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 Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]

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Message#Sujet: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Jeu 19 Mar - 11:20


Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule
L'

aube et les premiers rayons de son soleil couvraient l'espace d'une aura légèrement dorée et rose. Ursus n'avait pas remarqué qu'il était si tôt. Il n'avait pas dormi de la nuit. Attablé à son bureau de fortune, sa plume à la main, il avait écrit et écrit, peaufinant les différents actes de la pièce qu'il produirait le lendemain soir même. Tous les jours, du moins pour tous les jours où ils se produisaient sur scène, et c'était assez régulier (tant mieux, il fallait bien vivre et se nourrir, après tout), il avait à coeur de produire un spectacle différent de celui de la veille. Les modifications étaient parfois être minimes, à d'autres moments plus importantes, mais il ne voulait pas que les représentations de l'homme qui rit ressemblent deux fois d'affilée à la même chose. C'est ainsi que l'on appatte le chaland, c'est ainsi qu'on se fait des spectateurs réguliers, et certains se montraient en effet tous les jours pour découvrir les nouvelles péripéties dans la vie de Déa et Gwynplaine, qui se jouaient eux-mêmes sans être complètement eux-même. Le public était de plus en plus massif, et de plus en plus exigeants, les réguliers nombreux aussi, notamment une certaine duchesse qui aurait mieux fait de ne jamais entendre parler de l'odieux sourire de Gwynplaine, il fallait un spectacle à la hauteur, et un spectacle à la hauteur, tous auraient, et c'est pour cela qu'il écrivait, écrivait... pour parvenir à un résultat parfait.

Si l'occasion lui en avait été donnée, s'il n'avait pas été jeté dans la fange dès la naissance, il aurait pu être dramaturge, ou au moins, prétendre à des ambitions à la hauteur de ses connaissances littéraire, mais il n'était que ce saltimbanque bourru qui mettait en scène ses enfants, la fille aveugle et le fils défiguré. Son texte s'inspirait, comme souvent, d'une conversation qu'il avait intercepté la veille chez ses deux enfants. Cela était sans doute un peu inapproprié que de se servir ainsi de cs instants de réels pour les insérer dans le superficiel du théâtre, mais cela ne rendait ce dernier que plus vrai et sincère. Ursus ploclamerait à corps et à cri ses intentions artistiques, quoi qu'il en soit. Il perçut finalement du mouvement, Gwynplaine... ou Déa ? Les deux, peut-être, qui sait, étai(en)t visiblement en train de se réveiller. Il serait temps. Il était certes tôt, mais les Girardet avaient l'habitude de se réveiller avec le soleil, et ils avaient une journée entière, mais pas plus, pour répéter leur dernier spectacle, qui ne serait jamais qu'un spectacle éphémère, mais qui méritait d'être impeccable malgré tout.

-Allez, debout.
bougonna-t-il de sa voix constamment ronchonne, quoi qu'il dise, quoi qu'il exprime. On a du pain sur la planche.

Et cette expression n'avait jamais si bien correspondu. Ces planches, leur scène, installée pour l'heure dans le quartier de Montmartre, était ce sur quoi il leur faudrait briller. La troupe était installée là pour une semaine, plus s'ils avaient vraiment du succès. Alors ils ne devaient pas louper le coche.






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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Ven 27 Mar - 11:59

Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule

Dea ♠ Ursus ♠ Gwynplaine


Je me demande parfois à quoi rêvent ceux qui peuvent voir. Ils parlent d'images et de situations, ils ont des songes en mouvements et en couleurs, moi je rêve à des voix suspendues à mon oreilles, à des odeurs perdues dans mes narines, et à des sensations qu'il me semble ne pas avoir connu en dehors du rêve. Par instants, j'ai le sentiment au réveil d'avoir vu dans mon sommeil, d'avoir su distinguer les formes, comme cette nuit, comme si pouvait bel et bien m'apparaître le visage de Gwynplaine, et ce sourire qu'il trouve hideux, qu'il pense lui déformer les traits, moi, instinctivement, je le trouve beau. Ce n'est jamais qu'un rêve, quand il m'échappe progressivement, il n'y a ensuite plus qu de l'obscurité, mais c'est une obscurité douce, celle qui s'accompagne de ces sons familiers et agréables, qui vous raccrochent à la vie et aux joies légères de l'existence. alors que je me réveille ce matin-là, j'entends le bruit de la plume qui gratte doucement le papier à un rythme régulier, il me semble même reconnaître le son de chaque rature, le tout s'accompagne du chant d'un coq dans le lointain, de l'odeur de l'encre, des premiers murmures de l'aube, quand les couversations matinales sont encore à l'ouïe de simples chuchottements. Et à proximité, le souffle régulier de Gwynplaine, encore endormi sûrement, ou dans un demi-sommeil s'il ne l'est pas. J'aimerais déposer ma tête contre son torse, le sentir s'élever et s'abaisser au rythme lent de sa respiration, mais il me repousserait comme à chaque fois. Je ne tenterai même pas, cette fois... Je pressens d'avance que ce ne sera jamais qu'un nouveau refus. Et Ursus est levé, de toute manière. A-t-il seulement dormi, d'ailleurs ? Je n'en suis pas certaine. Il a dû travailler toute la nuit sur notre spectacle de ce soir.

Je m'étire doucement et me redresse sur ma couche de fortune. Ce n'est pas le grand luxe, mais je la trouve confortable. Alors que je pose les pieds au sol pour rejoindre Ursus, j'entends s'élever la voix de ce dernier, et un sourire amusé s'étire sur mon visage. Je le connais bien. Il n'est pas mon père mais c'est tout comme. Il peut se donnr tous les airs bougons qu'il désire, je sais qu'il a le coeur tendre, et si malheur devait m'arriver, ou arriver à Gwynplaine, il serait dévasté. Il a raison malgré tout, tous les jours, nous avons beaucoup de travail, les spectacles de L'homme qui rit ont tous une thématique et des rouages communs, mais ils évoluent constamment, et nous planchons sur un nouveau texte tous les jours. J'aime cela, je n'ai j'amais le temps de me lasser. À pas lent pour m'éviter de trébucher, je rejoins Ursus, et arrivée à son niveau, dépose mes mains sur ses épaules.

-Qu'as-tu écrit ?
Je lui demande dans l'espoir qu'il me le lise.

J'aime l'entendre nous déclamer ses monologues et nos répliques, il y met toujours tant de vie et d'emphase. Je pense qu'Ursus a voulu être comédien toute sa vie. Avec nous, il a accompli un rêve. Dommage que les gens voient en nous les phénomènes de foire d'abord et les comédiens ensuite. Pour moi, Ursus est un véritable artiste. Alors que j'attends sa réponse, je crois percevoir du mouvement. Gwynplaine se réveillerait-il lui aussi ?




