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 Dans nos ténèbres, il n'y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté. [PV Déa]

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Message#Sujet: Dans nos ténèbres, il n'y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté. [PV Déa]   Mer 15 Avr - 21:37

Dans nos ténèbres, il n'y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté.


« Chère Anne,
Je suis sincèrement navré de la fréquence chaotique de mes réponses, mais j’ai la certitude que ma douce petite sœur saura me pardonner. Je n’ai pas une minute à moi ici, toutes mes pensées sont tournées vers… »


Une tâche d’encre commença à se former à l’endroit même où sa plume s’était arrêtée, commençant à se répandre lentement sur le papier. Cela faisait déjà plus d’un quart d’heure que Grantaire était assis sur cette chaise, le dos courbé. Il était déjà tenté de se fracasser le crâne contre la surface de bois du petit bureau de sa chambrette. Cela faisait des semaines qu’il n’avait pas repris la correspondance qu’il était supposé entretenir régulièrement avec sa sœur et cela pour de bonnes raisons. La première était qu’il n’avait absolument aucune de ce qu’il pourrait bien lui écrire. Ce n’était pas qu’il e se passait rien dans son existence, c’était simplement qu’il jugeait que rien ne disposait de suffisamment d’intérêt. Et ce qui en avait…Eh bien ce ne fut rien qu’il n’ait envie de partager avec elle. Sa sœur n’entendait rien en politique, il n’allait donc pas lui narrer ses débats épiques. Quant à ses amours, il préférait lui épargner les histoires de ses conquêtes parfois -souvent même- peu glorieuses.

« Chère Anne,
Comment vas-tu ? Pour ma part, je pense que tu seras heureuse de constater que je suis toujours vivant, comme t’en atteste justement cette lettre. J’espère que toi, ainsi que ton époux, vous portez bien. J’espère que tu es confortablement installée, et que ta nouvelle demeure a au moins le mérite de te tenir éloignée de notre vautour de père. D’ailleurs, comment se porte-t-il ? Bien j’espère. Et je t’en prie, transmets-lui mon affection sincère… »


Il se fit la réflexion que le ton de celle-là n’était peut-être pas le plus aimable et qu’il vaudrait sans doute mieux qu’il s’abstienne de tout sarcasme, son intention n’était pas de la blesser ou de la chagriner, après tout. Il reprit donc :

« Chère Anne,
J’espère que tu te portes bien et je te présente mes plus plates excuses pour ne pas t’avoir donné de mes nouvelles plus tôt. J’ai moi aussi grande hâte de te revoir, cependant je ne peux que m’opposer au projet dont tu m’as parlé dans ta précédente lettre. Venir à Paris par les temps qui courent est une bien mauvaise idée. Tu me demanderas certainement pourquoi. Ma réponse à cela répondra également à celle que tu m’as maintes fois posée : Vers quoi mes pensées sont-elles tournées ici, à Paris ? Je suis membre d’un groupuscule estudiantin révolutionnaire. Nous sommes une société secrète républicaine, et nous employons nos soirées à fomenter une insurrection. Bientôt, nous renverserons la monarchie, la corruption des rois sera bientôt un mauvais souvenir. Mais je ne veux pas que tu te retrouves dans les feux croisés de la débâcle générale. »


Il s’interrompit une nouvelle fois, un grand sourire aux lèvres et résistant aux soubresauts d’hilarité qui menaçaient de sortir de sa gorge. D’accord, celle-ci il l’avait surtout écrite pour plaisanter, et il faudrait sans doute qu’il pense à la brûler. Il n’aurait su dire si cette soudaine envie de rire était provoquée par son propre humour, et se disant que le jour où il ne se ferait plus rire lui-même serait un bien triste jour pour l’humanité, ou si c’était simplement ses vaillants nerfs, ces sales traîtres, qui commençaient à le lâcher. Peut-être était-ce un peu des deux.

Décidément, il n’arriverait à rien aujourd’hui. Cela faisait des semaines qu’il avait interrompu sa correspondance, quel mal pouvait bien faire un jour de plus ? De toute façon, il n’avait guère plus de temps à consacrer à cette occupation de toute évidence stérile. Une affaire plus importante l’attendait. Le terme important étant tout à fait subjectif, certaines personnes ne pouvant décemment pas considérer que cela puisse s’appliquer au théâtre. C’est donc sur la place Montmartre qu’il se rendit, à grand pas.

L’homme qui rit avait de plus en plus de succès à Paris, et Grantaire en comprenait aisément la raison, bien qu’il se demandait si certains spectateurs ne contemplaient pas la scène pour de mauvaises raisons. Il ne pouvait les en blâmer, cependant. Lui-même avait une admiration certaine pour l’art, sous quelque forme que ce fut. Beaucoup se prétendaient artistes, peu l’étaient vraiment. Lui-même ne se décrirait jamais de ce terme, considérant son esprit trop lourd pour cela. Contrairement, par exemple, à son ami Jehan et à sa poésie. L’on ne pouvait être sceptique de tout et artiste à la fois. Cela ne l’empêchait pas pour autant d’admirer ceux qui s’y dédier corps et âme. Pourtant, ce qui avait capté son intérêt ici n’était pas la justesse des bruitages, les ficelles du scénario, le talent des deux acteurs, ni même la beauté de la scène. Non, ce qui intéressait R n’était autre que l’éclat éthéré de l’actrice principale. Elle et ses partenaires commençaient à faire parler d’eux, aussi n’eut-il trop de mal à prendre connaissance de son nom : Déa Girardet.

