n’était pas pour rien qu’ils avaient continué et qu’ils en étaient arrivés à monter le spectacle de l’homme qui rit. Gavroche ne croyait donc pas à son histoire, soit ce n’était pas comme s’il avait vraiment voulu être sérieux au fond. Cependant, il aurait bien aimé ne pas entendre le gamin demander ensuite à voir son visage. Il aurait mieux fait sans doute de se contenter de l’histoire « classique » en affirmant qu’il avait un bec de lièvre. Ainsi, il n’aurait sans doute vu aucun intérêt à vouloir voir son visage.

C’était que Gwynplaine n’avait aucun souci pour plaisanter et se jouer de sa cicatrice sur scène, mais c’était complètement autre chose quand il n’était pas en train de jouer un rôle. Ce n’était pas pour rien qu’il sortait constamment avec son foulard, il n’avait aucune envie que les personnes qu’il croisait posent un regard sur sa cicatrice. Il aurait donc très bien pu prendre la décision d’envoyer balader Gavroche, afin de ne pas lui montrer le bas de son visage, mais il hésitait. Après tout, cela ne lui demandait pas grand-chose de permettre à ce gosse des rues d’assouvir un peu sa curiosité, qu’il avait en plus alimentait avec son histoire de diable.

« D’accord. »

Dit-il alors dans un soupire, acceptant donc de faire cette faveur à Gavroche. Il ne savait pas vraiment pourquoi il continuait cette conversation avec le gamin, mais en même temps ce n’était pas non plus vraiment désagréable. Enfin, le jeune homme tira donc sur son foulard, le baissant au nouveau de son cou afin de découvrir sa bouche et son sourire. Il ne souriait pas, mais il n’y avait aucun besoin de ça pour que son visage affiche le « sourire ».

« Satisfait ? »

Lui demanda-t-il avant de remettre son foulard sur le visage, pour que les regardes des autres personnes autour ne s’attardent pas dessus. Il avait quand même vraiment un souci avec le regard des autres quand ils ne se trouvaient pas sur scène. Il n’y avait que son père adoptif et la duchesse qu’il autorisait vraiment à l’observer sans artifices. Déa aussi bien sûr, mais elle ne voyait rien de toute façon. Elle avait simplement le privilège de pouvoir toucher son visage.

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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Mer 10 Fév - 0:14

Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.

L'inconnu qu'il n'avait pas réussi à voler aurait très bien pu refuser d'accéder à sa demande que Gavroche n'aurait pas eu grand chose à dire (même s'il aurait forcément insisté), parce qu'il avait essayé de lui voler sa bourse, justement. Mais il se montra très conciliant, et il accepta d'accéder à sa demande. Le gamin des rues écarquilla de grands yeux ronds en découvrant le "sourire" de son interlocuteur. C'était une cicatrice horrible dans le prolongement de ses lèvres, à droite et à gauche. C'était plutôt impressionnant. Même Gavroche, qui n'était pas si facilement impressionnable (parce qu'il en avait vues, des choses, en vivant dans la rue), était sous le choc, et la grimace mi horrifiée, mi amusée qu'il afficha, en disait vraiment très long. Gavroche ne répondit pas tout de suite, se contentant de fixer la visage de Gwynplaine comme s'il avait vu un mirage. C'était vraiment très impressionnant. Il siffla, d'ailleurs, de surprise... Sans que la surprise soit forcément bonne ou mauvaise.

"Ça, c'est juste incroyable."
dit-il sans modérer ses éloges, parce que c'est qu'il le pensait vraiment.

Du coup, il était d'autant plus curieuse de savoir comment il avait pu se faire cette cicatrice. Même si la théorie du diable était fascinante et amusante, Gavroche n'y croyait pas, mais on ne naît pas avec le visage défiguré, en tous cas pas défiguré de cette façon. Il devait y avoir une lame de couteau, tranchante et aiguisée, pour être passée par là, sinon, il ne voyait vraiment pas comment c'était possible. Il songea à lui poser la question tout net, il n'aurait pas craint d'être mal poli, ou pas à sa place. Il était à la place qu'il s'accordait à lui-même, c'était une de ses philosophies de vie, alors pour ce que ça pouvait bien lui faire.