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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Dim 12 Avr - 19:43


Déa & Gwynplaine & Ursus
Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule
Le sommeil n’avait pas été difficile à trouver et il était plus qu’agréable. Gwynplaine ne savait guère pour quelle raison, mais ces derniers temps il se sentait constamment fatigué. Soit parce qu’il ne dormait que peu de temps lors des nuits, soit pour une autre raison quand, comme aujourd’hui, il avait dormi suffisamment. Suffisamment, mais pas assez à ses yeux non plus. Il se trouvait encore plongé dans son rêve quand la voix d’Ursus vint le sortir de ses songes. Il devait sans aucun doute être dans un sommeil léger pour se faire réveiller de la sorte, même si la voix de son père avait le don de résonner fortement dans la roulotte des Girardet. Cela avait toujours été le cas, depuis le premier jour. Le jeune homme ne savait pas vraiment s’il avait déjà entendu son père adoptif parler autrement qu’en ronchonnant. Il ouvrit les yeux donc, sans pour autant bouger de sa couche. Ses yeux se posèrent sur Déa qui venait de se lever et qui s’approchait doucement vers Ursus. Elle avait toujours un pas doux, pour éviter de se cogner ou de rencontrer un quelconque obstacle. Elle était tellement délicate, gracieuse, tout le temps. Comme un ange venu du ciel, c’était l’impression qu’elle lui donnait depuis qu’elle était entrée dans sa vie. Même si cela avait une signification différente depuis quelque temps.

Elle s’approcha d’Ursus et lui demanda ce qu’il avait écrit. De ce qu’il pouvait voir de sa place, le vieil homme avait semble-t-il beaucoup écris pendant la nuit. Gwynplaine se demandait même si son père avait pris la peine de dormir un peu. Sans doute, comme cela lui arrivait souvent, il avait été pris d’une inspiration nouvelle. Ils jouaient presque tous les jours et chaque fois c’était différent. Gwynplaine aimait bien ça, cela permettait de varier un peu le plaisir, même si au fond l’histoire avait toujours la même base. Ce n’était pas pour rien que le spectacle s’appelait « l’homme qui rit », cela mettait toujours en scène le monstre qu’il était. Ils allaient donc devoir répéter toute la journée, afin d’incarner correctement la nouvelle pièce. Le jeune homme prenait très au sérieux son rôle d’acteur, parce qu’il avait envie de satisfaire le publique. Le publique en entier ? Ce n’était pas certain non, il y avait bel et bien une personne qu’il avait envie de satisfaire plus que les autres. Cette fameuse duchesse qui avait pris l’habitude de venir les voir, qui venait le voir lui.

Le jeune homme se décida enfin à se lever, sans prononcer le moindre mot. Il était curieux aussi de savoir ce qu’Ursus avait pu écrire, se demandant où il avait tiré son inspiration. Le vieil homme avait tendance à trop souvent s’inspirer des conversations des deux jeunes acteurs. Sans rien dire toujours, Gwynplaine se dirigea vers les réserves de nourriture de la famille Girardet afin de préparer un petit déjeuner pour tout le monde, qu’ils puissent se remplir un peu l’estomac avant de travailler dur pendant cette longue journée.


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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Mar 14 Avr - 15:38


Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule
U

rsus n'avait pas besoin de tourner le regard dans la direction de Déa pour savoir qu'elle était la première à se réveiller. La douceur de son pas, avec lequel elle s'approcha de lui avant de déposer ses mains sur ses épaules étaient déjà un indicateur suivant. La demoiselle avait pour elle une sorte de grâce naturelle qui l'accompagnait depuis l'enfance. Ce n'était pas pour rien qu'Ursus, à l'époque, quand il avait recueilli ses deux protégés, avait décidé de l'appeler Déa. Ce nom lui allait bien à l'époque, il continuait de lui convenir à merveille. La même douceur dans la voix que dans ses gestes, elle lui demanda ce qu'il avait écrit. C'était presque un rituel. Chaque fois qu'il finissait de mettre au point l'un de leurs derniers spectacles, elle semblait attendre qu'il en déclame le texte, sans doute pour pouvoir se faire une idée directe et immédiate de ce qu'elle devrait ensuite faire sur scène. Ça ne dérangeait pas Ursus, loin de là. C'était sans nul doute un fait que l'homme aimait à partager ses écrits, sans quoi il ne se serait pas orienté vers le théâtre. Il ne pouvait se contenter que d'être dramaturge de bas étage, mais soit, cela leur permettait malgré tout de gagner très convenablement leur pain, alors qu'importe. sans trop se faire prier, Ursus se lança donc dans la lecture de ce qu'il avait passé sa nuit à rédiger. L'intrigue ne variait pas grandement de ce qui faisait le sel habituel de leur spectacle. Déa était une princesse qu'un maléfice avait rendu aveugle, Gwynplaine le manant qu'elle avait rencontrée par mégarde, et immédiatement, comme dans toute tragédie digne de ce nom, ils tombaient amoureux dès le premier regard. Néanmoins, il y avait cette fois un autre personnage, évoqué sans apparaître sur scène, la fameuse sorcière, une chevelure rousse flamboyante, qui lançait au jeune homme un maléfice qui devait lui faire oublier Déa. Alors, cette dernière, transie de chagrin, se laissait mourir. Suivi de peu par Gwynplaine quand ce dernier, trouvant le cadavre de sa belle retrouvait la mémoire et ses esprits. Il n'avait déclamé son texte que jusqu'au moment où la sorcière charmait le personnage de Gwynplaine... Comme souvent, certains dialogues avaient été empruntés au quotidien de ses deux enfants. Mais après tout, ils étaient devenus figures tragiques dès leur rencontre.

-Je vous lirai le reste plus tard.
dit-il finalement. Je meurs de faim. ajouta-t-il, laissait les deux jeunes gens sur la leur.

Gwynplaine, qui s'était réveillé peu de temps après Déa, avait dressé leur table et y avait déposé les quelques menues provisions qui ne leur garantiraient pas forcément le plus gargantuesque des repas, mais au moins de se remplir la panse. Il n'ajouta rien alors que, une fois installé, il s'arracha un morceau de pain acheté la veille, et qui n'était plus, donc, de toute première fraîcheur. Bah ! Il ferait tout de même l'affaire. Il regarda alternativement ses deux enfants, se demandant s'ils se plairaient à commenter ou non son labeur de la veille.




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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Jeu 16 Avr - 14:33

Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule

Dea ♠ Ursus ♠ Gwynplaine


Je perçois du mouvement derrière moi, et je pense deviner que Gwynplaine vient de se réveiller. J'en ai la certitude quand je sens ses pas beaucoup plus proches, et que son parfum vient se loger dans mes narines quand il passe tout à proximité de moi. Je m'attends à ce qu'il s'installe près de moi, mais ce n'est pas le cas, à la place, je l'entends s'agiter, et le bruit caractéristique du verre, de la porcelaine. Il met en place la table du petit déjeuner. Pendant ce temps là, Ursus respecte mon souhait d'entendre ce qu'il a écrit pour nous durant la nuit. Mon sourire s'élargit, emprunt de douceur et de tendresse, alors qu'il entame sa lecture. J'aime l'emphase et la théâtralité dont il use même au quotidien. Chacun des mots qu'il prononce trouve du sens et un impact, quand c'est lui qui le déclame. Je me sens toujours curieuse et ravie en même temps quand je découvre ce qu'il nous a réservé, et ce que nos personnages vont faire. Ce qui nous sera demandé d'incarner... Souvent, c'est une image annoblie et sublimée de nous-mêmes que nous interprétons finalement. Les textes d'Ursus s'inspirent de notre quotidien... Et je sais pertinemment où il va puiser son inspiration, d'ailleurs. Cette fois, il est allé loin. Très loin, même.