C’est sans hésitation qu’il se dirigea vers les coulisses, une fois la prestation achevée. Bien peu de choses étaient capables de le rendre nerveux et les femmes n’en faisaient point partie. Ce n’était évidemment pas la première fois qu’il la voyait, il était l’un de leurs auditeurs réguliers maintenant, mais c’était bien la première fois qu’il se décidait à tenter de lui parler. En toute autre situation, il aurait abordé la jeune femme en lui attrapant gentiment le bras, de façon à attirer son attention et la tourner vers lui. Cette fois, il n’en fit rien. Non pas par considération pour son handicap, mais parce que la beauté sous la plus douce de ses formes avait cet effet sur lui, celui de lui inspirer un respect tout à fait révérencieux. Ne prêtant aucunement attention aux personnes qu’il croisa, ne leur adressant pas même un regard, il se contenta d’appeler doucement son nom lorsqu’il ne fut plus qu’à quelques pas d’elle.

« Mademoiselle Girardet ? Permettez-moi de me présenter, mon nom est Guillaume Grantaire et je suis l’un de vos plus fervents admirateurs. » Car oui, R pouvait se montrer poli lorsqu’il le souhaitait. Peu souvent, donc. Il reprit dans un sourire, après une brève pause : « Auriez-vous quelques minutes à m’accorder ? »
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Message#Sujet: Re: Dans nos ténèbres, il n'y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté. [PV Déa]   Dim 19 Avr - 12:14

Dans nos ténèbres...

Déa ♠ Grantaire


Je suis fatiguée. Nos prestations ne me demandent habituellement pas tant d'effort, j'apprécie tant d'être sur scène, de faire ce qui me plaît avec qui me plaît que la notion-même de fatigue fuit mon corps. Mais là, peut-être est-ce parce que nous enchaînons à un rythme efreiné répétitions le jour et spectacles la nuit, ou tout simplement parce que mes nuits se voient terriblement agités de songes qui m'épuisent plus qu'ils ne me rassénèrent. Je n'ai pas été mécontente d'entendre le bruit lourd du rideau retombant sur la scène, barrière fine mais appréciable entre nous et les autres. Comme à chaque fois, je me contente d'une seule salutation et laisse Gwynplaine à son public. Je ne conçois pas vraiment que certains d'entre eux puissent être là pour me voir. Alors que je me dirige vers ma loge, je croise Ursus, et lui adresse un fin sourire, tentant d masquer au mieux la fatigue qui, je le sens, doit tirer mes traits. Une fois dans la loge, je tatonne jusqu'à ma place. Une petite chaise m'attend,  face à une table, avec ce qu'il faut pour me maquiller et me coiffer (même aveugle, je pense avoir le coup de main, personne, en tous cas, ne semble jamais horrifié autour de moi). D'un geste habituel, un peu mécanique, je m'applique à débarrasser mon visage de l'imposante couche de fond de teint qui le recouvre, et qui rend le laiteux de mon visage plus blanc encore... Une fois de plus, je me fie à ce qu'on me dit, à ce qu'on m'a toujours dit. Il paraît que ma pâleur ajoute à la pureté de mes traits... Par moments, j'aimerais vraiment les salir, m'enlaidir, ne plus avoir cette face d'ange à la place du visage, je sais qu'elle freine Gwynplaine, qu'il pense que la laideur que je suis bien incapable de percevoir en lui fait honte à une beauté que je ne veux pas imaginer avoir. Si la vie pouvait me défigurer, je serais en paix... mais je peux toujours attendre.

Tout à coup, je perçois du mouvement à l'entrée de la loge. Je comprends vite qu'il ne s'agit ni de mon père, ni de mon frère d'adoption. Les sens en alerte, chaque muscle de mon corps se tend légèrement. Ma cessité m'oblige à redoubler de vigilance, mais l'homme qui finit par se présenter à moi, ne semble ni hostile ni dangereux, plutôt amène et charmant. Il dit s'appeler Guillaume Grantaire, il dit être l'un de mes plus fervents admirateurs.

-Vraiment ?
je demande, à peine crédule.

Ce compliment esquisse un sourire sur mon visage. Pour être l'un des plus fervents, il faudrait qu'il y en ait d'autres, et je n'imagine pas qu'on s'intéresse vraiment à moi ou à ma prestation. Je suis un élément du décor, un bel accessoire. Le compliment me touche, je dois bien le reconnaître, et il est loin d'être de refus, à ce stade de fatigue.

-Bien sûr.
Je finis par approuver, quand il me demande quelques minutes de mon temps.

J'éprouve comme un léger élan coupable à le laisser venir me parler, mais quand l'autre côtoie de trop près les duchesses, dois-je vraiment me rembrunir pour si peu ? Je décide que non, et je tourne mon visage ver où vient la voix du prénommé Guillaume.


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