"Vous devriez pas porter c'foulard, z'êtes bien plus intéressant sans."
ajouta-t-il. Et il le pensait. C'est sûr que sans son foulard, il avait de quoi faire fuir les foules, mais c'était quand même triste, de devoir sans cesse cacher son apparence. Sa difformité faisait peut-être de lui un monstre de foire, mais il avait au moins le mérite de ne pas être comme tout le monde. "Au pire, c'que disent les gens, ça vaut pas tripette."

Mais ce sourire violent, lui, il pouvait bien valoir de l'or. Mais en fait, il en générait déjà, c'est juste que Gavroche ne le savait pas. Le théâtre, c'était le cadet des soucis du gamin des rues, alors l'homme qui rit, il n'en avait jamais entendu parler, et il ne savait pas du tout qu'il l'ôtait, ce foulard, et même devant des foules, pour que les foules s'en amusent et s'en moquent.

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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Ven 11 Mar - 18:30


Ursus & Gwynplaine
Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.
Gwynplaine ne savait même pas pourquoi il avait accédé à la requête du gamin qui avait tenté de voler sa bourse, mais il l'avait fait. Il avait retiré son foulard afin de montrer au voleur son sourire du démon. Evidemment, ce n'était pas vraiment le malin qui avait décidé de s'en aller de son corps en lui laissant son sourire, mais c'était une "belle" histoire quand même. Visiblement, le jeune Gavroche fut bien surpris en découvrant son visage. Gwynplaine n'était pas vraiment étonné de sa réaction, bien au contraire, il avait l'habitude. C'était comme ça à chaque fois qu'il montrait son visage et mine de rien, il le montrait quand même assez souvent. Le jeune garçon affirma haut et fort, après avoir sifflé, que c'était incroyable. En effet, Gwynplaine voulait bien le croire. A force, le jeune homme s'était quand même habitué à son sourire et n'y prêtait pas autant garde. Bien sûr, c'était ce sourire-là qui avait tendance à gâcher un peu son existence, parce qu'il était incapable de croire qu'il puisse être digne de Déa, mais il n'était plus surpris en voyant son visage. Et certain ne l'était plus en effet, maintenant qu'il était devenu un peu célèbre avec le théâtre. Gavroche était surpris, ce qui était évident parfaitement normal. Le contraire l'aurait bien plus étonné au final, même si ce n'était pas entièrement plaisant de voir ce genre de réaction sur le visage des personnes qui découvraient pour la première fois son visage. Même s'il en avait l'habitude. Gavroche réagit cependant d'une manière que Gwynplaine ne s'y attendait pas, il lui affirma qu'il ne devait pas se cacher derrière un foulard. C'était bien la première fois que le jeune homme entendait ce genre de conseil. Certes, le comédien voulait bien croire qu'il était plus intéressant sans son foulard - la preuve en était de la réussite de l'Homme qui rit - mais ce n'était pas pour autant une raison pour lui de se promener dans la rue sans son foulard. Il ne le retirait que quand il devait monter sur scène, c'était déjà pas mal. Gwynplaine n'envisageait pas une seule seconde de se promener sans son foulard sur le visage.

« Qu'est-ce que tu en sais ? » Demanda-t-il au jeune garçon quand ce dernier affirma que ce que les autres pouvaient bien penser ne valait pas grand-chose. En effet, Gwynplaine voulait bien le croire, mais quand même. Ce n'était pas évident d'entendre des remarques de personne qu'on croisait, alors qu'on avait décidé de simplement se promener. Qu'est-ce que ce gamin pouvait bien savoir des remarques qu'il recevait en plus. « Je le retire bien assez en plus. »

Après tout, Gwynplaine passait la plupart de ses soirées sur scène sans son foulard sur le visage. Il savait bien qu'une grande partie des spectateurs se moquait de lui, mais ce n'était rien. Le plus important, c'était qu'ils parviennent à toucher le monde avec les histoires d'Ursus et le jeu d'acteur de Déa et lui-même.