Cette fois, il y a un nouveau personnage. Un personnage qui n'est pas destiné à être joué mais que je reconnais tout de même. Cette sorcière à la chevelure de feu, je veux bien tout parier qu'il s'agit de cette duchesse qui assiste à nos représentation avec une bien trop grande insistance. Je ne sais que penser de l'intrusion de cette antagoniste dans cette pièce. Comme dans ma vie, je crois bien que je me serais aisément passée de sa présence, plus que désagréable. Surtout qu'Ursus fait cesser son récit à un moment stratégique. L'homme qui rit, charmé par les atours ravageurs de la belle sorcière... Je sais que j'ai tremblé légèrement en l'entendant parler ainsi. Alors je me rattrape tout de même. Le contenu reste après tout sublime.

-C'est beau...
je fais doucement, d'une voix un peu chevrontante, car si le compliment est juste, le contenu m'a chamboulée. Avec précaution, afin de ne rien heurter où faire tomber, je viens m'asseoire à mon tour autour de la table. Ne tarde pas trop à nous lire la suite. J'ajoute avec une arrière-pensée, j'ai besoin d'être rassurée sur le destin de ces personnages comme s'il s'agissait du mien.

Parce que cela l'est, peut-être. Je sais que c'est absurde. Mon destin ou celui de Gwynplaine n'ont pas à ressembler à ceux des personnages à qui nous donnons forme sur scène. Ils sont peut-être d'inspiration réelle, mais contrairement à ce que parfois peut me dire Ursus, je veux croire que nous détenons les clés de notre avenir. Il n'est pas inscrit sur les pages qu'il a graté toute la nuit. Est-ce que je crois en ce que je pense ? Sais-je penser en ce dans quoi je crois ?

Et Gwynplaine, qu'en a-t-il pensé ?


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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Mar 12 Mai - 14:12


Déa & Gwynplaine & Ursus
Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule
Pendant que Gwynplaine était en train d’installer la table du petit déjeuner, Ursus se mit à conter ce qu’il avait écrit pendant la nuit. Le jeune homme était aussi curieux que sa « sœur » de découvrir l’histoire de leur père d’adoption. Ce dernier se servait toujours de leurs vies quotidiennes comme inspiration et c’était une nouvelle fois le cas aujourd’hui. Il y avait la base normale, celle qui provoquait la rencontre entre deux êtres tombant éperdument amoureux l’un de l’autre. Le bon début d’une histoire tragique, puisque les histoires ne se terminaient pas souvent bien (voir jamais en fait). Sauf qu’aujourd’hui, Ursus surpris Gwynplaine. Le jeune homme ne s’était pas attendu à ce qu’il ajoute une tierce personne à l’intrigue, une sorcière aux cheveux roux flamboyants. Ce n’était pas difficile de comprendre d’où l’homme avait tiré de son inspiration, parce que cela ressemblait à leur vie de tous les jours. Cette sorcière n’était autre que la duchesse qui venait voir souvent leur spectacle et qui, effectivement, tournait l’esprit de Gwynplaine. Ce qu’elle faisait dans la pièce qu’ils devaient jouer le soir même. Le jeune homme aurait aimé connaitre la fin de l’histoire, mais Ursus décida qu’il était temps qu’il mange et qu’ils sauraient la fin plus tard. Evidemment, Gwynplaine avait envie de connaitre la suite, mais il n’allait pas forcer son père à parler s’il n’en avait pas envie. Alors, il se contenta de s’installer en même temps que tout le monde pour manger le petit-déjeuner, toujours dans le silence. Déa prit la parole en complimentant l’écrit de leur père, avant de préciser qu’il ne fallait pas qu’il tarde de trop avant de lire la suite. Au moins, ils pensaient la même chose. Gwynplaine se concentra sur le morceau de main qu’il venait de couper, ne sachant pas vraiment quoi dire sur ce qu’il venait d’entendre. Enfin si, il savait parfaitement ce qu’il avait envie de dire, mais il ne savait pas comment le faire. Et finalement, il prit enfin la parole depuis son réveil.

« Je n’aime pas trop. » C’était bien la première fois que Gwynplaine disait cela sur un récit d’Ursus. Mais le jeune homme n’aimait vraiment pas l’intervention de cette sorcière rouge, il n’aimait pas le rapprochement clair de leurs vies et de leur spectacle. Et en plus, il n’avait aucune envie de jouer cela devant la duchesse qui allait sans aucun doute être présente encore une fois. « Je n’ai pas envie de la jouer. »

Il n’avait pas levé les yeux vers Ursus, sans doute parce qu’il n’assumait pas vraiment ce qu’il était en train de dire. En soit, sa pièce était très bien comme toutes les autres, le seul problème de Gwynplaine était le personne de la sorcière. Le jeune homme se sentait déjà plus que perturber par ce qui arrivait avec la duchesse dans la vraie vie, de ce qu’il pouvait ressentir pour elle, il n’avait aucune envie de le jouer sur scène. Il n’avait pas envie de rendre cela concret, il préférait largement se montrer aveugle volontairement. Même si pour cela, il devait s’opposer à son père d’adoption.


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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Dim 17 Mai - 21:21


Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule
U

rsus sentait dans le ton de la voix de Déa comme l'ombre d'une crainte, même si elle lui faisait un compliment qu'il voulait croire sincère sur la qualité de son texte dont il avait gardé la fin, à dessein, par surprise. Son intention n'était certes pas de la déstabiliser ou de la mettre mal à l'aise, mais il fallait, à ses yeux, en passer par là, pas tant parce qu'il fallait une prise de conscience de la part de Déa (bien au contraire, il était convaincu que la demoiselle avait bien trop conscience de la menace, et c'était même pour cette raison qu'il la ressentait triste, dernièrement), que parce qu'il attendait une réaction de la part de Gwynplaine, quelle qu'elle soit, pour le placer face à ses... erreurs... Même si c'était là des erreurs dont Ursus doutait qu'elles soient susceptibles d'être corrigées. Néanmoins, il pouvait bien essayer... Et surtout, il y avait dans sa pièce toute la dramaturgie des plus grands (instant mégalomane), et toute la matière dont sont forgées les plus grandes tragédies. Non, il ne tarderait pas à leur apprendre la fin de leur histoire, de son histoire, qu'il espérait tout de même mieux voir tenir de la belle envolée littéraire plutôt que d'une prédiction morbide, même s'il ne voyait pas leurs vies se placer sous les meilleurs hospices ces derniers temps. En même temps, pouvait-on trouver plus pessimiste qu'Ursus Girardet ? Bien difficilement. Mais avant que de leur apprendre cette fin qui devait servir à son fils d'adoption d'avertissement, il comptait bien se sustenter, cette nuit de travail lui avait ouvert l'appétit, et l'homme était par ailleurs un bon vivant qui ne supporterait pas de manquer un repas. Il mangeait donc avec appétit une miche de pain quand Gwynplaine lui donna son avis sur sa lecture. Sans surprise, il était négatif. Ursus n'en prit pas ombrage pour autant. Et pour cause, il s'y était attendu. Et c'était même l'attitude qu'il avait espéré provoquer. Pour le pousser dans ses retranchements. Pour l'obliger à se justifier, quelque part.

-Tu n'auras pas le choix, de toute manière, je n'ai pas le temps de tout réécrire avant ce soir.
Et c'était vrai, et hors de question de se rabattre sur le texte de la veille, le public voulait du neuf, du sang frais. Et par ailleurs... eh bien, il en était très fier, de sa pièce. Mais je peux bien en corriger quelque passage. Il fixa intensément le jeune homme. Je t'écoute, que n'apprécies-tu donc pas, dans cette pièce ? Il avait envie de l'entendre se justifier, et devait reconnaître être plutôt satisfait d'être si proche de parvenir à ses fins. Si tu as des observations à faire, Déa, n'hésites surtout pas. ajouta-t-il, d'une voix bien plus doucereuse que celle qu'il avait employé quelques instants avant.

Oui, il y avait un but à tout cela, au-delà de la simple provocation, il voulait ouvrir la conversation, Ursus et Déa sentaient beaucoup de choses, et pour autant ils se taisaient. Pourtant, ils éprouvaient la même crainte, celle de voir celui à qui ils tenaient le plus leur échapper... Sans l'ombre d'un dialogue, il n'irait nulle part. Et pour les plus bougons et les plus introvertis, l'art était parfois, souvent même, le meilleur moyen de dispenser son jugement et de transmettre ses idées.





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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Jeu 21 Mai - 12:42

Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule

Dea ♠ Ursus ♠ Gwynplaine


J'ai gardé pour moi les réserves que j'avais éprouvé en écoutant le début de notre nouvelle pièce pour me contenter de complimenter Ursus. C'est que la pièce en elle-même est tout à fait belle. Je trouve que mon père adoptif est le plus brillant des dramaturges, je comprends que nos représentations aient tant de succès, au-delà de la curiosité naturelle des spectateurs qui veulent découvrir le sourire de l'homme qui rit. Cependant, si je me tais sur ce qui me dérange, ce n'est en rien le cas de Gwynplaine, qui n'hésite pas à affirmer que le contenu de ce récit ne lui plait pas complètement. Je sais pourquoi. Je pense que ses reproches sont également les miens... Mais nos raisons sont sans doute différentes. Je n'aime pas la présence de cette sorcière dans notre pièce, car elle s'immisce dans notre spectacle comme elle s'invite dans nos vies pour y semer une profonde discorde. Je pense qu'il ne l'aime pas parce qu'on le place face à sa propre attitude et ce en quoi elle nous déplaît. Je crois que j'aurais préféré qu'il se contente de faire comme moi, qu'il acquiesçe et que nous passions à autre chose, jusqu'à c que nous soit lue la fin de la pièce... Là, je sens une tension palpable envelopper l'air, et ça m'inquiète. Tout n'est pas rose pour la famille Girardet, en ce moment, et j'aimerais que, pour certains instants, on retrouve notre complicité, notre cocon, où nous nous suffisons les uns aux autres et n'avons besoin de rien d'autre.... Ça n'arrivera sans doute plus... en tous cas pas tant que la sorcière rôde dans les parages et l'illusionne de sortilèges contre lesquels il n'arrive pas à lutter, et nous ne pouvons pas rivaliser. La réaction d'Ursus n'a rien de bien surprenante, en réponse. Il ne retravaillera pas le texte, mais veut manifestement nous inviter à donner nos observations. Nous n'allons pas prétendre, je le comprends bien. Le dialogue va être inévitable.

-Pourquoi ce nouveau personnage ?


Et pourquoi est-ce que je pose cette question ? J'en sais parfaitement la réponse. Ce nouveau personnage est une forme de provocation. C'est vrai qu'il apporte une nouvelle dimension à la pièce, et des enjeux romanesques qui devraient plaire à nos spectateurs, mais on ne peut pas être dupes. On sait parfaitement pourquoi il a décidé d'ajouter cet arc narratif... je suppose qu'on veut l'entendre nous le dire. Quoi que je ne suis pas certaine d'être capable d'entendre une dispute et d'y participer.

-Ce sera plus simple de juger l'ensemble de la pièce quand nous en aurons entendu l'intégralité, non ?
je demande, doucement, comme pour apaiser d'avance les tensions, même si je doute que cela suffise. Dans le même temps, je suis quand même très curieuse de connaître le destin de nos personnages, alors j'espère qu'il ne tardera pas trop à nous l'apprendre.

Même si, au fond, je connais la fin, je suis convaincue que je la connais. Comme toujours, elle sera tragique. Et j'ai peur des conclusions que je saurais en tirer sur nos propres vies.


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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Sam 13 Juin - 23:59


Déa & Gwynplaine & Ursus
Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule
Gwynplaine avait pris le risque de dire ce qu’il avait sur le cœur concernant cette pièce et ne s’était pas contenté d’aimer la pièce et de se lancer dedans. Le jeune homme aurait très bien pu prendre la décision de ne rien dire, mais il n’avait pas l’intention de se taire. Parce qu’il ne se voyait vraiment pas jouer cette pièce le soir même sur les planches, il savait parfaitement pourquoi Ursus avait tourné sa pièce de cette manière, parce qu’il cherchait à lui faire passer un message. Le même message qu’il lui disait à chaque fois qu’ils avaient l’occasion de se parler seul, mais que l’homme qui rit préférait ignorer. Il n’y avait pas besoin d’être devin pour deviner d’où lui était venue l’inspiration de cette sorcière rousse. Ursus avait l’habitude de se servir de leurs vies, même de leurs conversations étaient des sources d’inspiration pour le dramaturge. Gwynplaine avait annoncé donc qu’il ne voulait pas jouer la pièce, mais évidemment son père adoptif lui affirma qu’il n’aurait pas le choix. Le jeune homme se doutait bien que l’homme ne prendrait pas le temps de réécrire sa pièce et qu’il n’aurait aucune envie de reprendre celle de la vieille. Cependant, Gwynplaine ne changeait pas d’avis et il voyait très bien où Ursus voulait en venir. Il cherchait à entamer le dialogue sur le sujet sensible, celui qu’ils évitaient d’aborder en temps normal (surtout le jeune homme). Ce n’était pas pour rien que le dramaturge demandait quel détail de la pièce dérangé, alors qu’il devait parfaitement le savoir.

Détail que Déa souleva quand elle demanda pourquoi Ursus avait ajouté ce nouveau personnage à la pièce. Gwynplaine n’avait pas répondu de suite et la jeune femme en avait profité pour de lancer. Elle voulait connaitre la fin de la pièce, le dénouement de l’histoire, affirmant que cela serait bien plus facile de juger. Mais le jeune homme connaissait la fin de l’histoire, elle était toujours plus ou moins la peine. Il n’y avait que tragédie, comme si aucune histoire de pouvait se terminer d’une bonne manière, comme s’il fallait toujours souffrir. Gwynplaine ne pensait pas être étonnée de la suite de l’histoire qu’Ursus avait commencé à leur conter.

« On connait déjà la fin… » Dit-il doucement, avant de lever son regard vers Ursus pour répondre à sa question précédent, sur le détail qu’il pouvait changer dans la pièce. « Il ne l’oubliera jamais. »

Il, le manant qui rencontrait la belle princesse aveugle et qui se laissait charmer par la sorcière. Il, lui-même évidemment. Ne faisaient-ils pas cela tous les soirs ? Ne jouaient-ils pas en quelque sorte leur propre rôle à chaque fois qu’ils montaient sur scène, quand ils montaient sur scène.