« Si tu faisais un tour vers ma scène de théâtre, tu me verrais sans mon foulard. »

C'était une sorte d'invitation oui. En soit, Gwynplaine ne se cachait pas tant que cela. Bien sûr quand il se promenait dans la rue, il ne montrait pas son visage, mais cela ne l'empêchait pas de le montrer quand même par moment.

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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Mar 12 Avr - 0:58

Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.

D'accord, d'accord, Gavroche en savait rien, des remarques que lui adressait le commun des passants, mais c'était pas pour rien qu'il portait ce foulard sur sa tête, pas vrai ? S'il le faisait, c'est qu'il pensait avoir quelque chose à cacher. C'est parce qu'il n'avait pas envie d'être jugé. C'est comme ça que le gamin des rues interprétait les choses. Il n'en savait rien, mais il n'était pas complètement bête non plus, ou en tous cas pas plus bête qu'un autre. Bon, l'homme lui disait qu'il enlevait bien souvent son foulard. Alors là, maintenant, c'était une exception. Bon, après, ça le regardait. Ce qu'il décidait de faire ou non de sa face défigurée, c'était son problème, après tout. Gavroche se permettait une réflexion, mais il était habitué, comme pour toutes les réflexions qu'il était habitué à faire, qu'on ne l'écoute pas, qu'on ne prenne pas sa parole en compte. C'était son lot quotidien, à la vérité.

Les gens n'aimaient pas s'entendre donner des conseils par un gosse souvent crade, avec une dent en moins. Mais Gavroche s'en foutait totalement, il n'allait jamais se retenir de dire ce qu'il pensait, il était fier de sa liberté d'acte et de parole, il n'avait pas du tout envie de la museler. Après, le monde se divisait en deux. Ceux qui écoutaient et ceux qui ignoraient. Ah, il y avait ceux qui se prononçaient, aussi. Gavroche était de ceux-là, il avait comme dans l'intuition que son interlocuteur aussi, appartenait à cette catégorie bien spécifique. Tous les deux étaient en tous cas de beaux parleurs, même si Gavroche, de son côté, n'avait pas le vocabulaire.


"J'vais jamais au théâtre. J'ai assez d'la vie pour m'donner du spectacle. Le théâtre, ça distrait la haute et ça laisse le bas peuple sur le bas côté."


Il n'avait pas deviné que son interlocuteur faisait du théâtre, mais il trouvait l'idée amusante, il avait tiré parti de son handicap, comme Gavroche tirait parfois parti de son jeune âge. Ils avaient vraiment beaucoup en commun, oui. N'empêche que c'était vrai, il avait une vision réductrice du théâtre. Il y voyait une distraction pour riches qui avaient du temps à perdre et l'ennui pour compagnie. Gavroche, lui, n'avait jamais le temps de s'ennuyer. D'un autre côté, il se demandait quand même de quelle manière la balafre de Gwynplaine serait mise en scène.

"Mais j'srais curieux de vous voir sur scène."

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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Mar 17 Mai - 12:22


Ursus & Gwynplaine
Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.
Gwynplaine n’était pas spécialement étonné d’apprendre que Gavroche n’était pas du genre à aller au théâtre. Non pas que le comédien pense que les pièces de théâtre soient réservés seulement pour la haute société et non pas pour les personnes du peuple ne puissent pas en profiter, mais le jeune garçon qui se trouvait sous ses yeux ne semblait pas être du genre à venir voir les spectacles même de rue. Et puis, en toute modestie, Gwynplaine savait que l’homme qui rit avait quand même une certaine notoriété. Quand on passait dans le coin, on ne pouvait pas vraiment passer à côté de son spectacle. Cela signifiait donc que Gavroche n’avait pas dû passer à côté de la scène de l’homme qui rit. Gwynplaine ne put s’empêcher de sourire un peu à la remarque de du jeune garçon – même si ça ne se voyait pas forcément au vu de la cicatrice de son visage – il n’avait pas tort quand il affirmait que le théâtre c’était surtout pour la haute société, afin de les distraire. Les personnes comme eux, plus précisément comme le gamin, n’avait pas besoin du théâtre pour cela, il suffisait simplement qu’il regarde dans la rue. Mais il y avait une grande différence entre les spectacles dans les belles scènes de théâtre, dans des beaux bâtiments, avec des comédiens payés une fortune et de magnifiques costumes et le spectacle de rue.