« Et tu ne peux pas me forcer à jouer. »

Ajouta-t-il finalement, afin de préciser à Ursus qu’il pouvait décider de ne pas changer son écrit, il pouvait décider de ne pas les jouer. Gwynplaine était capable de se montrer têtu également, même si cela ne risquait pas d’arranger leur situation.

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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Lun 15 Juin - 19:46


Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule
D

es réserves au sujet de sa pièce, il savait que ses deux enfants en auraient, c'était même pour cela qu'il avait scénarisé les choses de cette manière, pour appeler ces réactions qu'il découvrait désormais. Et c'était en effet celles qu'il avait appréhendé qui lui parvinrent effectivement. Déa fut la première à s'interroger. Pourquoi ce nouveau personnage ? La réponse était évidente, pour éveiller leurs consciences d'une part... et d'autre part parce que, l'air de rien, ce nouveau protagoniste apportait un nouvel enjeu dramatique, et qui n'était pas des moindres, ce n'était pas à négliger. Il songea à répondre, mais il n'en eut guère le temps, car elle fit une nouvelle remarque : il serait plus simple de juger la pièce une fois qu'il leur en aurait donné la fin. Comme si l'un ou l'autre ne savaient pas de quoi il pouvait bien retourner. La douceur et la prudence de Déa avaient toujours fait partie de ses qualités premières, qu'Ursus estimait particulièrement chez elle, on ne pouvait pas dire qu'il s'agissait là de vertus qu'il partageait avec son frère de coeur (si tant est qu'il ne soit qu'un frère pour son coeur, ce qui était pour le moins contestables), car ce dernier, pour sa part, ne manqua pas de remarquer que la fin en question était attendue. Ceci dit, il en donna un aspect particulier, qui en disait sans doute long sur son état d'esprit. Il aurait pu affirmer "Il se repentira", ou alors "Ils mourront tragiquement", parce qu'ils mouraient toujours tragiquement, de toutes les manières. Mais non, il avait répondu "Il ne l'oubliera pas", quelque part, c'était rassurant.

Mais pour peu qu'il aurait pu apprécier sa réponse, il avait tôt fait de déchanter lorsque Gwynplaine argua qu'il ne pouvait pas le forcer à jouer. Effectivement, il ne le pouvait pas. Et il ne le ferait pas, il ne se permettrait pas une chose pareille. De toutes les manières, les prestations de "L'homme qui rit" sans l'homme qui rit, cela n'aurait pas le moindre sens. D'accord, il avait voulu amorcer le dialogue (ce qui serait compliqué parce que Gwynplaine ne voulait rien entendre et était aussi borné qu'il pouvait l'être lui-même), mais il ne voulait pas pour autant compromettre la représentation du soir-même. C'était leur gagne-pain, après tout. C'était ce qui leur permettait, comme maintenant, de s'asseoir autour d'une même table et de déguster leur repas ensemble.

-Non, je ne le peux pas, en effet. C'est pour ça qu'il serait préférable que ton avis soit constructif.
Il planta son regard dans le sien. Si tu n'aimes pas cette pièce, alors dis-nous pourquoi.

Au fond, il n'avait pas vraiment besoin de ces précisions, il savait pertinemment pourquoi. Il voulait juste l'entendre prononcer ces mots, qu'ils puisse enfin aborder ce sujet fâcheux qui accaparait tous les esprits au nom de raisons différentes sans que rien ne soit dit, le tout demeurant à peine évoqué, le sujet juste effleuré. Voilà qui allait sans doute compromettre leur spectacle, mais c'était un fait. Les Girardet avaient grand besoin de parler... et de s'expliquer.



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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Mer 1 Juil - 9:24

Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule

Dea ♠ Ursus ♠ Gwynplaine


Nous connaissons déjà la fin de la pièce, affirme haut et clair Gwynplaine. Quelque part c'est vrai, puisque les pièces d'Ursus (sans que cela les rende moins brillantes, c'est juste un fait que les tragédies sont déstinées à mal se finir) finissent toujours de la même manière, ses protagonistes sont souvent les victimes d'un terrible quiproquo puis, avant que d'avoir pu songer à se sauver l'un l'autre, ils meurent souvent dans les bras l'un de l'autre... Mais ce n'est pas cette fin qui est évoquée. Il ne l'oubliera jamais, c'est ce qu'il vient de dire. Est-ce qu'il parle de moi ? Ou de la Déa de la pièce. Y'a-t'il seulement encore une différece entre elle et moi ? Y'en a-t-il eu une un jour. Pour tout dire, j'en doute fort. Je me tourne instinctivement vers Gwynplaine. Est-ce que ces mots doivent me rassurer ? Si je ne peux que dire qu'ils y parviennent imparfaitement, je les accueille tout de même avec un certain soulagement, même s'il ne suffit pas de ne pas m'oublier. Je veux qu'il ne puisse pas détourner son regard de moi, pas une seule seconde, qu'il n'ait pas prétexte à m'oublier, jamais. Et surtout, avant toute autre chose, je ne veux jamais être reléguée au rang de simple souvenir. Il est sûrement présomptueux de ma part d'en demander autant, mais je veux être l'univers tout entier du jeune homme, tout comme il est le mien. Je ne dis rien, je ne réagis pas, j'écoute seulement. Gwynplaine ajoute qu'Ursus ne peut pas l'obliger à jouer. C'est certain.

Et si j'imagine notre père d'adoption se jouer de quelques détours parvenir à ses fins, je le vois mal le forcer à quoi que ce soit. Nous sommes libres de nos décisions, c'est ce qu'il m'a dit récemment, non ? Et sans Gwynplaine, personne n'assistera au spectacle de l'homme qui rit. Ne nous leurrons pas, nul n'y vient pour m'y voir. Leur présence m'est bien égal. Mon coeur se serre un peu, je n'aime pas les entendre se disputer, tous les deux, et je ne sais quoi dire qui n'ajoutera pas de feu aux poudres, et, au contraire, apaisera la situation. Ursus a sans doute voulu nous faire réagir, c'est ainsi, mais nous ne pouvons pas tout de même compromettre notre représentation (qui est tout de même notre gagne-pain) pour cela ! Il faut que l'on s'explique une bonne fois pour toutes, et que la situation s'apaise. Ce n'est vraiment pas gagné pour le moment. Au moins, Ursus accepte de se montrer un tant soit peu conciliant, même si je le soupçonne de faire cela juste pour obliger Gwynplaine à admettre les choses. Ai-je envie qu'il les admette, pour ma part ? Je n'en suis pas certaine. Ça risque fort de faire mal. Mais j'imagine que c'est un passage obligatoire.

-Je suis sûre que nous allons trouver un compromis qui ira à tout le monde. Nous n'allons tout de même pas annuler la représentation...
je suggère en faisant preuve de toute la douceur dont je suis capable (donc beaucoup).

Je préfère, moi, ne pas dire ce qui me dérange. Je me dis que si Gwynplaine s'exprime tout d'abord, ce sera ensuite plus simple. Il se peut que je présume trop, ce ne serait pas la première fois. Dans tous les cas, quoi qu'il en soit, je ne pourrais pas tolérer que la situation s'envenime plus encore.


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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Mer 22 Juil - 12:35


Déa & Gwynplaine & Ursus
Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule
Gwynplaine savait qu’Ursus cherchait surtout à lancer la conversation sur la duchesse, en intégrant cette sorcière rouge dans la pièce qu’ils devaient jouer le soir même. Il comprenait où l’homme voulait en venir, ce qui l’agaçait profondément. Il ne manquait pas de le montrer d’ailleurs, ces derniers temps il passait son temps à être agacé. On ne pouvait pas dire qu’il faisait énormément d’effort pour se montrer ouvert d’esprit non plus, alors qu’il devrait sans doute se remettre en question puisque Déa et Ursus se mettaient à deux pour lui faire des reproches. Sa sœur de cœur (qui n’était plus tellement une sœur en réalité) se montrait simplement plus douce que son père adoptif. Mais ça ne suffisait généralement pas pour qu’il évite de se vexer et de se braquer, qu’il éviter d’envenimer les choses d’ailleurs. Il aurait sans doute dû s’abstenir de mentionner le fait qu’Ursus ne pouvait pas le forcer à jouer, mais il était comme ça. C’était le cas en effet, il ne pouvait pas le forcer, mais Gwynplaine avait parfaitement conscience qu’ils ne pouvaient pas non plus annuler le spectacle. C’était leur gagne-pain, s’ils ne jouaient pas, ils ne gagnaient pas d’argent et ne pouvait donc pas acheter de quoi remplir leurs estomacs. Ils ne jouaient pas tous les soirs, mais ils avaient quand même besoin de jouer afin de pouvoir se nourrir. L’homme qui rit en avait parfaitement conscience, mais il annonçait cela plus comme une provocation qu’autre chose. Et Ursus attendait de sa part qu’il aille encore plus loin, qu’il exprime ce qui le dérangeait vraiment dans cette pièce. Comme s’il avait besoin de le dire, tout le monde le savait.

Gwynplaine aurait très bien pu rétorquer une nouvelle réplique cinglante à son père d’adoption, mais Déa prit la parole avant lui. Elle était tellement douce, en toute circonstance. Elle affirmait qu’ils pouvaient trouver un compromis qui allait aller à tout le monde, afin de ne pas annuler la représentation. Le regard de l’homme qui rit se perdit un instant sur le visage d’ange de la jeune femme, elle était tellement belle. Bien trop belle pour lui, elle méritait tellement mieux. Gwynplaine ne parvenait pas à se dire qu’il puisse la rendre heureuse un jour, alors qu’il ne voyait justement pas qu’il l’a rendait malheureuse. Et pourtant, elle était tellement importante pour lui, elle était capable de calmer son âme quand cette dernière était en ébullition. Il poussa un long soupire avant de tourner ses yeux vers Ursus.

« Et pourquoi tu ne dis pas directement ce que tu as à dire Ursus ? » Son ton n’était plus aussi sec que précédemment, même s’il ne manquait pas d’une amertume certaine. « D’ordinaire, tu ne te retiens pas de dire ce que tu penses. »

Gwynplaine en revanche jouait clairement les autruches. Ils savaient tous les trois ce qui le dérangeait dans cette pièce, il y avait ce lien entre la sorcière rousse et la duchesse, cependant il ne parvenait pas à le dire à voix haute. Il n’arrivait pas à l’assumer.

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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Jeu 23 Juil - 22:20


Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule
S

on invitation au dialogue, si désagréable devait-il être, ne portait apparemment pas ses fruits, ou du moins pas ceux qu'Ursus avait espéré tout d'abord. Car bien sûr, il n'avait pas tant introduit ce nouveau personnage dans la pièce qu'ils joueraient - si tout allait bien - ce soir, pour perturber Déa et contrarier Gwynplaine ou pour apporter un nouvel enjeu dramatique à leur prestation (quoique celui-ci serait particulièrement efficace, selon lui), il avait voulu provoquer une conversation qui couvait sans que personne ne fasse l'effort réel de l'amorcer concrètement. Eh bien, voilà qui serait bientôt chose faite, même s'il était plus complexe que prévu d'amorcer les véritables hostilités. Déa s'improvisait un rôle qu'elle n'avait pas à tenir, celui qu'elle ne devrait jamais, celui d'intermédiaire entre son père et son frère adoptifs, tentant avec sa douceur habituelle d'apaiser les tensions avant même qu'elles ne naissent. C'était honorable de sa part, bien sûr. Mais honorable ne signifie pas que ce soit en rien acceptable. Elle devait prendre part intégrante à cette conversation, et non pas de jouer les arbitres. Toute aveugle qu'elle était, elle ne pouvait pas l'être à cette situation, à cet élément de discorde qui était en train de détruire complètement l'harmonie que les Girardet avaient su connaître jusque là. Il n'en était pas question.  Ils sauraient surmonter cette épreuve, mais pour cela, il fallait bien qu'ils admettent qu'il y en avait bel et bien une. Gwynplaine avait raison, c'était assez, il ne fallait pas tourner autour du pot. S'il était une chose qu'on ne pourrait jamais reprocher à Ursus, c'était son manque de franchise. Il ne manquait jamais d'exprimer le fond de sa pensée, quand bien même il n'était pas plaisant à entendre pour tous. Il aurait voulu que le dialogue se crée de lui-même, mais c'était oublier combien le jeune homme pouvait être borné, un trait de caractère qu'il aurait pu s'épargner de récupérer de lui... Ursus allait donc expliciter l'implicite.

-Je n'apprendrais rien à personne, Gwynplaine, mais soit, si tu veux que je parle plutôt que de le faire toi-même.
Il ancra son regard dans celui du jeune homme. Je ne vais pas te faire l'affront de te rappeler le mythe d'Icare et ce que l'on risque à s'approcher trop près du soleil, je ne vais pas te l'interdire non plus. Mais cette duchesse pourrait ne pas causer que ta perte.

Voilà, il était question de la duchesse d'Aurevilly. Autour de cette table, il n'y en avait pas un pour ne pas le savoir, mais au moins, c'était dit, et nul ne pourrait prétendre ne pas le savoir. Et oui, le reproche d'Ursus lui semblait clair autrement. En décidant de se perdre lui-même pour les charmes tentateurs de la noblesse, ce n'était pas seulement lui-même mais aussi le reste de sa famille. Car Déa ne se remettrait pas de son absence ou de sa "trahison", même si Ursus espérait le contraire. Et Ursus lui-même... Il ne pourrait toujours que prétendre n'en avoir que faire, comme toujours quand il était question de ses "enfants".



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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Jeu 27 Aoû - 18:30

Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule

Dea ♠ Ursus ♠ Gwynplaine


Il me faut bien donner raison à Gwynplaine. D'ordinaire, il n'use pas de tant de détours pour aller droit au but et exprimer le fond de sa pensée. Je devine sans mal pourquoi il n'a pas, cette fois, adopté une telle méthode. Il serait simple d'exprimer directement ce qu'il pense (même si, au fond, il n'y a pas le moindre d'entre nous pour ne pas savoir de quoi nous parlons, exactement, nous le nions seulement parce que cela nous arrange), d'une simplicité enfantine, même, mais ce n'est pas ce qu'il cherche à faire. Je ne crois pas qu'Ursus veuille tenir un procès à l'encontre de son fils d'adoption, il l'invite seulement, lui, à parler directement de ce qui nous perturbe tous. Ce qui me ronge et m'ôte le sommeil pour ma part, une peur vivace, un sentiment global d'inconfort et de tension, qui obstrue l'air autour de nous et nous fait suffoquer.