« Si tu veux me voir, tu peux facilement me trouver. » Répondit-il alors, quand Gavroche affirma qu’il était curieux de le voir sur scène. Gwynplaine devait bien avouer qu’il aimait bien l’idée que le gamin vienne le voir sur scène, pour qu’il puisse constater qu’il ne se contentait pas seulement de cacher son visage. Il le faisait dans la rue, parce qu’il n’avait pas envie de se confronter aux dires des autres en dehors de la scène de spectacle. Au fond, Gwynplaine savait qu’il ne devrait pas vraiment se préoccuper de ce que les autres pouvaient bien penser de son physique, mais il n’y parvenait pas de toute façon. « Je me produit dans la rue, tu n’as qu’à chercher l’homme qui rit et tu me trouveras. »

Autant dire que Gavroche pouvait aisément venir voir la pièce de théâtre. Ce n’était pas comme s’il avait besoin de payer une place ou autre, c’était parfaitement gratuit. Les Girardet gagnaient leurs vies des dons que les spectateurs faisaient quand ils avaient aimé la pièce et l’histoire qu’ils racontaient. C’était des revenues un peu aléatoire, mais ils s’en sortaient bien quand même. Bien mieux que s’ils avaient continué dans la lancée d’Ursus, à vendre des potions qui n’avaient aucun vrais effets.

« Tu verras, ce n’est pas juste de la distraction pour les gens de la haute. »

Pas juste lui, parce que ça faisait aussi partie du jeu. Après tout, quand la duchesse venait voir le spectacle, le jeune homme appréciait vraiment de la distraire. Il n’y avait d’ailleurs plus qu’elle qui comptait quand elle venait.

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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Lun 27 Juin - 23:02

 
Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.

Gavroche avait généralement mieux à faire que de regarder les gens fanfaronner sur une scène ou une estrade. Il disait pas que le théâtre était forcément une mauvaise chose, il pensait juste qu'il n'était peut-être pas assez cultivé pour le comprendre. Lui, c'était rien qu'un mioche, un enfant des rues qui se débrouillait très bien dans ce qu'il faisait, ça c'est sûr, mais qui y connaissait rien à la langue de Molière et autre Corneille, alors souvent, le théâtre, ça le laissait sur le bas côté. Ceci dit, son nouvel ami (peut-être une drôle façon d'appeler un homme qu'il avait essayé de voler il n'y a pas si longtemps, mais Gavroche n'avait pas ce genre de scrupules, et ils étaient passés au-dessus de ça, maintenant, peut-être qu'à force de lui faire des ronds de jambe, il arriverait quand même à extorser quelques sous à son interlocuteur, en plus) l'intriguait pas mal. Il se demandait de quoi pouvait bien parler les spectacles dont il était l'acteur, et quel accueil le public pouvait bien réserver à un estropié comme lui. C'était pas pour déranger Gavroche, cette grosse balafre, mais s'il devait être constamment moqué et la pièce se changer en humiliation et en lynchage publique, le gamin ne savait pas si c'était le genre de chose qu'il aimerait. Mais dans tous les cas, pour se faire une idée des choses, il faut vivre ces choses. Ça c'était bien quelque chose que la vie dans la rue lui avait apprise. Alors oui, quand il en aurait l'occasion, il irait voir l'homme qui rit, puisque ça avait l'air d'être le nom du spectacle.