Je serre doucement les dents et, comme un réflexe, mes paupières se ferment. C'est inutile, bien sûr, mon regard est déjà fermé sur ce qui m'entoure quoi qu'il en soit, mais ce geste inconscient illustre sans doute mon envie de faire barrage, de fermer le moindre de mes sens à une évidence douloureuse. Même si nous le savons tous, je n'ai pas particulièrement envie de l'entendre. Tout comme Gwynplaine, je préfère faire l'autruche. C'est simple et appaisant. Ça ne fait souffrir personne. Ou si, cela fait souffrir tout le monde, mais les mots ne tranchent pas le voile illusoire que je dépose sur nos vies comme un couteua tranchants qui d'un geste sec et sans prévenir nous soumettrait à la lumière, celle d'une vérité douloureuse.

Ursus prononce à son tour la parole. L'image d'Icare se construisant des ailes pour voler et, s'approchant trop près du soleil, sombrant dans le vide, est sûrement appropriée, et, puisqu'elle reste une image, elle m'est confortable et familière, et je prie en mon for intérieur pour que notre père adoptif ne se plie pas à la volonté de Gwynplaine, mais je me leurre, et avant même qu'il ne parle d'elle, j'en ai bien conscience. Cela dit, il en parle. Elle, la duchesse, cette dame Josiane, serpent tentateur qui tient dans ses filets l'homme qui rit, et qui l'en délivrera sans doute trop tard, quand elle aura pris de lui tout ce qui lui est utile, négligeant le reste avec une froideur morne. Elle qui méprise ce que j'aime plus que tout au monde, qui voit dans mes rêves le défi qu'elle s'applique à réaliser... Seigneur, ce que je peux la haïr. Du plus profond de mon être, je la hais.

Je ne veux pas entendre la réponse de "mon frère". Je préfère fuir. C'est lâche, mais je préfère. Je me lève doucement de ma place, l'estomac de toute façon noué, et l'envie de m'isoler s'imposant face à n'importe quelle autre considération.

-J'aimerais sortir de table.
dis-je alors, tournant mon regard vide en direction d'Ursus. Je ne veux pas que l'on m'impose une telle conversation. Je n'y suis pas prête.



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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Jeu 24 Sep - 22:03


Déa & Gwynplaine & Ursus
Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule
C’était dit, enfin. Gwynplaine l’avait cherché en même temps, il avait poussé Ursus jusqu’à ses retranchements pour qu’il dise à voix haute ce qu’ils savaient tous. Cela ne plaisait vraiment pas à l’homme qui rit qu’ils parlent de cette duchesse, mais ce n’était pas lui qui avait lancé les hostilités. Il s’était simplement contenté de dire qu’il n’aimait pas la pièce qui en faisait mention. Il n’y était pour rien, c’était son père adoptif qui avait entamé les choses et qui avait mis cette sorcière rouge dans la pièce qu’ils devaient jouer le soir même. Ce n’était pas son genre pourtant d’utiliser des moyens détournés et finalement il finit par dire clairement ce qu’il avait à dire. Il parla de l’histoire d’Icare, celui qui s’était bien trop approché du soleil avec ses ailes collé en cire. Gwynplaine savait parfaitement où il voulait en venir en lui parlant de cela, il ne lâchait pas son père adoptif du regard. L’homme qui rit n’aimait vraiment pas entendre l’homme lui faire ce genre de remarque, même s’il l’avait bien cherché au final.

Gwynplaine n’était pas complètement idiot bien sûr, il se rendait compte du jeu dangereux dans lequel il se retrouvait avec cette duchesse. Mais il en avait assez des remontrances de son père à ce sujet, comme s’il était incapable de lui faire confiance. Ce qui était d’ailleurs au fond le cas. Gwynplaine pensait avoir cette situation bien en main, il pensait être capable de gérer entièrement la situation sans pour autant se perdre et perdre les membres de sa famille. S’il n’y avait eu que son père, sans doute que le jeune homme se serait contenté de répliquer quelque chose, mais ils n’étaient pas seuls. Déa était là et elle était sans doute celle qui se retrouvait la plus perturbée lors de cette conversation. Le regard de l’homme qui rit se tourna finalement vers sa « sœur » quand elle prit la parole, après cette levée de sa place. Il voyait bien qu’elle ne se sentait pas bien à cause de cette conversation. Son envie de rétorquer quelque chose à Ursus disparu dans la foulée, parce que Déa avait vraiment le don de le calmer.

« Déa… » Dit-il doucement, alors qu’elle avait tourné son regard vide vers Ursus. Le ton de sa voix était bien plus doux que précédemment, parce qu’il ne pouvait évidemment pas lui parler de la même manière qu’il parlait à Ursus. « Je suis désolé. »

Dit-il finalement à l’adresse de celle qui au fond de lui était bien plus qu’une simple sœur, qui valait bien plus que cette duchesse (mais elle n’était pas là pour lui faire changer d’avis). Il était désolé oui, pour tout cela. Cette conversation qui avait simplement le don de briser cette famille qu’ils formaient depuis des années maintenant. Ce qu’il avait pu dire, ce qui se passait avec la duchesse, pour tout donc. Pour sa sœur, le jeune homme était capable de rabaisser un peu sa fierté et ne se montrer plus agréable.

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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Sam 26 Sep - 13:13


Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule
C

e qui devait certainement être dit, et dans les termes les plus clairs possibles, le furent effectivement. Ursus avait cessé de passer par des voies détournées, pourtant déjà claires, pour satisfaire aux exigences de Gwynplaine, qui déplorait qu'il tourne ainsi autour du pot. Il fallait bien que les choses soient dites de la sorte un jour ou l'autre, ils ne pouvaient pas se leurrer, il ne fallait pas qu'ils se leurrent. Qu'ils le veuillent ou non, ils se voyaient confrontés à un véritable problème, et il était grand temps qu'ils trouvent une solution, quelle qu'elle soit. Ils ne pouvaient pas rester dans l'expectative, sans savoir si leur famille allait tenir le coup suite à cette épreuve, car si Gwynplaine pensait pouvoir tout avoir, son "père" et sa "soeur" n'étaient manifestement pas de cet avis, et attendaient de sa part une décision qu'il ne paraissait pas être prêt à prendre. Une décision qu'Ursus aurait aimé que son interlocuteur sache prendre directement, mais c'était sans aucun doute trop demander. Pour l'heure, qu'est-ce qu'Ursus pouvait faire, sinon le prévenir. Ce n'était en tous cas pas maintenant qu'ils aboutiraient à la moindre conclusion. La situation avait mis - à juste titre - Dea mal à l'aise. Elle ne voulait pas supporter la conversation. Entre celui qui prétendait que tout allait bien et celle qui refusait d'entendre la réalité, ils étaient mal partis (et lui même, dans le rôle du bougon sans aucun tact, n'était pas mieux loti). Ce n'était en tous cas pas ce matin qu'ils arriveraient à conclure cette discussion. Ursus était soucieux pour Dea (c'était même pour cela qu'il avait abordé ce sujet en premier lieu), et il savait que Gwynplaine l'était aussi. Il le prouva en présentant ses excuses à la jeune femme. C'était le plus agaçant, dans cette affaire. L'un et l'autre avaient tout ce qu'ils désiraient à portée de main. Et ils ne savaient pas s'en contenter. Il ne savait pas s'en contenter.