"L'homme qui rit, c'est ça l'blase qu'on vous donne ?"
Gavroche ne put s'empêcher de rire un peu, pas tant par moquerie que parce qu'il trouvait quand même cette appellation délicieusement cruelle, y'avait pas à dire. "D'accord, j'viendrai." confirma-t-il en relevant la tête. Il était curieux de savoir quel public assistait à ce spectacle. Il espérait quand même qu'il y ait des gens de la haute dans le lot, parce que quitte à rejoindre ce genre de réjouissances, il espérait bien pouvoir dégotter un petit pactole en conséquence. Il lui suffirait de fouiller deux-trois poches, et l'affaire était réglée. Si le public était riche, c'était quand même sacrément mieux. "Enfin ça dépend, faut payer ?"

Qu'il soit payant ou pas, c'est pas ce qui l'empêcherait de voir le spectacle, mais ça pouvait l'aider à se faire une petite idée du public qui allait l'attendre. Autrement, ça n'allait pas retenir de jeter un œil à tout ça. Parce que ce ne serait pas la première fois qu'il s'incrusterait dans un endroit payant sans débourser un sou. Il était malin, il était petit, il pouvait bien se faufiler partout, ce n'était pas du tout un souci pour lui.

       
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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Mar 26 Juil - 18:24


Ursus & Gwynplaine
Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.
Gwynplaine aurait pu prendre mal le fait que Gavroche se mette à rire en apprenant le nom de son spectacle, mais ce n’était pas le cas. Il en fallait quand même beaucoup plus pour vexer le jeune homme, même si certain sujet était quand même beaucoup plus délicat. Mais le nom de la pièce qu’il avait monté avec sa famille n’était pas l’un de ces sujets où il pouvait se sentir vexé. En grande partie parce qu’il avait pris part à ce nom, quoi que ce dernier était quand même une idée d’Ursus et que ça lui collait à la peau depuis un long moment maintenant. Il avait l’habitude, il savait bien que ça avait un côté un peu ironique. Mais cet enfant qui avait eu le diable au corps, avant de le voir disparaître en laissant son sourire, c’était un peu sa marque de fabrique quand même. La première fois, avec Ursus, où ils avaient utilisé son sourire comme moyen de gagner de l’argent. Et à part de là, les potions de l’homme avait semblé bien fade à côté de ce qu’ils gagnaient avec le spectacle. Même si, bien sûr, ils ne roulaient pas sur l’or non plus. Du moins, pour le moment, parce que les prochaines révélations que Gwynplaine allait avoir sur sa vie, n’allait pas manquer de lui prouver qu’une bonne fortune l’attendait quelque part. Gavroche trouva donc son nom amusant, mais Gwynplaine ne fit aucune remarque à ce sujet, se contentant d’adresser un léger sourire (qui n’était jamais vraiment léger chez lui) quand le garçon affirma qu’il viendrait. Sans vraiment savoir pourquoi, le jeune homme avait bien envie que le garçon des rues prenne la peine de venir voir sa pièce. Même si ce dernier avait été à deux doigts de voler sa sacoche pleine de pièce, il lui faisait quand même une bonne impression. Il n’avait aucune idée de ce que ça pouvait donner ensuite, mais pour l’heure le gosse des rues lui plaisait bien. Gwynplaine se permit de rire à son tour quand le jeune garçon lui demanda alors s’il fallait payer.

« Ça ira, tu n’as pas besoin de payer un sou. »

Ce qui était le cas oui, parce qu’il pouvait très bien venir voir le spectacle sans débourser la moindre pièce. Même si, bien sûr, les Girardet faisait quand même des spectacles dans le but de gagner leurs vies. Ce n’était donc pas pour rien qu’ils jouaient sur scène, mais ils comptaient sur les donations que les spectateurs donnaient. Ce qui, par moment, pouvait montrer très haut. Gwynplaine n’allait donc pas demander à Gavroche de payer. A quoi bon de toute façon ? Cela se voyait qu’il ne roulait pas sur l’or, puisqu’il avait tenté de prendre le sien.

« Si tu veux, tu n’auras qu’à rester manger avec ma famille ensuite, je te les présenterais. »

En soit, Gwynplaine n’avait pas vraiment de raison de faire une telle invitation au garçon des rues, mais c’était bel et bien ce qu’il était en train de faire.

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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Mer 7 Sep - 0:00

Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.

Donc l'homme qui rit pouvait vraiment rire. Rire pour de vrai. Ce n'était pas toujours qu'une marque sur son visage et de la tristesse au-dedans. En tout cas, Gavroche était convaincu d'avoir vraiment fait sourire, et même mieux, sourire son interlocuteur à l'instant. Il ne savait pas si ça arrivait souvent au jeune homme, mais le gamin des rues décidait de croire que non, parce qu'il trouvait assez agréable de penser que son interlocuteur puisse se dérider (au sens figuré du terme, hein) grâce à ses simples talents. Étant donné la manière dont leur conversation avait démarré, le garçon n'aurait vraiment pas parié sur le fait que tous les deux finiraient par trouver un terrain d'entente et même à être capable de plaisanter ensemble, mais c'était apparemment le cas. Pour cause, il lui plaisait bien, ce théâtreux à la face défiguré qui avait quand même le mérite de s'assumer et qui se faisait du beurre sur la superficialité des bonnes gens qui voyaient les apparences mais n'allaient pas pour autant chercher plus loin. Gavroche était cordialement invité à assister à son spectacle, et le plus beau dans tout ça, c'est qu'il n'aurait pas à débourser le moindre sou. À partir de là, la garçon considérait qu'il serait totalement stupide de ne pas accepter cette proposition, de ne pas saisir l'opportunité au vol. Vivre des opportunités, c'était un peu son lot quotidien, après tout, c'était son mode de vie, comme ça qu'il avait grandi et appris à vivre, alors l'idée lui plaisait bien, tout comme celle de rencontrer la famille de son interlocuteur. Surtout si ça lui permettait de manger à l'oeil.

"Un peu, que j'le veux !" affirma-t-il, avec un vrai enthousiasme comme on n'en invente pas, parce qu'il était vraiment motivé par cette idée, quoi qu'on puisse en penser. Il avait dans l'idée que ça pourrait être un moment et des rencontres intéressants. "Elle a l'air bien, vot' famille", ajouta-t-il avec beaucoup de sincérité et presque de l'admiration, parce que des familles unies, sans secrets, et sans reproches (mais il n'était pas dans leurs vies pour voir que leur vie n'était pas toujours si facile que ça), il n'en connaissait pas des masses, et ce n'était pas en tout cas en balayant devant sa propre porte qu'il en découvrirait plus. Sa famille, plus loin de lui il s'en trouvait, mieux il se portait. Même si ses frangines n'y étaient pour rien là-dedans, et qu'il les trouvait même assez sympathiques. "Vous avez une sacrée chance."
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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Lun 7 Nov - 21:59


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Le sourire de l’homme qui rit s’agrandit quand Gwynplaine entendit Gavroche affirmer, avec un grand enthousiasme, qu’il avait envie de rester manger avec la famille Girardet après le spectacle. Au moins, on pouvait dire que le gamin savait se montrer enthousiasme, mais ça c’était surement parce qu’il avait la possibilité de manger gratuitement. En soit, Gwynplaine n’avait pas vraiment pour habitude d’inviter quelqu’un à partager leurs repas, mais il devait bien avouer que Gavroche lui faisait bonne impression. Même s’ils n’étaient pas forcément partie du bon pied à la base, puisque le gamin avait tenté de le voler. Au final, leur conversation avait vraiment pris un autre tournant. Le sourire de Gwynplaine se fit encore plus grand quand Gavroche mentionna sa famille, affirmant qu’elle avait l’air bien. Le jeune homme ne pouvait que confirmer qu’elle était bien. Oh, comme toute famille, ils avaient des soucis et le jeune homme avait parfaitement conscience que la plupart de leurs soucis venaient de lui. Mais d’une manière générale, Gwynplaine n’avait vraiment aucune raison de se plaindre de sa famille, bien au contraire. Il ne serait absolument rien sans elle, ce qui n’était pas le cas de tout le monde (comme le gosse qui se trouvait sous ses yeux après tout). Il considérait donc, effectivement, qu’il avait de la chance. En même temps, s’il n’avait pas croisé la route d’Ursus, il ne serait pas là aujourd’hui.