-Bon. C'est pas tout ça.
répliqua Ursus de son habituel ton bourru en se levant et en débarrassant la table. Ils étaient certes allés plus loin qu'ils ne l'avaient jamais fait dans cette conversation que tout le monde cherchait à éviter alors même qu'elle était indispensable, mais il était évident qu'ils avaient dépassé le seuil de ce qui était franchissable, pour le moment. J'vais faire un tour, et on se met au travail. ajouta-t-il, négligeant au passage le fait que, à aucun moment, Gwynplaine n'avait changé son appréciation sur sa nouvelle pièce, une fois la table débarrassée.

Il comprenait bien qu'il n'était pas nécessaire qu'il joue plus longtemps (ou en tout cas pour l'instant) les médiateurs entre ses deux enfants. Si cela pouvait leur inspirer une conversation à coeur ouvert, alors soit, ça ne ferait de mal à personne. Sinon tant pis. Il n'avait pas l'intention d'insister quoi qu'il en soit. Sans ajouter un mot, il joignit le geste à la parole, et partit donc.



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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Jeu 8 Oct - 10:28

Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule

Dea ♠ Ursus ♠ Gwynplaine


Cette conversation était insoutenable. J'ai conscience, par mon attitude et mon propos, d'y avoir mis un terme, tout comme j'ai conscience que ce n'est pas une bonne chose. Les mots sont désagréables, ils claquent à l'oreille comme des coups de fusil, mais ils doivent être prononcés. Je le sais bien. Ursus a provoqué cette discussion parce qu'il fallait briser la glace. Mais Dieu, que cela peut faire mal ! Rien ne m'a jamais fait plus mal en vérité, et nous ne sommes peut-être pas allées au terme de ce que nous devions échanger, mais je pense que nous sommes allés au-delà de ce qui est audible. Pour aujourd'hui. Il faudra poursuivre plus tard, j'imagine, pour conclure cette histoire une bonne fois pour toutes. Mais pas aujourd'hui. Je ne suis pas prête encore à connaître cette conclusion qui, si elle est celle que je crains, que j'appréhende au plus profond de moi, brisera mon coeur en même temps que mon être. Me détruira.

J'esquisse un sourire léger quand Gwynplaine s'excuse auprès de moi. De quoi ? Je l'ignore. De tout, je l'espère, dans tous les cas, l'entendre être désolé me fait du bien, parce que je le connais suffisamment pour savoir ses inflexions de voix sincères. J'aimerais que ses excuses s'accompagnent d'une promesse, celle de ne plus la voir, mais j'ai bien conscience d'en demander trop, beaucoup trop. Pour l'heure, je n'ai rien l'intention de demander, je n'ai rien l'intention de dire. Pas maintenant, j'ai envie de prendre l'air, de marcher un peu, de m'aérer l'esprit. Ursus semble avoir la même idée. Il se lève d'un bond, il débarrasse la table et affirme qu'il va faire un tour avant que nous nous remettions au travail (promesse de nouveaux conflits, je le crains fort). Une fois Ursus sorti, je me lève à mon tour. Dépose doucement ma main sur l'épaule de Gwynplaine, comme pour le rassurer, lui faire comprendre que je ne suis pas fâchée après lui. Je suis incapable de demeurer fâchée à son égard.

-Je vais faire un tour, moi aussi.
dis-je avec un léger sourire.

Je ne dis rien de plus, je pense que le silence, pour l'instant, vaut mieux qu'une autre confrontation houleuse. Qui sait, notre prochaine conversation sera peut-être plus légère. Nous mettrons tous de l'eau de notre vin. Et nous retrouverons notre complicité d'antan. Je rêve. Oui, je sais que je rêve. Mais le rêve adouçit une réalité dont le goût m'est trop amer. Je dépose avec tendresse un baiser tout fraternel (même si je ne le ressens pas ainsi) sur la joue de Gwynplaine, et je m'isole pour m'habiller avant de sortir prendre l'air. La fraîcheur de mars apaisera peut-être mon esprit perturbé et douloureux. J'aimerais y retrouver le calme qui savait y régner autrefois. Je suis lasse de cette tempête mentale.


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Message#Sujet: Re: Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]   Sam 24 Oct - 13:28


Déa & Gwynplaine & Ursus
Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule
Cette conversation avait sans doute eu besoin d’avoir lieu, mais ça ne plaisait vraiment pas à Gwynplaine. Parce qu’il avait été envoyé dans ses retranchements et que rien de tout cela n’avait finalement tourné à son avantage. Au lieu de parvenir à convaincre tout le monde qu’il gérait la situation (qu’il pensait la gérer du moins), il s’était retrouvé avec des accusations sur les épaules et n’avait pas été en mesure de les retourner. Le comédien n’aimait vraiment pas ça, même s’il devait assumer l’entièreté de la situation. C’était lui après tout qui se laisser emporter par sa curiosité pour cette belle duchesse qui venait voir leur spectacle régulièrement et qu’il allait retrouver le soir. Mais Gwynplaine n’avait aucune envie de prendre toute la responsabilité pour lui non plus, il n’avait pas le sentiment d’être assez compris de son père et de sa « sœur ». Ils ne lui faisaient pas assez confiance. Le jeune homme n’avait cependant pas été capable de répondre à la remarque d’Ursus, se contentant de s’excuser auprès de Déa parce qu’il voyait bien le trouble qu’il lui causait. Et cela ne manqua pas de mettre fin à cette conversation, qui n’avait au final aboutit à rien du tout. Ursus pris la décision de partir, d’aller faire un tour avant qu’ils ne se mettent au travail. Gwynplaine ne fit aucune remarque, ni aucun geste d’ailleurs, même s’il n’avait toujours aucune envie de jouer cette pièce que son père d’adoption avait écrit pendant la nuit. Il continuait de trouvait regrettable que cette sorcière rouge, dont ils savaient parfaitement d’où venait l’inspiration, continue de faire partie de l’histoire. Mais il n’avait aucun moyen de faire changer les choses, il n’avait pas d’autre choix que de simplement faire avec et de se taire. Chose qu’il continua à faire quand ce fut au tour de Déa de dire qu’elle allait faire un tour.

Il aurait sans doute pu essayer de la retenir, l’empêcher de partir afin de continuer de discuter avec elle, mais c’était surement mieux pour tout le monde qu’ils se retrouvent un peu seul avec eux même, qu’ils se contentent de se séparer un peu pour mieux que retrouver ensuite. Ils allaient de toute façon devoir répéter la pièce qu’Ursus avait écrit (que Gwynplaine ne pourrait vraiment pas aimer) afin de pouvoir la jouer sur scène le soir-même et gagner un peu de cette argent qui leur manquait cruellement par moment. Déa vint déposer un baiser sur sa joue, il ferma les yeux un instant, avant qu’elle ne s’en aille à son tour, le laissant donc seule dans la roulotte qu’ils avaient comme habitation. Gwynplaine laissa passer quelques minutes avant de finalement se lever à son tour et de sortir de cette roulotte afin de prendre un peu l’air, de réfléchir à tous ce qu’ils s’étaient dit. Il en avait tout autant besoin que les autres, tous les Girardet en avaient besoin. Mais il était évident qu’ils allaient avoir besoin de discuter de nouveau, mais pas maintenant… plus tard.

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Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule [pv Déa et Gwynplaine]
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