« J’ai énormément de chance effectivement. » Dit-il, en réponse aux propos de Gavroche. Il considérait vraiment qu’il avait énormément de chance et pas seulement parce qu’il avait une famille aimante, qui en soit n’était pas réellement une famille. S’il considérait Ursus comme son père et Déa comme sa sœur – quoi que ce dernier point, c’était encore autre chose – ils n’avaient aucun sang en commun. Et donc, techniquement, ils n’étaient pas une famille. Même si Gwynplaine portait maintenant le nom d’Ursus, ce qui allait quelque peu changer quand il allait apprendre la vérité sur sa famille, sur son héritage. « Mais tu sais, ma famille n’est pas vraiment ma famille. » Elle l’était bien sûr, Ursus et Déa étaient une famille de cœur pour Gwynplaine. Mais dans les faits, Ursus n’était pas son père et heureusement que Déa n’était pas sa sœur. « Nous sommes une sorte de famille adoptée, on sait en quelque sorte choisi. »

Même si au fond, ils n’avaient pas forcément eu le choix non plus. Sans Ursus, Gwynplaine et Déa n’auraient sans doute pas survécu bien longtemps dans la neige. Sans Gwynplaine, Déa serait morte dans les bras de sa mère. Le destin avait provoqué le croisement de leurs vies, leurs routes avaient été conduites l’une à l’autre, mais au final ils s’étaient choisis. Gwynplaine avait été suffisamment âgé pour décider de considérer ou non Ursus comme son père et c’était ce qu’il avait fait. Il avait décidé de le considérer comme tel, parce que c’était ainsi qu’il le voyait.

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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Mar 22 Nov - 22:48

Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.

Faire sourire l'homme qui rit, c'était un concept en soi, et qui plaisait bien à Gavroche. Ils étaient pas forcément bien partis tous les deux, le saltimbanque et le gamin des rues, mais ils avaient fini par se trouver, et Gavroche, plus il parlait avec Gwynplaine, trouvait franchement ce dernier sympathique. Il était intéressant, amusant, il avait son caractère, et il avait beau avoir une sale figure, il en avait pris son parti à sa manière, et Gavroche était assez admiratif de ça. En plus, il aimait bien entendre son interlocuteur reconnaître qu'il avait de la chance dans son malheur. Gavroche trouvait que les optimistes étaient bien trop rares en ce bas-monde. C'est pas qu'il fallait se satisfaire de sa misère, mais Gavroche considérait qu'il fallait savoir tirer le meilleur parti de toute chose. Il avait à peine une famille et plus de toit ? Bah, c'était les braves gens de la ville, sa famille, et Paris toute entière, c'était son toit. Ça faisait quand même sacrément d'espace, non ? Gwynplaine lui précisa que sa famille n'était pas vraiment sa famille. Ah oui ? Bah... Pourquoi pas... Apparemment, Gwynplaine était un adopté, y avait pas de mal à ça, il s'en tirait sans doute même à bien meilleur compte ici qu'auprès de ses vrais géniteurs (enfin ça... c'était pas dit vu la fortune du père décédé, mais Gavroche n'était pas voyant, il n'en savait rien). Il avait l'amour de ses proches, le respect des siens, des personnes qui se souciaient vraiment de lui, c'était tout un tas de dons auxquels Gavroche, lui, ne pouvait pas prétendre. En fait, le fait que sa famille ne soit pas sa vraie famille le rendait peut-être encore plus chanceux que ce qu'il aurait pu imaginer. Finalement, pour avoir tout ce que Gwynplaine avait, Gavroche aurait peut-être rien contre le fait d'avoir la gueule ravagée.

"C'est bien c'que je dis."
, répondit-il avec un large sourire aux lèvres. "Vous avez une sacrée veine." Il le disait sans rougir. C'était peut-être honteux de dire des choses pareilles, d'arguer à quelqu'un qu'il était chanceux d'être orphelin, mais il n'avait pas honte, ça non. Parce que s'il avait pu ne pas avoir de père ou de mère, vu ceux qu'ils se coltinaient (même s'il les voyait vraiment très peu), il n'aurait pas dit non du tout, loin de là. "C'est un vraie chance d'avoir une famille d'coeur." Lui ne s'en connaissait pas... d'un autre côté, il était suffisamment indépendant pour que ça ne le dérange pas. "J'ai hâte de les rencontrer."
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Message#Sujet: Re: Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)   Sam 21 Jan - 19:13


Ursus & Gwynplaine
Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout.
Pour l’heure, Gwynplaine ignorait encore tout de sa vraie famille. Alors en soit, il ne pouvait pas vraiment savoir si c’était une chance ou pas qu’il soit orphelin. Le jeune homme aurait bien aimé s’épargner d’être balafré comme il l’était, mais il ne pouvait pas nier qu’il considérait qu’avoir Ursus et Déa dans sa vie était une chance. Sans cette cicatrice, il n’aurait jamais connu sa famille de cœur et il n’envisageait pas une seconde ne pas les connaître. S’il n’avait pas été avec les comprachicos, s’ils ne l’avaient pas abandonné dans la neige, il n’aurait pas croisé la route de Déa dans les bras de sa mère. Sa sœur de cœur – qui au fond, était plus qu’une sœur de cœur – n’aurait jamais eu la chance d’être sauvé et serait morte au même titre que sa mère. Sans tout ça, il ne serait pas tombé sur la route d’Ursus qui aurait continué sa vie seul dans sa roulotte, à inventer des histoires pour vendre ses « potions ». Donc autant dire, qu’ils avaient de la chance. Gavroche pouvait donc bien le dire, il avait une sacré veine et Gwynplaine n’avait pas spécialement envie d’échanger ce qu’il avait vécu. S’il ne pouvait pas nier apporter une vie bien meilleure à sa famille, il ne voulait pas les perdre de sa vie. Sans eux, il ne serait pas celui qu’il était aujourd’hui, c’était évident.

En tout cas, on pouvait dire que les Girardet s’étaient trouvés et choisit en quelque sorte, donc ils formaient une vraie famille unie. Ce n’était pas le genre de famille qu’on nous imposait. Et quelque chose disait à l’homme qui rit que l’histoire de famille du garçon de rue devant lui ne devait pas être si agréable que ça. Il n’en savait rien, il ne connaissait pas les détails, mais c’était une impression qu’il avait alors que Gavroche affirmait que c’était une chance d’avoir une famille de cœur. Peut-être que c’était quelque chose qu’il aurait aimé avoir. Gwynplaine sourit de plus belle à sa dernière remarque.

« Viens quand tu veux voir notre spectacle. » Dès qu’il en avait envie, qu’il trouvait un moment, de toute façon ils n’avaient pas l’intention de s’en aller rapidement. Même si bientôt, la vie de la famille de l’homme qui rit allait prendre un tout autre tournant. « Je comptes sur toi ! »

C’était dit, maintenant Gwynplaine espérait vraiment qu’il allait venir. S’ils n’étaient pas du tout partie sur de bonne base tous les deux, il s’avérait que finalement Gwynplaine trouvait l’enfant des rues vraiment sympathique. Si on oubliait bien sûr le fait qu’il avait tenté de lui prendre son argent, mais en même temps chacun faisait comme il pouvait pour gagner sa vie et pouvoir manger. S’il le lui avait reproché avant, il ne le faisait plus maintenant.

« Et à l’avenir, évite de me voler. »

Ajouta-t-il en plaisantant donc, preuve qu’il ne lui en voulait pas du tout.

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Que celui qui est volé ne s'aperçoive pas du larcin, et il n'est pas volé du tout. (Gwynplaine)
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